‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 247 sur 395 · LES PÊCHEURS · texte numérisé non relu

LES PÊCHEURS

L'n pèche ur a revé que sa ligne lirait un poiison d'or du Tond de la mer ; le potte en profite pour ae rire de l'ambition dea bommea et prouver que la pauvreté aert d'aiguillon au trav ail ,aeul bien néceaaaire , parce que avec le travail on vient a bout de tout.

Le besoin , mon cher Diophante , est l'aiguillon des arts; lui seul force l'homme au travail. Les soucis dévorant* ne laissent pas dormir le mercenaire, pendant la nuit : à peine le sommeil ferme-t-il sa paupière fatiguée que soudain les inquiétudes qui l'agitent l'éveillent en sursaut.

Dans une cabane dont le toit était de joncs et le mur de feuillage , deux vieux pêcheurs étaient couchés sur un lit d'algues desséchées. Autour

d'eux étaient épars les instrumensde leurs rudes travaux, des paniers, des lignes, des hameçons, des filet» encore couverts de mousse , des lacets, des seines, des nasses d'osier, une outre et leur vieille barque posée sur des rouleaux; une natte de jonc, leurs habits et leurs bonnets antiques formaient un oreiller sous leur tête.

Tels étaient les outils, telles étaient les richesses des deux pêcheurs. Pas un vase , pas même un chien fidèle : le produit de leur pêche, ils le regardaient comme le suprême bien , et leur pauvreté leur était chère , Ils n'avaient pas un seul voisin , mais de tous côtés la mer battait de ses flots murmurans leur modeste cabane.

Le char de Phébé n'avait point encore fourni la moitié de sa course quand le travail réveilla ces pêcheurs. Ils chassent le sommeil de leurs paupières et commencent cet entretien dont la nature seule faisait les frais.

ASPI1ALION.

Ami , ils nous trompent sans doute ceux qui disent que les nuits sont plus courtes l'été, cette saison que Jupiter enrichit de longs jours. J'ai déjà vu mille songes , et l'aurore ne paraît pas. Me trompai-je? Que signifie cela ? La nuit serait-elle plus longue qu'à l'ordinaire ?

OLPIS.

Asphalion , tu accuses la gracieuse saison de l'été ? Le temps ne change point ainsi à son gré : le souci qui trouble ton repos a pour toi prolongé la nuit.

ASPHALION.

Sais-tu expliquer les songes? J'en ai eu celte nuit d'cxccllcns ; je ne veux pas te priver du plaisir qu'ils mont causé : puisque la pêche est commune entre nous, que les songes le soient aussi. Tu es le premier homme pour le bon sens , et le meilleur interprète des songes c'est un sens droit. D'ailleurs nous avons du loisir; car que faire, couchés sur un lit de feuillage, prés des flots, sans dormir? La lampe du Prylbanée veille encore; là du moins l'huile ne manque pas.

OLPIS.

Dis-moi ton songe, raconlcs-en toutes les circonstances.

ASPHALION.

Hier quand je fus endormi accablé des f jli-

gués de la pêche , après un léger repas (lu l'en souviens , nous soupûmes sobrement et trèslard) ; je crus me voir assis sur un rocher d'où j'épiais les poissons en agitant la trompeuse amorce attachée à ma ligne. Un poisson des plus gros la dévore toul entière. Le chien rêve au pain , moi je rêve au poisson. Le mien tenait à l'hameçon , son sang coulait , et ma ligne se courbait sous le poids : mes bras tendus la soulèvent avec peine ; il me fallut lutter pour attirer avec un Ter si faible un poisson lourd. Songeant ensuite qu'il pourrait bien me mordre : n Si tu me mords, lui disais- je, je le mordrai bien mieux. » EnOn , comme il ne remuait plus, j'étendis la main, el le combat fut terminé.

Que vois-je? un poisson d'or! oui, d'or massif. Je craignis qu'il ne fût le bien-aimé de Neptune , ou peut-èlre le trésor d'Amphytritc aux yeux d'azur. Je le détachai doucement de l'hameçon pour n'y point laisser quelque parcelle d'or, puis je le tratnai sur le rivage à l'aide d'une corde el jurai de ne plus mettre désormais le pied sur la mer, mais de rester sur terre et d'y vivre comme un roi avec mon or... Dans ce moment je me suis réveillé.

Ami, rassure-moi; je suis effrayé du serment que j'ai fait.

OLPIS.

Ne crains rien , Asphalion ; tu n'as ni juré, ni vu , ni pris de poisson d'or. Ce rêve est un mensonge. Lève-toi , ouvre bien les yeux , parcours le rivage, et ton rêve se bornera à chercher de véritables poissons. Mais prends garde de mourir de faim avec les songes d'or.

LES DIOSCGRES.

Celle idjlte se divise en deux pirlies. Dan» U première, le poète chante ta lulte de Poilus rl d'Amyrus, roi des ucbrjc<f, qui conlrnipnaii loi étrangers à lulier contre lui : dan* la seconde, il célèbre la victoire de Castor sur Ljncée, cruellement égorgé par son implacable rival.

Je chante les fils do puissant Jupiter et de la belle Léda, ce Castor si vaillant, ce Pollux invincible au pugilat quand le ceste armait sa redoutable main. Je répèle les noms de ces deux illustres frères que Lacédémone vil naître de la fille de Thestius , qui se sont distingués si souvent dans les exercices athlétiques el donl la bonté lulélaire préserve aujourd'hui les

mortels de l'homicide acier, dégage de la mêlée sanglante les coursiers épouvantés el ranime les matelots qui, luttant contre la tempête, cherchent en vain dans un ciel obscurci les astres qui doivent diriger leur course.

Les autans déchaînés soulèvent des montagnes humides, courent en tourbillons de la poupe à la proue et précipitent les flots sur le navire qui s'entr'ouvre de toutes paris ; l'antenne gémil, les voiles se déchirent, le mât brisé vole en éclats -, des torrens lancés du haut des nues augmentent l'horreur des ténèbres ; la plaine des mers mugit au loin sous les coups redoublés de la grêle el des vents. C'est alors , fils de Léda , que vous arrachez les vaisseaux à l'abtme, et à la mort le pâle nautonier qui se croyait déjà descendu aux sombres bords. Soudain les \cnls s'apaisent, le calme renatl sur les ondes, les nuages se dispersent, les ourses brillent, cl les constellations favorables promettent aux matelots une heureuse navigation.

Protecteurs des mortels, ô modèle de la tendre amitié ! vous qui êtes également habiles à dompter un coursier et à manier une Ivre, invincibles athlètes et chantres harmonieux, lequel célébrer d'abord? Tous deux vous ave/, droit à mes hommages. Je commence par Pollux.

Déjà Argo avait heureusement dépassé ces lies jadis errantes, aujourd'hui immobiles; déjà il avait franchi les bords inhospitaliers du Bosphore quand il aborda chez les Bébryces avec les héros chéris des dieux : là on jelle les échelles, et les compagnons de Jason s'empressent de descendre sur le rivage, où, ô l'abri des vents et des flots, ils dressent des lils . font jaillir le feu d'un caillou et préparent leur festin.

Cependant Castor, si habile à dresser les nobles coursiers , et le blond Pollux s'éloignent de leurs amis et s'avancent dans ces contrées solitaires. Tandis qu'ils considèrent la vaste et sombre forêt qui couronne la montagne, ils découvrent sous une roche escarpée une source abondante : l'eau pure cl limpide laisse voir son sol parsemé de cailloux dont l'éclat égale le cristal et l'argent ; auprès croissent le pin allier , le peuplier blanc , le vert platane , le cyprès touffu , el ces fleurs odorantes dont la terre sémaille sur la fin du printemps et q*w chérit l'industrieuse abeille.

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