SUR UNE COLOMBE
«Aimable colombe, d'où viens-tu ? d'où naissent les suaves parfums que tu exhales en traversant les airs ? Qui es-tu ? quel soin t'occupe donc en cet instant ?
— Anacréon m'a envoyé vers un enfant, vers Batbylle, qui régne aujourd'hui en tyran sur tous les cœurs. Cythérée m'a vendue au poète pour une petite chanson. Messagère fidèle, je sers ses amours, et maintenant quelles douces lettres je porte de sa part ! Il dit qu'il va bientôt me rendre la liberté ; mais dùt-il me la donner, moi je veux rester esclave auprès de lui, car quel plaisir aurais-je à voler dans les
montagnes, sur les plaines, à me reposer sur les arbres, à manger quelques graines sauvages ! A présent je me nourris du pain que j'enlève aux mains d 'Anacréon lui-même ; il me donne à boire du vin qu'il a goûté ; puis je danse, et de mes ailes j'ombrage mon matlre. Je me couche et je m'endors sur sa lyre. Tu sais tout; adieu, voyageur ! Tu m'as fait jaser plus qu'une corneille. »