‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 248 sur 395 · THEO · texte numérisé non relu

THEO

Là , seul , sans autre (oit que le ciel , habitait un audacieux mortel , au farouche regard , aux oreilles meurtries sous les coups du ceste ; sa vaste poitrine s'élevait en s'arrondissanl comme un globe , et son large dos était revêtu d'une peau plus dure que le fer-, on eût dit un colosse forgé sous le marteau. Sur son bras nerveux, à l'extrémité de l'épaule, se prononçaient des muscles vigoureux : tels ces cailloux qu'un torrent a arrondis en les roulant dans ses flots. La dépouille d'un lion couvrait ses épaules et descendait jusqu'à terre.

L'intrépide Pollux lo premier lui adresse la parole.

POLLUX

Salut, étranger. Quel peuple habile ces contrées?

AMYCUS.

Pourquoi salut? quand je vois des hommes que je ne connais pas ?

pollux.

Ne crains rien; je suis juste et fils de parc n» vertueux.

AMYCUS.

Moi , craindre ? ce n'est pas à toi à me l'apprendre.

POLLUX

Tu es vain, irascible et farouche.

AMYCUS.

Je suis tel que tu vois; d'ailleurs la terre que je- foule n'est point la tienne.

POLLUX

Si c'était la mienne , lu ne retournerais pas chez toi sans avoir reçu l'offrande hospitalière.

AMYCUS.

Jamais je ne serai ton hôte ; pour mes dons, il n'est pas facile de les obtenir.

POLLUX

Quoi î mon ami , nous ne pourrons pas même nous désallércr à cette source ?

AMYCUS.

Tu le sauras quand (a soif aura desséché tes lèvres.

POLLLX.

Faut-il de l'or pour celle faveur? Quel prix \ mets-tu?

AMYCUS.

Celui de combattre corps à corps, armé du ceste, contre un athlète redoutable, serrant les mains contre ses main», les cuisses contre ses cuisses, le bravant des yeux et du poing, et usant de toute Ion adresse.

POLLUX

Où donc est l'alhlète?

AMYCUS.

Devant loi; Amycus est ton rival.

POLLUX

El le prix du combat ?

AMYCUS.

Vaincu , je suis à loi ; vainqueur, tu seras mon esclave.

POLLUX

Ces combats sont des combats de coqs.

AMYCUS.

De coqs ou de lions, peu m'importe; nous ne combattrons qu'à ce prix.

Ainsi dit Amycus, et soudain l'air retentit de sa conque marine. A ce signal , les Bébryces si soigneux de leur longue chevelure se rassemblent en foule sous des plalancs. De son . côté, l'intrépide Castor vole vers le vaisseau et appelle tous ses illustres compagnons.

Les deux rivaux s'arment du ceste, attaché à leurs bras par de longues courroies entrelacées, cl entrent dans l'arène le* yeux élincelans de fureur.

D'abord ils se disputent l'avantage de présenter le dos aux rayons du soleil. Ton adresse, ô Pollux! l'emporte sur (on colossal ennemi, et les rayons de l'astre du jour (ombenl d'aplomb sur le visage d'Amycus, qui, transporté de rage, s'avance en cherchant à porteries premiers coups ; mais le fils de Tyndarc le prévient et le frappe sur la joue. Alors la fureur du géant redouble, il marche en avant el le combat s'anime. Les Bébryccs font retentir l'air de leurs cris de joie. Les héros grecs encouragent le vaillant Pollux et tremblent que ce nouveau Tityus ne l'accable de son horrible niasse dans celte arène si étroite. Mais le fils de Jupiter le presse de tous côtés, frappe tour à tour des deux mains el repousse les attaques de l'insolent fils d ; Neplune. Celui-ci s'arrête comme enivré de coups; il vomit un sang noir,

ses joues et se» mâchoires sont meurtries, et ses yeux paraissent à peine à travers l'enflure de son visage. A ce spectacle, les princes grecs font retentir le rivage d'un cri de joie.

Cependant Pollux harcelle sans relâche son ennemi parde fausses allaques. Enfin, le voyant incertain sur sa défense, il lui assène un coup de son ceste au-dessus du nez, entre les sourcils, et lui dépouille le front jusqu'à l'os. Le géant chancelle , tombe et roule sur le gazon ensanglanté.

Bientôt il se relève, et le combat recommence avec une nouvelle fureur. Les deux rivaux se portent des coups terribles-, mais ceux du chef des Bébr j ces ne tombent que sur la poitrine et loin de la tète de son adversaire, tandis que les coups de l'invincible Pollux couvrent de plaies dégoûtantes le visage d'Amycus. Alors, inondé de sueur, haletant de faligue, le farouche géant n'eslplusqn'un homme ordinaire , au lieu que le frère de Castor semble puiser dans le combat des forces nouvelles: ses membres deviennent plus vigoureux, ses (rails se colorent d'un plus vir incarnat.

Muse, dis-moi , tu le sais , dis-moi comment le fils de Jupiter terrassa ce féroce mortel ; interprète fidèle, je répéterai à ton gré ton langage sacré.

Méditant un coup décisif, Amycus saisit de sa main gauche la main gauche de Pollux, et là , penché hors de la portée des coups , il lève vivement la main droite pour frapper son rival. Ce moment allait être funeste au roi d'Amyclée; mais il baisse la tôle, se glisse sous le bras du géant et le frappe à la lempe gauche de son ceste redoutable qui retombe sur son épaule. Aussitôt un sang noir ruisselle ; et du poing gauche, Pollux lui meurtrit la bouche, lui fracasse les dents, multiplie ses coups sur ses joues et lui brise les os.

Étendu sur la terre, désespérant de la victoire , existant à peine, Amycus soulève avec effort ses mains suppliantes et avoue sa défaite. Magnanime Pollux, tu n'abusas point de la victoire, et lui te jura par son père de se montrer désormais plus humain envers les étrangers.

J'ai chanté ta valeur, intrépide roi d'Amyclée ; c'est loi maintenant que je vais célébrer, noble fils de Tyndare, ô Castor! si habile dans l'art de dompter les coursiers et do lancer les javelots!

Les deux fils de Jupiter fuyaient , emmenant

les deux filles qu'ils avaient ravies A Lcucippc; mais déjà sur leurs pas volent les fils d'Apharéus, Lyncée et le valeureux ldas, fiancés des jeunes princesses. Ils les joignent au tombeau d'Aphoréus; aussitôt Caslor et Pollux se retournent , et tous quatre à la fois s'élancent des chars , armés de leurs glaives cl de leurs boucliers. Lyncée, couvert d'un casque brillant , s'écrie : « Insensés! pourquoi voulez-vous combattre? Pourquoi ces épées qui brillent dans vos mains? Pourquoi employer la violence pour nous ravir nos épouses ? C'est à nous que Leucippe a promis ces filles avant même de vous connaître ; les sermens les plus solennels nous licnl ; et vous , sans égard pour des engagemens sacrés , vous venez, par vos présens corrupteurs, séduire un faible vieillard et enlever des troupeaux , des richesses qui doivent nous appartenir. Combien de fois , quoique sobre de paroles , combien de fois ne vous ai-je pas dit à tous deux : « Mes amis, il ne sied pas à des héros fameux de ravir des femmes aux époux qui leur sont destinés. Allez dans la populeuse ville de Sparle , allez dans celte vaste Elidc si renommée par ses coursiers, parcourez l'A rcadic si féconde en troupeaux, visilez les villes de l'Achale , Mycène, Argos et les côles où régna Sisyphe : là croissent sous les yeux de leurs mères mille jeunes Grecques dont l'espril égale la beauté ; vous n'aurez qu'à choisir; il n'est point de famille qui ne s'honore de l'alliance de héros tels que vous. Oui , vous tenez le premier rang parmi les héros , vous, vos aïeux et vos pères, dont l'origine remonte jusqu'aux dieux. Allons, amis, laissez-nous accomplir noire hyménée, et nous vous aiderons ensuite à trouver d'autres épouses dignes de vous. »

» Tels étaient mes discours ; et les vents les portaient vers les flots : vous ne fûtes point touchés. Aujourd'hui du moins écoutez la voix de la ju8licc. Nous sommes , vous et nous , les enfans de deux frères 5 mais si vos cœurs sont avides de carnage , s'il faut du sang pour assouvir votre haine , pour éleindre nos querelles, que mon frère ldas et Pollux mon cousin ne prennent point part au combat; plus jeunes, Castor et moi, nous tenterons le sort des armes , et nos tristes parens seront moins ainigés : c'est assez que chaque famille ail à pleurer un fils chéri. Les deux autres consoleront les auteurs de nos jours, épouseronl les

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princesse», cl cette grande querelle aéra terminée par un sacrifice moins douloureux. »

Ainsi parla Lyncée, et les dieux firent adopter son conseil.

Les deux atnés quittent aussitôt l'armure qui couvre leurs épaules. Le frère d'Idas s'avance vers le lieu du combat en frappant de sa lame les bords de son bouclier ; l'intrépide Castor brandit la sienne ; les panaches se balancent au gré des vents. D'abord les deux rivaux se mesurent des yeux , chacun cherche le défaut de la cuirasse de son ennemi -, mais la pointe de leurs lances , frappant l'impénétrable bouclier, scLrise avant d'avoir fait aucune blessure. Soudain, altérés de sang, tous les deux, sans donner de trêve à leur fureur, tirent leurs épées. Castor tombe à coups redoublés sur le large bouclier et le casque à aigrette de son rival. Lyncéc au regard perçant frappe aussi avec rage sur le bouclier du fils de Jupiter, et du tranchant de son épéc fait voler au loin son rouge panache. Déjà il dirige la pointe de son glaive contre son genou gauche ; mais Castor retire le pied et lui mutile les doigts. Lyncée blessé laisse tomber son arme et s'entoit au tombeau de son pére, d'où le brave Idas assis tristement contemplait le combat des deux cou- j sins. Le fils de Tyndare s'élance après lui , l'ai- I teint et lui plonge dans le sein sa formidable épée. L'humide acier déchire les entrailles de Lyncée-, il chancelle , tombe , et le sommeil de la mort presse ses paupières.

L'inconsolable Laocoosa ne vit pas même un de ses fils revenir sous le toit paternel et achever un hymen qu'elle s'était promis.

Déjà ldas arrache la colonne qui s'élève sur le tombeau d'Aphoréus, il va la lancer contre le meurtrier de son frère; mais Jupiter veille sur les jours de son fils : le marbre échappe aux mains d'Idas, que dévore aussitôt la foudredu roi des cieux. Tel est le sort réservé au téméraire qui osera se mesurer avec les fils de Tyndare, ces en fan s redoutés d'un père plus redoutable encore.

Salut, fils de Léda; accordez à mes hymnes une gloire immortelle. Toujours les poètes furent chers aux Tyndarides, à Hélène, à ces «érosqui, pour venger Ménélas, mirent llion en cendre. O princes chers aux mortels! il a livré vos noms a l'immortalité le chantre de Chioqui a célébré la ville de Priam, la flotte

des Grecs, les combats phrvglens cl l'invincible Achille.

A moi aussi les Muses ont accordé le don des vers harmonieux, et je vous offre l'hommage de leurs bienfaits, de ces hymnes qu'elles m'inspirent : les vers sont le plus doux présent qu'on puisse faire aux dieux.

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