IDYLLES DE MOSCHUS
L'AMOUR fugitif.
Cypris appelait à haute voix l'Amour «m fils. « (1) Si quelqu'un a vu l'Amour errer dans les chemins , ce fugitif m'appartient. Celui qui m'en donnera des nouvelles recevra une récompense. Pour prix, vous obtiendrez un baiser de Vénus , et si vous le ramenez , vous n'aurez pas seulement un simple baiser, mais quelque chose de plus. Cet enfant est reconnaissable à plusieurs traits; vous le distingueriez entre vingt autres. Sa peau n'est pas blanche , elle ressemble au feu. 11 a les yeux vifs et étincelans , l'esprit malin , le parler doux ; ce qu'il pense ne ressemble pas a ce qu'il dit. Sa voix a la douceur du miel. Se met-il en colère, il devient cruel cl fourbe, ne disant rien de vrai. Cet ênfant trompeur est cruel dans ses jeux. Sa tête est ornée d une belle chevelure , mais l'impudence siège sur son front. Ses main» sont petites, mais elles lancent des traits au loin, des traits qui pénètrent jusqu'à l'Achéron et atteignent le roi des enfers. Son corps est nu , mais son âme est impénétrable. Ailé comme un oiseau , il voltige tantôt d'un côté , tantôt d'un autre vers les hommes et les femmes, et il se fixe au fond du cœur. Il porte un petit arc, et sur cet arc est posé une flèche qui, malgré sa petitesse, monte jusque dans les cieux ; à ses épaules est suspendu un petit carquois d'or rempli de flèches acérées dont souvent il me blesse moi-même. Tout ce qui lui appartient, tout en lui est redoutable; mais rien ne l'est plus que son petit flambeau qui brûle même le soleil. Si vous parvenez a le saisir, liez-le et amenez-le moi sans avoir pour lui la moindre pitié. Et si parfois vous le voyez pleurer, prenez garde qu'il ne vous trompe. S'il rit, resserrez ses liens ; s'il veut vous embrasser, fuyez : son baiser est dangereux , ses lèvres sont empoisonnées. Et s'il dit : « Prenez toutes ces armes, je vous les donne, » n'y louchez pas : ce sont des présens perfides , car toutes ses armes sont trempées dans le feu. »