‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 206 sur 395 · IV M ESSE NIQUE · texte numérisé non relu

IV M ESSE NIQUE

t'n mortel n'est pas pour moi digne d'estime, fut-il vainqueur à la course el à la lutte, eût-il la taille el la force des Cyclopes , fut-il plus agile que l'aquilon de Thracc , plus beau que Tylhion lui-même , plus riche que iMeidas et Cynoia, plus puissant que Pèlops, fils de Tantale. Eût-il une voix aussi mélodieuse que celle d'Adrastc , eût-il enfin tous les genres de gloire , il n'est rien s'il n'a pas la valeur guerrière. C'est un homme inutile à la guerre s'il ne supporte pas la vue d'un combat sanglant , s'il n'aspire pas à l'honneur d'affronter de près l'ennemi. La valeur est la plus précieuse qualité de l'homme; c'esl le plus bel ornement du jeune guerrier. C'esl un bien pour l'étal cl pour le peuple que posséder un brave qui combat aux premiers rangs avec courage et fermeté . qui , loin de penser jamais à une fuite honteuse, expote hardiment sa vie aux dangers et encourage celui qui est à ses cotés à braver la mort. Voilà l'homme mile à la guerre ; il met en fuite les terribles bataillons de l'ennemi , el sa prudence active règle le sort du combat. S'il perd la vie, frappé au premier rang, il

TYRTEE.

comble de gloire et sa pairie , el ses concitoyens et son père : de nombreuses blessures ont percé son bouclier, sa cuirasse et sa poitrine ; les vieillards et les jeunes gens le pleurent «'gaiement ; toute la ville en deuil escorte ses funérailles; on montre sa tombe, on honore ses en fans, ses petits-fils et tous ses descendans. Sa gloire et son nom ne périssent pas : quoiqu'il repose au sein de la terre , il est immortel, le guerrier courageux qui est tombé sous les coups du terrible Mars, sans crainte, ferme à son poste , combattant pour sa patrie el ses enfans. S'il échappe au trépas et au long

sommeil de la mort, il remporte la victoire et l'éclatant honneur du combat, il reçoit les louanges empressées des jeunes gens et des vieillards , et ce n'est qu'après de nombreux hommages qu'il descend chez Pluton. Quand il vieillit, il est au premier rang parmi ses concitoyens -, par respect el par amour de la justice, nul ne voudrait l'offenser. Jeunes gens , hommes de son âge el même vieillards lui cèdent leur place par honneur. Aspirez donc au plus haut degré de celte vertu! Excitez, excitez votre ardeur guerrière.

HN DE TYBTKK

STESICHORE,

ThAUl 1 1 l'Ali M. KRNEST FALCONNKT.

VIE DE STESICHORE.

Slésjchore vivait dans la quarante-deuxième olympiade, en même temps que Sappho et Alcée. Il naquit sous le beau ciel de la Sicile, à llimera, ville aimée des dieux; au moment de sa naissance un rossignol descendit du ciel, vint se poser sur son berceau, puis sur sa bouche et chanta. Il fut , comme l'annonçait cet oracle , le plus mélodieux des poètes. Le caractère grave et imposant de ses poésies, Stesichori que graves camœnœ, a'ôla rien à leur mélodie ; il réunit l'harmonie et la majesté. Toute sa vie fut consacrée aux Muses; il vécut quatre-vingtquinze ans. Selon Suidas ses poésies formaient vingt-six livres; il avait en outre composé des ballades ou légendes. Arisloxène nous rapporte le sujet d'une de ces pièces qui se trouve être un petit poème du genre d'Héro et Léandre de Musée. Une jeune et belle Sicilienne nommée Calycé se prit d'amour pour Évathlus, charmant adolescent doué de toutes les grâces d'Adonis. Elle adressa à Vénus des vœux inutiles. M'ayaut pu captiver son vainqueur elle se précipita du promontoire de Leucade. Cette histoire attribuée depuis à Sappho fut chantée par Stésichore avec toutes les grâces du langage, avec toute l'harmonie et la pureté d'un rythmé qu'il contribua beaucoup à embellir. (Plutarque).

Stésichore était aussi doux dans sa vie privée que dans sa poésie: aimé de ses concitoyens, il avait des vertus devenues proverbiales et dont l'antiquité nous a conservé le souvenir : « Connaissez- vous les trois qualités de Stésichore? disait-on. Ce sont la probité, l'obligeance et l'art de faire les vers. » Précieux témoignage des anciens qui fait l'homme de bien égal au poète et consacre pour nous un modèle accompli du véritable ami des dieux, line fois cependant le poftte sentit leur colère : il s'était permis de blâmer Vénus; Caslor et Pollux, pour venger leur sœur, le frappèrent d'a-

veuglement. Depuis il obtint sa grâce en chantant des hymnes en son honneur. Pour honorer tant de vertus et tant de gloire , Catane lui érigea un précieux monument: c'était un temple soutenu par des colonnes de marbre blanc à huit faces. Les critiques ont consacré dans leurs livres leur admiration pour ses poésies. Quintilien nous dit qu'il chantait avec noblesse les batailles et les grands capitaines ; que sa lyre était digne de chanter les plus sublimes épopées , et que s'il eût pu retenir l'abondance de son imagination il aurait été le premier rival d'Homère. Le temps n'a pas épargné ses œuvres. Voici les seuls fragmens qui nous restent de lui.

FRAGMESS DE STÉSICHORE.

Le peuple jetait à l'envi pour honorer le roi les plus beaux fruits de la Crète sur son char ; il y jetait encore des branches de myrte , des couronnes de roses, les tendres liges de la douce violette. Le roi s'élança sur le navire dont la proue était cachée sous la terre qui le recouvrait, et lorsque sur le tillac il tenait la coupe A la main, le Soleil, fils d'Hypérion, descendait dans celte belle coupe d'or. Il se confie à l'élément perfide pour traverser les grottes profondes de l'Océan , pour arriver à la demeure sacrée de la Nuit ténébreuse, A ses enfans chéris ; et lorsque le fils de Jupiter eut abordé ces lieux pleins de silence, il se transporta à pied dans un bois couronné de lauriers toujours verts.

Plulon n'aime que le deuil et les funérailles ; Apollon au contraire aime les Ris et les Grâces. O Muses harmonieuses î inspirez-moi donc des accens délicieux et faites retentir sur ma lyre chérie les louanges des beautés les plus aimées de la Sicile.

SOLON

TRADUIT PAR M. ERNEST FALCONNET

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