‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 242 sur 395 · OU LES GRACES · texte numérisé non relu

OU LES GRACES

Théocrile a adressé celle idjlle a lliéron, dernier tyran de Syracuse. Il a") plaint de l'indifférence et de l'avarfett des grands enveT* lei poPtc* qui célèbrent leura exploits et font liasscr leurs nom* A b postérité. Elle est terminée par rélogo d'Ilicron, qui cependant n"a jamais rien lait pour Théocrile.

Les filles de Jupiter chantent les immortel»; le» poète* célèbrent la gloire de» héros. Les Muses sont des déesses , et c'est aux déesses à chanter les dieux ; pour nous, simples mortels, célébrons les mortels. Mais est-il un seul homme qu'éclaire la brillante aurore, qui, accueillant les Grâces, les reçoit avec empressement et ne les renvoie pas môme sans récompense? Indignées, les pieds nus, elles regagnent alors leur triste demeure, me reprochant leur inutile requête; accablées d'ennui , elles restent assises sans honneur au fond d'un coffre vide cl la tôte appuyée sur leurs genoux glacés.

Quel mortel aujourd'hui, oui, quel mortel sait priser le poète qui donne l'immortalité? Pour moi , je ne le connais pas. Partout l'intérêt domine. On ne désire plus comme autrefois entendre célébrer les belles actions. La main cachée sous son manteau , chacun cherche des yeux de nouvelles richesses dont il garde même la rouille; et pour toute réponse, vous entendez répéter : « La jambe n'est qu'après le genou. Je garde ce que j'ai , les dieux assistent les poètes! Mais pourquoi tant d'auteurs? Homère seul suffit; c'est lui qui chanlo bien! c'est le plus grand poète, car jamais il n'aura rien de moi. »

Insensés! a quoi vous servent ces amas d'or, si vous les tenez renfermés dans des coffres? Le sage sait faire un plus digne usage de ses richesses ; il en garde d'abord une partie pour lui, en donne une autre aux enfans d'Apollon, et du reste, il fait du bien à ses proches et à ses semblables. Souvent ses sacrifices fument pour les dieux ; il exerce la douce hospitalité , et lorsqu'il admet des étrangers à sa table , il les laisse partir quand il leur platt.

Avant tout , honorez les interprètes des Muses ; eux seuls vous feront une bonne renommée même aux enfers, cl un jour, oubliés sans gloire sur les bords du noir Achéron , vous ne verserez pas des larmes de repentir et de re-

gret comme ce mercenaire dont les mains sont devenues calleuses sous le boyau et qui pleure la fatale indigence que lui onl léguée ses pères.

Tous les moi* les esclaves d'Antiochus et du roi Alevas so distribuaient une abondante nourriture; des troupeaux nombreux de génisses étaient renfermés tous les soirs dans les immenses élables de Scapas, et mêlaient leurs mugissemens à ceux des taureaux ; les bergers de l'hospitalier Créondas, couvraient pendant Télé de gras et innombrables troupeaux les vastes plaines de Cranin ; mais après avoir déposé leur délicieuse vie dans la barque du nocher des enfers , à quoi leur auraient servi ces richesses? Ils giraicnl aujourd'hui cl pendant des siècles élerncls, sans gloire et sans honneur, parmi la foule des morts vulgaires et abandonnés de leurs trésors , si le chantre de Cos ne les eût célébrés sur sa lyre harmonieuse el n'eût ainsi transmis leurs nobles noms aux races futures. Leurs coursiers même» sortis vainqueurs des jeux onl eu pari à leur gloire.

Qui connaîtrait aujourd'hui les chefs des Lyciens, qui connattrail les enfans de Priam à l'ondoyante chevelure, qui connaîtrait enfin ce Cycnus aux traits efféminés, si les poètes n'eussent célébré les héros du vieil âge? Ulysse qui erra dix ans chez toutes les nations du inonde , Ulysse qui descendit vivant dans le sombre empire de Piuton , qui sut fuir de l'antre sanglant de l'affreux Polyphèmc, n'eût pas longtemps joui de la gloire immortelle. Ils seraient ensevelis dans l'oubli le plus profond , et le pasteur Eumée, et Philétius el le vénérable Laèrle, si le chantre d'Ionie n'eût prodigué pour eux ses vers harmonieux.

Oui , les Muscs seules donnent l'immortalité aux mortels ; les richesses de» morts sont la proie d'un avide héritier. Il serait aussi difficile de compter les Ilots nombreux que le vent fait briser contre le sable des mers , ou de laver une noire ardoise dans une onde pure que de vouloir attendrir un avare. Loin , loin d'ici l'esclave d'une telle passion ! qu'il entasse trésor sur trésor et que sa richesse accroisse ses désirs !

Moi, je préfère l'estime et la bienveillance publiques aux chars et aux coursiers les plus fringans. Je cherche donc un mortel qui veuille gracieusement m'accueillir avec les Muses mes compagnes; car on ne peut arriver jusqu'à elles si le grand Jupiter n'en ouvre la voie.

TIIÉOCR1TE.

Le ciel if a point encore interrompu sa constante révolution qui nous donne les mois et le* années ; et souvent encore de superbes coursier» feront voler des char» daos l'arène. I n héros paraîtra que j'immortaliserai dans mes ver»; ses exploit» égaleront ceux du grand Alcide et du terrible Âjax dans le» plaines qu'arrose le Simols au pied du tombeau d'Uus. Déjà le Phénicien, recule aux extrémité» de la Libye, auprès de ce rivage où Phébu» »e plonge dans le» mer», le Phénicien est saisi d'effroi; déjà le» Syrcusains saisissent leur» lances et »c couvrent de boucliers d'osier. Au milieu d'eux, Hiéron, égal aux héros des vieux temps, revêt son armure, l'aigrette flotte sur son casque.

Jupiter, roi des dieux et des homme» ! Redoutable Minerve, et toi, Proserpine, loi qui régnes avec ta mère »ur la va»le et riche cité d'Epbyre, bâtie aux bord» du limpide Lysiméde, oh! qu'un destin protecteur éloigne les ennemis de notre Ile et les rejette dans la mer de Sardaigne ; que le» faibles restes de leurs nombreux bataillons retournent dans leur patrie pour annoncer aux en fan» et aux épouse» la mort funeste de ceux qu'ils chérissaient.

Que leur» premier» habitans reviennent dan» ce» villes qu'ont détruite» de fond en comble les mains de nos sacrilège» ennemis; qu'ils cultivent encore leurs champs couverts de verdure ; que des milliers de brebis bêlent comme autrefois dan» no» gras pâturages, et que de nombreux troupeaux de bœuf» retournant ensemble le soir à l'élable, pressent la marche trop lente du voyageur. Oui, puisse la charrue ouvrir des sillons nouveaux quand chante la cigale oisive sur la cime des arbres en observant les bergers qui lui tendent des pièges! Puisse l'araignée couvrir de ses frêles tissus les armes meurtrières et le nom même de la guerre s'éteindre dans un long oubli!

Vous , poète» , portez l'honneur d'Hiéron au delà de» mers de Scythie et jusqu'aux lieux où l'illustre Sémiramis cimenta par le bitume onctueux les vastes remparts de Babylonc. Le premier je préluderai à ces glorieux concert» ; vous que protègent les filles de Jupiter, réunissez vos voix à me» accens , et tous ensemble célébrons et la Nymphe Arélhuse, et la belle Sicile et les victoires d'Hiéron.

Divinités qu'honora Éléocle, vous qui aimez Orchoméne que fonda Minras jadis si détestée

par les Thébains , o Grâces ! faites-moi chérir ma solitude; mais si quelqu'un m'invite et sait m'apprécier, je me rendrai avec confiance vers lui, accompagné des neuf sœurs, ou je reste chez moi.

O Grâces ! ne me quittez jamais ; sans vous , quels biens offriraient des douceurs au mortel ?

XVIIe IDYLLE.

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