TRADUITES PAR GREGOIRE ET COLLOMBET
PRÉFACE
Il n'existe en français qu'une version de Synésius ; elle a pour tilre : Les hymnes de Synese Cyrenean, evesque de Ptolemaide , traduits du grec en français par laques de Courtin de Cissé , gentilhomme percheron; Paris, Gilles Beys, 158 J , in- 16 , à la suite des Euvres poétiques du même auteur. Ce volume est rare ; il y en a un exemplaire à la bibliothèque de la rue Richelieu. Comme tous les poètes du seizième siècle , Courtin de Cissé traduit son modèle en vers aussi intelligibles a peu près que le texte ; on jugera au surplus de son mérite par l'hymne suivant , qui est le huitième :
Je marital céle foi* Ma haute-chantante toU A la chanaon dorienno De ma harpe aonimne.
En ton honneur bienheureux , En ton honneur merveilleux, O fils de la Vierge mère , IX- la Vierge singulière.
Or chasse d'autour de moi Toute peur et tout émoi.
Carde, 0 mon roy ! que ma rie Au mal ne soit asseruic , Soit que le soleil doré Orne le ciel azuré, Soit que lassé de sa < Il cherche Tonduli
i sur moi le raton Dn.
Mes membres armes de force Battent contre toute entorce, Que nu jeunesse et mes rails Viuent en honneur parfaits.
Ains que la douce vieillesse D'une tremblante foiblesse Face chanceler mes pas Pour me conduire au trépas, Fay qu'en heureuses tournées l'allonge maintes années , Mariant a te santé Cn auis sage arrêté.
Prens en ta garde mon Frère, Lequel lu as , ô bon Pere , Quand ia I
Le re te ooit languissant , Fait retourner de nagueres Dessous les célestes sphère Et as éUncné les pleurs Qui lemoignoienl mes El la déuoranle flame la mailresae de mon amc, Le tirant de l'autre bord , Desia proye de la mort , Pour l'amour de moi , o Qui l'en auoi fait prière.
Que ma seur el « Soient à jamais triomfans, Et dessous la main tranquille
Aies , ô Seigneurs pillé De ma Odelle moitié ; Que par loi elle soit pure De maladie et d'iniure , Tres-chere , semblable à mol , Qu'elle , loialle en sa foi , Entre-tienne d'un cueur sage Les accors do mariage , Chastes , purs, fuiana touioors Les impudiques amours, El son ame hors de te serre
Chasse de moi tout mal-heur, Citasse de moi te douleur.
Et qu'auec la troupe sainte Qui ne sent la flerc altaintc De la mort , ni du destin, l'aille, louangeanl sans fin Ta dette debonnere, Auec celle de ton pere.
Que te puisse encor tenter Mon lut * fin de chanter l'n hymne plein d'excellence A ta diuine puissance, Peut eslre que quelquefois D'une plus hautaine roix , Pour les louanges redire, le repincerai ma l^.re.
Il existe plusieurs traductions latines de Synésius s la plus connue est celle du P. Péteau ; mais en pre-
NOTICE SLR SYNÉSIUS.
scnce du grec de noire poète et de son vague platonisme, le latin du célèbre jésuite ne lève pas toutes les difficultés.
Nous avons suivi , pour celte édition, le texte que M. Boissonnade publia en 1825 dans sou volume des Lyriei Grœci (Paris , Lefëvre, i vol. in- 18). Le Synésius moderne , plus complet que celui du P. Pétau , occupe une grande place dans ce recueil , et va de la page 97* à la 160*. M. Boissonnade a bien voulu revoir nos épreuves, c'est-à-dire nous communiquer avec une rare bienveillance des remarques abondantes et précieuses que nous avons fait passer dans notre travail et qui sont pour nous une garantie.
Aux hymnes de Synésius nous avons ajouté un hymne de saint Clément d'Alexandrie , qui se trouve
imprimé à la suite de plusieurs éditions de notre auteur. Nous avons suivi le texte publié récemment en Allemagne par M. Ferdinand Piper, et enrichi de savantes sebolies. Le petit in-8° de M. Piper a pour litre : Titi Flatii démentis hymnus in Chris tu m Salraiurem. — Seceri Sancti Endelcchii carmen bucolicum De mortibus boum , edidit , verlil , illustravit Ferdinandus Piper; Goilinga? , Douerlich,
Un ancien éditeur disait , en parlant de l'hymne de sainl Clément :
«i Quin eliam démentis Alexandrini hymnum salis » insignem , quoniam ejusdem est et generis et car- » minis , ad fincm velul epimetron adjecimus. «
C'est aussi la raison pour laquelle nous plaçons a la fin de cet ouvrage l'hymne de saint Clément.
NOTICE SUR SYNESIUS
Un caractère remarquable du iv« siècle , de celte époque environnée de si près par la barbarie , c'est que les génies suscités par le christianisme se produisaient à la fois sur tous les points du monde romain. Cet idéalisme qui remplaçait la mythologie , et dont Grégoire de Nazianze omit de si beaux modèles dans ses vers, ne se montre pas avec un éclat moins original dans les hymnes de Synésius, évèque de Plolémaïs et contemporain de Chrysoslôme. Ses ouvrages sont un monument curieux de la civilisation qui régnait encore au quatrième siècle dans la Cyrénaïque , contrée de l'Afrique méridionale anciennement oo lonisée par les Spartiates , quelque temps rivale de Cartilage , tombée dans la suite sous la domination des Ptolémée d'Égypte, et léguée par l'un d'eux en héritage aux Romains qui d'abord la déclarèrent libre el ne lardèrent pas à la soumettre aux préleurs de l'île de Crète.
Celle feriile région que Piodare , dans ses vers , a nommée le Jardin de V énus , et qui fil longtemps une parlie du commerce de l'Orient, avait perdu beaucoup de sa splendeur : « Je pleure, disait Synésius, sur celte lerre illustre de Cyrëne qu'ont babiléc les Carnéade et les Arislippe. » La capitale même était dépeuplée et presque en ruine, mais on comptait encore dans la province quatre grandes villes, lléréniee, Arsinoé, Apollonic et Plolémaïs.
Ce fut là que, vers le milieu du quatrième siècle, naquit Synésius, d'une famille riche et illustre. Il ne fut pas , comme la plupart des orateurs chrétiens de son temps, préparé à l'enthousiasme par la solitude et les pratiques austères. Quoique |e christianisme se fût
depuis longtemps répandu dans la Cyrénaïque, Synésius ne reçut d'abord que l'éducation philosophique. Il alla dans Alexandrie écouter les leçons de la célèbre Hypalie, qui, belle, éloquente, v ertueuse, enseignant à ses auditeurs charmés les vérités de la géométrie , semblait une Muse plus sévère suscitée pour la défense du paganisme.
Après les écoles d'Alexandrie, Synésius visita celles d'Athènes, cherchant la sagesse que se disputaient les partis el les seclcs philosophiques ou religieuses.
De retour dans sa patrie , il continua les mêmes études. Ses concitoyens, accablés de maux par l'administration de l'empire et les invasions des Barbares, le députèrent à, la cour d'Arcadius, vers l'époque où Chrysoslôme venait d'en être banni. Synésius y prononça, devant le faible empereur, un discours sur les devoirs de la royauté, monument d'une philosophie libre et pure. Il ne craint pas d'y censurer le luxe de la cour de Bysance el la houleuse lâcheté qui faisait confier les dignités du palais et de l'armée à des étrangers , à des chefs d'origine barbait». C'étaient d'autres réprimandes que celles de la chaire chrétienne. Elles pouvaient être plus utiles au peuple, en réveillant le patriotisme el le courage.
Sysénius était marié, possesseur de vastes domaines, souvent occupé de fêles el de plaisirs. La chasse el les travaux des champs ne lui prenaient pas moins de temps que la philosophie de Platon : « Mes doigts, dit-il lui-même, sont moins occupés à tenir la plume qu'à manier les dards et les bêches. »
NOTICE SUR SYNÉSIUS
Dans ce loisir, b fortune el la réputation de Synésius devaient attirer sur lui les regards de l'église chrétienne , toujours animée du prosélytisme qui lui avait soumis l'empire romain. Synésius était trop éclairé, peut-être trop mondain, pour partager les rêveries de quelques-uns de ces platoniciens qui, dans Alexandrie cl dans Athènes, croyaient perpétuer le paganisme , en le transformant par un mélange bizarre d'abstractions et d'illuminisme ; mais il tenait fortement a quelques idées métaphysiques peu d'accord avec la théologie chrétienne. En croyant a lïmmorlalilé de l'âme il ne pouvait admettre l'éternité des peines. Il adoptait les idées pures des chrétiens sur l'essence divine, mais il blâmait ou dédaignait leurs querelles sur les dogmes sacrés de leur foi, et dans le calme de sa raison el de son heureuse vie, on ne pouvait espérer qu'il se précipitât vers les autels d'un culte triomphant avec celle ardeur qui jadis attirail tant de néophytes vers des autels entourés de persécutions et de mystères. La simple initiation chrétienne qui, dans les premiers siècles, était un attrait assez puissant pour l'enthousiasme el ta curiosité, ne suffisait plus, maintenant que le pouvoir el la foule étaient passés du côté du christianisme. Se convertir, c'était ressembler à tout le monde, et, par cela même, il y avait une sorte de séduction dans l'indépendance de l'esprit philosophique qui , dégagé des anciennes fables, sans appartenir entièrement à b loi nouvelle, se faisail à lui-même son culte et sa foi.
Telle était la situation d'âme où se complaisait Synésius, savant, riche, heureux, admiré de ses comparâtes. Les efforts des chrétiens redoublèrent pour attacher à leur foi une si difficile conquête; ce fut une négociation suivie par les plus célèbres évèques d'Orient. Le peuple de Ptolémaïs le demanda pour évêque. Le patriarche d'Alexandrie, Théophile, le pressa de consentir à sa consécration. Synésius se défendait avec une modeste franchise, en alléguant ses goûts, ses opinions. Il se croit assez de vertu pour être philosophe, mais pas assez pour être évêque, dans l'idée sublime qu'il se fjil des devoirs el des travaux de l'épiscopat.
« Songes-y , dit-il dans une lettre à son frère , je pat tage aujourd'hui mon temps entre le plaisir et l'élude. Quand j'étudie , surtout les choses du ciel , je me retire en moi ; dans le plaisir, au contraire, je suis le plus sociable des hommes. Mais un évêque doit être un homme de Dieu, étranger, inflexible à tout plaisir, entouré de mille regards qui surveillent sa vie, («ccupé des choses célesles , non pour lui, mais pour les autres , puisqu'il est le docteur de la loi et doit parler comme elle » Un autre motif du refus de Synésius, c'était son mariage : « Dieu lui-même, dit-il, la loi et la main de Théophile m'ont donné une épouse; aussi jedéclare el j'affirme que je ne veux ni me séparer d'elle ui vivre furtivementavecellecommcun adultère , je veux el je souhaite au contraire en avoir de
beaux et nombreux enfans. » L'adoption de Synésius parut un si grand avantage aux évèques d'Orient qu'on eut égard a tous ses scrupules et qu'on lui permit de garder sa femme el ses opinions.
A ce prix , Synésius devint évêque de Plolémaïs. Il ne semble pas que sa vie ait beaucoup changé dans cet étal nouveau. L'étude de la philosophie profane, les plaisirs des champs, le goût des arts et de la poésie continuèrent d'occuper ses jours. Il y mêla seulement la méditation de l'Ecriture sainte et les soins charitables de l'épiscopat ; mais du reste il parut indifférent à ces controverses de théologie si épineuses cl si subtiles, dont le sacerdoce chrétien fatiguait l'esprit des peuples.
Synésius , dans sa belle retraite de Libye , consacrait son éloquence à de plus utiles sujets. Souvent il célébrait, dans ses vers pleins d'élégance et d'harmonie, les mystires de la foi chrétienne, la grandeur de Dieu, son ineffable puissance, sa triple unité, la rédemption des âmes, la fin des sacrifices sanglans et le commencement d'une loi plus douce pour l'univers.
Telles sont les idées qui remplissent les chants du poêle phdosophe et chrétien. On sent le disciple de Platon et l'imitateur des anciens poêles de la Grèce ; mais cette couleur de métaphysique religieuse, qui esl In poésie de la pensée, donne à ses accens un charme d'originalité sans lequel il n'y a point de géuie. L'évêque grec du iv« siècle ressemble quelquefois , dans ses chants, a quelques-uns de ces métaphysiciens rêveurs et poêles que la liberté religieuse à fait naître dans l'Allemagne moderne. Ce rapprochement ne doit pas étonner : le rapport des situations morales (ait disparaître la distance des siècles. La satiété el le besoin de croyances, l'affaiblissement d'un ancien culte, l'enthousiasme solitaire substitué aux engagemens d'une croyance vieillie el bientôt insuffisant elle ; enfin l'adoption d'une foi nouvelle où l'esprit , ébloui par la fatigue, croit souvent retrouver ses propres idées et se fixe dans une règle qu'il transforme à sa manière , tel est le travail intérieur, la révolution morale par laquelle ont passé plusieurs de ces écrivains allemands tour à tour incrédules, déislos et catholiques.
L'imagination orientale qui , dans ses abstractions comme dans son enthousiasme, a plus d'un rapport avec la poésie des peuples du Nord, ajoute à la vérité de ce parallèle. Mais écoutons quelques hymnes de l'évèquc marié de Plolémaïs , du philosophe chrétien el poète , q'ii mêle un souvenir de Platon au dogme du christianisme :
■< Viens 1 mol. Ivre harmonieuse ! ele
Synésius, dans ses autres hymnes, ramène souvent les mêmes pensées. Celle poésie méditalhc a plus de grandeur que de variété. On pcul cependant aperce- I voir dans les vers de Synésius^le progri-s de sa
NOTICE SUR SYNESIUS
croyance. L'extase un peu rêveuse est insensiblement remplacée par une foi plus positive, et l'imagination du poêle finit par se confondre avec le symbole de l'évèque.
Malgré ce goût pour la contemplation , Synésius embrassa fortement les devoirs de l'épiscopat , tel qu'il se montrait alors , zélé pour la défense du peuple et des opprimés. Il eut le beau caractère de la charité courageuse des premiers temps. Andronicus, gouverneur de la Cyrénaïque, eu était le Verrès ; il y avait introduit des supplices et des tortures inconnues dans les mœurs de celle colonie grecque. Après avoir inutilement réclamé près de lui par les conseils et la prière , Synésius le frappa d'une sorte d'excommunication par laquelle ils lui interdisait l'église de Piolémaïs , et conjurait toutes les églises d'Orient d'imiler cet exemple.
Il est à remarquer cependant que l'évèque de Piolémaïs ne prétendait attacher aucun pouvoir politique à l'épiscopat ; ces deux choses lui semblaient inconciliables : « Dans les temps antiques, dit-il les mêmes hommes étaient prêtres et juges. Les Egyptiens elles Hébreux furent longtemps gouvernés par des prêtres; niais comme l'œuvre divine se faisait ainsi d'une manière tout humaine, Dieu sépara ces deux existences : l'une resta religieuse, l'autre toute politique.
* Pourquoi essayez-vous donc de réunir ce que Dieu a séparé , en mettant dans les a flaires , non pas l'ordre, mais le désordre ? Rien ne saurait être plus funeste. Vous avez besoin d'une protection, allez au dépositaire des lois ; vous avez besoin des choses de Dieu, allez au prêtre de la ville. La contemplation est le seul devoir du prêtre qui ne prend pas faussement ce nom »
Mais, sans doute, en s'interposant pour les opprimés, en séparant de sa communion le préfet romain qui avait fait injustement torturer les plus illustres citoyens de la Cyrénaïque, Synésius, chrétien et grec , croyait ne remplir qu'un devoir et venger également sa foi et son pays.
Quelque temps après, le gouverneur ayant été disgracié, Synésius, dont il avail imploré le secours, le défendit contre la fureur du peuple. Mais la malheureuse province de Cyrène respirait à peine des cruautés d' Andronicus qu'elle fut ravagée par des peuplades barbares contre lesquelles le faible empire d'Orient ne pouvait la défendre. Ces peuplades ", où les femmes mêmes étaient armées, détruisaient tout sur leur' passage , et ne réservaient que les enfans des vaincus pour les élever et les enrôler dans leurs rangs. Monumens des arts antiques et du culte nou-
» Sijnetil Opéra, p. i>8.
• M<\, pag. 300.
veau, derniers restes de la splendeur de cette florissante colonie, cités, temples, églises, toul périssait ! Rien de .plus touchant , de plus expressif, que les plaintes de l'évèque grec , qui voyait s'anéantir à la fois les deux civilisations qu'il aimait.
Dans sa douleur, il mêlait tous ses souvenirs chrétiens et profanes avec une naïvelé, image curieuse de ces temps : « 0 Cyrène , disait-il , dont les registres publics font remonter ma naissance jusqu'à la race des Héraclides ! Tombeaux antiques des Doriens , où je n'aurai pas de place ! Malheureuse Piolémaïs, dont j'aurai été le dernier évèque ! Je ne puis en dire davantage, les sanglots étouffent ma voix ! Je suis tout entier à la crainte d'être forcé peul-ètre à quitter le sanctuaire. Il faut nous embarquer et fuir; mais quand on m'appellera pour le départ , je supplierai qu'on attende ; j'irai d'abord au temple de Dieu, je ferai le tour de l'autel, je baignerai le pavé de mes larmes, je ne m'éloignerai pas avant d'avoir baisé le seuil et la table sainte. Oh ! que de fois j'appellerai Dieu ! oh ! que de fois je saisirai les tarreaux du sanctuaire ! Mais la nécessité est toute-puissante, elle est impitoyable. Combien de temps encore me liendrai-je debout sur les remparts et défendrai-je les passages de nos tours? Je suis vaincu par les veilles, par la fatigue de placer des' sentinelles nocturnes, pour garder à mon tour ceux qui megardent moi-même. Moi qui souvent passais les nuils sans sommeil pour épier le cours des astres, je suis accablé de ces veilles pour nous défendre des incursions ennemies. Nous dormons à peine quelques momens mesurés par la clepsydre ; ma part de repos m'est enlevée par le cri d'alerte ; et si je ferme les yeux, que de rêves affreux où me jettent les penséesdujour! Nous sommes en fuite, nous sommes pris, blessés, chargés de chaînes, vendus en esclavage !
» Cependant je resterai à mon poste, dans l'église; je placerai devant moi les vases sacrés, j'embrasserai les colonnes du sanctuaire qui soutiennent la table sainte; j'y resterai vivant , j'y tomberai mort. Je suis ministre de Dieu , et peut-être faut-il que je lui fasse l'oblation de ma vie ! Dieu jettera quelques regards sur l'autel arrosé par le sang du pontife '. »
Le dévouement de l'évèque encouragea les habitons. Piolémaïs assiégée repoussa les lwrbares ; ils se rejetèrent sur le reste de la province, qui fut détruite et dépeuplée pour jamais. Dans l'obscurité qui rouvre l'histoire de ces temps malheureux , on ne retrouve plus de détails sur Synésius, ni même la date de sa mort. Ce noble génie disparut au milieu des ruines de son pays. Tout périssait dans l'empire, et périssait oublié ; les ténèbres de la barbarie descendaient sur ce magnifique et ingénieux Orient.
' Sijnetii Opéra, p«g. 198.
HYMNES
Viens donc, lyre harmonieuse; après les chansons du vieillard de Téos , après les accens de la Lesbienne , fais entendre sur un ton plus grave des vers qui ne célèbrent pas les jeunes filles au voluptueux sourire, ni les charmes séducteurs des jeunes amans.
La pure inspiration de la divine sagesse me presse de disposer les cordes de la lyre pour de pieux cantiques ; elle m'ordonne de fuir la douceur empoisonnée des terrestres amours. Qu'estce, en effet, que la force, la beauté, l'or, la réputation , les pompes des rois, au prix de la pensée de Dieu?
Qu'un autre presse un coursier ; qu'un autre sache tendre un arc; qu'un autre garde des monceaux d'or; qu'un autre se pare d'une chevelure tombant sur ses épaules ; qu'un autre soit célébré parmi les jeunes hommes et les jeunes filles pour la beauté de son visage!
Quant à moi , qu'il me soit donné de couler en paix une vie obscure , inconnue des autres mortels, pourvu que je connaisse les choses de Dieu !
Fuisse venir à moi la sagesse, excellente compagne du jeune âge comme des vieux ans, et reine de la richesse! La sagesse supporte en riant et sans effort la pauvreté , la pauvreté inaccessible aux soucis amers de la vie. Que j'aie seulement assez pour n'avoir pas besoin de la chaumière du voisin, et pour que la nécessité ne me réduise pas à de sombres inquiétudes.
Entends le chant de la cigale qui boit la rosée du matin. Regarde; les cordes de ma lyre ont retenti d'elles-mêmes. Une voix harmonieuse vole autour de moi. Que va donc enfanter en moi la divine parole?
Celui qui est à soi-même son commencement , le conservateur et le père des êtres , sur les hauts sommets du ciel, couronné d'une gloire immortelle, Dieu repose inébranlable.
Unité pure des unités, monade primitive, qui engendre dans un enfantement sublime et rassemble en un faisceau les simples sommités. De là , jaillissant sous sa forme originelle, la monade mystérieusement répandue reçoit une triple puissance.
La source suprême se couronne de la beauté des enfans qui , du centre sortis, roulent autour du centre divin.
Arrête, lyre audacieuse, arrête; ne montre pas aux peuples les mystères très-saints. Chante les choses d'ici-bas , et que le silence couvre les merveilles d'en haut.
Mais l'âme ne s'occupe plus que des mondes intellectuels, car c'est de là qu'est venu sans mélange le souffle de l'humaine pensée.
Celte âme, tombée dans la matière, cette âme immortelle est une parcelle de ses divins auteurs, bien faible , il est vrai; mais l'âme qui les anime eux-mêmes, unique, inépuisable, tout entière partout, fait mouvoir la vaste profondeur des cieux ; et , tandis qu'elle conserve cet univers , elle existe sous mille formes diverses.
Une partie anime le cours des étoiles ; une autre le chœur des anges; une autre, pliant sous des chaînes pesantes, a reçu la forme terrestre, et, plongée dans ce ténébreux Léthé, admire ce triste séjour, dieu rabaissé vers la terre.
Il reste cependant, il reste toujours quelque lumière dans ses yeux voilés; il reste dans ceux qui sont tombés ici , une force qui les rappelle aux cieux, lorsque, échappés des flots de la vie, ils entrent dans la voie sainte qui conduit au palais du Père.
Heureux qui, fuyant les cris affamés de la matière, et «'échappant d'ici-bas, monte vers Dieu d'une course rapide! Heureux qui, libre des travaux et des peines de la terre , s'élançanl sur les routes de l'âme, a vu les profondeurs divines !
C'est un grand effort de livrer toute «on àmc à toute» les ailes des célestes désirs.
Soutiens cet effort par l'ardeur qui te porte aux choses intellectuelles. Le Père céleste se montrera de plus près a toi , te tendant la main. Un rayon précurseur brillera sur la route, et rouvrira l'horizon idéal , source de la beauté.
Courage, ô mon âme! abreuve-toi dans les sources éternelles -, monte par la prière vers le créateur, et ne tarde pas à quitter la terre. Bientôt, te mêlant au Père céleste, lu seras Dieu dans Dieu même.