TRADUITES PAR LAPORTE-DUTIIEIL
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Parmi les «JifTércnles productions de l'antiquité , qui paraissent avoir été jus4)u'à présent aussi négligées par les lecteurs superficiels qu'estimées des véritables amateurs de la langue grecque, on distingue surtout les hymnes de Callimaque. Tandis que les travaux multipliés d'une foule de commentateurs qui se sont attaches à éclaircir le texte de cet auteur f et le grand nombre d'éditions qu'ils en ont données successivement , semblent annoncer le cas qu'on doit faire de ces hymnes, la plupart de nos littérateurs les regardent comme de simples généalogies des dieux du l»agamsme, comme des espèces de litanies mythologiques, qui ne peuvent intéresser que les Grecs.
J'avoue qu'en général on ne voit dans ces petits poèmes ni la richesse des compositions d'Homère , ni le feu des odes de Pindare ou des chœurs des tragiques ; mais j'ose dire aussi que Callimaque , dont le principal mérite ne consiste, si l'on veut, que dans une élégance continue et dans la variété des détails qu'il sait placer à propos , montre quelquefois assez d'élévation et de force pour que le jugement d'Ovide, qui lui refusait entièrement le génie et ne lui accor* dail que l'ait, paraisse au moins trop sévère.
D'ailleurs la lecture de ses hymnes, qui, comme pièces de poésie, ont droit de uous intéresser, doit uous attacher encore plus par l'utilité dont elle est pour la parfaite intelligence de la fable elde l'histoire ancieunc. Les notes de plusieurs savans hommes cl surtout le vaste commentaire de Spanhcim en ont fait sortir une foule de traits variés, qui peuvent servir à l'éclaircissement de plusieurs points de de mythologie cl d'histoire, principalement par rapport aux pratiques religieuses de plusieurs iètes célèbres dans la Grèce. C'est en suivant les traces de ces laborieux écrivains , en réunissant tous ces différens traits épars dans leurs écrits et en recueillant ceux qui pouvaient leur être échappés, que je suis parvenu à donner dans plusieurs dissertations , lues à l'Académie des Belles-Lettres , une idée plus juste que celle qu'on s'était formée jusqu'à présent des solennités [tour lesquelles la plupart de ces hymnes uni clé comiwsécs, telles que les fêtes
carnéennes , les Thesmopborics , la cérémonie des bains de Pallas et les féles de Délos.
Si les détails nécessaires à ce genre d'ouvrage, détails traités souvent de minutieux ou d'inutiles par ceux que les éludes séi icuses n'ont point préparés à en connaître le prix et l'usage, ont pu ne pas déplaire dans un lieu où rien de ce qui concerne l'antiquité n'est étranger, j'ai toujours été bien éloigné de penser à les mettre jamais séparément «ou» les yeux du public. Je comptais même que la traduction des hymnes ne parailrait qu'à la suite de ces différentes dissertations, supposé qu'un jour l'Académie dont j'ai i'honueur d'être membre, les juge.1t dignes d'être insérées dans le recueil de ses mémoires. Mais ayant appris par la lecture des écrits périodiques qu'un homme de lettres, qui ne se nommait point , se disposait à faire
imprimer une imitation française des hymnes de Cal- I ,. » J
limaquc , j ai cru pouvoir , sans injustice , me hâter de profiler d'un travail déjà fait et me procurer le faible avantage de contribuer le premier à faire mieux connaître un auteur injustement relégué jusqu'ici dans la bibliothèque des seuls érudils.
Tel est le motif qui me détermine à donner aujourd'hui cette traduction ; mais avant tout, on me saura gré peut-être , de rassembler ici tout ce qu'on peut savoir touchant la |*rsoune de Callimaque , et ses nombreux ouvrages, dont nous ne possédons aujourd'hui que la moindre partie.
Callimaque , fils de Battus et de Mésatma, était né à Cyrène eu Libye. Le nom de son père a fait présumer qu'il était de la race du fameux Battus, autrement nommé Aristotc , fondateur de cette capitale de l'Afrique , et le rang distingué que sa famille tenait dans sa pairie semble autoriser celle conjecture. Luimême , dans une épitaphe qu'il avait faite pour orner le tombeau de son père , et où , pour le dire en passant , il se vante assez naïvement d'être au-dessus de l'envie, nous apprend que son grand-père , qui se nommait comme lui Callimaque, avait commandé les armées de sa nation. L'usage était, chez les Grecs, que les enfans portassent le nom de leur grand-père plu-
msœt: us pu kllmi nai h r. .
tôt que celui de leur père. ce (|ui dans une succession généalogique produisait une suite alternative des mêmes noms, comme on le voit par la généalogie des Cdhas , célèbre famille athénienne dont parle Aristophane.
Il serait difficile de savoir précisément l'année où naquit Callimaque. Si les vers insérés sous son nom au troisième livre de l'Anthologie {épig. 10, />. 313) étaient effectivement de lui et que ce fût de lui-même qu'il eut voulu parler, on en pourrait conclure que sa naissance précéda de peu , ou suivit de près la mort d'Alexandre. Le poète , ou lo personnage qu'il introduit dans celte épigramme , s'y exprime en homme fort âgé, et Callimaque, comme on le sait d'ailleurs , ne mourut que dans les premières années du règne de Ploléméc Evergèle, plus dequalro-vingtsans après la mort du roi de Macédoine Mais oulre qu'il est fort incertain que Callimaquc soit réellement l'auteur de l'épigramme dont il s'agit , il parait clair que le poëte, quel qu'il soit , n'y a point prétendu parler en son nom, et l'on peut s'en convaincre par la leclure de la pièce môme.
Quoi qu'il en soit , Callimaque florissait vers cette époque où la Grèce fatiguée, pour ainsi dire, par les niirai.les de tout genre qu'elle avait enfantés pendant près de deux siècles, et comme épuisée surtout par le dernier effort qui lui avait fait produire le vainqueur des nations, vit le génie des lettres et des arts s'envoter de son sein , s'arrêter quelque temps à la cour des Lagidcs et se fixer ensuite chea le peuple conquérant dont elle devait bientôt devenir la tribulaire et l'esclave. Parmi le grand nombre de poètes que la magnificence et la libéralité des Ptolémée attira pour lors en Egypte, on en distingua surtout sept, connus sous le nom de Pléiade , et dont le plus célèbre fut , sans contredit, Callimaque.
Instruit dans sa jeunesse par ilermocrate, grammairien célèbre alors, mais dont on ne connaît aujourd'hui que le nom il se vil bientôt en état de former à son tour des disciples et de faire oublier la réputation de son maître. En effet il s'établit dans un des faubourgs d'Alexandrie et y fonda une école où le fameux Eraloslhèoe, ainsi qu'Apollonius de Rhodes, Aristophane de Byzance et Philostephanus acquirent les connaissances et les lalens qui les firent briller dans la suite. On peut à ces noms connus dans l'antiquité littéraire , joindre celui de son neveu Callimaque , fils de sa sœur Mégalime et de Stazénor. Le goût que ce jeune homme mit pour les lettres et la réputation qu'il s'acquit par divers ouvrages furent vraisemblablement le fruit des leçons de son oncle, dont l'exemple influait sur tous ceux qui l'approchaient et les animait à l'étude. L'un de ses esclaves, nommé Ister, qui lui servait de secrétaire , profita si bien du commerce de son maître qu'il composa plusieurs livres lesquels n'étaient point sans mérile , puisque plus de quatre siècles après sa mort saint Jérôme ne dédaigna
|H»inld'en faire une traduction que L. Gyraldi prétendait avoir vu manuscrite dans une bibliothèque de Uome.
Ce métier qu'exerça d'abord Callimaque , peu convenable, ce semble , à un descendant des premiers rois de Cyrène , pourrait jeter des doutes sur la noblesse de son extraction , si l'on ne savait qu'il était peu favorisé des biens de la fortune et si l'on ne faisait réflexion que la protection éclatante dont les Lagides honorèrent les gens de lettres dut naturellement ennoblir une profession destinée à être bientôt méprisée, mais qui était à leur cour le chemin le plus sûr pour arriver à la faveur du prince.
Bientôt après notre poëte fut admis dans ce fameux musée où Ptolémée Philadelphe , par une magnificence vraiment royale , se plut à rassembler tout ce qu'il parut de savans hommes et d'artistes célèbres durant son règne, de quelque pays qu'ils fussent. Là, profilant du loisir et des facilités que la libéralité de ce prince y procurait à Unis ceux qu'il y avait reçus , il composa ce grand nombre d'ouvrages de tout genre qui lui valurent pendant sa vie l'estime du souverain et lui assurèrent après sa mort un rang distingué parmi les littérateurs. S'il n'est pas certain qu'il ait été chargé en chef du soin de In bibliothèque d'Alexandrie, comme plusieurs écrivains modernes l'ont avancé sans preuves, on sait du moins très-positivement que Philadelphe, ainsi que son successeur Evergète, lui témoignait la plus grande considération.
Sa reconnaissance fut au moins égale aux bienfaits. On voit dans ses hymnes qu'il ne laissait échapper aucune occasion de louer ceux dont il avait reçu lant de marques de bonlé. Tautôt il les met au-dessus de tous les autres rois , tantôt il les égale aux dieux même. Il est vrai que les grandes qualités de ces princes et l'éclat de leur règne semblaient autoriser les poêles qui d'ailleurs se voyaient particulièrement l'objet de leurs faveurs, a leur prodiguer les louanges. Mais on ne peut leur pardonner d'avoir encensé des faiblesses : car, quoique les mariages incestueux fussent tolérés par les lois de la Grèce et de l'Egypte , il sera toujours difficile d'excuser dans le fils et le petit-fils de Lagus la passion effrénée qu'ils conçurent, et à laquelle ils cédèrent l'un et l'autre en épousant leurs propres sœurs. Callimaque ne craignit point, ce semble, de mériter ce reproche , dont malheureusement les gens de lettres ne sont pas toujours exempts ; il n'en rougissait pas même encore dans sa vieillesse, à cet âge où l'on devrait naturellement être moins empressé de flatter les grands dont ia faveur devient moins précieuse à mesure que l'avenir se ferme devant nous. Ce fut à la fin de sa vie qu'il composa ce poème sur la chevelure de Bérénice dont Catulle fit dans la suite une traduction latine qui nous est parvenue, tandis que l'original s'est perdu.
On a peine d'abord à concilier celle conduite av ec le désintéressement dont il faisait parade, car il sevan-
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lait quelquefois de D'avoir jamais vendu sa plume, comme avaient fait souvent bien d'autres poêles, tels que Simonide. Peut-être était-il plus jaloux d'avoir du crédit que d'acquérir des richesses ; peut-être le commerce des rois fut-il en effet plus utile à sa réputation qu'à sa fortune. Une épigramme qui parait lui être attribuée avec bien plus de fondement que relie dont nous avons déjà parlé, semble prouver qu'il vécut dans la pauvreté. Cependant il est difficile de penser que Philadelphe et son successeur eussent laissé dans l'indigence un bomme dont ils aimaient la société.
L'enjouement de son caractère et son goût pour le plaisir, autant qu'on peut en juger aujourd'hui, contribuèrent ainsi que ses talens à le faire admettre dans la familiarité de ces princes. Un distique fait pour être inscrit sur son tombeau nous apprend qu'il était aussi aimable convive qu'agréable versificateur, et qu'il savait placer à propos un bon mol. Soit que celle épitapbe eût été composée d'avance par luimême , comme on le croit communément, soit qu'elle fût l'ouvrage d'un de ses contemporains, il est probable que la louange qu'il y reçoit ne lui était point disputée '.
Cependant la vie sérieuse cl appliquée lui plut toujours davantage. Il nous reste un fragment d'une pièce philosophique, dans laquelle il regrettait le temps perdu pour l'instruction , ei ne se rappelait avec satisfaction que les veilles qu'il availconsacrées à l'étude. L'amour avait dû l'en distraire plusieurs fois. Nous savons qu'il était marié , et comme la femme qu'il avait épousée était étrangère *, il y a lieu de croire que l'inclination seule avait décidé de cet établissement. De plus , Ovide nous apprend que Callimaque avait été longtemps épris d'une maîtresse donl il célébrait souvent les charmes dans ses écrits. De pareilles faiblesses, que les hommes en général se pardonnent aisément, deviennent quelquefois un avantage pour les poètes , surtout lorsqu'on voit la sensibililé de leur aine passer dans leurs écrits , et que le feu de leur génie (s'il est permis de parler un moment leur langage) s'allume au flambeau de l'amour. Tel fut apparemment l'effet de cette passion sur Callimaque, et ce fut sans doute à l'expression louchante de ses seniimens qu'il dut ses succès dans un genre de poésie dont le mérite consiste communément à peindre les mouvemciis du cœur, les plaisirs et plus souvent encore les peines des amans. Je veux parler des élégies. Callimaque en avait composé un grand nombre, donl aucune n'est parvenue jusqu'à nous. La plupart des auteurs anciens qui ont pu les connaître, ceux
' Voici le tcai de ce distique .
Soui ce marbre funèbre où l'adressent les pas,
Pu neveu de Battus la cendre en paix sommeille .
Jadis par ses beaux vers il cliarmsit noire oreille
El par ses mois plaisans égayait nos repas. • C euil h fille d-.inSvraci.sjin nomme Kuphralés.
même qui passent encore avec raison pour des oracles en matière île goût, lui accordaient la supériorité sur presque tous les poètes qui avaient laissé des pièces de ce genre. Horace ne mettait au-dessus de lui que Mimnermc, et Quintilien le plaçait au premier rang.
D'après loutcs ces particularités, l'on pourrait penser que sa conduite se rapprochait beaucoup de la philosophie d'Épicure ; on a cru même pouvoir inférer de quelques-unes de ses épigrammes qu'il ne croyait point à l'immortalité de l'émc. Cependant il est plus probable que ses principes, au fond, étaient les mêmes que ceux des Pythagoriciens. D'ailleurs , la nature de ses principaux ouvrages semble attester son attachement à la religion de son pays ; la plupart roulaient sur la fable, qui tenait tout enlière au système ibéologique des anciens, et ses hymnes surtout annoncent un cœur pénétré de respect pour les dieux, donl il y célèbre la puissance. Rarement un auteur Iraile avec dignité les sujets qu'il méprise, et Racine incrédule n'eût jamais fait Alhalic.
Une tache réelle que son propre témoignage imprime à sa mémoire , c'est un penchant visible à ce libertinage criminel que des exemples fameux faisaient excuser chez les Crées et dont il parait se vanter lui-même dans plusieurs épigrammes. Disons pour le disculper ce que Martial a dit depuis pour sa propre défense , que sa vie peul-ètre était plus chaste que ses vers, et que ses attachemens ne passaient point les bornes prescrites à l'amitié. Il faut même ajouter qu'il en eut certainement de celle espèce donl la vertu la plus austère ne pu! jamais rougir. Il conserva toute sa vie les sentimens d'estime qu'il avait conçus pour Heraclite d'Halicarnasse , poêle élégiaque , qui l'avait reçu avec affection dans ses voyages. Quoiqu'ils eussent vécu dans la suite éloignés l'un de l'autre , quoique la rivalité de gloire eût pu naturellement affaiblir sa reconnaissance , il u'en fut pas moins sensible à la perle de cet ami , cl nous avons encore une petite élégie qu'il composa sur la mort de son hôte. Celte pièce, trop courte pour nous mettre à portée de juger par nous-mêmes du (aient de Callimaque en ce genre , porte néanmoins un caractère de sensibililé qui lui fait honneur.
Il faut convenir qu'il en agil bien différemment avec le célèbre auteur du poème des Argonautes, Apollonius , qui , de son disciple cl de son ami , devint son ennemi déclaré , fin irop ordinaire des liaisons des gens de lettres. Il se peut que Callimaque, sûr de ses forces et dédaignant une fausse modestie lorsqu'il parlait de lui-même, ne ménageait point assez l'amour-propre de ses rivaux dans une carrière où l'émulation dégénère quelquefois en haine implacable. On voit par quelques fragmens de ses œuvres qu'il connaissait bien son propre mérite. Souvent il se vantait , comme nous l'avons déjà vu, d'avoir triomphé de l'envie ; d'autres fois il s'annonçait pour n'aimer et ne chercher que la gloire. Cependanl, comme
uo pareil langage csl pardonuaWc aux poêles , surtmil quand une fuis l'estime pul>lii|ue les a couronnés, el que dans d'aulres momens il savait, à ce qu'il semble, apprécier sa juste valeur, on peut croire que dans celte rupture le tort fut tout cotier du côté d'Apollonius. Le caractère qu'on donne à rc dernier doit nous le persuader aisément. La jalousie, selon le témoignage des anciens, fut son défaut dominant. Il ne serait donc pas étonnant que celle jassion eût banni de son cœur la reconnaissance. Blessé de l'éclal d'une réputation que la sienne ne |>ouvail éclipser, plus envieux peut-être encore de la faveur des rois, qui ne le considérèrent jamais autant que son mailre , il chercha bassement toutes les occasions de lui nuire. Comme l'agrément el l'élégance des ouvrages de Callimaquc laissaient peu de prise à la censure, il l'attaqua du coté de l'invcnlion et du génie. Callimaque, en homme de goût , était persuadé qu'il est difficile d'intéresser longtemps des lecteurs ; il pensait, comme l'a si heureusement exprimé quelque part le plus grand poète de nos jours , que
Le iecrcl d'ennuyer c«l celui de loul dire;
et souvent il avait à la bouche ce mol qui depuis est passé eu proverbe : qu'un grand livre est un grand mal. En conséquence , parmi ses nombreux écrits il s'en trouvait peu qui fussent d'une certaine étendue. Son détracteur attribua leur brièveté à la stérilité de l'imagination de l'écrivain , affectant de débiter partout qu'il serait incapable de composer des ouvrages de plus longue haleine. Callimaque ne se vengea d'abord que de la manière la plus noble ; et, pour confondre un injuste critique, il publia son poëmc d'Ile— cale *, auquel il donna plus d'étendue qu'à tout ce qu'il avait fait jusqu'alors. Le témoignage des anciens, qui citent fréquemment cet ouvrage, doil nous être un garant non suspect du succès qu'il cul dans sa nouveauté ; mais ce triomphe, qui dut venger son amour-propre , ne put apparemment suffire pour calmer son cœur irrité par l'ingratitude d'un disciple qu'il s'était plu longtemps à former. Bientôt parut Ylbii, pièce satirique, où, désignant Apollonius sous le nom de cet oiseau dégoûtant qui se nourrit d'animaux venimeux , il le dévouait à tous les supplices de l'enfer. Ovide imila depuis cet exemple à l'égard d'un ingrat dont il eui à se plaindre au temps de sa disgrâce, cl son Ibis n'est qu'une imitation de la satire que Callimaque nvail composée sous ce titre. L'histoire n'a point daigné nous apprendre si l'on vit enfin ces deux rivaux réconciliés , mais clic nous a transmis comme un fait singulier qu'Apollonius, après sa mort, fut mis dans le même tombeau que le poète dont il s'était lanl efforcé de détruire la réputation. Ainsi furent réunis deux hommes qui n'avaient pu s'accorder pendant leur vie ; ainsi leurs violens
• Sujet lire de U vie de Tbc.-cc. Voyc* Vhuarqne , Vie de
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déliais aboutirent à mêler leurs cendres dans le sein de la terre. L'équitable postérité n'entre point aujourd'hui daus leur querelle cl leur départ à chacun la portion de gloire qui leur est due : tant il est vrai que les satires personnelles inOuent peu sur le jugement des siècles postérieurs. Réflexion qu'aura faite plus d'une fois sans doute quiconque étudia l'histoire ou vécut avec les hommes, mais sur laquelle on ne peut trop , ce semble , insister dans le siècle où nous vivons. Plût à Dieu qu'elle servit enfin a calmer les animositéscl la haine qui troublent si souvent l'empire des lettres! cl puissent les écrivains se persuader un jour que le véritable moyen d'obscurcir la gloire d'un rival est de surpasser réellement son mérite , uon do décrier injustement ses ouvrages!
Tels sont , parmi les I rails qu'on peut recueillir aujourd'hui concernant Callimaque , ceux qui regardent sa personne et sa vie ; il me resle à faire connaître plus partie ilièremcnt la nature de ses productions et à exposer les jngemens divers qu'en ont portés les anciens, afin de mettre le» lecteurs en étal de mieux apprécier ses talcna.
Également versé dans tous les genres <h> science et de littérature, il y avait peu de matières sur lesquelles il n'eût laissé quelques écrits , soit en prose , soit en vers. Un savant moderne porte le nombre des livres qu'il avait composés jusqu'à huit mille ; un autre plus modéré le réduit à huit cents. Il semble qu'ils aient voulu, l'un après l'autre, enchérir précisément d'un zéro sur le véritable nombre des ouvrages de Callimaque , car Suidas , auteur digne de foi à cet égard, le Sxc à qualre-viogis. On n'en trouve que quarante cl un de cités dans les anciens auleurs, encore y en a-t-il plusieurs qui semblent n'avoir dû former qu'un seul et même ouvrage , quoique cités sous des titres diflërens. De ces quarante et un ouvrages , vingt-deux étaient écrits en prose ; les uns étaient historiques ou géographiques , d'autres concernaient la physique , d'autres enfin paraissent n'avoir contenu que des recherches purement littéraires. Parmi les ouvrages de pocMC , il y avait des tragé dics , des comédies et des drames satiriques , des fables , des mélanges , l'Hécale cl la chevelure de Bérénice, l'Ibis, dont nous avons déjà parlé, les élégies, enfin les hymne» et beaucoup d'épigrammes *.
• voici le litre cl la notice de ce» quarante et un ouvrage» , conformément a celle qu'en a donnée le «avant Benllci el qui se trouve insérée dan» l'édition de U. Erne*li, p. 4ifi.
!• bet Concourt ou jeux publia.
■lo Us Causet. — Il paraît, d'apre» tes rragroçn» quinoui restent de cet ouvrage, que Callimaque y avait ra«*emblé toute» le» tradition» le» moin» connues sur l'histoire mythologique de» dieux el de» héro». La manière dont il en est parlé dan» l'.Ot- Iholoqie (tib. III) et dan» une épigramme de Martial («*. X, epigr. *) doit nous consoler de l avoir perdu. Il était «i ob»cur que Clément d'Alexandrie (Strom., Iit>. Y) le compare, am*l que l'iM», nu poème de Lycophron, livre fait.ajoute-l-il, pour exercer la lagacilé de» littérateurs. L'ouvrage était divisé en quatre livre» cl écrit en ver» hexamètres. L'auteur, dans le
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Je ne dissimulerai poiut que la manière dont quelques écrivains assez célèbres ont parlé de la plupart de ces ouvrages paraîtrait plus propre à nous consoler de les avoir perdus qu'à nous les faire regretter. Properce sembla il quelquefois trouver Callimaque au-
debut, feignait qu'il avait été transporté en songe sur le mont ramasse et que c'étaient les Muscs elles-mêmes qui lui avaient i évclé tout ce qu'il devait dire dans le cours de son poème.
3° Sur les colonie* des Argiens. — Callimaque aimait beaucoup les Argiens : peut-être avait-il voyagé dans la Grèce et s'clail-il fait naturaliser à Argot. L'hymne qu'il a composée pour la fêle de* bains de Pallas qu'on célébrait dans celle ville semble favoriser celle opinion et prouve au moins son attachement a la métropole d'où les premiers fondateurs de Cyrène tiraient leur origine.
4« Sur l'.ircadie.
i» Traite des Venu.
G» Branchas. — C'était un hymne eo vers choriambiques, rompo-é eo I "honneur de Itranrhus , ce berger milésien si célèbre dans la table pour avoir été ebéri d'Apollon, qui lui donna le don des oracles a Milel.
7" Galatïc. — Poème en vers besamclres.
8» Glaueus.
a» Des noms particuliers aux différentes nations. — On voil, par un fragment de cet ouvrage, qui se trouve dans Attente (lib. VII, p. 320), que Callimaque y traitait des manières différentes dont les diverses nations grecques appelaient certains pays et certains animaux.
io* accule. — Poème en vers hexamètres; le sujet en est
connu , d'après Plularquc dans la vio de Thésée « Pour ce
qui est du conte que l'on fait dllécale et de la réception qu'elle lit a Thésée dans sa maison, il ne paraft pas entièrement éloigné de la vérité, car anciennement tous les bourgs des environs s'assemblaient toutes les années pour faire à Jupiter lléc.ilicn un sacrifice appelé htcalesicn et dans lequel ils honoraient particulièrement cette llecale, qu'ils appelaient par un diminutif llt calénc, en mémoire de cè qu'ayant reçu chez elle Thésée encore jeune, elle le salua et le caressa, en le nommant toujours par des diminutifs, selon la coutume des vieilles gens. Cette bonne femme avait fait vœu que si Thésée revenait heureusement d'une expédition qu'il allait entreprendre, elle ferait un sacrifice solennel a Jupiter, mait elle mourut avant celte expédition, et Thésée étant de retour ordonna qu'on ferait ce sacrifice et qu'on y rendrait a Hécate toutes sortes d'honneurs en reconnaissance du bon accueil qu'elle lui avait tsit et de l'affection qu'elle lui avait témoignée. • (Jforceau lire de la traduction de ». Dacier.)
il» ne* Elégies.
tv V Espérance.
13* Poème sur la victoire de Sosibe.
il» Epiqrammcs. — M. Erncslt, dans sa belle édition, en a rassemblé soixante-treize qui sont attribuées à Callimaque, mais dont il y en a plusieurs qui paraissent n'avoir pu être composées véritablement par ce poêle.
is» lits Merveilles naturelles. — Tôul ce qui se trouve dans le livre d'Anligoous Carystius, qui porte le même litre, depuis le chap. i H jusqu'à la fin, était tiré de cet ouvrage de Callimaque.
16* nés Poèmes lambiques et chotiambkjues. — H s'y trouvait des fables écrites dans le style des fables d'Esope.
17» L'Ibis.
18» Sur l'arrivée d' lo.
is» Sur les difftrens noms donnes aur poissons. îo» Sur f origine des Iles et des villes et les dlfferens ttoms qu'elles ont portés.
21» Ojdtfi>c. — roéme elégiaque.
ar> Oes Comédies.
23» nts Pot mes lyriques.
34» Des noms des mots chez tes différentes nations, ïi» Le Mttsec. — rocroc.
dessous de son sujet daos les poèmes héroïques. Ovide, comme on l'a dit plus haut , lui refusait l'invention et ne lui accordait que de l'art. Plusieurs critiques anciens prétendaient que le soin scrupuleux avec lequel il s'occupait de l'emploi des mots dégénérait en un défaut insupportable qu'ils nommaient leptologie, sorte d'exactitude minutieuse a marquer des nuances qui affaiblissent les grands traits et à exprimer des détails que le goût rejette ou que le génie néglige; c'est ce que lui reprochait formellement Lucien. Un autre personnage, singulier dans son genre, et qui par ses talens et ses lumières mérita déjouer un rôle considérable dans un siècle postérieur à celui de Lucien , pensait encore plus désavantageusemeot que cet écrivain du mérite de Callimaque ; je veux parier de Sévérien de Damas , qui , au rapport de Suidas , n'avait pu supporter la lecture des ouvrages de notre poète : dès la première fois qu'il avait voulu les connaître , il les avait trouvés si ennuyeux qu'il avait jeté le livre à terre en crachant dessus ; et c'est probablement d'après tous ces jugeraens défavorables que feu M. l'abbé Fourrooot n'a pas craint de parier avec mépris de Callimaque dans un de ses Mémoires. J'avoue encore que le genre des citations tirées de ses écrits que lV>o trouve dans les Lexiques donne lieu de penser que son style n'était pas sans défaut , et surtout qu'il était sujet à l'obscurité. Quand les srholiastes ou les lexicographes l'appellent en témoignage, c'est presque toujours pour autoriser ou un terme nouveau, ou l'acception détournée (i'un mol ordinaire , ou une expression hardie, ou une épilhète trop forte, ou une métaphore inusitée. Mais cette conjecture , qui n'est peut-être pas fondée, non plus que l'arrêt de quelques grammairiens ou de quelques poètes intéressés à rabaisser un rival , ne saurait balancer le grand nombre de témoignages avantageux qui doivent nous faire déplorer la perle des ouvrages de Callimaque.
Properoe lui-même a reconnu vingt fois la supériorité de Callimaque dans tous les genres, et l'ingé-
a«-> Train' des mages singuliers des Barbares. 27» nés Oiseaux.
28» Tables des gens célèbres en différais genres de sciences et des litres qu'ils ont écrits, divisées en cent vingt livres.
29* Tables et notice chronologique des auteurs dramatiques depuis la naissance de fart.
30» Tables de livres de tous genres.
ai» Tables et notice des rhéteurs. — IJeny s d'Halicarnassc accusait Callimaque de n'avoir pas été exact dans cet ouvrage, surtout dans ce qu'il disait de Uémoslbènc.
32° Tables de lois.
33» Tables des écrits de Dcmocrite et des mots inusités qui s'y rencontrent.
31» nés Fleuves de la terre.
35° nés Fleuves de l'Europe.
3«» nés Fleures de F Asie.
37» Lettres a Prajtlphancs.
38» Drames satiriques.
39» semele. — Poème.
40» Les Hymnes.
Il» Mémoires historiques.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
nieux Ovide n'a pu s'empecber de témoigner souvent sa reconnaissance pour l'auteur auquel il devait quelques-unes des principales beautés dont, brillaient ses productions. On n'imite guère ce qu'on estime peu, et nous savons qu'indépendamment de VIbis, qui n'est absolument qu'une imitation du poeme de Calliinaque , la plupart des traits saillans qui se trouvent dans la fable de Pbilémon et llaucis sont empruntés de l'Hécale , saus parler d'un assez grand nombre de vers de Y Art d'aimer et des Tristes , qu'on reconnaît encore pour avoir été tirés des écrits du poêle grec. Au reste, les Latins pouvaient se permettre de transporter dans leur langue ce qu'ils admiraient dans ses ouvrages, puisque plusieurs écrivains de sa nation ne rougirent point de l'imiter dans la langue même dont il s'était servi. Le poème d'Apollonius est rempli de vers que le maitre de ce disciple ingrat aurait pu revendiquer. Le livre de Denys Périégèle , ainsi que les lettres d'Aristxnètc , ne sont pour ainsi dire que des centons de Callimaque. Plusieurs de ses vers qui étaient passés en proverbe prouvent qu'il avait autant de philosophie dans l'esprit que de justesse dans l'expression. L'Anthologie nous a conservé diverses épigrammes composées dans des siècles différent qui montrent qu'aussi longtemps que ses ouvrages subsistèrent , il fut toujours regardé comme un poète excellent et comme un des meilleurs littérateurs qui eussent paru depuis la mort d'Alexandre; et plus de huit cents ans après nous voyons que les plus doctes grammairiens, les critiques les plus estimés , faisaient encore leur principale occupation de l'étudier et de le bien entendre. Marius entre autres, qui vivait sous l'empereur Anaslasc, avait fait une mélaphrase en vers ïambiques de X Hécate , des hymnes, de l'ouvrage intitulé les Causes et des épigrammes. On eût dit que ce littérateur illustre, pressentant le sort que devaient éprouver bientôt les productions d'un auteur qu'il aimait , s'efforçait de les conserver à la postérité. En effet, peu de temps après, la barbarie des Arabes détruisit dans Alexandrie le fameux monument que les Ploléméc y avaient élevé à la
gloire des lettres et des sciences. Les œuvres de Callimaque périrent avec la superbe bibliothèque dont elles avaient été pendant plusieurs siècles un des plus riches ornemens. 11 échappa de ce naufrage quelques épigrammes recueillies dans V Anthologie t\ les hymnes dont je présente aujourd'hui la traduction au public. De tous ses autres écrits nous n'avons que des fragmens épars qui ne peuvent servir tout au plus qu'à donner une idée du sujet que l'auteur traitait dans chaque ouvrage, comme on le voit par la notice qu'en a donnée le célèbre Bentlei.
Les savans modernes , à la renaissance des lettres, recueillirent avidement ces précieux restes d'un auteur autrefois si vanté , et la seule production de ce beau génie que le sort eût laissé parvenir jusqu'à eux ne leur parut point démentir les éloges dont les siècles passés l'avaient jugé digne. Les éditions différentes qu'on en donna successivement dans le quinzième et le seizième siècle, et qu'on dut aux soins des Lascaris, des Aide, des Froben , des Vascosan, des Estienne et des Friscblin, prouvèrent le cas qu'en faisaient les premiers restaurateurs de l'antiquité. Leur exemple fut suivi dans la suite par M» Dacicr, par Vulcanius, par Graevius et par le laborieux Spanheim, qui consacra sa jeunesse à travailler sur ce poëte, pour lequel il avait une estime particulière. Les deux éditions qu'on en a faites de nos jours en Angleterre sembleul annoncer qu'il est plus connu chez les élrangersque parmi nous, et récemment encore M. ErnesU, l'un des principaux ornemens de la république des lettres en Allemagne, vient de le faire réimprimer avec un soin dont lui seul peut-être était capable , en y joignant des notes qui ne laissent plus rien à désirer pour la pat faite intelligence de cet auteur. Cest en profilant avec reconnaissance de ses heureux travaux que je donne aujourd'hui cette nouvelle édition, où le texte grec parait pour la première fois avec une version française , accompagnée de notes et de quelques additions dont je vais rendre compte en peu de mots , car il est temps de finir ce discours préliminaire, qui n'est peul-ètre déjà que trop long.
HYMNES