VU, 29S
* Colle ancienne coutume est aussi rappelée par Sophocle, qui s'en sert dans fa tragédie d'fcleclrc pour augmenter l'horreur du meurtre commis par Clylemneslre. Le passage de Sophocle a été horriblement deflgurèpar le I*. Brumoy. Je crains d'aroir rendu trop fidèlement celui d'Apollonius.
* Le» habitant des tics Absyrlidc». Slralwn. VII, Jii.
devait prendre. Médée était présente et Pélée prit ainsi la parole :
« Compagnons, profitons de l'obscurité pour nous éloigner des ennemis en suivant une route opposée. Lorsque le jour leur aura découvert la perte qu'ils ont faite, ils ne songeront guère, je crois, à nous poursuivre. La mort de leur chef, mettant parmi eux la division , lès obligera de se disperser, et lorsque nous reviendrons ensuite , rien ne s'opposera plus à notre passage. »
Il dit , et chacun applaudit à son discours. Aussitôt on se mit à ramer avec vigueur jusqu'à ce qu'on fût arrivé à l'Ile Éleclris, la plus considérable de celles qui sont situées près du fleuve Éridan '.
Cependant les Colchidiens , s'étant bientôt aperçus de la perte de leur prince, étaient prêts à parcourir toutes ces mers pour chercher les Argonautes ; mais Junon les obligea d'abandonner ce dessein en les épouvantant par des éclairs dont le ciel parut embrasé tout à coup. D'un autre côté , la crainte qu'ils avaient du courroux d'Éélès fut cause qu'ils n'osèrent retourner en Colchide. Il s'établirent donc , les uns dans les tles qui avaient servi de retraite aux Argonautes et dont les habitons portent encore le nom d'Absyrte , les autres sur les bords du grand fleuve d'IIlyrie, près de la nation des Enchéliens et du tombeau de Cadmus et d'Harmonie* ; d'autres enfin près de ces monts * dont le nom rappelle encore le souvenir des foudres qui les empêchèrent d'aborder dans une fie voisine.
Aussitôt que les Argonautes crurent le danger dissipé , ils revinrent sur leurs pas et relâchèrent dans le pays des Hylléens *, qui, ne songeant plus comme auparavant à s'opposer
• Le Po. Le»' Grecs croyaient qu'il y arait prit de son embouchure plusieurs Des, d'où renaît l'ambre jaune, tL ctrum, auxquelles ils donnaient pour celle raison le nom dites filectrides.
' Cadmus et Harmonie sa femme, obligés de quitter Tbébea dans on Jjtc avance, se retirèrent chez les Enchéliens, fieuplc. d'IIlyrie. Leurs descendans régnèrent après eux dans celte contrée, et l'on y montrait leur tombeau. C'était deux rocher» voisins l'un de l'autre qui se réunissaient, disait-on, quand le pays était menacé de quelque danger. Apoltodore, III, 5. — Slrabon. VU, 336.— Dionys. perieg. 391. — Callimaque , fragmens C1V.
' Les monts Céraunlcns ou Acrocérauniens , ainsi appelés du mot grec keraitnot, la foudre.
4 Sur la côte dlllyrie. La péninsule appelée autrefois llyltis en aujourd'hui Sabionccllo. Vont:, Gtoyraphie ancienne, I , loi.
L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES
à leur passage , les conduisirent à travers les Iles qui rendent en cet endroit la navigation difficile -, ils reçurent pour prix de ce service un grand trépied. Apollon en avait donné deux semblables à Jason lorsqu'il alla consulter l'oracle de Delphes sur son voyage. L'arrêt du Destin était, que les lieux où ils seraient déposés n'auraient rien à craindre des ravages de l'ennemi. Les Hylléens conservent encore aujourd'hui ce précieux don, et, pour le dérober aux regards des mortels , ils Font caché bien avant dans la terre, prés de l'illustre ville qu'ils habitent.
Hyllus, leur fondateur, fruit des amours d'Hercule et de la belle Mélile , n'existait plus alors. Hercule, voulant expier le meurtre de ses enfans ', se rendit prés de Nausithous qui régnait sur l'Ile appelée Macris , du nom de la Nymphe qui allaita le dieu Bacchus. Là, s'étanl laissé toucher par les charmes de Mélite , nayade, fille du fleuve Egée , il en eut le brave Hyllus qui, devenu grand , quitta bientôt l'Ile où il avait pris naissance. Nausithous, à l'empire duquel il voulait se soustraire, favorisa lui-même son dessein en lui donnant une colonie de Phéaciens. Aidé de ce secours , il traversa la mer de Saturne et s'établit duns le pays où abordèrent alors les Argonautes , peu de temps après qu'il eut été tué par les Mentoriens *, en défendant des troupeaux qu'ils voulaient enlever.
Mais comment , ô déesses! le navire Argo , sorti de ces mers, parut-il au delà de l'Ausonie , prés des Iles Stœchades », habitées par les Lyguriens ? Quel destin força les Argonautes de parcourir des lieux si éloignés ? Quels vents purent les y conduire?
Jupiter, irrité du meurtre d'Absyrte, voulut qu'ils ne retournassent dans leur patrie qu'aprés avoir souffert des maux infinis et s'être purifiés de leur crime par les conseils de Circé. Ignorant leur destinée, ils voguaient loin du pays des Hylléens et avaient déjà laissé derrière eux les Iles de la Liburnie , occupées peu auparavant par les Colchidiens; Issa, Dyscelade,
' Hercule, dans un accès de fureur qui lui fui inspiré par Ju. non, tua les enfans qu'il avait eus de la femme Mégare. Il fui purifle de ce meurtre par Tliesliua , roi des Tbcspiens , selon Apollodore (II, 12). Suivant notre polie, il eut recours i Nausithous, père d'Alcinotis , roi de l'Ile Macris , appelée communément Corcjrc ou l'Ile des rhèaciens, aujourd'hui Corfou.
'IcupIcdllJjrie.
' Aujourd'hui les i\c, d'Ilkrcs.
l'aimable Pilyie et Corcyrc , où la nymphe du même nom, tille du fleuve Asopus, fut transportée par Neptune qui, touché de sa beauté, l'enleva loin des campagnes de Phliunte •. Les matelots aperçoivent de loin les sombres forêts dont celle Ile esl couronnée et l'appellent , à ca use de cela , Corcyre la Aoire *.
Les Argonautes avaient ensuite passé près de Mélile *, de Cérossus et de Nymphée, demeure de la reine Calypso, et commençaient à apercevoir les monts Céraunicns lorsque Junon instruite de la colère de Jupiter et voulant leur faire parcourir rapidement la route qu'il avait marquée, fit souiller un vent furieux qui , les repoussant en arrière, les porta de nouveau près de l'Ile Électris. Dans le même temps, cette poutre merveilleuse, sortie de la forêt de Dodone et que Minerve avait placée au milieu du vaisseau, faisant entendre une voix humaine, leur annonça : « Qu'ils no pourraient se soustraire à la fureur des Ilots et des tempêtes avant que Circé, fille du Soleil et de Persé, ne les eût purifiés du meurtre d'Absyrte ; que pour cela, Castor el Pollux devaient prier les immortels de leur ouvrir les chemins de la mer d'Ausonic, où Circé faisait sa demeure. »
Les Argonautes, effrayés de la voix qui venait de frapper leurs oreilles et redoutant la colère de Jupiter, étaient plongés dans une affreuse consternation, el les fils de Tyndare levaient leurs mains vers le ciel. Ijo vaisseau , toujours emporté par le vent, se trouva bientôt au milieu du fleuve Éridan, près de l'endroit où Phaéton , frappé de la foudre, fut précipité du char du Soleil au fond d'un marais d'où s'exhale encore une fumée épaisse et au-dessus duquel les oiseaux ne peuvent voler impunément \ Tout autour les filles du Soleil , changées en peupliers, pleurent la mort de leur frère, et les larmes qu'elles répandent sont de* gouttes d'ambre qui, séchées d'abord sur le sable par les rayons du soleil , sont ensuite re* portées dans le cours du fleuve par les flots que les vents poussent vers le rivage. Les Celtes au contraire racontent que les larmes dont l'anw
■ ViBe de la Sicyonic , dans le Péloponcse , peu éloignée ds l'Asopus.
• Aujourd'hui Curzola.
• M.léda.
4 Oium super haud olla notèrent impune volatiles Tcndere ilrr permis. . .
Virgii. , /tn. VI, V39.
APOLLOMUS.
bre est formé , sont celles que répandit Apollon , lorsque irrité de la mort de son fils Esculapc, que la nymphe Coronis mil au monde dans la ville de Lacérie \ sur les bords de l'Amyrus, et forcé par les menaces de son père de quitter l'Olympe, il se relira dan» le pays des Ilyperboréens *.
Cependant les héros minyens , plougés dans la tristesse, ne songeaient pas même à prendre de nourriture; l'odeur infecte qui s'exhalait de rÉridan les suffoquait pendant le jour, et la nuit ils entendaient les cris aigus cl les plaintes des filles du Soleil , dont les larmes , semblables à des gouttes d'huile, paraissaient au-dessus des flols.
De ce fleuve, le vaisseau fut conduit dans un autre, dont les eaux se mêlent en murmurant a celles de l'Eridan. Il porte le nom de Rhône et prend sa source aux extrémités de la terro , prés des portes du couchant et du séjour de la nuit. Une de ses branches se jette dans l'Océan -, l'autre dans la mer Ionienne, en se confondant avec l'Éridan; la troisième enfin se rend par sept embouchures au fond d'un golfe de la mer de Sardaigne ».
Les Argonautes, ayant pris la première branche, se trouvèrent au milieu des lacs , dont le pays des Celtes est couvert et risquaient, sans le savoir, d'être jetés dans l'Océan , d'où ils ne seraient jamais revenus -, mais Junon descendit tout a coup du ciel , et du haut des monts Hercyniens * fil retentir l'air d'un cri qui les remplit d'épouvante. En même temps elle les repoussa en arrière , leur fit prendre le chemin par lequel ils devaient revenir dans leur pairie et les enveloppa d'un nuage, à la faveur duquel ils traversèrent , sans être aperçus , le pays des Celtes et des Liguriens. Étant enfin parvenus a la mer après être sortis du fleuve par l'embouchure du milieu, ils abordèrent heureusement aux Iles Slœchades, redevables en parlie de leur salut aux Dioscures, à qui Jupiter confia bientôt le soin de veiller pareillement sur tous les vaisseaux. Depuis ce temps on élève des autels el on offre des sacrifices en leur honneur.
' Ville de Tbcssalie , dans la Magnésie. {Sieph. de taré.)
' Jupiter avant foudroyé Bsculape, qui avait trouvé le secret de rendre la vie aux morts, Apollon irrité tua les eyelopes qui avaient fabriqué la foudre. Jupiter pour le punir l'exila de l'Olympe pendant quelque temps.
' Le golfe de Ljon. Apollonius considère ici le Rhin, le nhône rt le P6, comme trois branches d'un racine fleuve.
• U forti Noire.
Les Argonautes abordèrent ensuite à l'île ./Elhalie 1 , où ils s'arrêtèrent pour enlever de leurs corps la sueur dont ils étaient couverts. Les cailloux qu'ils employèrent à cet usage , répandus sur le bord de la mer, se font remarquer à leur couleur *. On voit aussi dans l'Ile les disques * d'une grosseur prodigieuse avec lesquels ils s'exerçaient , et l'un des ports fiorlelc nom du navire Argo*.
De là , voguant à la vue du pays desTyrrhéniens, ils traversèrent la mer d'Ausonie, et arrivèrent au port fameux d'Ava *. Ils aperçurent sur le rivage Circè, occupée d'une cérémonie religieuse , qui se purifiait dans les eaux de la mer. Un songe affreux venait de la remplir d'épouvante. Elle avait cru voir, pendant la nuit, son palais inondé de sang et les poisons avec lesquels elle enchantait les étrangers en proie a un incendie qu'elle s'efforçait d'éteindre avec le sang qu'elle puisait à pleines mains autour d'elle. Alarmée de ce présage , elle s'était levée dès l'aurore et élait sortie de son palais pour baigner dans l'onde amère ses cheveux et ses vêlemens. Mille monstres différens marchaient sur ses pas comme un troupeau qui suit son pasteur. Leurs corps, bizarre assemblage de l'homme et de la bête, ressemblaient a ceux qui sortirent autrefois du limon de la terre lorsqu'elle n'avait pas encore été comprimée par l'air ni desséchée par les rayons du soleil , el que les espèces , distinguées depuis par le temps, étaient encore confondues.
Les Argonautes, étonnés de ce spectacle, ne laissèrent pas , en regardant Circè, de reconnaître aisément dans ses traits et dans ses yeux la sœur d'Éèlès. Aussitôt qu'elle eut achevé de se purifier et qu'elle eut chassé de son esprit les frayeurs de la nuit, elle reprit le chemin de son palais en faisant signe aux héros de la suivre. Jason leur ordonna de rester et s'avança sur ses pas , accompagné seulement de Médée. Lorsqu'ils furent arrivés au palais, au lieu de se placer sur des sièges, ainsi que
' L'Ile «nobe, près des côtes de Toscane, célèbre par ses mines de fer.
* Strabon, liv. V, 224, el l'auteur du traité de liirab. atuent. attribué à Aristoie , parlent de ces pierres de diverses couleurs et de leur origine fabuleuse.
* Ces disques étaient des masses de fer arrondies que les anciens s'exerçaient 4 lancer.
* ArgoU* Portus, aujourd'hui Porto-Ferraro.
* Appelée aussi Circet, prés d'un promontoire, dont te nom actuel est ïlontt-Ctrcello.
L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES
Circé les y Invitait, ils allèrent, scion la coutume des suppliant, s'asseoir en silence au pied de l'autel des dieux pénates. Médée couvrait son visage de ses mains; Jason avait enfoncé dans la terre l'épée dont il avait Trappe le Ois d'Éétès ; tous deux avaient les yeux fixés vers la terre.
A cette vue , Circé comprenant le sujet de leur arrivée , adora la justice de Jupiter qui déteste le meurtre , mais se laisse fléchir aux prières des suppliant. Aussitôt elle commença les cérémonies usitées dans ces occasions, pour purifier les criminels. Elle étendit d'abord sur l'autel un jeune pourceau qui tétait encore sa mère, et l'ayant égorgé, elle teignit de son sang les mains des deux coupables. Elle répandit ensuite des libations en implorant la clémence de Jupiter, et lorsque les Naïades qui la servaient eurent emporté hors du palais toutes les choses dont elle venait de se servir, elle fit brûler devant le foyer des gâteaux et d'autres offrandes mêlées de miel, en versant dessus des libations exemples de vin , afin d'apaiser la colère des redoutables Euménides et d'adoucir même la malheureuse victime du forfait, soit que le sang répandu par les coupables fût celui d'un étranger ou d'un de leurs concitoyens.
Les cérémonies de l'expiation étant achevées, Circé fil asseoir ses hôtes sur des sièges, s'assit elle-même devant eux, et se rappelant le songe qu'elle avait eu , voulut savoir ce qui les concernait , et désira même d'entendre parler la princesse, dont elle soupçonna l'origine aussitôt qu'elle lui vit lever les yeux car les descendans du Soleil étaient remarquables par l'éclat et la vivacité de leurs regards.
Médée, ne pouvant rester plus longtemps cachée , lui raconta en langue colchidienne le voyage des Argonautes, les dangers qu'ils avaient courus , la faute qu'elle avait commise par les conseils de sa sœur, et la manière dont elle s'était soustraite à la colère de son père avec les cnfans de Phrixus. Elle ne lui parla point du meurtre d'Absy rie ; mais Circé pénétra facilement ce mystère et ne put néanmoins s'empêcher d'avoir pitié des pleurs de sa
1 Circé irait été transportée en Halte longtemps avant la naissance de Médée et ne pouvait par conséquent la connaître. Voyci le discours d'tetès aux enfans de Phrixus, au commencement du troisième chant.
«Malheureuse, lui dit-elle, votre indigne fuite et vos horribles forfaits ne sauraient demeurer impunis. Puisse Eétès aller bientôt luimême en Grèce pour vous faire sentir sa colère et venger la mort de son fils I Votre qualité de suppliante et le sang qui nous lie m'empêchent de penser moi-même à vous punir. Sortez de mon palais et suivez l'inconnu pour lequel vous avez abandonné votre père j mais n'embrassez pas mes genoux et n'implorez plus mon secours. Aux dieux ne plaise que je veuille favoriser vos honteux desseins ! »
Médée, saisie de douleur en entendant ce discours, se couvrait le visage de son voile et versait des torrens de larmes , lorsque Jason , la prenant par la main , la conduisit hors du palais.
Cependant Iris qui , par l'ordre de Junon observait le moment ou ils sortiraient pour se rendre au vaisseau , porta aussitôt à la déesse la nouvelle de leur départ: « Chère Iris, lui dit Junon, puisque tu remplis si fidèlement mes ordres, va maintenant , d'un vol rapide, annoncer à Thétis que j'ai besoin d'elle , et qu'elle sorte aussitôt du sein de la mer pour se rendre ici. Tu dirigeras ensuite la course vers ces rivages, où les enclumes de Yulcain retentissent sous les coups affreux de ses marteaux et tu diras au dieu du feu de laisser reposer ses fourneaux jusqu'à ce que le navire Argo soit passé. Enfin lu commanderas de ma part a Eole, qui règne sur les vents, de leur imposer silence et de laisser seulement soufller le zéphyr , afin que les Argonautes arrivent bientôt à l'Ile desPhéaciens. »
Elle dit, aussitôt Iris, déployant ses ailes, s'élance hors de l'Olympe traverse les airs , et s'étant plongée sous les flots de la mer Égée , où le vieux Nérée fait sa demeure, instruisit Thétis des ordres de Junon. Ensuite elle alla trouver Yulcain et l'engagea sur-le-champ à suspendre ses travaux. Eole, fils d'Hippotas, reçut pareillement sa visite. Elle venait de lui exposer le sujet de son message et était déjà de retour dans l'Olympe, lorsque Thétis, ayant quitté ses sœurs et le palais de Nérée , se rendit près de Junon, qui la fil asseoir près d'elle et lui Uni ce discours :
« Écoulez , divine Thélis , ce que je veux vous dire. Tous savez combien Jason et ses compagnons me sont chers , comment je leur
APOLLONIUS
ai fait traverser heureusement les rochers Cyanées, autour desquels mugissent sans cesse les venis et les flots. Maintenant ils doivent passer près du rocher de Scylla et du gouffre de Charybde. Souvenez-vous que j'ai pris soin de vous depuis votre enfance et que je vous ai aimée plus que toutes les autres habitantes de la mer parce que vous n'avez pas voulu vous rendre aux désirs de Jupiter, toujours prêt à séduire les déesses et les mortelles. Irrité d'un refus dont votre respect pour moi et la crainte de ma vengeance vous faisaient une loi , il jura que vous ne seriez jamais l'épouse d'un dieu. Cependant il ne cessa de tourner vers vous ses regards jusqu'à ce que , l'auguste Thémis lui ayant annoncé que le flls qui naîtrait de vous surpasserait en tout son père, la crainte de perdre l'empire du ciel lui fit oublier son amour. Attentive alors à remplir vos vœux, je voulus vous faire goûter les douceurs de l'hymen et je vous choisis pour époux le plus distingué des mortels 1 : j'invitai tous les dieux au festin de vos noces ; et pour répondre à cet honneur insigne, je portai moi-même la torche nuptiale ». Aujourd'hui je vais vous découvrir un secret qui doit vous loucher. Votre fils, qui, privé du lait de sa mère, est actuellement élevé par les Naïades dans l'antre du centaure Chiron , doit être un jour l'époux de Médée lorsqu'il sera parvenu dans les champs élysicus. Ne refusez donc pas en ce moment votre secours à cette princesse ainsi qu'à Pélée votre époux. Pourquoi ce ressentiment éternel que vous conservez contre lui? Il a failli ; mais les dieux eux-mêmes n'onl-ils pas failli ? Vulcain doit par mon ordre ralentir le feu de ses fourneaux, Éole enchaîner tous les vents, excepté le zéphir, qui les conduira sur les rivages des Phéacicns. Prenez donc aussi soin de leur retour et unissez-vous à vos sœurs pour les garantir des flots et des rochers. Craignez surtout que Charybde ne les engloutisse, ou que Scylla, ce monstre d'Ausonic, fille de Phorcus et d'tlécate , et qu'on appelle aussi CralaTs », étendant hors de son antre une gueule effroyable, ne dévore Pélilo de ces héros. Pour évi-
* Pélec fi s (TÊacus, et pclit*Dli de Jupiter.
* Prima et tcllua et pronuba Juno
rirçtl.,£a.\\, 166.
La mère du mari portait ordinairement un (lambeau devant ta nouvelle épouse. Le schol, Eurip. pltœn. 346. 'Oomérc, Od}«., XII, U4.
1er ce malheur, dirrigez vous-même le vaisseau dans ce passage étroit , qui seul peut les mettre a l'abri de la mort. »
Thélis lui répondit : « Si nous n'avons A craindre ni la violence des flammes, ni la fureur des tempêtes , je vous promets a l'aide du zéphyr, de sauver le vaisseau, même en dépit des flots. Mais il est temps que je vous quille , et j'ai bien du chemin à parcourir pour retourner vers mes sœurs cl aller ensuite presser le départ des Argonautes. » Elle dit, et ayant traversé les airs, elle se plonge dans les abîmes do la mer et appelle aussitôt ses sœurs. Les Néréides se rassemblent A sa voix, entendent les ordres de Junon et prennent le chemin de la mer d'Ausonic.
Thétis , plus rapide que l'éclair ou que le rayon qui marque le lever du soleil , traversa les flots, et, étant arrivée au port d'jEa, trouva les Argonautes qui s'amusaient aux exercices du disque et du javelot. Aussitôt , invisible A tous les autres , elle se découvrit aux yeux du seul Pélée son époux, et lui prenant la main : «Ne restez pas plus longtemps, lui dit-elle, sur les cotes de la Tyrrhénie ; obéissez à Junon qui vous protège et partez aussitôt le retour de l'aurore. Les filles de Nérée, assemblées par Tordre de la déesse, défendront le vaisseau contre les rochers entre lesquels il doit passer. Mais gardez-vous, lorsque vous me verrez au milieu de mes sœurs, de me faire connatlre A personne si vous ne voulez m'irriter de plus en plus contre vous. » En achevant ces mots, Thétis disparut et se plongea dans la mer, laissant Pélée vivement ému de la présence d'une épouse qui depuis longtemps avait abandonné sa couche et son palais. C'était au sujet du jeune Achille que son courroux s'était allumé. La déesse, poussée du désir de le rendre immortel et de soustraire son corps aux injures de la vieillesse , détruisait la nuit les chairs sujettes à la mort en les consumant peu A peu par le feu , et frottait pendant le jour son corps d'ambroisie. Pélée, s'élant par hasard éveillé tout à coup, aperçut au milieu des flammes son fils palpitant, et ne put s'empêcher de pousser des cris affreux. La déesse indignée jeta brusquement l'enfant par terre, et , semblable A un songe ou au souffle d'un vent léger ', sortit pour toujours du palais.
' Par Icribus venlis, volucrique simillima «omno.
VirgU., &a. II, TM.
L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES
Cependant Pelée ayant annoncé à ses compagnons les ordres de Thétis, ils quittèrent aussitôt leurs jeux pour préparer le repas et les lits de feuillage sur lesquels ils devaient passer la nuit. Le lendemain, aussitôt que l'aurore eut frappé de ses rayons le sommet des cicux, on se rembarque à la faveur du zéphyr, on lève avec joie les ancres et on déploie les voiles. Le vent qui les enfle porte bientôt le vaisseau à la vue d'une Ile couverte de fleurs , et d'un aspect riant '. Elle était habitée par les Sirènes, si funestes à ceux qui se laissent séduire par la douceur de leurs chants. Filles d'AchéloUs et de la muse Terpsichorc , elles accompagnaient autrefois Proserpine et l'amusaient par leurs concerts avant qu'elle eût subi le joug de l'hymen. Depuis, transformées en des monstres moitié femmes et moitié oiseaux, elles étaient retirées sur un lieu élevé , près duquel on pouvait facilement aborder. De là , portant de tous côtés leurs regards , elles tâchaient d'arrêter les étrangers qu'elles faisaient périr en les laissant consumer par un amour insensé.
Les Argonautes, entendant leurs voix, étaient près de s'approcher du rivage ; mais Orphée prenant en main sa lyre, charma tout à coup leurs oreilles par un chant vif et rapide qui effaçait celui des Sirènes , et la vitesse de leur course les mil tout à fait hors de danger. Le seul Butés, fils de Téléon, emporté tout d'abord par sa passion , se jeta dans la mer, et nageait en allant chercher une perle certaine; mais la déesse qui règne sur le mont Eryx", l'aimable Vénus , le retira des flots et le transporta près du promontoire Lilybée.
Échappés auxenchantemensdes Sirènes, les Argonautes approchaient en tremblant du détroit où des dangers plus affreux encore les attendaient. D'un côté s'élevait le rochor de Scylla , de l'autre Charybde poussait du fond de ses gouffres d'affreux mugissemens. Plus loin , on entendait frémir sous les flots les rochers errans qui de leur sein embrasé lançaient peu
' One des trois Iles ou rochers appelés Sirentuae, aujourd'hui Galina et Galli ( Danville, U III, Xom. alph. ) prés de l'Ile Capreis ou Capri.
• Ërjx, montagne de Sicile, près du promontoire Liljrbeo, sur laquelle V nus arait un temple célèbre.
Tum tidna astris Eryctuo in vertice sedes
YirgiL, Xa.V, TS». Ce temple est aujourd'hui une citadelle appelée San-Ginliano. DawiUc, I, m.
auparavant des tourbillons de flamme. Une épaisse fumée dérobait aux yeux la lumière du soleil, et l'air était encore rempli d'une vapeur étouffante, excitée par les travaux que Vulcain venait de suspendre.
Les Néréides paraissent aussitôt de tous côtés et Thétis saisit elle-même le gouvernail. Telle qu'une troupe de dauphins dont la vue remplit de joie les matelots , sortant du sein d'une mer tranquille, se jouent alentour d'un vaisseau ; telles les filles de Néréc environnent en foule le navire Argo, dont la course est dirigée par Thétis. Lorsqu'il fut prés des rochers errans, les nymphes , relevant leurs robes jusqu'aux genoux , se répandirent ça et là sur le bord des écueils. Le vaisseau entraîné par le courant est battu par les flots qui se soulèvent avec furie et mugissent en se brisant contrôles rochers dont les uns s'élèvent comme des précipices au milieu des airs et les autres sont cachés sous les eaux. Ainsi qu'on voit sur un rivage sablonneux de jeunes filles, la robe retroussée dans la ceinture, s'amuser à recevoir et à se renvoyer mutuellement une balle qui ne louche jamais la terre, ainsi les nymphes de la mer font voler tour a tour le vaisseau sur les flots et lui font franchir tous les écueils. Volcain, debout sur la cime d'un rocher et l'épaule appuyée sur le manche d'un marteau , regarde avec étonnement ce spectacle. Junon le voit aussi du haut des cieux et dans sa frayeur elle presse Minerve entre ses bras.
La durée d'un jour de printemps fut celle du travail des Néréides. Elles disparurent après avoir rempli les ordres de Junon et s'enfoncèrent comme des plongeons dans les flots. Le vaisseau, poussé par le vent, élail alors prés des campagnes de la Sicile où paissent les troupeaux du Soleil , et les Argonautes entendaient le bêlement des moutons et les mugissemens des bœufs. Phaétuse , la plus jeune des filles du Soleil, conduisait les moulons en tenant dans sa main une houlette d'argent. Lampétie portait une baguette d'airain et suivait les bœufs qui paissaient au milieu de gras pâturages, entrecoupés de ruisseaux. Ils étaient tous d'une blancheur égale à celle du lait et portaient fièrement leurs tètes ornées de cornes d'or. Les Argonautes ayant parcouru ce rivage pendant le jour, firent route la nuit suivante à travers une mer d'une vaste étendue, où les premier» rayons de la lumière les retrouvèrent encore
APOLLONIUS
Non loin des mont* Céraunicns , au-devant du détroit de la mer Ionienne , il est une tic vaste cl opulente , dans laquelle est cachée, dit-on, la faulx avec laquelle (pardonnez Muscs, je rapporte malgré moi une ancienne tradition) Saturne mutila si cruellement son père. D'autres racontent que celle faulx est celle de Cérôs qui habita jadis dans cette tle cl apprit aux Titans, en faveur de la nymphe Macris qu'elle aimait, à moissonner les épis nourriciers. De la celle terre sacrée, pairie des Phéaciens , issus d'un sang divin, prit le nom d'une faulx'.
Ce fut sur ces rives que le vaisseau, sorti de la merde Sicile après tant de fatigues, fui porté par le souille des vents. Le roi AlcinoQs et ses sujets célébrèrent l'arrivée des Argonautes par des sacrifices et des festins. Toute la ville se réjouit comme s'ils eussent été des enfans chéris, et eux-mêmes, transportés de plaisir, se crurent presque au sein de leur pairie ; mais un nouveau danger devait bientôt leur faire prendre les armes. Une armée innombrable de Colchidiens , sortie du Pont-Euxin à travers les rochers Cyanées pour courir à leur poursuite, vint tout à coup leur redemander Médée en les menaçant de toutes les horreurs d'une guerre sanglante el de l'arrivée du roi Eélès. Alcinotls, qui désirait terminer le différend sans combat, arrêta d'abord leur furie. Cependant Médée, saisie de frayeur, implorait tantôt les compagnons de Jason el tantôt embrassait en pleurant les genoux de la sage Arelé, épouse d'Alcinotts : ((Grande reine, lui disait-elle, ayez pitié de moi , je vous en supplie. Ne me livrez point aux Colchidicns, ne me laissez pas emmener à mon père. Tous tant que nous sommes, de légères erreurs nous entraînent rapidement dans de plus grandes. Telle est la cause de mon malheur; une folle passion n'y eut jamais de pari. J'en atteste la lumière sacrée du soleil et les mystères de la redoutable Hécate , c'est malgré moi que j'ai quitté ma pairie pour suivre des étrangers. La crainte et le désespoir , effets d'une première faute, m'ont contrainte de prendre le seul parti qui me restait; mais l'honneur et la vertu n'ont jamais cessé pour cela de m'èlre chers. Ayez donc pitié de moi, intéres-
1 En grec Drépané. L'Ile des Pfaéacicns, appelée ftchcrle par Homère, est aussi nommée par d'autres auteurs Macris, Drépané et plus communément Corcjre. C'est aujourd'hui Corfou.
sez votre époux en ma faveur et que les dieux vous accordent des jours fortunés , qu'ils multiplient les fruits de votre hymen et qu'ils rendent votre empire toujours florissant. »
Médée s'adressant ensuite à chacun des Argonautes en particulier, leur disait: «C'est vous, illustres héros, c'est votre funeste entreprise qui me plonge dans les alarmes où je suis ; moi qui vous ai fait dompter la fureur des taureaux, triompher des géans el conquérir la Toison que voire rejour va bientôt porter dans la Grèce. Ingrats! j'ai quitté ma patrie pour vous faire retrouver la vôtre-, j'ai perdu mes parens pour vous assurer le plaisir d'embrasser tendrement les vôtres; j'ai renoncé pour vous à toutes les douceurs de la vie; un dieu jaloux, après me les avoir ravies, me rend encore un objet d'horreur en me faisant errer çà el là avec des étrangers. Ah ! du moins, respectez la foi des traités, respectez vos sermens; redoutez les Furies qui vengent les malheureux; redoutez le courroux des dieux qu'allumerait sans doute le sort affreux qui m'attend entre les mains d'Éétès. Ce n'est ni des temples ni des remparts, c'est de vous seuls que j'attends ma défense. Ne rougissez-vous pas, cruels , de me voir prosternée aux pieds d'une reine étrangère, lui tendre indignement les bras? Vous auriez affronté pour enlever la Toison la nation entière des Colchidicns el le redoutable Éèlés lui-même; oublierez-vous aujourd'hui votre courage quand vous n'avez qu'un corps séparé d'ennemis à combattre ? »
Tous les Argonautes , sensibles aux prières de Médée, tachaient de calmer son chagrin et la rassuraient en faisant briller & ses yeux leurs lances el leurs épèes et en lui promettant de la défendre vaillamment s'il arrivait qu'Alcinoûs prononçât contre elle un arrêt injuste.
La nuit, qui suspend les travaux des mortels, survint au milieu de ces alarmes et répandit la tranquillité sur toute la terre. Médée seule ne pouvait goûter les douceurs du sommeil; son cœur était agité dans son sein comme le fuseau que fait tourner entre ses doigts une femme diligente qui travaille pendant la nuit au milieu de ses enfans désolés de la mort de leur père. L'horreur de sa situation est toujours présente à l'esprit de celte mère et les larmes coulent sans cesse de ses yeux. Ainsi pleurait la jeune princesse, pénétrée de la plus vive douleur.
Cependant AlcinoQs cl In reine Arelé, repo-
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sanl tranquillement au Tond de leur palais, i s'entretenaient ensemble de Médéc. « Cher époux , dit tendrement la reine, montre-toi favorable aux M inyens et délivre de la poursuite des Colchidiens celle malheureuse princesse. Argus el les habitans de l'Hémonie * sont voisins de notre tle : Eélès^ au contraire, en est trèséloigné et nous ne le connaissons que de nom*. Je te l'avoue 4 les malheurs et les larmes de cette jeune infortunée ont louché mon cœur de la plus vive compassion. Ne la laisse pas conduire entre les mains de son père. Sa première faute a été de secourir Jason. Bientôt (comme il nous est ordinaire à tous), voulant remédier à un mal par un autre mal , elle s'est soustraite en fuyant à la colère d'un père implacable. Jason ( ainsi que je l'ai appris) s'est engagé par les plus grands sermens & la prendre pour épouse. Épargne à ce héros un parjure et sauve une fille de la fureur de son père. Combien de malheureuses en ont élé les Iristes victimes! Antiope* fut cruellement persécutée par l'ordre de Nyctée. Danaé fut exposée par son père à la fureur des flots ». Toul récemment et près d'ici, l'infâme Échelus* ayant enfoncé des pointes de fer dans les yeux de sa fille, l'enferma dans une obscure prison où elle s'efforce en vain de broyer des grains de cuivre sous une meule pesante. >»
Alcinoûs touché du discours de son épouse lui répondit : « L'intérêt que Médée m'inspire me ferait volontiers prendre les armes pour repousser les Colchidiens ; mais je crains de blesser les décrets élernels de Jupiter et d'ailleurs il serait plus dangereux que vous ne pensez d'offenser Éélès dont la puissance surpasse celle de tous les autres rois el qui peut, du fond de son pays , porter bientôt la guerre au milieu de la Grèce. 11 vaut mieux prononcer un jugement qui paraîtra juste à tous les hommes et que je vais vous communiquer. Si la princesse
' La Thessaîie.
• Anliope fille do Nyclce, que Jupiter rcodil mère d'Ampbion et de Zéthus, obligée de se soustraire par la fuite a la colère do son père, fut poursuivie et emmenée eaplive par Lycus , frère de Kyclée.
' Acrisius, père de Danaé l'enferma avec son fils Persoe dans un coffre qu'il Jeta dans la mer, et qui fut heureusement porté sur les bords de l'Ile Scripnc, une des Cvclades, où ils se sauvèrent.
• Roi <f£pire, qu'Homère représente comme le plus cruel de tous les hommes. ( Qoty». XVIII, Si ) yKchmodicus , l'amant de sa Bile, ressentit aussi les effets de sa rage , el fut mutilé dans un festin.
conserve encore sa virginité , je veux qu'elle soit renvoyée à son père; mais si déjà elle est épouse, je ne la séparerai point de son époux el je ne livrerai poinl entre des mains ennemies l'enfant qu'elle peut avoir conçu. » Alcinoûs, après cette réponse, se laissa bientôt aller au sommeil. Son épouse , frappée de ce qu'elle venait d'entendre * se leva sans perdre de temps, sortit de l'appartement, accompagnée de ses esclaves et ayant fait venir sans bruil son hérault, le chargea d'annoncer à Jason le jugement et de l'exhorter de sa pari à terminer sur-le-champ son mariage avec Médée.
Le hérault étant parti pour se rendre au port d'Hyllus, peu éloigné de la ville, y trouva les Argonautes qui passaient la nuit sous les armes. La nouvelle qu'il apportait ne pouvait être plus agréable; elle répandit parmi eux la plus vive allégresse.
Aussitôt on lit en l'honneur des dieux les libations accoutumées > on tratna les victimes à l'autel el on prépara le lit nuptial dans un antre sacré qui servit autrefois de retraite à la nymphe Macris , fille du tendre Arislée, qui fil le premier connaître aux hommes le suc que compose l'abeille et le jus onctueux de l'olive. Macris, habitant auparavant l'Ile d'Eubée, reçut entre ses bras le jeune Bacchus et abreuva de miel ses lèvres desséchées par le feu dont Mercure venait de le retirer • ; mais bientôt la nymphe , chassée de l'Eubée par la colère de Junon > se relira dans une grolle de l'Ile des Phéaciens , qui par ses bienfaits se virent en peu de temps comblés de richesses.
Les Argonautes ayant donc préparé dans ce lieu un grand lit , étendirent par-dessus la Toison d'or, afin d'orner davantage le trône de l'hymen et de rendre cette union A jamais mémorable. Une troupe de nymphes, dont les unes étaient filles du fieuve Égée » el les autres habitaient le sommet du mont Mélile el les bois d'alentour, envoyées par Junon pour faire honneur h son héros, apportèrent des fleurs de loule espèce qu'elles venaient de cueillir ellesmêmes. L'éclat de la Toison, qui brillait comme une flamme autour d'elles, les remplit d'adini-
' Sén:élé étant enceinte de Oacrbus voulut voir Jupiter dars toute sa gloire , et fut foudroyée. Mercure retira de son rein l'enfant el le sauva tirs flammes.
• Fleuve de l'Ile de Corfou. Mélite , montagne de la même Ho.
AWLLONIUS.
ration. Leurs yeux pétillaient du désir de la prendre entre leur» main», mais la pudeur les relinl. Bientôt après elles étendirent autour des deux époux leurs voiles odorans, tandis que les Argonautes se tenaient à rentrée de la grotte sacrée qui porte encore le nom de Médée. La lance à la main de peur d'être surpris par les ennemis et le front ceint de branches d'arbres , ils célébraient l'hymen en chantant au son de la lyre d'Orphée.
C'était à son retour à Iolcos et dans le palais de son père que Jaaon se proposait d'épouser Médée. La princesse attendait elle-même ce moment, mais la nécessité les força de le prévenir. Ainsi, misérables mortels que nous sommes, nous ne goûtons jamais de félicité parfaite et l'amertume se mêle toujours à nos plaisirs \ Ces deux époux, au sein du bonheur, appréhendent sans cesse que le jugement d'AlcinoQs ne trompe leur attente.
Déjà l'aurore avait dissipé les ténèbres. Les rivages de l'Ile et les campagnes voisines souriaient aux premiers rayons du jour. Tout était en mouvement dans la ville, lorsque AlcinoOs , tenant dans sa main le sceptre d'or avec lequel il rendait la justice à ses sujets et environné des plus distingués des Phéaciens tous revêtus d'armes éclatantes, prononça le jugement qui, suivant la convention des deux partis, devait décider du sort de Médée. Aussitôt, sur le bruit que Junon avait elle-même répandu de ce (lui s'était passé pendant la nuit, les femmes sortirent en foule de la ville pour voir les Argonautes et les habilans de la campagne accoururent de toutes parts avec empressement. L'un conduisait un agneau choisi , l'autre une génisse qui ne connaissait pas encore le joug ; d'autres apportaient des urnes pleines de vin pour les libations et déjà la fumée des sacrifices s'élevait dans les airs. Les femmes de leur côté portaient des voiles richement travaillés, des bijoux d'or et tous les ornemens qui servent à parer les nouvelles épouses. Dés qu'elles se furent approchées, elles admirèrent la bonne mine des Argonautes ; Orphée qui frappait la terre d'un pied léger , en chantant et en «'accompagnant de sa lyre -, enfin les nymphes qui célébraient avec lui l'hyménée et dansaient en décrivant des cercles et en chantant
' l'sque adeo nulla est tintera Toluplat
Solliciliquc aliquid lcrlis intenrenit.
Ovide, Mclam. VU, 453
les louanges de Junon qui avait inspiré à la reine de donner aux Argonautes un avis si salutaire.
Alcinous, instruit que l'hymen était conclu , ne laissa pas de persister dans le jugement qu'il avait porté, sans que la crainte du ressentiment d'Éétès pût le faire manquer à ses sermens.
Les Colchidiens voyant donc leur voyage inutile , et pressés par le roi de s'éloigner promptemenl de ses ports s'ils ne voulaient de bonne foi s'en tenir a sa décision , aimèrent mieux, plutôt que de retourner vers Eétès dont ils redoutaient la colère, supplier Akinoûs de les recevoir au nombre de ses sujets. Ils habitèrent ainsi parmi les Phéaciens , jusqu'à ce que plusieurs siècles après, les Bacchiades \ ayant quitté la ville de Corinlhe, les obligèrent de passer dans une fie plus éloignée , d'où il» gagnèrent ensuite les monts Cérauniens , et se retirèrent parmi les Nestéens » et dans la ville d'Oricum. On offre encore tous les ans à Corcyredans lo temple d'Apollon Nomius», des sacrifices en l'honneur des Parques et des Nymphes sur des autels que fit élever Médée. Alcinoûs ne laissa point partir ses hôtes sans leur faire beaucoup de présens-, son épouse voulut y joindre les siens et donna en outre à Médée doute esclaves phéaciennes qui avaient été élevées dans son palais.
Ce fut le septième jour après leur arrivée que les Argonautes quittèrent l'île des Phéaciens, accompagnés d'un vent frais qui les faisait avancer avec rapidité : mais leur destin était de n'arriver en Grèce qu'après avoir souffert encore bien des maux sur un rivage éloigné. Déjà voguant à pleines voiles , ils avaient laissé derrière eux le golfe d'Ambracie, le pays des Curètes4, les îles Échinades» et commençaient à découvrir la terre de Pèiops lorsqu'une tempête excitée par le vent du nord les poussa tout à coup dans la mer de Lybie. Là, après avoir été le jouet des flots pendant neuf jours et neuf nuits , ils furent jetés bien
1 Famille iTIuslre qui exerça longtemps la principale autorité a Coriolhc. |U en furent chassés i cause de l'attentat qu'ils commirent contre Actcon , fils de Mclissus , 6W ans après la guerre de Troie. Le tcholiasie.
• Peuple d'illjric. Oricum, ville située au foud d'un golfe de la mer Adriatique, au pied des monts Acroci'rauniens.
* Qui préside au maintien dos lois. Le tchotiatte. ' L'Acarnanie, aujourd'hui Carnia.
' Situées a l'embouchure du neuve Achélous, aclueftemcnl Aspro- fournie
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avant dan* la Syrie, golfe d'où ne sortent jamais les vaisseaux qui ont été forcés d'y entrer1.
De tous côtés s'étend un vaste marais dont les eaux , remplies de mousse et couvertes d'écume, sont entourées de sables immenses , d'où n'approchent jamais ni les animaux terrestres ni les oiseaux. Le flux qui s'y fait sentir avec violence emporta tout à coup le navire au fond du golfe , en lui faisant perdre seulement une légère portion de sa carène. On descendit à terre et chacun fut saisi de frayeur en voyant devant soi un ciel immense et au-dessous des plaines d'une égale étendue, où régnait un morne silence et où l'on n'apercevait ni source d'eau , ni sentier, ni cabane de pasteur : « Quelle est donc, se disaient-ils les uns aux autres, quelle est cette terre où nous ont jetés les tempêtes? Plût aux dieux que, sans écouter une crainte funeste, nous eussions, au retour de la Colchide, suivi le chemin qui nous y a conduits ! En bravant les décrets du Destin , nous serions au moins morts glorieusement ; mais maintenant que ferons-nous, si les venls nous forcent de rester ici quelque temps, puisque toute la cèle n'est qu'un vaste désert ?
Le pilote Ancée lui-même, plongé dans le désespoir, leur dit : «C'en est fait mes amis, notre perle est certaine et nous ne pourrions éviter le malheur qui nous menace quand même le vent viendrait a souiller de terre. Je ne vois du côté de la mer qu'un immense marais. L'eau qui baigne le rivage a très-peu de profondeur, cl noire navire aurait été misérablement fracassé avant d'aborder s'il n'eût élé soulevé par le flux. Maintenant que la mer est retirée, le fond est a peine couvert d'eau. Renoncez donc à, l'espoir de vous mettre en mer. Qu'un autre cependant essaie de montrer s'il veut [son adresse et qu'il prenne en main le gouvernail. Pour moi , je vois trop que Jupiter ne veut pas mellrc fin à nos travaux par un heureux retour. »
Ainsi parlait le pilote en pleurant. Chacun de ceux qui savaient l'art de conduire un vaisseau tenait le même langage. Tous les cœurs furent alors glacés d'effroi et la pâleur se répandit sur tous les visages. Au milieu des horreurs d'une guerre sanglante ou d'une peste affreuse, aux approches d'un orage qui doit
* U grande Syrlr, aujourii htii Sidra, Mir U colc d'Afrique, dans le ro>aiimeoV Tripoli.
détruire tous les travaux des laboureurs , ou lorsque les statues desj dieux paraissent couvertes d'une sueur de sang et qu'on croit entendre des mugissemens dans les temples ', ou quand le soleil, au milieu de sa course, se couvrant loul à coup de ténèbres , le jour est à l'instant changé en nuit et les éloiles brillent au firmament , dans ces momens de trouble et de désastre , les habitans d'une ville errent ça et là, semblables à des fantômes inanimés: ainsi les Argonautes, abîmés dans leur douleur, se traînent languissammenl le long du rivage. Sur le soir ils s'embrassent en pleurant, se séparent et s'étendent tristement sur le sable , chacun dans l'endroit qu'il a choisi. Ils passèrent ainsi la nuit et une partie du jour la tète envelopée de leurs manteaux , souffrant les rigueurs de la faim cl n'attendant que la mort. D'un autre côté , Médéc et les femmes qui l'accompagnaient , retirées & l'écart , laissaient traîner leurs blonds cheveux dans la poussière cl faisaient retentir l'air de leurs gémissemens. Ainsi de petits oiseaux, trop faibles encore pour voler, poussent des cris aigus lorsqu'ils sont tombés hors do leur nid ; ainsi sur les bords du Pactole, les cygnes font entendre leurs chants : la prairie d'alentour y répond par un doux frémissement et les eaux du fleuve en sont émues.
Les plus vaillans des héros , dans cet étal affreux, allaient périr ignorés des mortels avant d'avoir achevé leur entreprise, lorsque les déesses furent touchées de leur sort : c'était les divinités tulélaires de la contrée , qui avaient autrefois reçu Pallas, lorsqu'elle sortit loul armée du cerveau de son père, et avaient lavé son corps dans les eaux du lac Triton *. Vers le milieu du jour, dans le temps que le soleil dardait sur la Lj bic ses plus ardens rayons , elle* s'approchèrent de Jason et levèrent doucement son manteau de dessus sa tète. Le héros détourna par respect les yeux : « Infortuné , lui dirent-elles avec bonté, fiourquoi vous laisser ainsi aller au désespoir? Nous sommes les divinités de ces déserte , déesses tulélaires et filles de la Lybie. Nous savons que vous êtes partis de Grèce pour conquérir la Toison d'or. Nous
' Vox quoque per lucos vulgo exaudila silentes. . . . F.t naKum illacrimal lemplis ebur, «raque Mutant.
l'irgiL, Ceorg. I, 470.
• Sitar près de la ville de tterenice, aujourd'hui Hernie, à l'entrée de ta Grande-Syrie.
AlMJLLOMl S.
connaissons les fatigues que vous avez essuyées et les exploits par lesquels vous vous êtes signalés dans le Pont-Euxin. Cessez maintenant de vous affliger. Levez-vous cl faites lever vos compagnons. Aussitôt qu'Amphilritc aura dételé le char de \eptunc , montrez-vous reconnaissnns envers votre mére des souffrances qu'elle a endurées pour vous, et rendez-lui un service pareil à celui qu'elle vous a rendu , en vous portant si longtemps dans son sein. C'est ainsi que vous retournerez dans votre patrie. »
En Unissant ces mots, elles disparurent. Jason s'assit aussitôt et regardant autour de lui : « Augustes déesses , dit-il, qui habitez ces déserts, pardonnez si la manière dont vous m'annoncez notre retour paraît obscure à mon esprit Je fais assembler mes compagnons pour tacher de la mieux comprendre : que ne peuvent pas plusieurs avis réunis! » Aussitôt il se KWe et, tout couvert de poussière, appelle a haute voix se» compagnons. Tel un lion , Iraversant une forêt où paissent plusieurs troupeaux , remplit l'air de ses rugissemens. Les vallons en rctenlissenl * les arbres tremblent au loin sur les montagnes et les pasteurs sont saisis d'effroi. Les compagnons de Jason au contraire entendent avec plaisir sa voix , s'assemblent en silence autour de lui. Le héros les ayant Tait asseoir aussi bien que les femmes prés de l'endroit où ils avaient abordé, leur adressa ce discours : « Écoutez, mes amis. Trots déesses semblables à de jeunes tilles , le corps couvert de peaux de chèvre, se sont approchées de ma tète tandis que j'étais comme vous enseveli dans le chagrin et, tirant mon manteau de leurs mains délicates, m'ont ordonné de me lever et de vous faire lever, afin que, lorsque Amphilrite aura dételé le char de Neptune, nous soyons prèls à reconnaître les souffrances (pie noire mère a endurée» pour nous c à lui rendre un service pareil à celui qu'elle nous a rendu, en nous portant si longtemps dans son sein. A cet oracle que j'ai peine à comprendre, elles ont ajouté qu'elles étaient les déesses tulélaires et les filles de la Libye, et qu'elles savaient tout ce que nous avons souffert tant sur mer que sur terre. Tout à coup elles ont disparu d'auprès de moi , et je ne sais quel nuage épais les a dérobées à mes yeux. »
Les Argonautes ne pouvaient revenir de la surprise où les avait plongés ce qu'ils venaient d'en'endre, lorsqu'un prodige plus inouï s'offrit
à leurs regards. Du sein de la mer s'éleva tout a coup sur le rivage un cheval d'une (aille eC d'une grosseur extraordinaires; une crinière dorée flottait sur son cou. A peine eul-il secoué Fonde amère dont son corps était couvert, qu'il se mit à courir avec la rapidité du vent. « Mes amis, s'écria aussitôt Pélée, croyez-en mon augure, Amphitrite vient de dételer le char de
son époux , et notre mère c'est le navire
Argo lui-même, qui nous a portés si longtemps dans son sein et a souffert pour nous tant de fatigues. Réunissons-donc tous nos efforts et portons-le sur nos épaules à travers les sables , en suivant la route que nous a montrée l'un des chevaux de Neptune. Sans doute il ne va point chercher une retraite au sein de la terre et ses traces nous conduiront à l'extrémité de quelque golfe profond. » Il dit , et chacun approuvant son avis, se prépare à l'exécuter.
Déesses du mont Piérus, Muses, c'est vous que j'atteste en racontant ce prodige *. Docile à votre voix, je chante ce que vous m'avez vous-mêmes enseigné. Illustres descendons de tant de rois! il est donc vrai que par la force de vos bras et la grandeur de voire courage vous pûtes bien élever sur vos épaules le vaisseau avec toul ce qu'il renfermait et le porter ainsi douze jours et douze nuits à travers les déserts sablonneux de la Libye! Qui pourrait raconter les maux que vous eûtes 6 souffrir sous ce pesant fardeau? El que vous fîtes bien voir alors que vous étiez vraiment du sang des immortels.
Les Argonautes étant enfin parvenus sur les bords du lac Triton , déposèrent dans ses eaux le navire et coururent aussitôt, comme des chiens furieux, chercher une fontaine pour apaiser la soif qui les pressait. Tn heureux hasard les conduisit au milieu d'une campagne sacrée du royaume d'Atlas, où le serpent Ladon né du sein de la terre, veillait peu auparavant à la garde des pommes d'or , tandis que les nymphes Ilespérides qui le servaient faisaient retentir l'air des doux accens de leurs voix. L'animal redoutable venait d'être tué par Hercule au pied de l'arbre qu'il gardait. L'extrémilé de sa queue palpitait encore, le reste de
1 Qois Deu», 6 Musc
Mcile. Priwa «des facio, scU ta ma perennia.
VirgiL, iCn.lX, 77.
* Slrabon tait menlioo d'un fleuve de ce nom, appelé par d'autre* auteura Lalhon, qui ie jelle dans le lac des llcapérides, prè» de la ville de Bérénice.
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son corps était étendu sans mouvement , et des essaims de mouches trouvaient la mort dans ses plaies infectées du venin qu'y avaient laissé les flèches trempées dans le sang de l'hydre de Lerne. Près de lui les Hespérides gémissaient tendrement et se couvraient le visage de leurs mains. Les Argonautes s'approchèrentassez prés d'elles sansêlre aperçus, mais au premier bruit de leur marche elles disparurent tout à coup.
« Aimables divinités , s'écria Orphée en voyant ce prodige, soit que vous habitiez le ciel ou les enfers ou que vous soyez les nymphes de ces déserts , Nymphes sacrées , filles de l'Océan, puisque nous avons été assez heureux pour vous contempler , montrez-nous une eau qui puisse élancher la soif qui nous dévore. Pour prix de ce service, si nous retournons un jour dans la Grèce, vous partagerez nos présens avec les premières d'entre les déesses; nous vous offrirons des libations cl nous célébrerons en votre honneur des repas sacrés. » Telle fut la prière d'Orphée. Les Nymphes ne furent jjoint insensibles au malheur des Argonautes. Op vil d'abord sortir de la terre quelques brins d'herbe, de tendres rameaux parurent ensuite et bientôt des branches infinies s'élevèrent de toutes parts. Hespéra devint un peuplier , Eryihie un orme, Églé fut changée en saule : toutes, par un merveilleux prestige, paraissaient encore sous la forme de ces arbres, telles qu'elles étaient auparavant. Églé prepanl la parole adressa ce discours aux Argonautes : « Cet audacieux qui nous a enlevé les pommes d'or après avoir tué Le dragon qui les gardait , en nous laissant en proie à la douleur semble être venu pour soulager vos maux. Hier arriva ce mortel aussi redoutable par sa force que par sa méchanceté. Ses yeux élincelaienl sous son front farouche. Il était couvert de la dépouille d'un énorme lion et portait, avec un tronc d'o^ livier qui lui servait de massue , l'arc qui fut si fatal au dragon. Parcourant à pied la terre, il était, comme vous, dévoré par la soif cl ses yeux cherchaient vainement de tous côtés une eau pour se désaltérer. Un rocher voisin du lac Triton s'offrit à ses regards : inspiré par un dieu , il le frappe du pied, le brise et voit jaillir une source abondante. Aussitôt , étendant par terre ses mains et sa poitrine, il avale à longs traits la liqueur limpide qui remplit ses vastes entrailles. »
Les Argonautes , transportés de joie à ce dis-
cours, coururent aussitôt à la source et se pressèrent à l'entourer comme des fourmis à l'entrée de leur étroite retraite ou comme des mouches autour d'une grotte de miel. « Grands dieux ! dit alors l'un d'eux content de sentir ses lèvres rafraîchies, Hercule séparé do ses compagnons est néanmoins la cause de leur salut. Quel bonheur pour nous si nous pouvions le rencontrer et nous réunir à hii. »
Cependant les vents qui avaient soufflé pendant toute la nuit avaient agité le sable cl fait disparaître les traces du héros. Les plus agiles de la troupe furent choisis pour le chercher par divers chemins. Les deux fils de Borée se confiaient dans leurs ailes, Euphémus dans la légèreté de ses pieds et Lyncèe dans sa vue perçante. Canthus qui faisait le cinquième fut entraîné par son courage et par sa destinée : inquiet du sort de son ami Polyphème, il voulait absolument savoir d'Hercule en quels lieux il l'avait laissé. Mais hélas! Polyphème, après avoir bftli une ville célèbre en Mysie ' , touché du désir de revoir sa patrie et cherchant à découvrir le vaisseau des Argonautes, s'élail avancé jusqu'au pays des Chalybes * où il avait terminé ses jours. Son monument élevé près de la mer fut surmonté d'un peuplier.
Lyncée portant au loin ses. regards crut apercevoir Hercule à une distance infinie. Ainsi lorsque la lune est nouvelle , on la voit ou on croit/ la voir au milieu des nuages \ Aussitôt il retourna vers ses compagnons et leur annonça qu'il était impossible d'atteindre le héros. Euphémus et les deux fils de Borée revinrent aussi au bout de quelque temps après s'être inutilement fatigués. Toi seul, malheureux Canthus, tu trouvas la mort au milieu de la Libye-, car tandis que tu songeais à pourvoir aux besoins de tes compagnons en leur conduisant un troupeau qui se rencontra sur ton chemin , le pas-r leur accourant au secours te lança une pierre qui l'ôta la vie. Le coup parlait d'une main illustre, et Caphaurus ne le cédait point à Canthus puisqu'il était fils d'Apollon et d'Acacallis. Minus, père de cette princesse , la fil transporter en Libye dans le temps qu'elle élait encore
1 U ville de Cius, aujourd'hui Chio, ou Kemlik, au Tond d'un golfe de la mer de Marmara.
•Aujourd'hui KcWir, au midi de Trcbtsondc, sur ta mer Noire.
' Agnovitque per umbram
Obscuram, qualem primo qui surgrre meus»- Aul viiift, aul vidisic pulal per niibila luiutii.
finjîl., .lu. VI,
APOLLONIUS
enceinte. L'enfant qu'elle mit au monde, Amphilhcmis, appelé aussi Garamanle , eut de la nymphe Trilonis , Nasamon et le vaillant Canhaurus qui, après avoir tué Canthus, ne put échapper lui-même à la vengeance de* Argonautes. Ils ensevelirent leur compagnon et emmenèrent avec eux le troupeau.
Le même jour vil périr le devin Mopsus, que son art ne put garantir d'un sort toujours inévilable. Ln horrible serpent était caché dans le sable et se tenait à l'abri de la chaleur du jour : il ne cherchait point à nuire ni à se jeter sur sa proie ; mais aussitôt qu'il avait lancé son noir venin, rien de tout ce qui respire sur la terre ne pouvait échapper à la mort la plus prompte et Pœon lui-même n'aurait pu guérir l'impression seule de ses dents, lorsque Pcrséc, surnommé par sa mère Eurymèdon, volait au-dessus de la Libye , portant & Polydeclc • la tête de Méduse qu'il venait de couper, les gouttes de sang dont la terre fut arrosée formèrent celte espèce de serpent ». L'infortuné Mopsus appuya en marchant le pied sur le dos de l'animal qui , pressé par la douleur, se dresse aussitôt, lui entoure la jambe do ses replis et lui fait une profonde morsure. Médéc cl les femmes qui l'entouraient furent saisies de frayeur. Cependant Mopsus presse avec intrépidité sa blessure et ne ressent aucune douleur violente. Mais hélas! une langueur mortelle a déjà passé dans son corps; ses yeux se couvrent de ténèbres , ses membres s'appesantissent , il tombe en expirant au milieu de Jason et de ses compagnons , aussi surpris qu'effrayés d'une mort si déplorable. Bientôt toute sa chair, corrompue par le venin , tombe en pourriture , et le corps ne peut plus rester exposer aux rayons du soleil. On creuse promptemenl une fosse profonde ; les hommes cl les femmes y jettent une partie de leurs cheveux en faisant éclater leur douleur. Chacun prend ensuite ses armes, on fait trois fois le tour de la fosse, et après avoir rendu au mort tous les honneurs accoutumés on le recouvre de terre.
Les Argonautes, s'étant ensuite rembarques à la faveur d'un vent du midi , voguaient au ha-
■ Hoi de l'Ile Scripbe, une de» C)iia.los où l'ersce fut élevé.
' Vipcrei référer» spolium memorablle monslri , Aéra carpcbal lencrum •tridcolibu» alis : Cumque super Ithyca* victor penderet arena», fiorgonei capilis gulla? eecidere crucnlx : Quas humus eteeptas varios animavit in angne« ; l iide frequens illacsl, iofelaqop terra colubris.
Ot t'J., Mi-Um. IV. 'ili.
sard cl ne savaient quelle roule tenir pour sortir du lac Triton. Tel qu'au milieu des ardeurs du jour un serpent, brûlé par les rayons du soleil, se Iratne obliquement et l'œil en feu tourne de (ous côtés sa tète en poussant d'horribles sifflemens, jusqu'à rc qu'il ait gagné l'entrée de sa retraite -, ainsi le navire Argo erre longtemps ça cl la pour parvenir à l'embouchure du lac. Dans ce cruel embarras, Orphée commande à ses compagnons de descendre à terre et de se rendre les divinités du pays favorables en leur consacrant un grand trépied, présent d'Apollon. La cérémonie fut à peine achevée que le dieu Triton lui-même leur apparut sous la forme d'un jeune homme lenanl dans la main une poignée de lerre qu'il leur présenta en disant : « Recevez, mes amis, ce gage de l'hospitalité : je n'en ai pas dans ce moment de plus précieux à vous offrir ; mais si, comme étrangers , vous ignorez les chemins de ces mers, je suis prêt à vous les enseigner. Neptune mon père m'a placé prés de son empire el je règne sur ces rivages. Peut-être , quoique vous soyez d'un pays éloigné, le nom d'Eurypyle 1 qui recul le jour en Lybie esl-il parvenu jusqu'à vous. »
Euphémus, qui était aussi fils de Neptune, s'avançanl aussitôt, reçut dans ses mains la poignée de lerre et répondit : h Illustre héros , si la Grèce et la mer de Crète ne vous sont point inconnues, daignez nous tirer de l'incertitude où nous sommes plongés. Ce n'csl point notre volonté qui nous à conduits ici : d'horribles tempêtes nous ont fait échouer sur la côte ; nous avons avec mille fatigues porté noire vaisseau dans ce lac à travers les déserts , el noun ignorons quelle route peut nous en faire sortir el nous conduire à la terre de Pélops. » Aussitôt Triton, étendant la main et montrant de loin la mer et l'embouchure du lac : « Voilà , dil-il, cctle issue que vous cherchez. L'onde y esl immobile et d'une couleur plus noire. Des deux côtés s'élèvent des rivages d'une blancheur éclatante, séparés par un intervalle étroit. La mer qui esl au delà baigne les rivages de l'Ile de Crète el ceux du Péloponèse. Lorsque vous y serez enîrés, naviguez a droite el suivez la côle jusqu'à l'extrémité du promontoire qui s'avance ver» le nord*. Eloignez-vous alors en pre-
' Princ e de l.ibje, qui céda ton empire a la njmphe Orëno. lorsqu'elle rul tue le lion qui ravageait «es troupeaux. Callt hiik . in .!/>«/. , v . f»î l.t s u liuliaslii d'AiH>Uoiiins, liv. II, v. SoO.
; l.e |iromonioirc l'hjru», aujuurd hui cap Rasât.
L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES
nanl à gauche : voguez avec confiance en pleine mer, et montrez que vos corps à la Heur de l'âge sont supérieurs aux fatigues et aux ennuis. »
A peine eut-il achevé que les Argonautes, impatiens de sortir du marais, se rembarquèrent et firent force de rames. Au même instant Triton , emportant le trépied sacré , s'approche du rivage, entre dans le marais et disparaît toulè coup, laissant les Argonautes transportés de joie de ce qu'un dieu s'était offert A eux avec tant de bonté. Jason prit aussitôt par leur conseil une brebis choisie qu'il immola sur la poupe : « Dieu puissant , dit-il , qui avez daigné vous montrer A nos yeux , soit que vous soyez Triton, ce monstre marin, ou Phorcys ou Nérée , péredes Nymphes de la mer, regardez-nous toujours d'un œil favorable et mettez le comble à nos vœux en nous accordant un heureux retour. »
Jason en récitant cette prière précipita la victime du haut de la poupe. Triton parut alors au-dessus des flots sous sa forme naturelle. Depuis la tête jusqu'à la ceinture, son corps est semblable A celui des immortels; il est terminé par une double queue de baleine dont les extrémités échancrées en croissais fendaient avec vitesse la surrace des eaux. S'étanl approché du navire , il le prit par le gouvernail et le conduisit ainsi vers la mer. Tel un habile êcuyer, saisissant par les crins un cheval docile, le fait voler autour de la carrière. L'animal fend l'air en élevant une tète superbe et fait résonner sous ses dents son frein écumeux.
Triton ayant fait entrer le vaisseau dans la mer , se plongea de nouveau sous les flots A la vue des Argonautes étonnés d'un tel prodige. Le vent qui souillait les obligea de rester ce jour-là dans un port qui a retenu le nom d'Argotts , près duquel sont encore des autels en l'honneur de Neptune et de Triton.
Le lever de l'aurore fut le signal du départ. L'n vent du couchant remplissant les voiles les fit voguer le long des déserts qui régnaient sur la droite. Le lendemain, ils arrivèrent A l'endroit où la côte s'incline vers le midi, en formant un large golfe. Le vent du couchant, cessant alors de souffler , fut remplacé par celui du midi. Chacun en poussa des cris de joie ; mais à peine le soleil descendu sous l'horizon laissait briller l'étoile qui met fin aux travaux des laboureurs , que ce même vent tomba tout A coup. Alors on plia les voiles, on abaissa le
mât et on commença A ramer. On continua d'avancer ainsi le lendemain et la nuit suivante, et l'on parvint A l'Ile Carpathus, hérissée do rochers. On se préparait A gagner la Crète , qui surpasse par sa grandeur toutes les autres Iles, lorsqu'un géant redoutable , lançant du haut d'un rocher des pierres énormes , les empêcha d'y aborder : c'était l'invinciblo Talus, un de ces hommes que le siècle d'airain vit naître du sein des arbres les plus durs 1 et qui , seul de cette race féroce, vécut dans l'Age suivant parmi les demi-dieux. Jupiter l'avait donné A Europe pour veiller A la garde de l'Ile* , cl chaque jour il en faisait trois fois le tour. Sou corps, fabriqué de l'airain le plus dur, était invulnérable, A l'exception d'une veine cachée près du talon A laquelle était attachée sa vie.
Les Argonautes, effrayés, abandonnèrent promplemenl le rivage et se préparaient, malgré la soif qui les pressait et la fatigue dont ils étaient accablés, A fuir loin de l'Ile de Crète : « Écoulez, leur dit alors Médèe, quel que soit ce fier ennemi, quand tout son corps serait d'airain , je prétends , pourvu qu'il ne soit pas immortel, le dompter seule aujourd'hui si vous voulez tenir quelque temps le vaisseau immobile hors de la portée de ses coups. »
On s'arrêta donc , et chacun attendait l'événement avec impatience. Médèe, le visage couvert de sa robe, fut conduite A travers les bancs par Jason qui lui tenait la main et monta sur le bord du vaisseau. LA par des enchanlemens elle invoqua les Furies, ces chiens agiles de Pluton,qui tournant sans cesse dans les airs sont toujours prêts h se jeter sur les mortels. Elle se mit ensuite A genoux et les conjura trois fois par de nouveaux charmes et trois fois par de simples prières. Dès qu'elle fut remplie de leur esprit malin, elle fascina par des regards pleins de haine les yeux de Talus ; et toute hors d'elle-même , elle souffla sur lui sa rage et lui envoya d'horribles fantômes. Grand Jupiter! quelle surprise est la mienne ! Les maladies et le fer ne sont donc pas les seules causes de notre mort, un ennemi peut nous la donner de loin par ses prestiges. Ainsi Talus, malgré l'airain dont son corps était formé , succomba sous le pouvoir de Médèe. Tandis qu'il faisait
' Censquc virûm troncis, et doro robore nala.
Virgil., ALn. VIII, 3iV ' Jupiter avant enlevé Europe , U transporta dans l'Ile de Cicle, pour b dérober aux poursuites de son père Aeéuor.
APOLLON ILS
rouler des pierres pour empêcher qu'on ne pùl aborder , son talon rencontra la poinle d'un rocher. Aussitôt une liqueur semblable à du plomb fondu coula de la veine fatale. Avec elle ses forces l'abandonnent , cl bientôt il ne peut plus soutenir ses membres. Tel qu'un pin élevé que des bûcherons ont laissé à demi-abattu sur une montagne , agité durant la nuit par les venls, se brise entièrement cl est renversé , lel le géant , après avoir chancelé quelque temps , tombe enfin sans force avec un bruit effroyable.
Les Argonautes ayant passé la nuit dans nie de Crète, élevèrent aux premiers rayons du jour un monument en l'honneur de Minerve Minois , et s'étant munis d'eau, se rembarquèrent pour doubler aussitôt le promontoire Salmon 1 . Ils parcoururent ensuite la mer de Crète, cl lavaient même déjà franchie lorsqu'ils furent surpris par une nuit épouvantable , nuit redoutée des malelols , qui rappellent Catoulas* el dont les astres ne peuvent percer l'obscurité. On eûl dit que le noir chaos était répandu sur le ciel ou que les plus profonds abtmes avaient vomi dans le» airs toutes leurs ténèbres. Chacun, interdit, ne savait s'il était porté sur les eaux ou plongé dans le sombre empire de Pluton. Au milieu de cette horrible situation , ne pouvant plus tenir de roule certaine , ils abandonnèrent à la mer le soin de les conduire. Jason , élevant les mains au ciel el fondant en larmes implorait à grands cris le secours d'Ap^ pollon el promettait d'envoyer à Delphes, à Amyclcs el à Délos des présens aussi nombreux que magnifiques. Sensible à la prière du héros, lu descendis aussitôt du ciel, illustre fils de Latone , el du haut des rochers Mêlantes , qui semblent sortir des flots, lu fis briller Ion arc d'or au milieu des airs. Une lumière éclatante se répandit alors de tous côlés el les Argonautes aperçurent une petite lie * du nombre des Sporodcs , située vis-à-vis celle d'Hippouris. ils y jetèrent l'ancre el le lendemain, ayant préparé dans le milieu d'un bois épais un endroit riant et découvert, ils y élevèrent un autel p| consacrèrent le tout à Apollon, qu'ils surnommèrent Éclalanl «, A cause de l'heureux éclat
' Appelé aussi Samonium, aujourd'hui Solamonc.
' l>'un mot grec qui signifie funeste. Suidas.
' Anaphc, aujourd'hui Nampbto. Les anciens croyaient que celle Ile était sortie tout a coup du sein de la mer. Pline , n, »7.
' fcn grec .rglcicSIrabou parte de ce temple d'Apollon.F.jjIcto, qui cuit dan; l'Ile Anaphc. Stratnn, liv. X , p. «t.
qu'il avait fait briller à leurs yeux. Ils donnèrent aussi à l'Ile un nom qui marquait la manière dont ils l'avaient découverte
On pratiqua ensuite en l'honneur d'Apollon toutes les cérémonies qu'on peut faire sur un rivage désert. Les esclaves phéaciennes qui accompagnaient Médée , accoutumées à la cour d'Alcinoûs, à des sacrifices où l'on immolait toujours des taureaux , ne purent retenir leurs ris en voyant répandre des libations sur des tisons ardens. Les Argonautes voulant repousser la raillerie, leur répondirent par des propos piquans qui donnèrent lieu à une dispute vive et enjouée, modèle de celle qui s'observe encore aujourd'hui entre les hommes et les femmes de l'Ile d'Anaphé , lorsqu'ils offrent des sacrifices à leur dieu tulélaire, Apollon, surnommé Éclatant.
Les Argonautes étant partis d'Anaphé , Euphémus se rappela un songe qu'il avail eu la nuit précédente. Il croyait tenir enlre ses mains cetle glèbe divine qu'il avail reçue de Triton. Elle était arrosée du lait qui découlait de son sein , quand tout à coup il en sortit une jeune fille pour laquelle il conçut une violente passion. A peine y eut-il succombé , qu'il gémit de sa faiblesse, en pensant qu'il l'avait lui-même nourrie de son lait. « Ami, lui dit-elle alors, en le consolant doucement, je ne suis pas une simple mortelle. Fille de Triton el de la nymphe Lybie , c'est moi qui dois nourrir la postérité. Dépose-moi dans le sein de la mer que j'habite près d'Anaphé avec les filles de Nérée. I n jour je paraîtrai jwur recevoir tes descende ns. >»
Euphémus s'étant rappelé ce songe en fit part à Jason qui , repassant dans son esprit les oracles d'Apollon, lui répondit : «Euphémus, quelle sera voire gloire ! Quel bonheur est le vôtre! Cette glèbe, si vous la jetez dans la mer deviendra une Ile où habiteront les enfans de vos enfans , car c'est Triton et non pas un autre dieu qui vous a donné ce gage d'hospitalité tiré de la terre de Lybie. » Euphémus , charmé de la prédiction, suivit le conseil de Jason el jeta dans les flots la glèbe d'où sortit l'île Callislé»,
• Le nom d'Anaphé vient d'un mol grec qui signifie montrer, faire paroiire.
' Pline rapporte aussi que celle Ile, qui fui ensuite appelée Tlit ra, sortit tout à coup du scio d" la mer. Mais il se trompe, en plaçant sa naissance a la quatrième année de la |34» olvm piade, qui repond a l'an 337 de 1ère vulgaire. Plmc, il, »T.
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terre sacrée, nourricière des descendant d'Euphémus , lorsqu'après avoir été chassés par les Tyrrhéniens, de Lemuos où ils habitaient d'abord, et s'être ensuite retirés quelque temps a Sparte, ils vinrent s'établir dans son sein sous la conduite de Tliérax , (ils d'Autésion, qui changea le nom de Callisté en celui de Thèra*.
Cependant les Argonautes, qui voguaient avec rapidité abordèrent à l'Ile d'Égine*,oùils s'arrêtèrent pour puiser de l'eau. Le besoin qu'ils en avaient et le vent qui soufflait , les obligeant de se hâter , firent nattre parmi eux une dispute innocente à qui regagnerait plus tôt
' Aujourd'hui Sanlorin. Celle butoir* cil racontée Tort au long par Hérodote et par Plutarque. Voyez lei savantes notes du citoyen Larcber sur Hérodote, t. III, p. 4SS.
• Aujourd'hui Engu, dam le golfe du DiCmc nom , s. l'oricol de la Jtorée.
le vaisseau. C'est de la quo les descendant des Myrmidons qui habitent celle tle ont pris la coutume de se disputer le prix de la course, en portant sur leurs épaules des outres remplies d'eau.
Soyez-moi propices , illustres héros , issus du sang des dieux , et que mes chants deviennent de jour en jour plus agréables aux mortels. Me voici parvenu au terme de vos travaux. Partis d'Égine, vous n'eûtes plus d'obstacles à surmonter, plus de tempêtes à essuyer; mais après avoir côtoyé paisiblement la terre de Cécrops passé le long de l'Ile d'Eubée', près de la ville d'Aulis et du pays des Locriens , vous abordâtes avec joie aux rivages de Pagases1, d'où voua étiez partis.
' L'<iquc, qui fait aujourd'hui partie de la Livadie. \K6grcpont.
' Port du golfe Polasgiquc, aujourd'hui golf» de V'oto.
FIN D'ÀÏ'OLLOMUS.