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ÉLOGE DE PTOLÉMÉE

Éloge de Nolémée Fbilsdclphe, Dis de Ptolémée Ltgus cl de Bérénice, dont le poète bit remonter l'origne i Hercule. Honneur des lujels de ce prince ; sa moaifleence envers le» dieux et le* poètes. Théocrile j joint en peu de mots l'éloge d'Arsinoé, soeur cl épouse de Ptolémée.

Muses , que Jupiter soit le principe et la On de nos chant» , Jupiter le plus grand des dieux que nous puissions célébrer. Parmi le» mortel» chantons Plolémée , que Ptolémée le plus grand des héros soit au début et à la fin de no» vers.

Les fils des demi-dieux ont jadis trouvé des chantre» fameux pour redire leur» noble» exploits ; moi , je consacre mes accens à célébrer l'immortel Ptolémée, car les accens du poète sont un prix digne des dieux mêmes.

Un bûcheron pénètre dans la silencieuse forêt d'Ida ; arrivé au milieu de ces arbres innombrables , il ne sait sur lequel sa coignée portera les premiers coups. Ainsi que lui j'hésite : par où commencer? Que de chose» à dire sur le plus parfait des rois que les dieux euxmêmes ont orne de toutes le» vertus!

Remontons d'abord au berceau de ses ancêtres, au fils de Lagus, et nous verrons que lui seul pouvait achever ces immenses projets que tout le génie de» antres mortel» n'aurait pas même pu concevoir. Aussi , placé par Jupiter au rang des dieux immortel», il habite un palais d'or dans le brillant Olympe. Près de lui est assis son ami Alexandre, la tête ornée de la mitre asiatique ; Alexandre , ce dieu formidable aux Perses que sa valeur a écrasés. En face, *ur un trône de diamant, Hercule, le vainqueur du taureau , savoure au milieu de» immortels les douceurs d'un banquet sacré, et voit avec joie se» petits -fils que Jupiter a exemptés de maux en rendant la verte jeunesse à leurs membres engourdis par l'âge. Tous les deux sont au rang des dieux, tous les deux descendent du valeureux Hyllus, fllsd'AI-

cide qu'ils honorent comme le premier auteur de leur race.

Quand, enivré du céleste nectar, le fils d'Alcmène quitte la table des dieux pour voler auprès de sa jeune épouse , il donne à l'un son arc et son carquois, à l'autre sa massue noueuse armée de fer, et tous les deux , radieux de ce noble fardeau, accompagnent leur père dans le brillant palais d'Hébé aux pieds d'albâtre.

Bérénice , l'honneur de son sexe et la gloire de sa race , unissait les grâces a la plus haute sagesse. L'auguste fille de Dioné , la déesse qui régne dans Cypre, arrondit de ses belles mains son sein parfumé ; aussi jamais épouse n'inspira tant d'amour à son époux que Ptotémée en ressentit pour Bérénice , et jamais époux ne fut plus chèrement aimé. Heureux père autant qu'heureux époux lorsqu'il se livrait aux douceurs d'un amour tendrement partagé, il déposait sans crainte entre les mains de ses en fans les rênes de son vaste empire.

lut mère coupable qui convoite une couche étrangère jouit d'une nombreuse prostérilé; mais elle n'a point de fils semblables à leur père.

La plus aimable des déilés , ô Vénus ! toujours tu fus la protectrice de Bérénice. Par loi celte belle princesse n'a point traversé l'Achéron , ce fleuve des larmes. Avant qu'elle ail pu s'approcher des sombres rivages et voir le redoutable nocher des enfers, tes mains l'enlevèrcnl pour la placer dans Ion lemple et l'associer à tes honneurs. Aussi aujourd'hui, divinité favorable aux mortels, elle n'inspire que des amours heureux et soulage les infortunes qui l'implorent.

Argiennc aux yeux noirs , aimable fille d'Adraste , Ion union avec Tydée donna le jour au héros de Colydon, à l'intrépide Dioméde. Théthis au sein d'albâtre rendit le fils d'Éaque , Pelée , père de cet Achille si habile à lancer le javelot; et loi, invincible Ptolémée, la belle Bérénice le conçut d'un Ptolémée aussi vaillant que toi.

Gos Ta reçu au sortir du sein de la mère; c'est là que les yeux ont vu ta première aurore; c'est la que, pressée par les douleurs de l'enfantement, la fille d'Anligone implora la secourante Lucine. Lucine accourt, verse sur tous ses membres l'oubli de la douleur et alors naquit un aimable enfant ressemblant à son père.

A sa vue , Cos jette un cri de joie, et le pre-

nant dans ses bras : « Crois, heureux enfant, dit-elle , et puisse ta naissance ni' honorer autant que celle d'Apollon honore la florissante Délos ! Fais rejaillir sur le ment Triops et sur nos voisins, le» peuples de la Doride, le même honneur que Me de Rhénée obtint de l'immortel Apollon. »

Ainsi parle celle Ile , et l'aigle de Jupiter, du haut d'un nuage , fait entendre trois fois un cri d'heureux présage , signe certain de la protection du souverain des dieux , qui en tous les temps accorde ses faveurs aux princes vertueux. Le meilleur de tous est celui que le maître du monde protège au premier de ses jours ; le bonheur accompagne ses pas , son empire s'étend au loin sur la terre et les mers , des peuples immenses cultivent d'abondantes moissons que fertilisent les douces rosées du ciel.

Mais aucun pays n'égale la fécondité et les richesses du sol de l'Egypte quand le Nil débordé vient amollir la glèbe desséchée; nul prince ne commande à un plus grand nombre de villes peuplées d'habitans industrieux. Qui pourrait compter les cités florissante» sur lesquelles le puissant Ptolémée régne en souverain? Trois fois dix mille villes, trois fois miHe, trois fois cent, trois fois dix et encore trois fois trois , voilà son empire. Il range encore sous son sceptre une partie de la Phénicic , de l'Arabie , de la Syrie , de la Libye et des noirs Éthiopiens. 11 dicte des lois à toute la Pamphilie, aux braves Ciliciens, aux Lyciens, aux belliqueux Cariens et aux habitans des Cyciades. Ses vaisseaux invincibles fendent au loin les mers, car les mers, la terre et les fleuves rapides rendent hommage au puissant Ptolémée.

Autour de lui sont réunis une cavalerie sans nombre et d'innombrables fantassins élincelans de fer, et qui font retentir leurs brillantes armures. Son opulence efface celle de tous les rois : chaque jour d'immenses richesses affluent de toutes paris dans son palais.

Ses peuples cultivent en paix les arts et leurs moissons. Jamais sous son règne , une horde ennemie n'osera traverser le Nil et porter le tumulte de la guerre dans les villages d'Egypte ; jamais le pirate , s'étançani de ses vaisseaux sur le rivage , ne viendra à main armée enlever les troupeaux do l'Égyptien. Le blond Ptolémée, si prompt à brandir sa lance meurtrière, veille a la sûreté de ses étals; Ptolémée qui, non

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content de conserver comme il sied à un grand roi l'héritage de se* pères, l'agrandit encore par de nouvelles conquêtes.

Cependant ses richesses ne sont point oisives comme cet or qu'accumule dans l'Inde l'avare fourmi; elles ne restent point, inutiles, amoncelées dans son palais; elles brillent dans les temples des dieux ornes des plus précieuses offrande» qu'il joint aux prémices de tous ses tributs.

Sa munificence étonne les rois les plus puissans-, il enrichit les cités et ses dignes amis. Aucun poète admis aux combats sacrés de Bacchus ne fil entendre une docte harmonie qu'il ne reçût une récompense égale è ses talons ; et les interprètes des Muses , pour le payer de ses nobles faveurs, célèbrent à l'envi la grandeur de Ptolémée.

Est-il pour le riche une ambition plus belle que d'obtenir la célébrité parmi les hommes ? La gloire est aujourd'hui le seul bien qui reste aux Atrides , tandis que les brillantes dépouilles qu'ils ont enlevées au palais de Priam sont ensevelies dans les ténèbres de l'oubli où tout va se perdre sans retour.

Quels chants pourraient dignement répéter la piélé filiale de Ptolémée? A peine ses augustes parens sont descendus dans la tombe, que déjà il consacre leur mémoire par des temples où brûle un encens perpétuel. C'est là que leurs traits chéris respirent sur l'or et sur l'ivoire, et que tous les mortels les honoren t comme des dieux protecteurs. Tous les ans le feu consume sur leurs autels ensanglantés de grasses et nombreuses victimes.

Ptolémée préside à ces sacrifices, accompagné de sa belle épouse qui presse dans ses bras le plus grand des héros, uni à elle par le double lien d'époux et de frère. Ainsi s'unirent par des liens sacrés les enfans de l'auguste Rhéa, les rois de l'Olympe, et partagèrent la couche nuptiale qu'Iris , vierge encore , leur avait préparée de ses mains parfumées.

Salut, roi Ptolémée! je consacre ma voix à célébrer tes louanges comme celles des demidieux. Peut-être mes chants ne seront pas sans gloire pour toi dans la postérité. Quant à la vertu, c'est Jupiter seul qui la dispense.

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