‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 226 sur 395 · LK CHEVRIER · texte numérisé non relu

LK CHEVRIER

Berger , je ne le puis. Déjà il est midi , et à midi il n'est pas permis de jouer de la flûte : c'est l'heure que Pan, fatigué de la chasse , a choisie pour se reposer. Ce dieu est cruel , la colère siège continuellement sur son front ; aussi je le crains beaucoup. Mais toi, Thyms, tu connais les malheurs de Daphnis, el tu excelles dans le chant bucolique. Allons nous asseoir sous ecl ormeau . en face de la slalue de Priape et de ces sources limpides, ou sur ce banc de gazon à l'ombre des chênes. Si lu rhanles comme tu le fis naguère lorsque lu vainquis le Indien Uiromis. je te laisserai

Iraire trois fois celle chèvre qui nourrit deux jumeaux et remplit encore deux vases de son lait ; je le donnerai aussi une coupe profonde enduite de cire odoriférante : elle est garnie de deux anses el sort à peine des mains du sculpteur. Un lierre, comme une guirlande de fleurs, couronne les bords supérieurs de celle coupe cl se marie à un hélichryse qui descend entourer le pied, où s'épanouit son fruit d'or.

Au fond est ciselée une femme d'une rare beauté , parée d'un voile el d'un réseau qui retient ses cheveux. A ses côtés, deux amans à la chevelure ondoyante se disputent sa conquête. Sans paraître émue de leurs discours , la coquette lanlôl sourit à l'un , lantôl porle sur l'autre se» regards enivrons ; el ses adorateurs, les yeux humides d'amour, se tourmentent en vain.

Au milieu on voil aussi un rocher escarpe . sur lequel un vieux pécheur, encore plein de virilité , Iratne à la hàle, et non sans peine , un immense lilet qu'il veut jeter à la mer. On croit voir ses pénibles efforts : sur son cou nerveux ses veines se gonflent, cl l'Age a blanchi son fronl sans affaiblir son corps.

Non loin de ce vieux marin , une vigne plie sous le poids de ses raisins pourpres. Un jeune enfant la garde, assis sur un (ronc d'arbre. Près de lui sont deux renards : l'un se promène parmi les ceps, se gorgeanl des grappes mûres; l'autre assiège la panetière du berger et ne veut s'éloigner qu'après avoir dévoré tout son déjeuner. Cependant le pelil gardien tresse avec du jonc el de la paille un piège pour prendre des cigales , cl semble moins occupé de sa panetière el des raisins, que du plaisir qu'il prend à son travail.

Une molle acanthe embrasse aussi cette coupe, vrai chef-d'œuvre étolien. J'ai donné en échange, à un pilote de Calédonie , une chèvre el un énorme et délicieux fromage. Elle est toute neuve , je ne l'ai pas encore approchée de mes lèvres, el je le la donnerai sans regrel . si lu me répèles ce chant admirable. Je ne suis point jaloux de ton talent. Allons, moucher

Thyrsis, commence; ne réserve pas le» chanls pour l'oublieux empire de Pluton.

THYRSIS. (richanlc.)

h Commencez, Muscs chéries, commencez un chanl bucolique; je suis Thyrsis de l'Etna , ma voix e*l la voix de Thyrsis.

» Où éliez-vous, ô Nymphes! lorsque l'amour consumait Daphnis? Dans le* riantes prairies qu'arrose le Pénéc, ou bien sur le Pinde? car vous ne vous délassiez ni sur les Iwirds du majestueux Anapus , ni sur la cime de l'Etna, ni dans les ondes sacrées de l'Acis.

«(Commencez, Muses chéries, commencez un chant bucolique.

» Jxïs loups cl les bétes féroces l'ont pleuré par leurs hurlemcns, cl le lion en a rugi de fureur dans les forêts.

» Commencez , Muscs chéries , commencez un chanl bucolique.

» Ses nombreuses génisses et leurs mères , ses mille taureaux el ses bœufs gémissaient , couchés à ses pieds.

n Commencez, Muses chéries, commencez un chant bucolique. '

w Mercure le premier accourut du haut des monts el dit : « Daphnis , qui l'a mis dans cet étal? Je l'en prie, quel est l'objet d'un amour si violent?»

n Commencez , Muses chéries , commencez un chanl bucolique.

» l^es |)âlres , les bergers, les ehevriers, réunis autour de sa couche, lui demandaient le sujet de ses maux. Priopa vint : «Infortuné Daphnis, lui dit-il , pourquoi le chagriner ainsi? La iKTgèrc court le long des ruisseaux et dans les bois

» Commencez, Muses chéries, commencez un chanl bucolique.

>» A la recherche d'un autre. Tu es malheureux en amour, car il te fait perdre la raison. Jusqu'à ce jour on t'a nommé berger; maintenant, (el qu'un simple chevricr que l'accouplement du bouc cl de la chèvre lait sécher de douleur

» Commencez , 31 uses chéries , commencez un chanl bucolique.

» La vue de jeunes filles qui rient cl fola-

TI1EOCIUTE.

Ircnt ensemble te rend jaloux; tu es désolé de ne pouvoir danser avec elles. »

» Le berger ne répondait rien et laissait le cruel amour dévorer sa languissante vie.

» Commencez, Muses chéries, commencez un chanl bucolique.

» Enfin parut la belle et gracieuse Vénus, le sourire déguisait le courroux enfermé dans son cœur : « Eh bien! Daphnis, dit-elle, tu osais défier l'amour; ne remporlc-l-il pas une mémorable cl terrible victoire ? »

» Commencez , Muses chéries , commencez un chanl bucolique.

» Daphnis lui répondit : « Ilarbarc Vénus, Vénus odieuse, vrai fléau des mortels! tout m'annonce que déjà le dernier soleil va se coucher pour moi; mais Daphnis, aux enfers même, délestera l'amour.

>» Commencez, Muses chéries, commencez un chanl bucolique.

» Va sur le mont Ida , où un simple berger et Vénus, dit-on... Va trouver Anchise... Là sont des chênes qui prêtent leur ombre ; ici, il n'y a que du jonc, ici les abeilles bourdonnent autour de leurs ruches.

«Commencez, Muses chéries, commencez un chant bucolique.

» Adonis est beau aussi; il palt des troupeaux, perce des lièvres à la chasse el poursuit d'autres bêtes sauvages.

» Commencez, Muses chéries, commencez un chanl bucolique,

» Ose le rendre auprès de Diomèdc el dislui : «J'ai vaincu le berger Daphnis, viens donc le mesurer avec moi. »

» Commencez, Muses chéries, commencez un chanl bucolique.

» Ixmps , ours et vous tous hôtes des fbrêts , recevez mes adieux ; vous ne verrez plus Daphnis dans les bois, ni sur les coteaux. Adieu , Aréthuse; adieu, fleuves qui portez le Iribul do de vos ondes dans les flots limpides du Thymbris.

«Commencez, Muses chéries, commencez un chanl bucolique.

» Je suis ce Daphnis qui paissais mes bœufs dans ces pâturages, ce Dapîinis qui abreuvai*

dans vos sources mes taureaux el mes génisse».

» Commencez , Muscs chéries , commencez un chanl bucolique.

» O dieu Pan ! soil que les pas errenl en ce moment sur le Lycée ou sur le haut Mènalc , viens en Sicile, abandonne le promontoire d'Hélice el le magnifique tombeau du fils de Lycam, honoré des dieux mômes.

» Cessez, Muscs, oh! cessez le chant bucolique.

m Approche, roi des chanteurs, reçois celle flûte si douce, si belle, si bien vernie; son embouchure recourbée s'adapte parfaitement aux lèvres. Prends-la, car déjà ma fatale passion nïentralne aux enfers.

» Cessez, Muses, oh! cessez le chanl bucolique.

» Buissons , el vous ronces , produisez des violettes -, que le beau narcisse fleurisse sur le genièvre. Nature , change les lois , el que sur le pin la poire mûrisse, car Daphnis se meurl. Que le cerf Iratne après lui le chien captir, el que le hibou le dispute au rossignol sur nos montagnes. »

m Cessez, Muses, oh! cessez le chant bucolique.

» 11 dit, el languissant il expire. Vénus veut le rappeler à la vie , mais déjà les Parques en oui Iranché les derniers fils. Daphnis a donc traversé le fleuve de la mort, el l'onde infernale enchaîne pour jamais ce mortel cher aux Muscs et bien-Aimé des Nymphes.

» Cessez, Muses, oh! cessez le chant bucolique. »

Donne-moi maintenant la coupe et fais approcher la chèvre -, je veux la Iraire et faire une libalion aux Muses.

Adieu , mille fois adieu , déesses d'Aonic ! Qu'une aulre fois mes chanls soient plus dignes de vous!

LK CIIRVRIKR.

Puisse, ô Thyrsis! puisse Ion gosier si harmonieux être toujours plein de miel et ne se nourrir que des ligues délicates d'Égilc! Le chanl de la cigale est moins doux que le lien.

Voici la coupe. Examinc-Ia , mon ami ; quel partum elle exhale ! on dirait qu'elle a été plongée dans la fontaine des Heures.

Chsélha, ici... Toi, exprime le lait de ses mamelles... Mes chèvres, ne bondissez pas, de peur que le bélier ne s'approche de vous.

Il* IDYLLE.

LA MAGICIKNNK.

Cimélha, éprise d'amour pour ta MjnaVn Delphi», cherche par dea enrfiam.ft.rn5 a le tirer du pjmnase el a te ramener a elle. Elle in»o.|iie U.fatr el la Lune , divinité* ra*oraWe» aui aman». I n esclave Tl.cstriu la seconde daua «es opéraltoua magiques.

Où sont les lauriers ? où sont les philtres ? apporte -les, Theslylis. Couvre celle coupe d'une rouge loison ; je veux poursuivre de mes enchanleinens le parjure qui cause mes maux. Depuis douze jours ce perfide esl loin de moi , cl il ne s'informe poinl si je vis ou si je meurs. Il n'est plus venu frapper à ma porte, le cruel ! Ah ! sans doute l'Amour et Vénus ont allumé d'autres feux dans son cœur inconstant. Demain j'irai au gymnase de Timagèles pour le voir el lui demander la raison de sa conduite. Aujourd'hui poursuivons-le de nos enchanlemens.

O Lune! pare ton front d'un nouvel éclat, c'est ma voix qui l'implore, reine des nuits; et toi aussi , souterraine Hécate, toi que les chiens mêmes redoutent lorsque , le promenant parmi les tombeaux , Ion pied se pose dans le sang.

Terrible Hécate, je te salue. Reste auprès de moi jusqu'à la perfection de ces philtres; qu'ils ne le cèdent ni à ceux de Circé, ni à ceux de Médéc, ni à ceux de la blonde Périmède.

Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Déjà le feu a consumé celle orge. Verse

maintenant Malheureuse Theslylis , à quoi

penses-tu donc? Maudite esclave, te joueraistu aussi de moi Verse le sel el dis ces paroles : « Je jelle aux flammes les os de Dclphis. »

Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Dclphis cause mes maux ; c'est pour Delphi» que je brûle ce laurier. Il pétille en l'enflammant, déjà il est tout consumé sans même laisser de cendre : qu'ainsi se dissipe en flamme légère le parjure Delphis !

Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Comme la cire se fond au feu , que le Myn-

TIIÉOCRITE.

dien Delphis fonde soudain d'amour pour moi, et que , pareil à ce globe d'airain que ma main fait lourner, l'infidèle poursuivi par Vénus, tourne autour de ma demeure.

Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Je vais brûler ce son -, loi , Diane, toi qui fléchirais Rhadatnantc lui-même et les cœurs les plus inflexibles des enfers... Écoule, Thestytis... Les chiens aboienl... c'est pour nous qu'ils font retentir la ville de leurs hurlemcns. La déesse est dans les carrefours ; vite , vite , frappe ce vase d'airain.

Oiseau sacre , vers moi rappelle mon volage amant.

Déjà la mer se tait, les vents s'apaisent, toul dort , le chagrin seul veille au fond de mon ejeur : je brûle d'amour pour celui qui, au lieu du nom d'épouse, ma donné l'infamie, m'a ravi l'honneur.

Oiseau nacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Je fais trois libations, el Irois fois, astre brillant des nuits, je t'adresse celle prière : » Quel que soit l'objet qui partage la couche de Delphis, qu'il l'oublie a l'instant, comme Thésée oublia jadis dans .Naxos Ariane a la belle chevelure. »

Oiseau sacré, ver» moi rappelle mon volage amant.

L'hippomanc que produit l'Arcadie, rend furieux el fail bondir sur les monlagues les jeu* nés chevaux cl les cavales rapides. Puissc-jc voir ainsi Delphis voler, plein d'amour, du gymnase à ma demeure !

Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Delphis a perdu celle frange de son manteau ; je la déchire el la jette sur le feu dévorant. Hélas ! cruel amour î pourquoi , pareil à l'avide sangsue, l'attacher à mon corps, pourquoi dévorer ma vie ?

Oiseau sacré , vers moi rappelle, mon volage amanl.

Je broie ce vert lézard, breuvage funeste que je le présenterai demain. Theslylis , prends ces philtres , inonde le seuil de sa maison , ce seuil où est attaché mon cœur, cl le perfide ne s'en soucie pas ! Crache et dis : «< Je jette aux vents les cendres de Delphis. »

Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.

Je suis seule... Par où commencer ai -je à dire mon déplorable amour ? Qui dois-je en accuser? Anaxo, fille d'Eubolus, allait au bois du Diane , portant sur sa tête la corbeille sacrée. Dans ce bois furent amenées de toutes parts de* bêtes féroces pour orner la fêle; parmi elles se trouvait une lionne.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

Theucarila , ma nourrice et ma voisine , née parmi les Thraces, cl qui est maintenant dans l'heureux Elisée, me pressa, me conjura d'aller voir celte pompe solennelle-, et moi, pauvre jeune fille, je la suivis vêtue de beaux habits de lin et couverte du riche manteau de Cléarisla.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

A moitié du chemin , près de la cabane de Lycon, je vis Delphis marchant avec Eudamippe. Ln duvet liu et doré colorait leurs joues, et leur poilrinc étincelait d'un éclat plus pur que le tien, ô Lune! Ils revenaient du gymnase et de leurs nobles exercices.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

A sa vue, infortunée que je suis! je devins toute en feu , ma raison s'égara , mon front pâlit , la Tète disparut à mes yeux ; j'ignore quelle main alors me ramena chez moi. En proie à la fièvre brûlante, dix jours el dix nuits je fus attachée sur un lit de douleur.

Reine des nuits apprends quel fut mon amour.

Mon corps prit la triste couleur du thopsos ; ma tète se dégarnissait de ses cheveux et mes os n'étaient couverts que d'une peau livide. Qui nïmplorai-je point ? De quelle magicienne n'ai-jc point invoqué les enchantemens ? Cependant point de remède ! et le temps fuyait toujours !

Reine des nuits , apprends quel fut mon amour.

Enfin j'ouvris mon coeur à mon esclave : « Theslylis , cherche un remède à mes maux ! Le Myndien seul possède toute mon existence. Va , épie autour du gymnase de Timagétes . c'est là qu'il se promène ; c'est la qu'il dispute le prix de la lutte, ce délicieux amusement de son âge

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

>» S'il est seul, fais-lui signe el dis-lui don-

IDYL

cernent : « Siinétha vous appelle, suivez-moi. » [ .le dis, elle part el amène le beau Delphis. Quand d'un pas agile Je l'entendis franchir le seuil de ma porte...

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

Je devins plus froide que la glace ; de mon front la sueur ruisselait semblable à la rosée du midi ; mes paroles expiraient sur mes lèvres -, ainsi l'enfant dans un songe veut appeler sa mère et demeure sans voix. J'étais froide, immobile comme un marbre.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

Le perfide rne voit, baisse les yeux , s'assied sur ma couche : « Simétba , me dit-il, en m'appelant aujourd'hui, tu m'as prévenu de moins encore que j'ai devancé hier a la course le beau Philinus.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

» Oui , je serais venu de moi-même, j'en atteste le tendre amour, je serais venu celle nuit, suivi de deux ou trois amis, t'apporter des pommes de Bacchus, ayant sur ma lêle , attachée avec des nœuds de pourpre, une couronne du peuplier consacré a l'immortel AIcide.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

» Si tu m'avais reçu, quelle félicité pour toi! tu aurais eu pour amant celui qu'une voix unanime a proclamé le plus beau et le plus léger de ses rivaux. IVIoi , jaurais été satisfait de savourer un seul baiser sur tes lèvres vermeilles; mais si, me repoussant, ta main eût continué à fermer le verrou de ta porte , alors le fer et le feu m'auraient frayé un chemin jusqu'à toi.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

» Je remercie d'abord Vénus de mon bonheur ; toi ensuite, ma bien-aimée , toi qui m'as arraché du milieu des flammes , qui m'as appelé dans ta demeure lorsque déjà j'étais à moitié consumé; car souvent le feu de Vulcain cède au feu de l'amour.

Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.

» Oui, c'est l'amour qui arrache la jeune vierge à son lit solitaire-, c'est l'amour qui arrache de la couche nuptiale l'épouse pal-

LES. 2fi.'i

pilant encore des baisers de son époux. »

Ainsi parla Delphis , et moi , fille crédule el aimante, je le pris par la main: je l'attirai tendrement sur mon lit. Son corps échauffa mon corps , nos lèvres brûlantes s'unirent et mille délices inondèrent nos âmes.

Qu'ajoutcrai-je encore , ô Lune bien-aimée ! les doux mystères s'accomplirent.

Depuis ce moment nos jours s'écoulaient doux el sereins. Delphis et moi n'avions aucun reproche à nous faire. Mais la mère do Philisto, ma joueuse de flûte, mère aussi de IWélixo , est venue me voir ce matin au moment où les chevaux du Soleil , sortis de l'Océan , s'élançaient dans le ciel , chassant devant eux l'Aurore aux doigts de rose, et entre plusieurs propos elle m'a dit :

a Delphis a une antre passion; je ne connais pas celle qu'il aime, mais je sais qu'il boit souvent à ses nouvelles amours. Tu es abandonnée ; ton infidèle orne de festons fleuris la maison de l'objet de ses feux. »

Voilà ce que m'a raconté ma voisine , elle qui dit toujours la vérité. En effet auparavant l'ingrat venait me voir trois ou quatre fois par jour; souvent il a oublié chez moi sa coupe dorique , et voilà douze jours que je ne l'ai vu ! Est-il est vrai qu'il a daulres amours? qu'il m'a oubliée? Je prétends qu'il tienne ses sermens , el s'il me néglige encore , j'en jure par les Parques , bientôt il verra les rives de l'Achéron ; car, puissante déesse , c'est d'un Assyrien que j'ai appris à composer les poisons renfermés dans celte urne magique.

Adieu reine des nuits , dirige les coursiers vers l'Océan ; pour moi, j'ai souffert et je souffrirai encore.

Adieu Lune au front brillant; adieu vous aussi, astre» qui accompagnez le char silencieux de la reine des nuits.

IIP IDYLLE.

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