‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 205 sur 395 · VIE DE TYRTÉE · texte numérisé non relu

VIE DE TYRTÉE

Tyrlée vivait durant la seconde guerre de Messénie : l'époque précise est incertaine, car le» auteurs la placent à des dates différentes; Justin, Eusébe, Suidas, à la fin de la trente-cinquième olympiade; Pausanias au contraire, à a la quatrième année de la vingt - troisième olympiade, c'est-à-dire huit cent soixantequatre ans avant Jésus -Christ. Dans celle longue lutte de Messène contre Sparte les chances frent longtemps suspendues. Les deux villes rivales triomphèrent tour à tour; l'issue de la guerre fut plusieurs fois changée par des retours subi) s de fortune. Les Messéniens d'abord vaincus revinrent sous la conduite d'Arisloinènc, les Spartiates furent battus. Cet échec inattendu les découragea ; le désespoir s'empara d eux . ils furent obligé» de recourir à d'habiles expédiens pour relever leur énergie abattue. Us consultèrent leur oracle de Delphes. II leur fut répondu de demander aux Athéniens un homme qui pût les aider de ses conseils. Ceux-ci virent avec plaisir une occasion d'abaisser l'orgueil de leurs rivaux , el par dérision ils leur envoyèrent Tyrtée , fils d'Archimbrote. C'était un maître d'école obscur, boiteux el borgne, L'exaltation d'un esprit voué au culte de la poésie le faisait même regarder par plusieurs comme peu sain d'intelligence. Plalon lui accorde cependant le titre de sage, cl les Lacédémoniens durent leur victoire a ses conseils et à sa puissante influence. Il récita d'abord devant les magistrats des élégies el des pièces de vers pleine» d'enthousiasme et d'élan guerrier. 11 chanta la gloire du héros qui meurl dans les combats , ses funérailles augusles , accompagnées des pleurs et des gèmUsemens de tout un peuple ; l'immortalité qui s'attache a son nom cl le fail vivre dans une éternelle jeunesse. Il chanta encore le tumulte des batailles, le guerrier qui s'élance au milieu des javelols ,

affrontant la mort au centre des bataillons hérissés de fer, pour défendre les dieux de sa pairie , sa femme el ses enfans ; le respect qu'inspire sa présence quand il revient victorieux, accueilli par d'universels applaudissemens , et l'honorable repos dont il jouit dans sa vieillesse.

Les Lacédémoniens éleclrisés par ses poésies s'armèrent pour le combat : ils se levèrent tous et marchèrent au-devant des ennemis ; ils prirent pour général celui qui les avait ainsi arrachés à leur découragement. Tyrléc les commanda. La mêlée fui lerrible , mais Sparte resla victorieuse. L'œuvre du poêle accomplie, la reconnaissance publique lui conféra le titre de citoyen cl une ovation triomphale. Puis il rentra dans le repos, et il mourut a Lacédémone laissant une grande gloire.

Par les trois pièces qui nous restent de Tyrtée nous pouvons juger de son talent. Le vers est énergique et fortement moulé; il réfléchit la vigoureuse allure delà pensée: lesépilhètes sont toujours expressives el hardies : ce n'est plus le vers abondant du poème épique, ce n'est pas encore le vers harmonieux de l'ode. Le sentiment populaire anime toujours l'expression : quoique simple, elle est souvent sublime; elle s'élève de toute la grandeur des idées qu'elle invoque: les immenses résultats qu'elle prépare apparaissent déjà dans cette force abrupto el presque sauvage.

1" MKSSKMQUK.

Il est beau qu'un homme courageux tombe aux premiers rangs et meure en combattant pour sa patrie. Mais abandonner sa ville el ses champs féconds , mendier en errant avec une tendre mère, el un vieux père, et de petits enfans, et une épouse jeune encore, voilà de lous les maux le plus affreux. L'homme qui cède

à l'indigence et à la triste pauvreté devient un objet d'horreur pour tous ceux qui l'approchent. Il déshonore sa race, il dément la noblesse de se» traits ; partout le suivent la honte et le malheur. Et puis, plus d'égards à l'homme ainsi errant, plus de respect à sa mémoire. Combattons avec ardeur pour celle terre, et sachons mourir pour nos entons sans songer â sauver nos jours , ô jeunes guerriers ! Oui , combaltez pressés les uns contre les autres; n'allez pas les premiers vous livrer à la peur, ni prendre honteusement la fuite, mais réveillez dans vos âmes un grand et magnanime courage , méprisez la vie et luttez contre l'ennemi. N'allez point par la fuite délaisser la vieillesse des vétérans dont l'Age enchaîne les genoux , car c'est une chose honteuse de voir étendu devant les jeunes guerriers et moissonné aux premiers rangs un vieillard dont la téteet la barbe sont déjà blanchies ; de le voir exhaler dans la poussière une âme généreuse , el le corps dépouillé , cacher sous ses mains tremblantes les organes sanglans de sa virilité, spectacle honteux , capable de faire naître l'indignation ! Mais tout sied bien au jeune guerrier, tandis qu'il garde encore la (leur brillante de ses années ; chaque homme l'admire , les femmes se plaisent à le contempler resplendissant el debout. Il n'est pas moins beau lorsqu'il tombe aux premiers rangs.

2™' MESSÉN1QUE.

Vous êtes la race de l'invincible Hercule, osez donc ! Jupiter n'a pas encore détourné de vous ses regards. Que craignez vous ? ne redoutez pas le nombre des ennemis. Que chaque guerrier tienne son bouclier dressé contre les assaillons; qu'il abjure l'amour de la vie , qu'il chérisse les sentiers obscurs de la mort autant que les rayons du soleil. Mars fait verser beaucoup de larmes, mais vous savez aussi quelle gloire il distribue ! Vous avez déjà affronté les périls des combats , car si on vous a vus fuir devant l'ennemi , on vous a vus aussi les poursuivre avec ardeur, o jeunes guerriers ! Ceux qui osent , serrés les uns contre les autres , épaule conlre épaule, marcher d'un pas ferme au-devant des phalanges meurent en petit nombre et sauvent les soldats qui les suivent. Ije* guerriers timides perdent courage , et l'on ne saurait dire quels maux sont réservés au

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lâche. C'est une honte cruelle d'être frappé par derrière en fuyant l'ennemi; c'est une honte cruelle qu'un cadavre gisant dans la poussière el présentant sur le dos une sanglante blessure ! Mais qu'il est beau , l'homme qui , un pied en avant , se tient ferme à la terre , mord ses lèvres avec ses dents , el sous le contour d'un large bouclier protégeant ses genoux , sa poitrine et ses épaules , brandil de la main droite sa forle lance et agile sur sa tète son aigrette redoutable. Imitez les belles actions , apprenez à combattre vaillamment ; n'allez pas à l'ombre d'un bouclier vous lenir loin de la portée des traits: élancez-vous plutôt, armcsdela longue pique el du glaive , frappez au premier rang , emparez-vous d'un ennemi. Pied contre pied , bouclier con tre bouclier , aigrette con t re a igret le, casque contre casque, poitrine contre poitrine, luttez avec votre adversaire , saisissez le pommeau de son glaive où le bout de sa lance. El vous , soldats de la troupe légère , faites-vous l'un à l'autre un abri sous vos boucliers, accablez l'ennemi d'une grêle de pierres, et la pique en main , harcelez de près les panoplites.

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