‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 222 sur 395 · JN'OTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE THÉOCRITE · texte numérisé non relu

JN'OTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE THÉOCRITE

Nous ignorerions de Théocrile jusqu'au lieu de sa naissance , s'il n'avait eu soin de nous apprendre luimême, dans sa xv« Inscription, qu'il était né à Syracuse. Il nous dit encore qu'il ne faut point le confondre avec un autre Théocrile de Cbio , auteur d'épigrammes sanglantes qui lui coûtèrent la vie ; il ajoute que son père s'appelait Praxagoras et sa mère Philina , leur faisant ainsi, par ce pieux souvenir, partager sa brillante immortalité : quelle plus belle marque d'amour filial un père et une mère peuvent-ils attendre d'un fils illustre?

Théocrile fiorissait sous Ptolémée Pbiladelphe, vers la fin de la cxxu* olympiade , deux cent quatrevingt-dix ans avant l'ère vulgaire. La cour de ce prince était devenue l'asile des sciences et des arts , depuis que la Grèce désolée et près de subir le joug de Romains s'était vue abandonnée des Muses, ces enfans du luxe et de la liberté. Notre poêle fut l'astre le plus brillant de cette pléiade d'Alexandrie qui répandit l'éclat de sa gloire sur le règne des Logides. 11 ne fut point oublié dans les largesses de Pbiladelphe , et sa reconnaissance fut égale aux bienfaits : jamais il ne laisse échapper une occasion de rendre a son protecteur les hommages que son zèle pour les lettres lui méritait, et dans ses louanges, il met la délicatesse et la grâce qui font le charme de ses écrits.

Il ne fut pas aussi heureux auprès d'Iiiéron II , roi de Syracuse : il se plaint avec amertume , dans une de ses idylles (xvi) pleine d'adroits ménagemens , de l'avarice des grands de son époque : «Les Muscs in- » dignées, dit-il, regagnent , les pieds nus, leur triste » demeure , parce qu'elles ont fait une démarche inu- ■ lile , et , accablées d'ennui, elles restent assises sans » honneur au fond d'un coffre vide, la tète appuyée sur u leurs genoux glacés. » Et cependant il ne réussit point à s'attirer la faveur dit tyran que le suffrage de ses concitoyens avait alors placé sur le trône de Sicile.

Si l'on peut juger du caractère d'un écrivain par ses ouvrages, ceux de Théocrile nous donneront l'idée la plus flatteuse des quabiés de son coeur et de son esprit. Il parle avec la plus touchante admiration, avec l'enthousiasme même le plus vrai de ses maîtres, Philétas de Cos, poêle élégiaque et Asclépiade , surnommé Sicélide, auteur d'épigrammes (idylle vu). Ses rivaux en poésie étaient ses meilleurs amis. Il raconte avec bonheur , dans les Tholysiennet , les conversations qu'il avait avec Lycidas, poêle bucobque de Cydon, dans l'Ile de Crète. Quels éloges il lui prodigue! et Nirias, poêle et médecin de Milct, quelle tendre amitié les unit , quels sages conseils il lui donne ! Son cœur aimant a deviné l'influence des femmes dans la société , dout la civilisation moderne a tiré tant d'avantage. Voyez-le peindre avec une vérité frappante el sans froide galanterie, les devoii s do la mère de famille dans celte charmante épllre (sxvm) qu'il adresse à Theugénide , l'aimable épouse de son ami Nicias , en lui envoyant une jolie quenouille d'ivoire, présent de Minerve la déesse aux yeux bleus : « Quenouille jolie ! s'écrie-l-il , tu seras offerte à » l'épouse de Nicias. Dans ses laborieuses mains tu » prépareras ces superbes tissus dont les hommes se » couvrent , ces robes ondoyantes dont se parent les » femme*... Theugénide a cet amour du travail qui , » dans les femmes, est le caractère de la vertu. Je n'ai » point voulu le conduire dans le séjour de l'indolence » et de l'oisiveté... La demeure que je te réserve est » celle d'un sage. Toutes les amies de Theugénide ad- » mireront son élégante quenouille , et sans cesse tu » rappelleras à sa mémoire le souvenir de son hôte » chéri des Muses. Qu'en le voyant chacun dise : Le » présent est petit , mais qu'il a de prix ! Les dons de » l'amitié sont toujours précieux. » On dirait comme un écho éloigné des chante de Salomon sur la femme forte.

On attribue à Théocrile des élégies . des hymnes el d*R iambes; mais il ne nous est parvenu que txx idylles

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