‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 193 sur 395 · SUR LE VIN · texte numérisé non relu

SUR LE VIN

De jeunes hommes avec de jeunes filles portent sur les épaules dans des corbeilles le noir raisin et le jettent sur le pressoir. Les hommes seuls foulent les grappes, font jaillir le vin de sa prison , chantent à pleine voix le dieu de la treille , en des hymnes consacrés au pressoir, el admirent la nouvelle liqueur de Bacchus qui frémit dans sa tonne. A peine un vieillard en a-t-il goûté qu'il danse d'un pied mal affermi en agitant ses blancs cheveux. L'aimable vendangeur se glisse d'un pas furlif auprès de la jeune fille accablée de sommeil , dont le beau corps mollement étendu repose à l'ombre du

feuillage; il la sollicite par des caresses prématurées de se rendre traîtresse & l'Hymen. Elle ne croil point à ses discours , et il la force contre sa volonté : car Bacchus dans son ivresse joue librement avec le jeune homme.

SUR LA ROSE

Je chante la rose nouvelle au retour du printemps qu'elle couronne. Mon amie, souliens mes accens. La rose est le souffle pur des dieux, la rose est la joie des mortels , l'ornement des (irûccs, la fleur chérie de Vénus dans la saison délicieuse des amours -, la rose est agréable aux Muscs , elle fournil de charmantes allégories ; il est doux d'avancer en tremblant la main dans un sentier épineux pour cueillir la rose ; il est doux en l'effeuillant de l'échauffer cl de frapper cette fleur d'amour dans des mains délicates et gracieuses.

Comme la rose est chère aux poètes dans les repas cl sur les autels de Bacchus ! Hélas ! que deviendrions-nous sans les roses! L'Aurore a des doigts de roses , les Nymphes ont des bras de roses, Vénus a le teint des roses, selon le langage des poètes ; la rose est précieuse dans les maladies, elle embaume les lombes, elle sait braver le temps : la vieillesse conserve encore les plus suaves parfums de sa jeunesse. Racontons sa naissance. Quand la mer engendra de son écume la belle Vénus , glissant sur l'onde azurée ; quand Jupiter fil sortir de son cerveau l'altièrc Pallas amante des horreurs des combats, la Terre enfanta la rose, fleur admirable qui s'épanouit en mille couleurs. La foule des déités heureuses présente à sa naissance versa sur elle une goutte de nectar. Alors on vil s'entr'ouvrir sur la branche épineuse la rose superbe , fleur immortelle consacrée à Bacchus.

SUR LUI-MÊME

Quand je vois un cercle de jeunes gens, ma jeunesse me revient, et soudain, quoique vieillard, je vole me mêler aux chœurs de la danse. Attends-moi , Cybéle , donne-moi des fleurs , que je me couronne. Loin d'ici la blanche vieillesse! Je redeviens jeune ; je veux danser avec des jeunes gens. Qu'on m'apporte la liqueur de Bacchus

ODES

amant de l'Automne : on verra la vigueur d'un vieillard qui sait parler , qui sait boire et qui sait délirer avec les Grâces.

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