‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 223 sur 395 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

et xxut inscriptions ou épigramnies , où l'on croit toujours entendre résonner quelques accens affaiblis de la lyre champêtre. On a aussi recueilli dans Casaubon et Athénée m fragmens, dont l'un semble Caire suite à la xxix" idylle ; aussi , dans notre nouvelle traduction , n'avons-nous pas hésité à le mettre à sa place convenable.

Les idylles du poêle de Syracuse ne sont pas seulement, comme semblerait indiquer ce mot , des poésies (taslorales ; le mol idylle est ramené ici à sa signification étymologique. Eidos, eidyllion dé-igne en grec un tableau , une image , une collection de petits sujets de peinture, et on l'appliquant, par comparaison, à la poésie , une suite de petits poèmes sur divers sujets. Aussi Tbéooritc, dans ses idylles, a pris tous les tons ; mais c'est sur les sujets champêtres qu'il s'est le plus exercé , et c'est aussi sons ce rapport qu'il est le plus connu : on ne l'a même guère jugé que comme poète bucolique. Les uns , et c'est , croyons-nous , tous ceux qui l'ont lu , l'ont admiré ; les autres l'ont déprécié, en lui opposant constamment Virgile. C'est une bizarrerie inexplicable en littérature : lorsque deux auteurs dans le même genre sont en présence, on veut absolument que l'un soit supérieur à l'autre ; il faut les comparer et juger de leur ressemblance. Prononcer sur leur mérite aux dépens de l'un des deux concurrens, c'est être ennemi de ses jouissances les plus pures.

Éludions en particulier les beaulés de chaque écrivain, cl nous verrons qu'un grand poêle, par exemple, ressemble a un autre grand poète, comme une beauté ressemble à une autre taiulé; ils sont tous les deux admirables, voilà leur ressemblance. Nous nous garderons bien d'avancer que Théocrilc est préférable à Virgile, quoique, en notre qualité de traducteur , nous eussions droit de l'admirer exclusivement ; niais si nous avions à (teindre le talent de ces deux poêles, nous lâcherions d'attirer sur l'un et l'autre la même admiration.

On ressentira, en lisanl les poésies pastorales de Théocrilc, lous les charmes de la campagne et de la solitude. Ses bergers sont peints avec Uni de vérité qu'on s'imagine vivre au milieu d'eux ; mais il a eu soin surtout, sauf un petit nombre d'exceptions, de ne nous présenter que le côté aimable de leur caractère, cl s'il leur a laissé des défauts, il les a placés dans l'ombre, seulement pour nous frapper par la vérité de la peinture et faire ressortir plus vivement leurs bonnes qualités |»ar un contraste habilement ménagé.

Lui ferons-nous un re|troelie de quelques traits d'une nature vraiment révoltante qu'on trouve dans la v* idylle cl ailleurs et que uous avons voilés dans la traduction ? Théocrile, quand on a lu ses ouvrages, intéresse tellement pour ses Itergera et surtout pour I n-meme qu'on n'a pas le cotir.igc de rien dire contre |

lui. Accusons de ces tristes déhordemens les rmrtirs païennes : les gymnases, où les jeunes gens se livraient ensemble et dans la plus complète nudité aux exercices de la lutte , la séquestration des femmes , voilà sans doute la cause de ces monstruosités qui sont heureusement si éloignées de nos mœurs que nous ne comprenons pas comment on a pu les embellir du charme des vers. Ces amours à la grecque nous paraissent si dégoûtantes que peu s'en est fallu que dans la traduction nous n'ayons changé les noms

d'hommes en noms de femmes *

Cependant Théocrile n'était point étranger au doux sentiment de l'amour : il lui a inspiré ses deux plus belles idylles, qui sont sans contredit la nr cl la xxvii*. première, c'est l'amour dans toute la violence de ses transports, et ce poëme est, au sentiment de Racine, juge compétent en pareille matière, ce que l'antiquité a laissé de plus passionné ; l'autre le reproduit dans ce qu'il a de phts suave , de plus délicat : celle idylle, qui pourrait être le sujet d'une longue étude littéraire et philosophique, semble avoir été destinée à compléter pour le lecteur de Théocrile toutes les faces de l'amour, le plus infini des sentimens.

Si l'on appelle pastorales les poésies de Théocrile dont les acteurs sont des habilans de la campagne ou peuvent être supposés tels , on trouvera xvn idylles bucoliques ; mais dans ses poèmes, il prend lous les tons il se sert tour à tour de la poésie lyrique sous ses différentes formes , de l'élégie et de ses accens plaintifs.

Dans les idylles qu'il est impossible de regarder comme pastorales, notre poêle a les beaulés propres à chaque genre ; il s'élève à la hauteur de la |toésie épique: pensées, expressions, épilhètes, lout est plein de hardiesse et de pompe. L'ode, échauffée du feu de son âme, en fait l'émule de Pindarc dans plusieurs de ses tableaux. Parfois aussi l'idylle prend le ton de la comédie.

'niéocrite offre plusieurs scènes, soil en adion, soit en récit, dignes des poêles comiques les plus célèbres. Il a fait parler les héros et les dieux dans la tragédie ; il dit alors simplement le* choses graves , il est sublime sans enflure, naïf sans trivialité.

Il n'est pas étonnant qu'il ait voulu s'exercer dans le poëme dramatique : un de ses lalens les plus remarquables, et c'est celui qui distingue tous les grands écrivains , est tic peindre les actions des personnages qu'il introduit dans ses idylles avec une vivacité qui les mei en scène dans l'imagination de ses lecteurs ; joigne/, à celle brillante faculté de son génie fart inépuisable de leur conserver à lous leur caractère propre avec une constance qui ne se dément jamais, cl vous aurez une idée jusle de Théocrile.

Il termina probablement son assez longue carrière vers l'année où Marcellus, après s'èlre emparé de Syracuse, défendue en vain par le fameux Arcbimcde,

SLR LA VIE DE TIIÉOCMTE.

vinl lui-même |*erdre la vie dans un piège que lui j tendit Annihal.

Dans celte nouvelle traduction , nous n'avons pas cru, par respect pour les anciens, devoir rien retrancher de ce que la postérité nous a conservé de Théocrilc. La traduction doit faire connaître les auteurs h ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas les lire dans leur langue originale ; il faut donc les montrer tels qu'ils sont, avec toutes leurs Iwautés, niais aussi avec leurs défauts. C'est au lecteur à savoir secouer les préjugés de nations et de mœurs pour pouvoir juger sainement des mœurs et des usages sépares des nôtres par un espace de deux mille ans. Mais tout en conservant à son original le caractère d'antiquité qui lui convient, le traducteur doit se débarrasser des langes de la différence des langues et s'imaginer que son auteur est, non pas Français, mais qu'il parle la langue française avec autant d'élégance et de talent que s'il parlait réellement la langue grecque. Ainsi point d'hellénisme inadmissible dans noire idiome, point de tournure bizarre et choquante pour les Français : tel a été notre désir en travaillant à (aire connaître les grâces de Tbéocrite.

Nous avons dû cependant , tout en présentant une nouvelle traduction du lierger sicilien , examiner quelques-unes de celles qui ont été faites avant nous. I^cs travaux de nos prédécesseurs nous ont servi : souvent notre expression a acquis plus de force et de vérité grâce à des efforts qui ne sont pas les nôtres ; souveut les fautes mêmes de nos devanciers nous ont signalé des erreurs à éviter, des imperfections à corriger.

Les traductions de Théocrilc ont été nombreuses ; le charme de son style et de ses sujets attirail naturellement l'attention des érudits. L'extrême difficulté de cet auteur a rendu infructueuses bien des tentatives successives et patientes ; mais elles n'ont pas été complètement perdues pour la science ; le texte de Théocritc y a gagné dr* la pureté; des vers inachevés ont été restitués , des commentaires habiles ont interprété des passages obscurs ; les fréquens proverbes toujours si difficiles a comprendre, parce qu'ils sont l'image exacte des mœurs souvent ioronnucs d'une nation, furent expliqués ou du moins donnèrent naissance a d'ingénieuses dissertations, à des recherches savantes sur les halHtudes de l'antiquité. Nous ne présenterons pas ici un catalogue exact des éditions, traductions, imitations, annotations de Théocrilc : nous indiquerons successivement et nous jugerons avec réserve.

Tbéocrite a été traduit en vers latins par Hclius Eolianus. Ce volume , petit in-8° publié à Baie en 16.11, est l'œuvre d'un philologue habile, mais d'un poète médiocre. Il y a de la fidélité dans la traduction, mais l'expression manque de grâce et de couleur.

tanguepierre , auteur de Alédée , tragédie qui cM

resiée au tbéâlre, a traduit les quinze premières idylles. Les vers sont mauvais et aujourd'hui oubliés; les notes sont bonnes quoique un peu longues : elles ont mérité les éloges des philologues allemands , et si leur rédaction, souvent diffuse, les rend ennuyeuses à lire, elles offrent cependant des éclain issemens curieux.

Chabanon a tour à tour traduit cl imité quelques idylles de Théocritc. La sécheresse et la raideur sont les défauts de son œuvre; les notes seules ont survécu: elles sout utiles et pleines d'une science rendue avec facilité.

Après cette mauvaise traduction eu parut une autre en prose plus mauvaise encore par P.-L.-C. (•in, ancien jurisconsulte. Le style en est diffus et c'est là son moindre défaut : la langue française , l'orthographe cl la syntaxe même y sont violées à toutes les lignes.

Théoerile trouva enfin un traducteur en la personne de Geoffroy. Mais l'habile critique chercha surtout à plaire ; l'élégance fut son principal but : pour faire lire Théoerile à des Français, il {'arrangea, il supprima les passages qu'il ne put pas rendre aimables, il amplifia la comparaison, il tailla les phrases à la française ; il éluda ainsi les difficultés sérieuses et changea le caractère général , la physionomie du poêle. Du reste Geoffroy a pris soin de nous avenir de ces licences, dictées par de bonnes intentions, dans une longue préface écrite toute entière avec le style et la rhétorique de l'ancien professeur d'éloquence au collège Mazarin ': « Cependant, nous dit-il, la bonne foi me fait un devoir de déclarer que, d'après les principes de Cicéron et d'Horace, je me suis plus attaché à rendre l'esprit de Théocrilc qu'à compter ses mots. J'ai même osé sacrifier à nota* goût et à nos mœurs quelques traits trop choquans pour des lecteurs français, convaincu que ces lelranchemeas témoignaient à la fois mon respect pour Théocrilc et pour le public. Mais pour ne rien faire perdre aux amateurs et pour justifier mes libertés aux gens de goût , ce que j'enlève au texte, je le restitue dans les notes. Je sais qu'une pareille témérité eût été regardée autrefois comme un sacrilège , mais la superstition n'est plus à la mode. Si les anciens sont des dieux , le culte qui les honore le mieux c'est un culte raisonnable , et le traducteur le plus irréligieux sera toujours celui qui par une exactitude aveugle el servile immole sa divinité à la risée des impies. *

Geoffroy a tenu toutes ses promesses. Sa Iraduclion est une belle infidèle.

Parmi nos contemporains, M. Didol a mis en vers avec une exactiludeserupuleu.se la traduction déjà trèsfidèle de M. Gail. M. Gros a publié eu 1832 un travail fait selon les n»èmes principes. Ce système de

' Mijikt de Thtorriie, Iraduile* en français a» ce dri remarques par Juh>n-|.oui* M-offroy, ci-4c«anl profeMcur d'éloquence au collège alazariu.

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