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SUR LES BAINS DF. PALLAS

Minisires des bains de Pallas, sortez toutes, sortez ; j'entends hennir les cavales sacrées et la déesse paraît. Accourez blondes filles des Pélasges, accourez. Jamais l'auguste Pallas, avant d'essuyer les flancs poudreux de ses coursiers, n'est entrée dans le bain ; pas même au jour où revenant de combattre les fils insolens de la Terre , elle rapporta ses armes souillées de leur

' On sait que Ici poète» avaient personnifia la Force cl U Violence.

sang ; mais son premier soin en dételant les chevaux de son char, fut d'essuyer l'écume épaissie sur leur bouche mutine et de laver leur sueur dans les flots.

Venez, jeunes Achéennes, j'entends crier les essieux , venez; mais n'apportez point d'odeurs ni d'essences. Ministres des bains de Pallas, Minerve ne veut point de parfums composés. Ne lui présentez donc point d'odeurs ni d'essences, ni de miroirs. La grâce est toujours dans ses yeux ; et même sur l'Ida lorsque Paris y jugea les déesses, elle ne consulta ni le métal resplendissant que recèle le sein des montagnes , ni les eaux transparentes du Simols. Junon l'imita; Cypris seule, les yeux fixés sur l'airain réfléchissant , changea et rechangea souvent sa coiffure ; mais Pallas qui , telle que les Jumeaux divins au bord de l'Eurotas , venait de parcourir cent fois le stade, n'employa d'autre parfum que le simple jus de ses olives chéries, et, pareille à la rose du malin, ou plutôt aux grains éclatons de la grenade, une vive rougeur colora son visage. Jeunes filles , ne lui présentez donc que le jus de l'olive : c'est le parfom de Castor, ainsi que d'Hercule. Offrez-lui des peignes d'or pour démêler ses beaux cheveux , pour en séparer les tresses luisantes.

Sors de ton temple, ô Minerve! des vierges, troupe chère à ton cœur, des vierges descendues du grand Acestor • s'empressent autour de loi./) Minerve ! on porte aussi devant toi le bouclier de Diomèdc ; ainsi le veut l'antique usage établi par Eumède , ce pontife chéri de loi , qui , pour se dérober aux transports d'un peuple furieux , s'enfuit jadis sur le mont Créius avec ton image et l'y cacha sous des roches escarpées qu'on a depuis ce temps honorées de de ton nom.

Sors de ton temple, ô Pallas! déesse au casque doré, déesse qui renverses les murailles, qui le plais au fracas des armes et des chars.

Argiens, gardez-vous en ce jour de plonger vos urnes dans le neuve ; c'est aux fontaines seules à vous désaltérer. Esclaves, ne puisez aujourd'hui qu'aux source* de Physadée ou dans les eaux d'AmymoneV Si, du haut de

■ Accstor est un personnage inconnu dans la Table comme dans Histoire , mais qui sans doute avait joue un rôle considérable dans sa patrie, puisqu'il y avait une tribu dans Argos qui portait sou nom.

• Physadée et Atnymone étaient filles de Danaiis et araienl laissé leur nom a deux fontaines de l'Argolide.

HYMNES

ce* coteaux fertiles, Inachus roule son onde argentée sur un lit d'or et de fleur», c'est pour les bains de Pallas que ce dieu la réserve. Mais crains, 6 Pélasge! crains de jeter un regard même involontaire sur (a reine. Malheur à celui qui portera la vue sur les appas secret» de notre déesse lutélaire; jamais ses yeux ne reverront Argos.

0 puissante Minerve! sors de ton temple. Vous cependant j jeunes filles , écoutez un récit quo bien d'autres poètes ont déjà consacré.

Il fut jadis à Thèbes une Nymphe, mèro de Tirésias, que Minerve préférait à toutes ses compagnes et dont jamais elle ne se séparait. \jon même qu'au travers des champs béotiens, la déesse guidait ses coursiers vers l'antique Thespie, vers Haliarlc ou vers ces bocages odorans que le Coronéen lui a consacrés sur les bords du Curalion , toujours on voyait Chariclo assise à ses côtés sur son char» Jamais danses ou concerts ordonnés par d'autres ne plaisaient à Minerve. Préférence inutile ! A des pleurs éternels la Nymphe était réservée.

1 n jour, sur le sommet de l'Hélicon, au bord fleuri de l'Hippocrènc, la déesse cl sa Nymphe détachant leur ceinture entraient dans le bain. Le silence du midi régnait dan» les bois. Tirésias seul , Tirésias à peine encore à l'âge où un léger duvet vient ombrager le menton , errait avec ses chiens dans cet asile redoutable. Par une soif brûlante amené vers la fontaine, l'infortuné jeune homme y vit, sans le chercher, un spectacle interdit aux mortels. Minerve en fut irritée ; toutefois plaignant son destin : «O loi, lui dit-elle, qui désormais ne jouiras plus de la vue , fils d'Euérée, quel funeste démon t'a conduit en ces lieux ? »

Elle dit : soudain une nuit épaisse couvrit les yeux de l'enfant; il resta sans voix; la douleur enchaîna ses mouvemens , et l'élonnement lui coupa la parole. «Terrible Pallas, s'écria Chariclo , qu'avez-vous fait à mon fils ! . .. Déesses, voilà donc votre amitié!... Vous avez privé mon fils de la lumière Enfant déplorable, tuas vu les appas de Minerve, mais lu

ne verras plus le soleil Mère infortunée!....

Mont que j'abandonne à jamais, fatal Hélicon , que tu vends cher à mon fils ses plaisirs! Pour quelques faons , quelques daims qu'il a percés de ses traits , il lui en coûte les yeux. »

Ainsi Chariclo, semblable à la plaintive Phi-

lomèle, déplorait le destin de son fils, qu'elle embrassait et baignait de ses larmes. Minerve eut pitié de sa compagne et lui dit : «Nymphe, désavouez un discours que vous dicte la colère. Ce n'est point moi qui viens d'aveugler voire fils. Quelle douceur aurait pour Minerve le supplice d'un enfant innocent! N'en accusez que la loi de l'antique Saturne, qui met au plus haut prix la vue d'un immortel , quand on le Yoil sans que lui-même y consente. Nymphe, l'arrêt est irrévocable, et tel esl le sort que le fuseau des Parques réservait à votre fils dès l'instant qu'il est né. C'est â lui de supporter son des! in. Ah! combien d'holocaustes la fille dcCadmus et son Aristée voudront-ils un jour offrir aux dieux pour obtenir que leur fils , le jeune Actèon , ne perde que la vue ! En vain aura-l-il été le compagnon de l'auguste A rlémis ; en vain aura-t-il cent fois avec elle poursuivi les hôtes des bois : rien ne garantira ses jours lorsque ses regards auront , quoique involontairement, surpris la déesse dans son bain. Mais soudain ses propres chiens dévoreront leur ancien matlre, et sa mère parcourant les forêts n*y retrouvera que les os dispersés de son fils. Combien de fois alors appellera-t-cllc heureuse et fortunée celle dont le fils sur ces montagnes n'aura laissé que les yeux ! Sèche donc tes pleurs, ô ma compagne! puisqu'on (a faveur je réserve encore a ton fils un don consolateur. Je veux que les Thébains révèrent en lui le plus grand et le plus renommé des prophètes. Il saura distinguer dans le vol des oiseaux les augures prospères indifférons et sinistres. C'est de lui que les Béotiens , que Cadmus et les fameux Labdacides recevront mille oracles. Je lui donnerai un sceptre • dont la vertu divine guidera ses pas. Je reculerai dans les siècles les bornes de sa vie , et seul après sa morl , honoré du terrible dieu des enfers , il conservera chez les ombres son esprit fatidique. »

Elle dit cl fil un signe de tête, infaillible garant de ses promesses, car â Minerve , soûle d'entre sos filles, Jupiter a communiqué les attributs qui distinguent son pouvoir. Ministres des bains de Pallas , ce n'est point aux flancs d'une mère que Pallas fut conçue, c'est dans la tête de Jupiter. Jamais un signe de la tête de

' On «ait que ta fable avait donne i Tiresia» un bâton mystérieux arec lequel il conduirait se* pas aussi sûrement que s'il avait été doue de la vue.

CALL1MAQI K.

Jupiter ne Tut démenti; jamais un signe de la tète de Minerve ne sera sans effel.

Minerve revient à son temple. Volez au-devant d'elle, jeunes filles ; et si la patrie vous est chère , offrez à la déesse vos prières, vos vœux et vos chants.

Salut , ô déesse ! protège les remparts d'Inachus, soit que les coursiers rejoignent ou te rapprochent de son temple , el conserve à jamais l'héritage de Danaus.

F. IV l.'llOXJVEUR DKCÊRKS.

Le calalhus 1 revient; femmes, chantez . « Salut, ô Cérès! salut, ô déesse nourricière, déesse des moissons! »

Le calalhus revient ; à lerre, profanes, à terre ! Femmes, filles, enfans, craignons tous, en ce jour de jeûne, de le regarder du haut dos toits ou d'un lieu trop élevé. Hespérus nous annonce son retour; Hespérus qui seul sut persuader a Cérès d'étancher sa soif lorsqu'elle cherchait les traces de Proserpine ravie à sa tendresse.

O déesse ! comment les fortes sufllreulellcs alors à courir jusqu'aux porles du couchant el jusqu'aux climats brûlans où croissent les pommes d'or, sans manger, sanshoire, sans entrer dans le bain? Trois fois tu traversas le lit argenté de l'AchéloUs; trois fois lu passas tous les fleuves de la terre-, trois fois tu revins au centre de la plus charmante des lies; trois fois enfin lu retournas l'asseoir au bord du puits de Callichorus , couverte de poussière , sans avoir mangé , sans avoir bu , sans être entrée dans le bain

Mais pourquoi rappeler ce qui coûta des larmes à Cérès? Parlons des lois aimables qu'elle a données à nos villes ; parlons des jours où enseignant à Triplolème le plus beau des arts , elle montra la première à moissonner les épis , à en former des gerbes , a les faire broyer sons les pieds des taureaux. Ou plutôt encore, pour effrayer à jamais les impies, disons comme elle livra jadis le déplorable fils de Triopas aux lourmens de la faim.

Les Pélasges « habitaient encore à Dolium.

♦ Espèce de corbeille mystérieuse et sacrée qu'à certain jour marqué l'on rapportait en pompe du temple, dlîleusis i celui de Cérès-Thcsmophore dans Athènes.

• Ancien peuple répandu dans la r.rèce, mais dont la principale habitation était en Thcssalie, ou ils avaientbjli, entre au-

Ils y avaient consacré à Cérès un bois délicieux, planlé d'arbres touffus impénétrables au jour ; lieu charmant, que la déesse aima toujours à l égal d'Éleusis , de Triopion et d'Fnna. Là , parmi les pins et les ormes ailiers, les poiriers s'enlaçaient aux pommiers , et du sein des rocailles jaillissait une onde pareille au cristal le plus pur.

Mais quand le ciel voulut retirer ses faveurs aux enfans de Triopas. un funeste projot séduisit Erésichton. Il prend vingt esclaves, tous à la fleur de l'âge , tous semblables aux Géan* el capables d'emporter une ville. Il les arme de haches el de cognées, et court insolemment avec eux au bois de Cérès.

Au milieu s'élevait un immense peuplier qui touchait jusqu'aux astres et dont l'ombre, à midi, favorisait les Dryades. Frappé le premier, il donne en gémissant un triste signal aux autres arbres. Cérès connut à l'instant le danger de son bois sacré : «Qui donc, s'écria-l-elle en courroux , brise les arbres que j'aime? » Aussitôt, sous les traits de Nicippe (c'était sa prêtresse), les bandelettes el le pavot dans les mains, la clé du temple sur l'épaule, elle s'approche, et ménageant encore un insolent el coupable mortel : » O toi, lui dit-elle, qui brises des arbres consacrés aux dieux, ô mon fils, arrête; reliens (es esclaves; mon fils, cher espoir de la famille, n'arme poinl le courroux de Cérès, don! lu profanes le bocage. » Mais lui , plus furieux qu'une lionne du Tomare à l'instant qu'elle accouche, « Relire-lot, répondil , ou bientôt celle hache Ces arbres ne

serviront plus qu'à bftlir le palais où je passerai mes jours avec mes amis dans les festins et dans la joie. »

11 dit, el •Vémésis écrivit le blasphème. Soudain Cérès en fureur se montra tout entière : ses pieds louchent à la lerre el sa tête à l'Olympe. Tout fuit, el les esclaves demi-morts abandonnent leurs cognées dans les arbres. Cérès les épargna; ils n'avaient fait qu'obéir à leur maître. Mais à ce maître impérieux : «< Va , dit-elle, insolent, va bûlir le palais où tu feras des festins : certes il l'en faudra souvent célébrer désormais. »

Elle n'en dit pas plus : le supplice était prêt.

très, la ville de Dorium. Il se fll dans la suite une émigration de ce peuple sous ta conduite de Triopas. père d'Kré>icl<ton, qui alla fonder la tille de Cnide en Carie voila pourquoi le poète ajoute : . N'habitaient point encore Cnide. »

HYMNES

Aussitôt s'allume au sein de l'impie une faim cruelle, insatiable, ardente, insupportable; effroyable tourment dont il fut bientôt consumé. Plus il mange, plus il veut manger ; vingt esclaves sont occupes à lui préparer des mets, douze autres à lui verser à boire : car l'injure deCérès est l'injure de Bacchus, et toujours Bacchus partagea le courroux de Cérés.

C'en est fait , ses parens honteux n'osent plus l'envoyer aux banquets. Tous les prétextes sont tour à tour employés. Les filles d'Orménus, l'invitaient aux jeux de Minerve- ltoniadc : n Érésicbton n'est point ici, répondait sa mère ; il est allé redemander aux bergers de Cranon 1 les troupeaux nombreux qu'il leur avait confiés. » Polyxo préparait l'hymen d'Actorion •; elle conviait à la félc Triopas et son fils : «Triopas ira, lui disait-on avec larmes; mais Erésicbton, atteint il y a neuf jours, dans les vallées du Pinde, par un fier sanglier, ne peut encore se soutenir. » Mére infortunée, mère trop tendre, quels détours n'avez-vous pas inventés. L'appclait-on aux Testins : «Érésicbton est loin de ces lieux. » Célébrait-on quelque hymen : tantôt « un disque l'a frappé ; » tantôt » un cheval fougueux l'a terrassé; »> tantôt «il compte ses troupeaux sur l'Othrys. »

Cependant au fond de son palais, Érésichton passant les jours à table, y dévore mille mets. Plus il mange, plus s'irritent ses entrailles. Tous les alimens y sont engloutis sans effet , comme au fond d'un abîme.

Tel qu'on voit la neige du Mimas1, ou la cire fondre aux rayons du soleil, tel et plus promptement encore on le vit dépérir. Bientôt les libres et les os seuls lui restèrent. Sa mère et ses sœurs en pleurèrent, le sein qui l'avait allaité en soupira, et ses esclaves en gémirent. Triopas lui-même en arracha ses cheveux blancs, et s'adressant à Neptune, qui ne l'entendait pas: «Non s'écriait-il, tu n'es point mon père; ou, s'il est vrai, que je sois né de toi et de la fille d'Aéolc, regarde l'infortuné qui doit le nommer son aïeul , puisque c'est moi qui lui donnai le jour. Que n'est-il tombé

■ Ville do Tl essalie.

' Vraisemblablement le même que celui qui est mi* par Orphée su nombre de» Argonautes. Comme ce poile ne dit |>oîtil le nom de la mére de ce héro«, il m vraisemblable que c'était celle Polyio dont parle ici Callimaque et qui ne peut rien avoir de commun arec les autre» Iktoïiics de ce nom, dont il est parlé dani le» anciens mj thologues qui nout reslrnl.

• Promontoire de l'Ionie fort élevé.

sous les traits d'Apollon! Que ne l'ai-je enseveli de mes mains ! Faut-il que je le voie dévoré par la faim ! Éloigne donc de lui ce mal funeste, ou loi-mème prends soin de le nourrir. Pour moi, j'ai tout épuisé. Mes bergeries sont vides, mes étables sans troupeaux , et mes esclaves ne suffisent plus à le servir. 11 a tout consumé, jusqu'aux cavales qui traînaient son char, jusqu'aux coursiers qui lui avaient valu tant de gloire dans les jeux et dans les combats , jusqu'au taureau que sa mère engraissait pour Vesla. >»

Tant qu'à Triopas il resta quelque ressource, son foyer fut seul témoin de sa peine. Mais quand Érésichton eut absorbé tout son bien , on vit le fils d'uo roi , assis dans les places publiques, mendier les alimens les plus vils.

O Cérés! que celui que tu hais ne soit jamais mon ami ! que jamais il n'habite avec moi! Loin de moi des voisins si funestes?

Chantez , jeunes vierges, et vous mères, répétez ; « Salut , ô Cérés! salut , ô déesse nourricière, déesse des moissons! » Quatre coursiers, aux crins argentés, traînent le Calalhus; ainsi, puissante Cérés, tu nous apporteras, d'année en année , quatre saisons favorables. Nous le suivons les pieds sans chaussure, et la tète sans bandelettes; ainsi lu préserveras de* maux nos pieds el nos tètes. Des vierges portent en (on honneur des paniers tissus d'or; ainsi l'or ne manquera jamais a nos besoins.

Femmes qui n'êtes point initiées, ne suivez celte pompe mystérieuse que jusqu'au Prylatanée. Femmes qui ne comptez pas encore soixante hivers, venez jusqu'au temple. Von» que Page appesantit, ou vous qui tendez les mains à Lucine, et que les douleurs ont surprises, venez jusqu'où vos forces pourront vous conduire; la déesse versera sur vous ses Taveurs autant que sur celles qui l'accompagneront à son temple.

Salut, ô déesse! conserve cette ville dans la concorde et dans l'abondance. Fais tout mûrir dans nos champs. Engraisse nos troupeaux, fertilise nos vergers, grossis nos épis, féconde nos moissons. Fais surtout régner la paix , afin que la main qui sème puisse aussi recueillir.

Sois-moi propice, ô divinité trois fois adorable, puissante reine des déesses!

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KN L'HONNEUR D'APOLLON.

Ciel! comme le laurier d'Apollon est agile! comme le temple enlier est ébranlé! Loin, loin d'ici , profanes ! Déjà Phébus de son pied divin a touché le seuil de la porte. Ne le voyezvous pas ! Déjà le palmier de Délos Ta salué par un doux frémissement; déjà le cygne a rempli l'air de ses chants. Tombez verroux , tombez barreaux, le dieu approche : et vous, jeunes hommes , préparez vos concerts et vos danses.

Ce n'est point à tous indifféremment, mais au juste seul, qu'Apollon se manifeste. Qui le voil est" grand ; qui ne le voit point est petit. Je le verrai, dieu terrible, et serai toujours grand.

Entons , voulez-vous parvenir aux jours de l'hymen, voulez-vous atteindre l'âge où les cheveux blanchissent , et bâtir sur des fondcinens durables-, aujourd'hui que Phébus visite ce» lieux , faites entendre le son de vos lyres et le bruit de vos pas cadencés

Honneur à ces entons ! puisque leurs lyres ne sont plus oisives.

Silence. Écoulez les louanges d'Apollon. La mer même se tait , lorsqu'on chante les armes du dieu de Lycorée, les flèches et la lyre. lo Pœan , lo Pœan! A ce cri , Thélis cesse de pleurer son Achille; et ce roc humide, inébranlablement fixé dans la Phrygie, ce marbre qui fut femme, et qui semble jeter encore le cri de la douleur, suspend le cours de ses larmes.

/o F'œan! Chantez tous, la Pœan! Malheur à qui lutte contre les dieux! Que celui qui brave les dieux , brave donc aussi mon roi ! Que celui qui brave mon roi, brave donc aussi les dieux.

Si vos chants plaisent à Phébus, il vous comblera de gloire ; il le peut , car il s'assied à la droite de Jupiter. Mais un jour est trop peu pour chanter Apollon, la carrière est vaste. Eh ! qui peut cesser de chanter Apollon !

l^a tunique d'Apollon est d'or; son agrafe, sa lyre, son arc, son carquois cl ses brodequins sont d'or. L'or et les richesses brillent autour de lui; j'en atteste Pylho •.

Toujours jeune , toujours beau , jamais le moindre duvet n'ombragea les tendres joues

■ r.Vsi-i-ilirr 1c le mplc de 1'; 'ho ou de rn- Iplie*.

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d'Apollon. De sa chevelure découle une essence parfumée: mais non , ce ne sont point des parfums, c'est la panacée * même qui distille des cheveux d'Apollon. Heureux le sol que co baume humectera! il n'y croîtra que des germes salutaires.

JVul ne réunit autant d'arts qu'Apollon : il est le dieu des archers et des poètes ; car le Destin lui a donné les flèches ei la lyre. Il est le dieu des sorts et des augures : de lui les médecins ont appris à retarder la mort.

Nous l'appelons aussi Nomius *, depuis que sur les bords de l'Amphryse * , l'Amour lui fil prendre soin des cavales d'Adméte. Qu'aisément sous les yeux d'Apollon un troupeau se féconde ! Les (aureaux s'y multiplient , les chèvres n'y sont jamais sans chevreaux, ni les brebis sans lait et sans agneaux ; et celle qui n'en eut porté qu'un , en porte toujours deux.

O Phébus! sous tes auspices s'élèvent les villes ; car lu te plais à les voir se former, et loi-même en poses les fondemens. Dès l'âge de quatre ans tu construisis sur les bords du lac charmant d'Ortygie , le premier édifice qu'aient vu les mortels. Diane le rapportait les cornes des chèvres qu'elle perçait de ses flèches sur le monl Cynlhius ; et lu l'en servais pour dresser un autel, en former la base, le corpset les côtés; ainsi lu nous appris à bâtir. Depuis tu désignas l'endroit où Battus devait fonder ma patrie ; et sous la forme d'un corbeau d'heureux augure, lu guidas son peuple en Lybie. Tu juras de donner Cyrène à mes rois, et toujours ta parole est fidèle.

Dieu puissant, que d'autres l'appellent Boedrornius, d'autres Clarius; cent noms divers te sont donnés à l'envi. Pour moi, c'est sous le nom de Carnéen que je veux techanler; tel est l'usage de ma patrie.

Dieu de Carnus , Sparte fui la première à l'adorer sous ce nom : Théra suivit cet exemple, que Cyrène a depuis imité. De Sparte, le sixième descendant d'OEdipe apporta ton culte à Théra , d'où le fils de Polymnesle * le transmit aux Asbytes *. Établi dans leur contrée , il

' Mol grec qui signifie lillcralcmenl remède a loui. ' Attire mol prec qui signifie littéralement ptuteur. » Kleuve de ThoMalie.

* Battus, autrement nommé Arislolcle». Le polie lui donne l'epilbétc à'oulos, entier, min, parce qu'il avait été longtemps muet cl qu'il recouvra la parole avant d'aller en Lybie fonder la vUle d« Cyrène.

' re lit peuple de la Libye, voisin du canlon où Battus établit «a colonie.

réleva ce temple superbe, institua ces fêtes annuelles où mille et mille taureaux tombent sous la hache de les prêtres.

O dieu de Camus! tes autels, dans la saison des Trimas, sont couverts de safran parfumé; au printemps , ils sont parés de ces fleurs variées que Zéphire fait éclorc en séchant la rosée; et dans ton sanctuaire brille une flamme éternelle, que jamais la cendre n'a couverte.

Ce fut proche des bois épais d'Azillis , et loin encore des sources de Cyré, que les guerriers doriens célébrèrent, pour la première fois, 8vec les blondes habitantes de la Libye , les jours consacrés au dieu de Camus. Tu vis leurs danses, ton œil en fut réjoui; et tu les Ils remarquer à ton épouse, du haut de ce mont fameux où elle avait terrassé le lion qui désolait les troupeaux d'Eurypylc 1 . Jamais danses ne le plurent davantage ; jamais ville n'éprouva les bienfaits autant que Cyrènc : ils sont le prix des faveurs que lu ravis jadis à ta Nymphe; aussi nul des immortels n'est plus honoré que toi par les enfans de Battus.

Io! que tout chante, Io Pœanf Tel fut le premier cri du peuple de Delphes, lorsqu'en sa faveur lu montras la force de tes flèches. Python, monstre épouvantable, Python, serpent terrible, s'élançait contre loi; mais bientôt tes coups redoublés el rapides ('étendirent à tes pieds. Le peuple s'écria : « /o , Io Pœan! frappe! Laloneenloi nous donne un sauveur! » Depuis ce temps, c'est ainsi que tu fus célébré.

L'Envie s'est approchée de l'oreille d'Apollon, el lui a dit : « Que vaut un poète, si ses vers n'égalent le nombre des flots de la mer! » Mais Apollon , d'un pied dédaigneux " a repoussé l'Envie el lui a répondu : « Vois le fleuve d'Assyrie, son cours est immense; mais son lit est souillé de limon et de fange. Non ; toutes les eaux, indifféremment, ne plaisent point à Cérès ; et le faible ruisseau , qui , sortant d'une source sacrée , roule une onde argentée toujours pure, servira seul aux bains de la déesse. »

Gloire à Phébus , et que l'Envie reste au fond du Tartare!

* Prince qui, selon la fable, régnait en Libye au temps de l'enlèvement de Cyréoe.

• Le texte dit seulement « Ou pied. -

INES. 3.v,

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