L'AMANT MALHEUREUX
In berger brûlant d'amour est cruellement repouMé par l'objet «le sa flamme. Il te prend de désespoir. Ija statur de l'Amour tombe »ur l'iiwenslble , l'écran; et venge ainii l'amant malheureux.
I n homme aimait un jeune adolescent aussi beau que cruel . qui haïssait celui dont il était adoré et ne lui témoignait qu'une rigueur impitoyable. L'ingrat! il ne savait pas quel dieu est l'Amour, combien sûr est son arc, de quels traits aigus il perce les jeunes cœurs.
Ses discours se ressentaient de la férocité de son abord : jamais la faveur la plus légère, jamais un gracieux sourire, un coup d'œil bienveillant, une douce parole; jamais un de ses baisers si doux qui ravissent les sens. Semblable à l'hôte sauvage des forêts qui fuit à la vue du chasseur, la présence d'un mortel le mettait en fuite. Ses lèvres étaient dures, ses yeux lançaient de terribles regards, la colère altérait ses traits et laissait empreint sur son visage sévère un air de mépris et d'horreur. Cependant l'ingrat n'en était par moins beau , et sa colère même irritait les désirs.
Enfin, succombant à sa douleur, le malheureux amant, baigné de larmes, s'approche de la fatale demeure de l'objet de son amour; il baise le seuil et fait entendre ces paroles qu'interrompent de douloureux soupirs :
« Cruel enfant, ô toi qu'a nourri de son lait une lionne féroce, cœur d'airain, cœur peu digne de tendresse, je viens toffrir pour dernier présent ce nœud qui va terminer ma vie. O enfant ! je ne veux plus que ma présence excite ta colère; je me précipite vers les lieux où ta bouche m'a exilé, vers ces lieux où , dit-on , le Léthé roule pour les amans l'oubli des maux dans ses ondes salutaires. Hélas ! mes lèvres en tariraient la source avant d'éteindre la flamme qui me consume. Que le seuil de ta porte reçoive mes derniers adieux.
» Ton de*lin se dévoile à mes yeux. La rose est belle, mai» sa beauté n'a qu'un jour; la violette embellit le printemps, un instant la - flétrit ; le lis est d'une blancheur éclatante , il se fane sous la main qui le cueille; la neige éblouit par son éclat, à peine elle est formée que déjà elle se fond : ainsi est la beauté, bientôt la flétrit la main rapide du temps. Un jour viendra que tu aimeras à ton (our, ton cœur sera la proie d'un feu dévorant , et des larmes amères couleront de tes yeux.
» O enfant ! ne me refuse pas une grâce dernière. Quand , au sortir de ta demeure , tu me verras suspendu à ta porte, ne passe point sans t'atlendrir sur mon malheureux sort. Arrêtetoi un seul instant , qu'une larme s'échappe de tes yeux attendris, détache eu soupirant le nœud fatal, couvre mon corps de tes vètemens, enfin embrasse-moi; applique du moins une fois les lèvres sur ma dépouille inanimée. Que craindrais-tu? un baiser ne pourra me rendre a la vie. Que les mains me creusent la tombe où doit s'ensevelir mon amour ; et avant de t'éloiloigner, dis trois fois : «Ami, repose en paix, » ou>i tu veux : «faiperdu un ami fidèle.» Grave sur ma tombe ces vers que je vais te tracer :
« L'amour Ht périr ce mortel.
» Passant, arrête et dis «: Son ami fut miel. »
Il dit , et roule vers le seuil un énorme éclat de rocher, attache à la porte le runeste tissu, le passe à son cou, du pied pousse la pierre, reste suspendu el meurt.
Cependant le jeune adolescent ouvre sa porte el voit sa victime attachée à l'entrée de sa maison; il la voit cl n'en esl point ému. A l'acpecl de ce cadavre, aucune larme ne s'échappe de ses yeux, cl il souille par le contact impur de ce corps inanimé les vélemens qui embellissent sa jeunesse. Il court nu gymnase el veut se plonger dans le bain auprès du dieu qu'il vient d'outrager.
La statue de l'Amour, placée sur un piédestal de marbre, dominait sur les eaux; elle se détache et tombe sur le barbare enfant. Son sang vermeil coula, et on l'entendit crier du fond de l'eau :
« Amans, vivez heureux; l'insensible n'est
plus : aimez quand on vous aime I n dieu
sait punir les ingrats. »