LE CHEVRIER, OU AMARYLLIS
Plaintes amoureuses d'un chenier.
Je vais chanter devant la grotte d'Amaryllis, pendant que sur la montagne Tityre a soin de mes chèvres. Mon bon ami Tityre, veille sur mon troupeau; tu l'abreuveras ensuite; mais prends garde , ce bouc de Lybie est fort et vigoureux , il pourrait te frapper de sa corne.
Î86 TIIÉOCR1TK.
Adorable Amaryllis, pourquoi ne pas l'asseoir à Tcnlrée de la grotle i1 pourquoi ne pas appeler a (es cotes celui que tes charmes enivrent d'amour? Dis- moi , nymphe si jolie! me trouverais-tu le nez trop court et le menton trop allongé? Ah ! lu veux donc que je meure !
Voilà dix pommes: je les ai cueillies sur l'arbre que lu m'as toi-même désigné. Demain je t'en apporterai dit autres ; mais prends pitié, je l'en conjure , prends pitié de ma douleur.
Que ne suis-je légère abeille! je pénétrerais dans la grotle, je me glisserais dans le lierre et la fougère qui servent de couche à les membres délicats.
Je connais l'amour maintenant : dieu impitoyable, il a sucé le lait d'une lionne, et sa mère l'a nourri dans les forêts -, il embrase mon sang, il consume mes os.
Jeune fille au regard si doux et au cœur d'airain, nymphe aux noirs sourcils, serre-moi dans tes bras, accorde-moi un baiser: un simple baiser a tant de charmes!
Amaryllis que j'adore, lu me forceras à briser celle couronne de lierre et de persil odorant que j'ai tressée pour loi!
Hélas 1 que faire ? que devenir? Tu es sourde à ma voix! Je vais me dépouiller de mes babils et me précipiter dans les ondes du haut de celle roche d'où le pécheur Olpis amorce le thon vorace. Si j'échappe au trépas , du moins mon desespoir réjouira ton cœur barbare.
J'ai appris naguère combien tu me haïssais. Curieux de savoir si lu avais de l'amour pour moi, j'interrogeai la feuille du pavot : en vain je la pressai sur ma main; elle s'y flétrit sans rendre aucun son.
Elle m'a dit aussi la vérité, la vieille Agréa que lo crible instruit de l'avenir. Elle glanait aux champs , cl sur ma demande que j'eus soin d'accompagner d'une récompense, elle me répondit : h Chevrier, tu brûles pour une inhumaine. »
Cependant je garde pour toi une chèvre blanche comme le lis et mère de deux petits. La brune Érilhacis , fille de Mcrmnon, me la demande ; eh bien ! je la lui donnerai, puisque tu te ris de mon amour.
Dieux ! un tressaillement à l'œil droit ! . . . Doisje la voir ?... Je vais m'asseoir sous ce pin, et commencer une chanson; peut-être me regardera-t-elle : la belle Amaryllis n'a pas un cœur
(Il chaule).
« Amoureux d'une jeune princesse, ffippomène, les mains pleines de pommes, s'élance dans la carrière, et le premier louche au but. A la vue de ces fruits dorés, Alalante s'emflamme: elle brûle d'amour pour son vainqueur.
» Le devin Mélampe conduit a Pylos les lroti|>eaux qui [laissaient sur l'Othrys, et la mère de la sage Alphésibée devient l'heureuse é|K>use de llias.
» Et Adonis, lorsqu'il gardait ses troupeaux sur les hautes montagnes, n'inspira-l-il pas a la belle Venus un amour violent? ne vit-on pas cette immortelle presser sur son sein l'amant que la mort venait de lui ravir ?
» Qu'il est digne d'envie, A Endymion, ce sommeil élernel qui ferme les paupières! Heureux , femme adorée, heureux Jasion! Il a obtenu ce que vous ne connaîtrez jamais , profanes mortels ! »
Ma tête souffre, mais tu n'y songes guère. Je ne dumlcrai plus. Je vais me coucher ici ; les loups me dévoreront, et ma mort te sera plus douce que le miel.