‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 232 sur 395 · THÉ0CR1TE · texte numérisé non relu

THÉ0CR1TE

1er on l l'herbe épaisse el le (endre feuillage de ce bois plein d'un délicieux ombrage. Reste ici, Daphnis, Ménalque te répondra de sa place.

DAPHNIS chante.

«< J'airne la voix mugissante des taureaux et des génisses; j'aime aussi les sons mélodieux de la flûte. Ta voix plaît, Ménalque; et la mienne n'est pas sans agrément.

» Prés d'un frais ruisseau J'étends sur l'herbe fleurie les blanches peaux de mes belles génisses que le fougueux Aquilon a renversées du haut du rocher où elles broutaient la feuille de l'arbousier.

» Quand je suis sur ma couche, je m'inquiète aussi peu des chaleurs dévorantes de l'été, qu'un amant d'entendre les remontrances de son père ou de sa mère. »

Ménalque répondit.

MÉNALQUE chanle.

* J'ai reçu le jour sur l'Etna où ma belle grotte est taillée dans le roc. *

» Tous les biens que des songes rians offrent pendant le sommeil , je les possède : des chevreaux bélans et de jeunes brebis dont les douces toisons me forment une couche délicieuse.

» Un feu de chêne cuit mon frugal repas, et l'hiver je me réchauffe au feu de hêtre desséché : aussi je ne songe pas plus aux noirs frimais qu'un vieillard ne songe aux noix quand d'un œil satisfait il voit bouillir pour lui le lait el la farine. »

LE BERGER

J'applaudis ces bergers el leur fis aussitôt un présent. Daphnis eut ma houlette que la nature seule forma dans les champs de mon père, et à laquelle l'art n'aurait su trouver le moindre défaut. Je donnai à Ménalque une précieuse conque marine, dont j'ai moi-même mangé la chair, el qui rassasia cinq de mes amis; je l'avais prise aux bords de la mer où vint tomber Icare. Le berger la reçut, et soudain les échos d'alentour redirent ces stances joyeuses :

« Muses des champs , je vous salue. Répétez la chanson que j'ai dite l'autre jour aux pasteurs. Ne permettez pas que jamais le signe impur du mensonge flétrisse mes lèvres.

» La cigale est amie des cigales , la fourmi

des fourmis, l'épervier des éperviers; moi , j'aime les Muses cl les chansons. Puissent-elles habiter le séjour où pour elles seules je veille.

» Les Muscs me sont plus chères que les fleurs à l'abeille ; plus douces que le sommeil , plus agréables que le printemps. Elles comblent de joie ceux qu'elles protègent , et c'est en vain que Circé leur offre ses breuvages perfides. »

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