‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 274 sur 395 · LYCIDAS · texte numérisé non relu

LYCIDAS

Un berger ravit autrefois Hélène et la conduisit sur le mont Ida , sujet d'une amère douleur pour Pénone. Lacédémoue en fut irritée et rassembla tous les peuples de l'Achale. Aucun Grec , aucun habitant de Mycène , d'Élide ou de Laconie ne resla dans ses foyers , jaloux de porter la guerre meurtrière. Seul, caché parmi les filles de Lycomède, Achille apprenait a filer la laine au lieu de manier les armes, et ses blanches mains s'occupaient à des ouvrages de femme -, il semblait être une jeune vierge. Il en avait toute la mollesse affectée; les roses brillaient sur ses joues de lis; sa démarche était celle d'une jeune fille , et il cachait ses cheveux sous un voile. Il avait le courage de

Mars et l'amour d'un héros. De l'aurore à lu nuit , il était assis auprès de Déidamie ; quelquefois il imprimait un baiser sur sa main; souvent il enlevait son beau corps entre ses bras et s'abreuvait de ses larmes chéries. Il ne mangeait point avec une autre compagne et employait tous les artifices pour dormir avec Déidamie; il lui dit même ces mots : « Nos sœurs dorment ensemble; mais moi, je repose seule; tu dors seule aussi, jeune fille. Jeunes filles toutes deux, du même âge , belles l'une el l'autre, seules nous dormons chacune dans notre lit , car, hélas ! une barrière méchante et perfide me sépare de toi »

(18) Hesper, brillante lumière de [l'aimable Vénus, Hesper chéri, ornement sacré d'une nuit azurée ; toi qui l'emportes autant sur les autres astres , que la Lune l'emporte sur toi , salut, étoile lien-aimée. Le cœur joyeux, je cours chez un berger. Prête-moi ta lumière au défaut de la Lune , puisque celle-ci , recommençant aujourd'hui sa carrière, a disparu plus tôt. Je ne vais point voler, je ne vais point attaquer ceux qui voyagent pendant la nuit : j'aime, tout ne doit-il pas s'intéresser à un amant?

(19) Aimable Cypris, fille de la Mer et du souverain de l'Olympe , pourquoi traiter avec tant de rigueur les hommes el les dieux? Je dis peu : quel ressentiment t'anime contre nous? Pourquoi donc as-tu donné naissance à ce fléau commun , l'Amour, ce dieu farouche , impitoyable, dont l'esprit répond si peu aux charmes qui l'embellissent? Pourquoi lui avoir donné des ailes el la puissance de lancer au loin ses (rails , afin que nous ne pussions éviter ses coups teribles ?

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