‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 326 sur 395 · SYNÉSIUS · texte numérisé non relu

SYNÉSIUS

Conserve mon corps sain el sauf cl défends- Ic des cruelles maladies-, conserve encore sans tache mon esprit, ô roi!

Maintenant, il est vrai, je fléchis sous le poids de la ténébreuse matière , et les passions m'élrcignenl de leurs terrestres liens; mais tu es le libérateur , tu es le purificateur.

Délivre-moi des maux , délivre-moi des maladies , délivre-moi des entraves.

Je porte un germe de toi , une étincelle d'un esprit divin', cachée dans la 'profondeur de la matière.

Car tu as déposé une âme dans le monde et, par cette même Ame , lu as placé un esprit dans mon corps , ô roi !

Prends pitié de celle qui est ta fille, ô bienheureux !

Je suis descendue de toi pour être mercenaire sur la terre , mais de mercenaire je suis devenue esclave ; la matière a su me captiver par ses artifices magiques.

Cependant il reste encore en moi quelque chose de la pupille spirituelle qui n'a pas perdu toute sa vigueur; mais d'obscurs nuages sont répandus autour d'elle et la rendent aveugle , elle, destinée à contempler Dieu.

Père , prends pitié de ta fille suppliante ; bien souvent déjà elle a voulu , par des ascensions spirituelles , monter jusqu'à toi ; mais les charmes de la matière l'ont toujours retenue. Toi donc, ô roi! illumine ses yeux afin qu'ils s'élèvent jusqu'aux choses célestes.

Allume dans mon cœur un feu el un incendie pour conserver sur ma tète ce faible dépôt de lumière.

Place-moi , ô Père ! dans le centre de la lumière salutaire, où la nature ne porte pas la main et d'où ne puissent plus me ramener ni la (erre , ni la fatale nécessité des destins.

Que ton serviteur se dérobe par la fuite au malheur d'une naissance terrestre.

Entre moi , ô Père ! et entre le tumulte d'icibas , qu'il s'élève une flamme.

Donne, Père, donne 'à ton serviteur de déployer enfin les ailes de l'intelligence.

Que mon Ame suppliante porte le signe du Père, épouvantai! des esprits dangereux qui ,

s'élancantdes profondeurs de la terre, soufflent aux mortels de coupables prisées.

Ce signe que je montrerai à les ministres saints qui , dans les hauteurs du brillant univers , tiennent les clés des avenues de l'Empyrée , pour qu'ils m'ouvrent les portes de la lumière.

Tandis que je rampe encore sur une terre misérable que je ne sois pas terrestre.

Dès ici-bas , donne-moi le fruit des œuvres célestes, des paroles véridiques et tous ces sentimens qui réchauffent dans l'âme la douce espérance.

Je me repens d'une vie terrestre ; loin de moi, fléaux des impies mortels , opulence des villes ; loin de moi vices flatteurs , charmes sans attraits que la terre emploie pour captiver l'âme el la retenir en servitude; el la malheureuse boit l'oubli do ses biens, jusqu'à ce qu'elle tombe dans la mauvaise part, car il est deux paris de la séduisante matière.

Celui qui jette la main à table sur les mets délicats se repentira d'avoir pris la part amère, lorsque des forces opposées l'entraîneront.

Car c'est la loi de l'humaine nécessité ; elle verse de deux coupes la vie aux mortels. Le vin pur el le bien pur et sans mélange c'est Dieu ou les choses divines.

Enivré à la douce coupe , j'ai touché de près aux choses mauvaises; je suis tombé dans le filet , j'ai éprouvé le malheur d'Épiméthéc et je hais les lois variables et changeantes.

Me hâtant vers les tranquilles prairies du Père, je précipite mes pas, mes pas fugitifs, pour me dérober au double présent de la matière.

Regarde-moi, ô arbitre de la vie intellectuelle! vois une âme suppliante s'efforcer sur la terre de former de saintes ascensions.

Oroi! illumine ces yeux qui se dirigent vers le ciel , donne-moi des ailes légères;

Coupe les chaînes, relâche les liens des doubles passions, ces liens avec lesquels la trompeuse nature incline les âmes vers la terre.

Fais que, me dérobant aux dangers du corps, je puisse d'un vol rapide nf élancer jusque dans ton palais . jusque dans ton sein , d'où Pâme tire son origine.

Goulle céleste, j'ai élé répandue sur la terre; rends-moi a la source d'où je suis sortie, fugitif e et vagabonde.

Permets que je sois unie à la lumière créatrice.

Permets que, dirigée par toi, 6 Père! je t'offre solennellement avec le chœur des esprits célestes des hymnes spirituels.

r Permets, ô Père! qu'unie à la lumière, je n'aille plus me plonger désormais dans la fange terrestre.

El pendant que je demeure assujetti aux liens de cette vie matérielle , que la fortune, ô Père! vienne me sourire favorable.

C'est toi qu'à l'aurore, toi qu'aux rayons croissans de la lumière, toi qu'au milieu /lu jour, loi que vers le coucher du soleil sacré, loi que dans la nuit mystérieuse je célèbre , 6 Père!

Toi , le médecin des âmes , le médecin des corps, le distributeur de la sagesse; toi qui éloignes les maladies, loi qui donnes aux cœurs une - vie tranquille, une vie que ne troublent point les soucis delà terre, père des douleurs, père des souffrances.

Puissent mes années être à l'abri des chagrins cruels,^ afin que je célèbre dans mes hymnes la mystérieuse origine de toutes choses et que les péchés rebelles ne me séparent jamais de Dieu!

C'est toi que je chante, immortel souverain du monde. Que la terre fasso silence quand je célèbre ta gloire. Quand je t'adresse des prières que l'univers se taise, car il est ion ouvrage, ô Père!

Que l'on n'entende ni le sifflement des vents, ni le murmure des arbres , ni le chant des oiseaux-,

Que l'éther , que les régions aériennes écoutent mes chants en silence;

Que les courans des eaux, apaisant leur bruit, s'arrêtent dans leur marche.

Ceux qui troublent les hymnes sacrés, ces démons qui se plaisent au sein des ténèbres , qui habitent au milieu des tombeaux , qu'ils

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