‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 390 sur 395 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

lion ! L'histoire nous apprend que les vers d'Oppicu, outre le rappel de son père, qui était l'objet principal pour ce jeune poëte, lui valurent autant de stalères d'or qu'il y avait de vers dans ses poèmes. Ah ! sans doute le passage dont nous nous occupons ne fut pas celui qui contribua le moins a celte générosité , dont il n'existait peut-être pas d'exemple , comme elle n'a pas été prise pour modèle.

Je ne puis m'empècher de remarquer qu'il est un des vers de ce morceau qui ne me parait pas avoir été bien entendu ou du moins bien traduit par aucun traducteur latin, ni par Salvini, donl nous avons cité quelquefois la traduction italienne ; c'est celui que j'ai rendu par ces mois : « Et qu'enfin par eux la suprême puissance est arrivée pour notre bonheur à un heureux port , »

Ek lôn mol glukus ormos anuktoriés pepetastai.

Lippius l'explique ainsi :

Kascltur ex Ulis mot cl doclrina regendi,

ce qui offre un sens tout à fait différent de celui du texte. Riltershusius, dans son interprétation latine, me parait avoir approché de la véritable idée de l'auteur sans cependant y être arrivé tout à fait : « Ex quibus mihi dulcis portus imperii aperitur. » La traduction de Salvini est à peu près celle de ces mots latins : « Da questi aperlo è a me un dolce porto di corte, » ce qui peut signifier : « Par eux le doux port de la suprême puissance m'est ouvert. » Quoique ces mots rendent à peu près ceux qui leur correspondent dans le grec , comme ce sens parait insignifiant et qu'il l'a paru vraisemblablement à Lippius lui-même , puisqu'il en a cherché un plus éloigné, je crois qu'il est convenable d'en imaginer un autre qui s'adapte davantage au motif du morceau entier dont il fait partie. Je pense donc que mot peut être ici pris pour noi et que l'auteur a voulu dire que la suprême puissance est arrivée pour le bonheur des humains à un heureux port puisqu'elle est établie pour un grand nombre d'années sur la tète d'Anlonin et de son fils, ce qui met l'empire pour longtemps à l'abri des secousses et des malheurs qui ont si souvent ensanglanté la venue au trône des nouveaux Césars. Ce sens me parait beau, naturel , digne d'Oppicn et de l'honneur qu'il veut attacher au règne de ses souverains. On pourrait aussi admettre la version suivante, qui serait peutêtre moins éloignée : « Je vois que , descendue parmi les hommes et devenue leur amie, lu es assise sur ce trône éclatant d'où l'auguste Antonin et son illustre fils dispensent des lois à la terre, et que je leur dois d'en avoir laùsé ouvrir pour moi la douce barrière. »

D'OPPIEN

CHANT TROISIÈME

1 J'ai tu avec plaisir que Diaper avait eu la i

The heav'nly power will look propiliou* down. By sus 81CCE4SIOR m UY eitablish'd ihrone, rrwerve UY immortal «re, and tlic g od-Uke son.

Accordez maintenant quelque attention , 6 mes souverains! à ce que je vais dire de l'art varié de la pèche. On voit par les premiers vers de ce chant que c'est seulement dans celui-ci qu'Oppien commence à parler de la pêche. On a vu qu'il était question dans les précédons d'une foule d'autres circonstances qui concernent ces nombreux babilans des eaux, de leurs amours, de leur ponte, de leurs habitudes, des lieux où ils se plaisent , de la nourriture qu'ils préfèrent , des combats qu'ils se livrent, etc. Il est évident que l'auteur a eu raison de ne pas donner à son poëme le seul titre de la Pêche , comme ont voulu le faire ceux qui se contentent de le désigner ainsi. Ce n'est pas sans motif que le poète grec lui a donné un nom plus convenable, plus analogue au plan qu'il avait fait, qu'il a si heureusement exécuté. C'était aussi le devoir d'un traducteur de ne pas en rétrécir l'idée , de conserver jusque dans le titre du poëme ce bel ensemble qui en fait la matière et l'objet, de lui donner enfin le nom qu'Oppien lui a donné. Je l'intitule donc les Halieutiques , quoique ce mot tout à fait grec ne présente pas d'abord pour le commun des hommes ce qu'il signifie. Pour prévenir toute difficulté à cet égard , j'en ai donné l'explication dans le titre même. Ovide, qui avait aussi un poëme sur la même matière , dont il ne nous reste que des fragmens , l'avait également intitulé les Halieutiques. M. Gail, cet helléniste et littérateur distingué , en a usé ainsi dans sa traduction des Cynégétiques de Xénophon , à laquelle il a laissé le titre grec.

Ces secrets des eaux, tu les appris à notre Pan , ton fils, qu'on assure avoir été le défenseur de ton pire et le meurtrier de Typhon, etc. Typhon, l'un des géans qui escaladèrent le ciel, fut contraint pour se dérober à la vengeance du maitre des dieux , de se retirer dans un antre du mont Imariné, ou, selon d'autres , du mont Elua ; le dieu Pan , fils de Mercure, l'attira au dehors en l'invitant a un repas funeste sur le bord de la mer, où il fut atteint et écrasé par les foudres de Jupiter.

Les extrémités même des rives où viennent expirer les flots et que jaunit leur écume furent rougies du sang de cet illustre rebelle, etc. Certains commentateurs veulent que le texte porte etheirai au lieu de ochthai , ce qui alors fait un sens tout différent et ce qui signifie : « Ses cheveux blancs furent par suite de sa rébellion rougis de son sang sur le bord des mers. » Lippius a suivi à peu près ce sens , quoique le mot ochthai existe dans le texte grec du même volume. Mais la version que j'ai suivie me parait meilleure : « Puisque ses cent têtes furent dispersées en éclats de tous cotés, » comme

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le dit Oppien, rien de plus naturel que d'ajouter « que les bords du rivage furent souillés de son sang. »

Que le corps, que les membres du pêcheur soient tout à la fois dégagés et robustes. Oppien dit à peu près la même chose dans ses Cynégétiques.

Le moment où Phébus se plonge dans l'onde, celui ou l'Aurore sort des bras de son vieil époux sont les plus favorables pour les pêches qui se font vers l'été et l'automne , etc. Le grec dit opôrinésin enôrais. Le mol opôrinésin exprime tout à la fois la fin et le commencement de l'automne.

Les pêcheurs distinguent quatre espèces différentes de pêches : les uns se plaisent à faire usage des hameçons ou haims, etc. Ce passage d'Oppien contient l'énuméralion des divers instrumens dont les anciens se servaient dans leurs pèches. Il serait inutile de donner d'autres détails sur ceux dont l'explication est dans le texte même. Oppien dit des hameçons, qu'on les adapte a l'extrémité de longs roseaux , que les haims ou crochets sont attachés à des crins ou à des Gis. Il dit des cathétes , que ce sont des cordons armés d'un grand nombre d'haims, et le nom grec indique que ces cordons sont destinés pour le fond des mers. Suivant quelques-uns, ce sont de grands hameçons qu'on place et qui reposent dans des endroits creux. On tire alors ce sens de kathiémi (je suis couché). D'autres veulent que kathétes soit le plomb même dont on charge la corde de la ligne afin qu'elle soit entraînée par ce poids au fond de l'eau; dans ce cas ils font venir son nom de kathienai (être entraîné en bas).

Quant aux dictues (diktuon de dikô je jette), ce sont de très-grands filets dont la forme est variable et qui prennent un nom particulier et spécifique de la forme qu'ils présentent. Ainsi on les nomme amphiblestres lorsqu'ils sont faits de manière a pouvoir enfermer les poissons de tous côtés et sans doute d'une manière circulaire : ils tirent leur dénomination d'amphiballein ; gryphées, lorsque faits d'osiers ils sont à plusieurs compartimens et contours propres à prendre et à tenir les poissons prisonniers ; gangames, lorsque, représentant nos verviers ou verveux, ils sont à mailles fortes dont les bords sont retenus et arrêtés par une lande circulaire de fer ; hypoches, espèces de dictues destinées à emprisonner et à resserrer fortement les poissons qui y sont pris ; sagénes ou seines . ce sont de grands filets qui s'étendent dans un très-grand espace, qui, placés dans la largeur d'une rivière, par exemple, la traverseraient en entier; calumnes , espèces de voiles qui, en se déployant au moment qu'on les lance a l'eau, occupent une assez grande étendue à sa surface ; pezes, espèces de petites dictues ; sphairones, filets circulaires en forme de bourse qu'on plaçait à terre

et dont la bouche semblait offrir une issue aux poissons arrêtés dans leur course par les sagénes ; pdnagre, le mot même indique que c'était un filet propre à toute espèce de pèche : il servait aussi pour la chasse , ainsi que le dit Oppien dans ses Cynégétiques , mais sans en donner aucune description ; kurtes, nasses ou paniers faits d'osiers : on les place dans la nuit , on ne les lève que le lendemain. Ou |»eut consulter sur ces instrumens et sur ceux qui leur correspondent Shneider (Pétri artedi synonymia piscium), Duhamel (Traité des Pêches), l'Encyclopédie méthodique (volume ayant pour litre Dictionnaire de toutes les Pêches), M. de Lacépède dans les divers volumes de son Histoire naturelle des poissons, etc.

Dans l'instant le trait invisible qu'elle lance pas«e de l'un à l'autre et imprime sur le bran dt celui qui pêche un coup, une torpeur, etc. Nous avons vu que la torpille a la faculté de lancer sur les animaux dont elle veut faire sa proie une espèce de foudre qui amortit leurs forces vitales et qui les livre'par Jce moyen à sa voracité ; nous avons dit que cet effet est dû au fluide électrique que la torpille a la propriété de pouvoir projeter hors d'elle-même. Elle emploie le même moyen contre les pécheurs ; elle dirige le fluide, non sur eux, parce qu'ils sont trop éloignés et parce qu'ils sont isolés par rapport a elle, mais contre la ligne dont le pêcheur tient à la main l'extrémité, qui sert ainsi de conducteur et porte la foudre sur le bras de l'homme. Celui-ci, dompté par la douleur, laisse tomber ses instrumens de pèche et renonce forcément à faire sa proie de ce poisson.

Écoutez d'abord avec quelle adresse la pêche des anthias est conduite dans mon heureuse patrie, vers le promontoire de Sarpedon, etc. M. de Lacépède n'a pas manqué de décrire, à l'article de ce poisson, la manière dont les anciens en faisaient la pèche : a Plusieurs auteurs grecs et latins, dit-il, ont parle de Pautbias , et particulièrement Oppien et Pline se sont occupés de la manière de le pécher. Selon ce que rapporte le naturaliste romain, les lutjans de cette espèce étaient très-communs auprès des lies et des écueils voisins de l'Asie-Mineure. Un pécheur, toujours vèlu du même habit, se promenait dans une pelile barque pendant plusieurs jours de suite, et chaque jour, à la même heure, dans un espace déterminé, auprès de ces écueils et de ces Iles , il jetait aux anthias quelques-uns des alimens qu'ils préfèrent. Pendant quelque temps celte nourriture était suspecte a ces animaux, qui, armés pour se défendre bien plutôt que pour attaquer, doivent èlre plus timides, plus réservés, plus précautionnés, plus rusés que plusieurs aulres habilansdes mers. Cependant, au bout de quelques jours, un de ces poissons se hasardail a saisir quelques parcelles de la palme

SUR LA PÊCHE D'OPPIEN

qui lui était offerte. Le pécheur l'examinait avec attention, comme l'auteur de son espoir et de ses succès, et l'observait assez pour le reconnaître plus facilement. L'exemple de l'individu plus bardi que les . autres n'avait pas d'abord d'imitateurs -, après quelque temps, il ne paraissait qu'avec des compagnons dont le nombre augmentait peu à peu, et enfin il ne se montrait qu'avec une troupe nombreuse d'aulres antbiasqui se familiarisaient bientôt avec le pècbeur et s'accoutumaient à recevoir la nourriture de sa main. Ce même pècbeur cachant alors un hameçon dans l'aliment qu'il présentait à ces animaux trompés , les retenait , les enlevait, les jetait avec vitesse et facilité dans son petit bâtiment, mais avait un grand soin de ne pas saisir l'anlhias imprudent auquel il devait la bonté de sa pècbe et dont la prise aurait mis à l'instant en fuite tous ceux qui ne s'étaient avancés vers le navire qu'en imitant sa témérité et se mettant en quelque sorte sous sa conduite.

» Oppien raconte que lorsque, dans d'autres circonstances, un antbias est pris à l'hameçon, ses compagnons s'empressent à l'aider et à le détacher du fatal crochet ou de la ligne en le poussant avec leur dos, et que même quelquefois l'individu retenu par la corde la coupe avec l'aiguillon long et dentelé de sa nageoire dorsale, etc. ( Histoire naturelle des poissons, tome 7, page 170).

Soit l'île d'Eleusa , etc. Dans laquelle était la ville de Sébastc, suivant ce que dit Danville dans sa Géographie ancienne, article Cilicie, p. 114, in-4°. Il parle aussi d'un lieu nommé Cor y eus, et d'un autre nommé Curco, célèbre par la bonté du safran qui y croissait : il marque dans sa carte le promontoire de Sarpedon, dans la contrée de la Glicic nommée Cetis.

Les présens, les festins, les témoignages d'amitié sont prodigués, etc. Non-seulement ceux qui recevaient des étrangers leur faisaient des présens , mais les étrangers en faisaient aussi à leurs hôtes. Les uns et les autres étaient nommés d'un nom commun xenia, ils portaient le même nom, xenia, chez les Romains.

En mime temps la maison qui leur sert d'asile retentit des cris intéressons de ces jeunes oiseaux. Le grec diu-Apan d'epi dOma leléken andros xeinod'ochoio liga klasousi.» Je croirais qu'au lieu de andros xeinod'ochio , il faudrait mettre métros erchomenoio. « Au retour, à V arrivée, à l'approche de leur mère, toute la maison retentit des cris de ces jeunes oiseaux. » Ce sens me parait plus naturel, plus vrai que celui du texte tel qu'il est, et qui signifie la maison de l'homme qui leur donne l'hospitalité retentit, etc. Je croirais donc que la phrase entière devrait être ainsi traduite -. » Ainsi , lorsque

l'oiseau du printemps ( l'hirondelle ), messager des douces haleines , donne la pâture à ses petits nouveau-nés et nus ; que ceux-ci, frétillant et piolant de joie, s'élancent de leurs nids autour de leur mère, le bec largement ouvert, avides de saisir ce qu'elle leur desline, et qu'à son approche toute la maison retentit des cris inléressans de ces jeunes oiseaux. * Les commentateurs eux-mêmes conviennent que le texte était altéré. Les éditeurs ont rempli celte lacune : je crois qu'ils n'ont pas été parfaitement heureux dans leur travail ; et les mots métros erchomenoio me paraissent préférables.

De mime lorsqu'un chasseur a disposé dans la forêt un piège contre 1er animaux féroces, etc. Oppien, dans ses Cynégétiques, parle de ce genre de piège dont on se sert pour prendre les thos.

Il y mêlera quelques larmes de cette princesse d'Assyrie, fille de Théante, qu'on assure avoir conçu pour son père une affreuse passion, etc.

Il s'agit de Myrrba, qui, ayant eu avec son père Cynire un commerce incestueux, menacée d'en recevoir la mort lorsqu'il reconnut le crime involontaire qu'elle lui avait fait commettre, fut changée en une plante d'où découle la mirrhe.

// n'est pas de poisson qui s'accommode de plus tils alimens que le trigle : tout lui est bon , jusqu'à la moindre ordure, etc. Les goûts de ce poisson, si ce que dit Oppien est vrai, sont bien peu analogues à la belle parure , aux couleurs brillantes et magnifiques que les ielyologistes admirent en lui. Rondelet dit qu'on trouve dans Arislotc que cet animal vit d'algue, d'huîtres, de fange, de chair. Riocb le met au nombre des poissonsVoraces qui dévorent tout ce qu'ils rencontrent. M. de Lacépède se contente de dire qu'il vit de crustacés. Après avoir fait de ce beau poisson un portrait si intéressant, il n'a pas voulu sans doute nous le représenter faisant sa nourriture des alimens les plus vils et les plus immondes au moment de nous le montrer dans les mains et sur les tables de ces Romains si recherchés dans leur luxe effréné, pour y offrir celte succession des couleurs les plus riches et les plus variées par lesquelles ils passaient avant d'expirer. Cet article de M. de Lacépède est si bien fait, les richesses d'expression y sont si bien déployées que ce serait faire tort à nos lecteurs de tic pas le mettre sous leurs yeux:

« Avec quelle magnificence, dit M. de Lacépède, la nature n'a-t-elle pas décoré ce poisson ! Quels souvenirs ne réveille pas ce mulle dont le nom se trouve dans les écrits de tant d'auteurs célèbres de la Grèce et de Rome ! De quelles réflexions, de quels mouvemens, de quelles images son histoire n'a-t-elle pas enrichi la morale, l'éloquence et la poésie! C'est

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à sa brillante parure qu'il a dû sa célébrité ; cl en effet, non-seulement un rouge éclatant le colore en se mêlant a des teintes argentines sur ses côtés et sur son ventre , non-seulement ses nageoires resplendissent des divers reOels de l'or, mais encore le rouge dont il est peint, appartenant au corps proprement dit du poisson et paraissant au travers des écailles très-apparentes qui revêtent l'animal, reçoit par 6a transmission et le passage que lui livre une substance diaphane, polie et luisante, toute la vivacité que l'art peut donner aux nuances qu'il emploie par le moyen d'un vernis habilcmeul préparé.Voilà pourquoi le rouget montre encore la teinte qui le dislingue lorsqu'il est dépouillé de ses écailles , et voilà pourquoi encore les hommes du temps de Varron gardaient les rougets dans leurs viviers comme un ornement, qui devint bientôt si recberclw queCicéron reproche à ses compatriotes l'orgueil insensé auquel ils se livraient lorsqu'ils pouvaient montrer de beaux raulles dans les eaux de leurs habitations favorites.

» La beauté a donc été l'origine de la captivité de ces mulles ; elle a donc été pour eux, comme pour tant d'autres êtres d'un intérêt bien plus vif, une cause de contrainte, de gêne et de malheur. Mais elle leur a été bien plus funeste encore par un effet bien éloigné de ceux qu'elle fait naître le plus souvent ; elle les a condamnés à toutes les angoisses d'une mort lente et douloureuse : elle a produit dans l'âme de leurs possesseurs une cruauté d'autant plus révoltante qu'elle était froide et vaine. Sénèquc et Pline rapportent que les Romains, fameux par leurs richesses et abrutis par leurs débauches , mêlaient à leurs dégoûtantes orgies le barbare plaisir de faire expirer entre leurs mains un des mulles rougets afin de jouir de la variété des nuances pourpres , violettes et bleues qui se succédaient depuis le rouge du cinabre jusqu'au blanc le plus pàlc, à mesure que l'animal, passant par tous les degrés de la diminution de, la vie et perdant peu à peu la force nécessaire pour faire circuler dans les ramifications les les plus extérieures de ses vaisseaux le fluide auquel il avait dû ses couleurs , en même temps que son existence, parvenait enfin au terme de ses souffrances longuement prolongées. Des inouvemens ronvulsifs marquaient seuls l'approche de la fin du tourment du rouget : aucun son , aucun cri plaintif n'annonçaient ni la vivacité des douleurs ni la mort qui allait les faire cesser. Les mulles sont muets comme les autres poissons ; et nous aimons à croire, pour l'honneur de l'espèce humaine , que ces Romains , malgré leur avidité pour de nouvelles jouissances qui échappaient sans cesse à leurs sens émoussés par l'excès des plaisirs, n'auraient pu résister à la plainte la plus faible de leur malheureuse victime. Mais ses lourmcns n'en étaient pas moins réels, ils n'en étaient pas moins les précurseurs de la mort. Et cependant le goût de ce spectacle cruel ajouta une

telle fureur pour la possession des mulles ; ce désir raisonnable, s'il eût été modère, de voir ces animaux animer par leurs mouvemens et embellir par leur éclat les étangs cl les viviers , que leur prix devint bientôt excessif. On donnait quelquefois de ces osseux leur poids en argent*. Le Calliodore, objet d'une des satires de Ju vénal , dépensa 400 sesterces pour quatre de ces mulles. L'empereur Tibère vendit 4,ooo sesterces un rouget du \mùs de deux kilogrammes dont on lui avait fait présent. Un consul nommé Célère en paya un 8,000 sesterces. Les Apicius épuisèrent les ressources de leur art pour parvenir à trouver la meilleure manière d'assaisonner les mulles rougets. El c'est au sujet de ces animaux que Pline s'écrie : « On s'est plaint de voir des cuisiniers évalués à des sommes excessives; maintenant c'est au prix des triomphes qu'on achète les cuisiniers el les poissons qu'ils doivent préparer. • Et que ce luxe absurde, ces plaisirs féroces, cette prodigalité folle, ces abus sans reproduction, cette ostentation sans goût , ces jouissances sans délicatesse , celte vile débauche , celle plate recherche , ces appétits de brute qui se sont engendrés mutuellement , qui n'existent presque jamais l'un sans l'autre et que nous rappellent les traits que nous venons de citer ne nous étonnent point. De Rome républicaine, il ne restait que le nom ; toute idée libérale avait disparu : la servitude avait brisé tous les ressorts de Pâme ; les senlimens généreux s'étaient éteints ; la vertu , qui n'est que la force de l'àme, n'existait plus ; le goût, qui ne consiste que dans la perception délicate des convenances que la tyrannie abhorre, chaque jour se dépravait; les arts, qui ne prospèrent que par l'élévation de U pensée, la pureté du goût, la chaleur du sentiment , éteignaient leurs flambeaux : la science ne convenait plus à des esclaves dont elle ne pouvait éclairer que les fers. Des joies fausses mais bruyantes et qui étourdissent , des plaisirs grossiers qui enivrent, des jouissances sensuelles qui amènent tout oubli du passé , toute considération du présent , toute crainte de l'avenir; des représentations vaines de ces trésors trompeurs , entassés à la place des vrais biens que l'on avait perdus ; plusieurs recherches barbares, tristes symptômes de la férocité, dernier terme d'un courage abâtardi , devaient donc convenir à des Romains avilis , à des citoyens dégradés , a des hommes abrutis. Quelques philosophes , dignes des respects de la postérité , s'élevaient encore au milieu de cette tourbe asservie , mais plusieurs furent immolés par le despotisme , et dans leur lutte trop inégale contre une corruption générale, ils éternisèrent par leurs écrits la honte de leurs contemporains sans pouvoir corriger leurs vices funestes et contagieux. » (Histoire naturelle des poissons, t. C, p, 82 etsuiv. de l'édition in-12.)

1 Dci rougets ©m pc«4 deux kilogrammca ; le kilogramme d'argeDt vaut i peu prea dcui ccota fraoca.

SIR LA PECHE IV0PP1EN

Dans les parages de la ville tacrée de Marseille. Les Phocéens, n'ayant pas voulu se soumettre à la domination de Cyros , qui voulait les constituer en monarchie , se retirèrent dans la Gaule Narbonnaise et y bâtirent la ville de Marseille. Elle a été citée par tous les auteurs comme l'asile de toutes les vertus ainsi que de toutes les idées libérales , ce qui lui a mérité l'épilbète de sacrée. On pourrait ajouter réunit à ces avantages celui de

Là vivent Génomes, de prodigieux, d'inabordables xiphias d'une immente grosseur et d'une forme toute différente de celle des poissons. Ce passage difficile parait avoir été mal entendu par Lipptus, qui le traduit ainsi : « Qui superant reliquos ingenli mole notantes. — Qui l'emportent par leur masse énorme sur tous les habitans des eaux. » En réfléchissant sur le texte d'Oppien, qoe voici :

Keiîi gar ekpagloi té, kai

dont la traduction littérale est en tête de cet article , j'ai été entraîné à en conclure que ce poète désignait, peut-être sans le savoir lui-même, quelque monstre des niers autre qu'un des poissons de notre genre xiphias. Comment en effet appliquer à nos xiphias ce que dit ici Oppien, que « souvent ces robustes habitans des eaux plongent leurs glaives dans les flancs creux des bateaux , etc.? «• Il paraîtrait que ce n'est qu'au narwhal ou au squale scie que celte circonstance pût convenir. Comment présumer surtout qu'on pût dire de nos xiphias qu'ils sont d'une immense et d'une forme toute différente de celle des » ? Me livrant à ce sujet à diverses conjectures et à de longues recherches , j'ai cru enfin reconnaître qu'il devait être question du poulpe colossal ou du poulpe kraken, dont M. Denys Montfort nous a donné une longue et si étonnante histoire qu'elle trouve beaucoup d'incrédules.

En parcourant ce qu'il a écrit sur ces énormes animaux, je suis arrivé à une citation d'Olaus Magnus, qui m'a paru devoir dissiper tous les doutes. On y lit en effet1 la note suivante extraite de l'ouvrage de ce savant (De Piscibus monstruosis,UZ) : « Xiphia est animal iulli altmi simili nisi in aliquâ proporlione ceto. Caput habet horridum ut bubo, os catde prvfundum veluti barathrum immensum quo terret et fuget inspidentes oculos horribiles , dorsum cuneatum, r os (ru m mucronatum quo naves perfossasasserit,tic. » — « Le xiphias, dit M. Denys Montfort, ne ressemble a aucun autre; ses seules proportions colossales le rapprochent des cétacés. Sa tête , qui ressemble à celle du hibou , est épouvantable ; sa bouche , extrêmement vaste et ou-

' Hiuolre générale et pag. î<M et miv.

verte , ressemble à une immense caverne qui glacerail d'épouvante et d'effroi l'homme le plus intrépide ; les yeux sont horribles et le dos élevé en pointe, elc.» Dans la figure extrêmement de caprice qui sert de frontispice à celte courte description du xiphias , on peut cependant encore reconnaître la têle du poulpe. Des espèces de barbes, courtes à la vérité, entourent antérieurement la tète de cet animal ; ses yeux rappellent ceux de ce mollusque ; son large et énorme bec, qui engloutit ou un morse ou un hippopotame, ne laisse plus aucun doute a cet égard. Mais le reste du corps , galonné dans toute sa longueur , ne ressemble plus a rien et peut être relégué dans le pays des chimères. Il paraît qu'Olaus Magnus a mêlé avec ce qui pouvait appartenir a ce monstre ce qui doit être rendu au narwhal, et surtout lorsqu'il dit qu'attaquant les vaisseaux avec son nez pointu, il les fait périr en les perçant dans leur fond et en y faisant de larges voies d'eau qui le font couler bas.

Il est à présumer qu'Oppien en a fait autant : il attribue a cet anima), qu'il ne connaissait sans doute que par les relations fausses ou exagérées des naturalistes qui l'avaient précédé, des choses qui conviennent tout à la fois aux véritables xiphias et à d'autres monstres des mers , ce qui fait qu'on a poine à reconnaître celui-ci dans la description très-peu fidèle qu'en fait ce poêle.

M. Denys Montfort est porté a croire que les effets merveilleux racontés par les anciens de l'ecbénéis rémora , et de la puissance qu'ils lui ont accordée de pouvoir arrêter la marche des vaisseaux, doivent plutôt êlre attribués au poulpe colossal, ou que du moins un pareil acte n'est pas hors de leur pouvoir, comme il l'est très-certainement de celui du rémora. ■

Ce qui paraît confirmer celte idée , c'est ce qu'on voit dans la description qu'Oppien fait de l'ecbénéis lorsqu'il dit que * le dessous de sa tête présente une bouche terminée en pointe arquée pareille à la courbure d'un hameçon. » Or le véritable echénéis reniera, celui auquel le poète ne donne que la longueur d'une coudée , qu'il dit êlre noirâtre et d'une forme assez semblable à celle des anguilles , n'a pas une « bouche terminée en pointe arquée pareille a la courbure d'un hameçon » tandis que ce caractère conviendrait fort bien au poulpe colossal. Il paraîtrait donc qu'encore ici Oppien aurait mêlé la description du véritable echénéis à celle d'un autre animal des mers qui pourrait bien être le prétendu poulpe colossal, et que ce qu'il dit de la puissance de cet osseux , de pouvoir arrêter la marche des vaisseaux , devrait peut-être s'entendre du même poulpe colossal.

M. Denys Montfort, en parlaut du fabuleux poulpe kraken, met Oppien au nombre des auteurs anciens qui en ont parlé , mais il n'indique pas sous quel

Ce qui «rail foil croire i Itondelcl H, ch. J>.

REMARQUES

nom. Si cela est, nous pensons que ce ne peut être que sous celui de xiphias et dans le passage qui donne lieu à la discussion qu'on vient de lire.

L'existence de ces poulpes colossaux et kraken n'est rien moins qu'admise par tous les naturalistes. Ils pensent que ce n'est que sur l'autorité de Pline qu'on a avancé qu'il existait des poulpes assez grands pour faire engloutir des vaisseaux : « In eodem esse statius sebosus haud modico miraculo offert, termes branchiis binis sexaginta cubitorum qui nomen a fade traxerunt his tanias esse vires ut elephantos ad potum venxentes, modicus comprehensa manu eorumabstrahanl.» (Pline, I. 9. c. 15.) On lit également dans jEJien : « Temporis longiquitate polypi adeo ma g ni évadant, et ad ceti magnitudinem accédant , cetateique generis numerum obtineant (\iv. 12, ch. 10). »

Ils se procurent ainsi une pèche étonnante et immense , etc. La pèche des thons est une des plus intéressantes et des plus curieuses. Elle ne se Tait pas toujours de la môme manière , comme on va le voir par la description extrêmement détaillée que nous en donne M. de Lacépède :

« On donne, dit-il, le nom de thonnaire ou tonnaire à une enceinte de fdets que l'on forme promptement dans la mer pour arrêter les thons au moment de leur passage. On a eu pendant longtemps recours à ce genre d'industrie auprès de Couillourc, où on la pratiquait et où peut-être on la pratique encore chaque année depuis le mois de mars jusqu'à celui d'octohre. Pour favoriser la prise des thons, les habitans de Couilloure entretenaient, pendant la belle saison, deux hommes expérimentés qui, du haut de deux promontoires , ot>scrvaient de loin ces poissons qui s'avançaient par bandes de deux ou trois mille ; ils en avertissaient les pêcheurs en déployant un pavillon par le moyen duquel ils indiquaient l'endroit où ces animaux allaient aborder. A la vue de ce pavillon, de grands cris de joie se faisaient entendre et annonçaient l'approche d une pêche dont les résultats imporlans étaient toujours attendus avec une grande impatience. Les habiians couraient alors vers le port, où les patrons de bâlimens pécheurs s'empressaient de prendre les filets nécessaires et de faire entrer dans les bateaux autant de personnes que ces embarcations pouvaient en contenir afin de ne pas manquer d'aides dans les grandes manœuvres qu'ils allaient entreprendre. Quand tous les bateaux étaient arrivés à l'endroit où les thons étaient réunis, on jetait à l'eau des pièces de filets lestées et flottées, et on en formait une enceinte demi-circulaire dont la concavité était tournée vers le rivage et dont l'intérieur était appelé jardin. Les thons renfermés dans ce jardin s'agitaient entre la tue et les filets et étaient si effrayés par la vue des barrières qui les avaient subi-

tement environnés qu'ils osaient à peine s'en approcher à la distance de six ou sept mètres.

» Cependant , à mesure que ces scombres s'avançaient vers la plage, on resserrait l'enceinte, ou plutôt on en formait une intérieure et concentrique à la première avec des fdets qu'on avait tenus eti réserve , en laissant une ouverture à cette seconde enceinte, jusqu'à ce que les thons eussent] passé dans l'espace qu'elle embrassait; et en continuant de diminuer ainsi , par des clôtures successives et toujours d'un plus petit diamètre , l'étendue dans laquelle les poissons étaient renfermés, on parvenait à les retenir sur un fond recouvert uniquement par quatre brasses d'eau ; alors on jetait dans ce parc maritime un grand boulier , espèce de seine dont le milieu est garni d'une manche. Les thons, après avoir tourné autour de ce filet dont les ailes sont courlies , s'enfonçaient dans la poche ou la manche. On amenait à force de bras le boulier sur le rivage; on prenait les petits poissons avec la main , les gros avec des crochets ; on les chargeait sur les bateaux pêcheurs et on les transportait au port de Couillourc. Une seule pèche produisait quelquefois plus de quinze mille myriagrammes de thons ; et pendant un printemps, dont on a gardé avec soin le souvenir, on prit dans uuc seule journée seize mille thons dout chacun pesait dix ou quinze kilogrammes.

» l\ est des parages dans la Méditerranée où l'on se sert pour prendre les thons d'un filet auquel on a donné le nom de scombrière ou combrière, de courantille, qu'on abandonne aux courans et qui va pour ainsi dire au-devant de ces scombres , lesquels s'engagent ou s'embarrassent dans ces mailles. Mais hâtons-nous de parler du moyen le plus puissant de s'emparer d'une grande quantité de ces animaux si recherchés ; occupons-nous d'une des pèches les plus importantes qui aient lieu dans la mer : jetons les yeux sur la pèche pour laquelle on emploie la madrague : nous en avons déjà dit un mol au traité de la raie mobular ; tachons de la mieux décrire.

» On a donné le nom de madrague à un grand parc qui reste construit dans la mer, au lieu d'être établi pour chaque pèche , comme les tltonnaires. Ce parc forme une vaste enceinte distribuée en plusieurs chambres dont les noms varient suivant les pays; les cloisons qui forment ces chambres sont soutenues par des flottes de liège étendues par un lest de pierre et maintenues par des cordes, dont une extrémité est attachée à la tète du filet et l'autre amarrée à une ancre.

» Comme les madragues sont destinées à arrêter les grandes troupes de thons au moment où elles abandonnent les rivages pour voguer en pleine mer, on établit entre la rive et la grande} enceinte une de ces longues allées appelées chasses . les thons suivent celte allée, arrivent à la madrague, passent de chambre en chambre , parcourent quelquefois, de com-

SUR LA PECHE DOPPIEN

partiment en compartiment , une longueur de plus de mille brasses et parviennent enfin à la dernière chambre , que l'on nomme chambre de mort ou corpon. Pour forcer ces scombres à se rassembler dans re corpon, qui doit leur être si funeste, on les pousse et on les presse pour ainsi dire par un filet long de plus de vingt brasses que l'on tient tendu derrière ces poissons par le moyen de deux bateaux, dont chacun soutient un des angles supérieurs du filet et que l'on fait avancer vers la chambre de mort. Lorsque les poissons sont ramassés dans ce corpon , plusieurs barques chargées de pécheurs s'en approchent : on soulève les filets qui composent cette enceinte particulière , on fait monter les scombres très-près de la surface de l'eau , on les saisit avec la main et on les enlève avec des crocs.

» La curiosité attire souvent un grand nombre de spectateurs autour de la madrague; on y accourt comme h une féte ; on rassemble autour de soi tout ce qui peut augmenter la vivaritédu plaisir : on s'entoure d'instrumens de musique. Et quelles sensations ne font pas en effet éprouver l'immensité des mers, la pureté de l'air, la douceur de la température, l'éclat d'un soleil vivifiant , que les flots mollement agités réfléchissent et multiplient; la fraîcheur des zéphirs, le concours des bdlimens légers, l'agilité des marins, l'adresse des pécheurs , le courage de ceux qui combattent contre d'énormes animaux, rendus plus dangereux par leur rage désespérée ; les élans rapides de l'impatience, les cris de la joie, les acclamations de la surprise, les sons harmonieux des cors, le retentissement des rivages, le triomphe des vainqueurs, les applaiidisscmcns de la multitude ravie ! » (Hist. nat. despoissons, t. 4, p. 4M) et suiv.,édit. in-12.)

CHANT QUATRIÈME

Amour! trompeur amour! le plus beau, sans doute , des dieux, etc. Ce morceau, qui commence le quatrième chant, étincelle des beautés du premier ordre. Quel élan sublime! quel heureux délire! Qu'Oppien est beau dans ces vers où, entraîné par un sentiment qui le presse, il donne l'essor à son génie et se sent échauffé de ce feu divin et inspirant qu'Apollon n'accorde qu'à ses favoris, qu'Ovide a si bien peint dans ces mots : agitante calescimus ilto ! Quel beau mouvement dans ce qui suit : « O vous, les plus puissans de ceux qui commandent aux mortels ! Antooin et vous son cher, son divin fils, voyez avec complaisance, avec intérêt ces ravissans tableaux des mers dont les Muses, en me comblant de leurs faveurs, ont tracé les heureuses images dans mon esprit et dans mes chants! Poète, elles ont ceint mon front de leurs lauriers immortels pour me rendre digne de faire passer à vos oreilles et dans vos âmes le charme enivrant de la douce harmonie. »

Le tableau qui vient après cette peinture si vive et

si animée des bienfaits, des malheurs de l'amour, se ressent de cette inspiration céleste qui avait produit les vers précédens. Le début de ce chant ne le cède en richesse de poésie à aucun autre sorti de la plumo de ce poète. Il en a insère un du même genre dans le second chant des Cynégétiques que je joins ici pour qu'on puisse en faire le rapprochement.

« Amour, puissant Amour! que tu es grand! que la force est immense! que ton empire est absolu ! Dieu suprême! quels sont tes jeux! La terre est assise sur ses fondemens, et tu la fais trembler sous tes traits ; l'Océan est agité, et lu rends ses flots immobiles ; tu t'élances dans les airs, et le vaste Olympe frémit de la présence. Tous les êtres tremblent devant toi, depuis la voûte immense des cieux jusqu'aux entrailles de la terre. Les tristes habilans de l'empire dePluton, qui ont bu l'onde insensible du Lélbé et se sont dérobés à tous les maux, te redoutent encore. Ta puissance pénètre où n'a jamais pénétré l'œil du soleil : sa lumière cède en tremblant à tes feux, que respectent les foudres même de Jupiter, tant ils sont violens les traits que tu nous lances , dieu terrible ! ces traits douloureux cl brulans qui corrompent la raison , inspirent une folle ivresse, allument des fureurs extrêmes ; ces traits dont rien ne peut guérir les coups et dont tu te sers pour enflammer le cœur des animaux de désirs qu'ils ne peuvent calmer par une douce union! »

L'un d'eux gémit-il engagé au terrible hameçon, un autre, s'élançant à sa défense, rompt la corde de ses dents, etc. M. de Lacépède, en citant à ce sujet Oppien, rapporte la même chose de ces animaux:

« Les individus de celte espèce , dit-il , vivent en troupe ; et le poète grec Oppien, qui a cru devoir chanter leur affection mutuelle , dit que lorsqu'un srare a été pris à l'hameçon , un de ses compagnons accourt et coupe la corde qui relient le crochet et l'animal, avec ses dents obstuscs dont il est accoutumé à se servir pour arracher ou scier l'herbe qui tapisse le fond des mers. Il ajoute que si un scare enfermé dans une nasse cherche à en sortir, la queue la première, ces mêmes compagnons l'aident dans ses efforts en le saisissant avec leur gueule par celte queue qui se présente à eux , en la tirant avec force et constance ; et enfin , pour ne refuser à l'espèce dont nous nous occupons aucune nuance d'attachement, il nous monlre les mâles accourant vers une femelle retenue dans une nasse ou par un hameçon et s'exposant, pour l'amour d'elle, à tous les dangers dont les pè cheurs les menacent. Mais je n'ai pas besoin de remarquer que c'est un poêle qui parle. Et combien le naturaliste, plus sévère, n'est-il pas forcé de réduire à quelques faits peu extraordinaires des habitudes si touchantes cl que la sensibilité voudrait conserver comme autant d'exemples utiles et d'heureux souve-

726 RKM

nirs! » (Histoire naturelle de* poissons, tome 6, p. 279, édit. in-12.)

Les sepies, malheureuse* dans leurs amours, éprouvent le sort le plus fâcheux, etc. La sèche est, suivant M. de Lamarck , un des céphalopodes nus compris dans la classe nombreuse des mollusques, ayant un corps charnu, déprimé, contenu dans un sac ailé dans toute l'étendue de sa longueur et renfermant vers le dos un os crétacé , spongieux , ayant des bras garnis de ventouses. Ce que dit Oppien dn secours qu'elles se portent mutuellement est vrai et rapporté par tous ceux qui ont écrit l'histoire de cet animal.

Semblables à de jeunes mariées que personne n'a vu se montrer devant ta maison de leurs époux, etc. On lit dans Jean-Louis Vives, liv. 2 : « Novas nuptas amissd virginitate mensef aliquot latere convenu. » Il y a donc apparence que cet usage, qui annonçait une réserve si éloignée de nos mœurs, a eu lieu , puisqu'il est mentionné tout à la fois par deux auteurs différens.

Les sargues ont un vif amour pour les chèvres. Cet amour pour les chèvres, qu'Oppien et d'autres anciens naturalistes attribuent aux sargues, n'est point véritable ou n'a d'autre cause que l'espèce de suin qui émane de ces quadrupèdes, qui les attire par son odeur assez forte et dont quelques molécules détachées par les eaux peuvent en s'y mêlant avoir de l'atlrait pour ces poissons. Il paraît que notre poêle ajoutait quelque foi à cet empressement des sargues pour les chèvres, puisqu'il eu parle ainsi dans les Cynégétiques.

« Les sargues, dit-il, s'attachent aux boucs., et une foule de poissons de toute espèce, éprise d'amour pour le subas, se range autour de lui lorsqu'il fend les (lots cl lui forme un immense cortège. Transportés de joie, ils le pressent de toutes parts, cl l'Océan écume autour d'eux, frappé sous leurs blanches nageoires. Mais insensible aux caresses de ces étrangers, le quadrupède sans pitié dévore ses amis d'une dent meurtrière. En vain ils voient le sort dont ils sont menacés: ils ne peuvent haïr celui quileurdonne le trépas et ne veulent point se détacher de lui. Méchant et cruel subus, les pécheurs te dresseront un jour dans les flots de mortelles ctnbûches dont tes ruses ni tes cruautés envers les poissons ne te sauveront pas! » (Traduction de Belin de Ballu, chant 2#.

M. de Lacépèdc,bien loin d'admettre que ces osseux se portent vers les chèvres lorsqu'elles entrent au sein des eaux , par reflet de quelque cause qui les attire vers elle, et après avoir rejeté ce prétendu amour des sargues pour ces animaux , présente des idées tout h fait différentes et qui sont assez ingénieuses pour que le lecteur qui n'eu a pas connaissance ne soit pas bien aise que je les insère ici :

« A l'égard, dit-il, de l'amour merveilleux qu'JEr lien et Oppien ont attribué à ce thoracin pour les chèvres, et de la propriété qu'on a supposée dans les incisives ou les molaires de ce spare, qui , portées avec soin , préservent, dit-on \ de tout mai aux dents, nous ne ferons pas à nos lecteurs le tort de les prémunir contre des assertions dont l'état actuel de la science ne permet pas de craindre la répétition. » (Histoire naturelle des poissons t t. 7, p. », édit. in-12).

« Ajoutons que les mâles de l'espèce (du spare mendolc) dont nous nous occupons présentent fréquemment des nuances ou reflets noirâtres, surtout sur les nageoires et les opercules, pendant que les femelles sont encore pleines, et que dès le temps d'Aristote, ils recevaient des Grecs à cette époque, de l'altération des couleurs en noirâtre ou en noir, le nom de boucs (tragoi). Nous avons vu à l'article du sargue , qu'Jùiien a parlé du prétendu amour de ces derniers pour les chèvres. On pourrait trouver l'origiuc de cette croyance ridicule dans quelques contes absurdes substitués maladroitement par l'ignorance à une opinion peut-être fausse, maisque l'on ne pourrait regarder au moins comme très-invraisemblable. Les espèces du sargue et de la mendole ont tant de rapports l'une avec l'autre que des mâles de la première peuvent très-bien , dans la saison du frai , rechercher les œufs pondus par les femelles de la seconde et ces femelles elles-mêmes. Cette habitude aura été observée par les anciens Grecs, qui dès lors auront parlé de l'affection des sargues pour les mendolcs femelles. Ces mcndoles femelles auront été désignées par .eux sous le nom de chèvres , comme les mcndoles mâles l'auront été sous celui de boucs ; et dans un pays ami du merveilleux et où l'histoire de la nature était perpétuellement mêlée avec les créalions delà mythologie et les inventions des poêles, oo aura bientôt dit et répété que les sargues avaient un amour assez violent, non pas pour les mendoles appelés chèvres, mais pour les véritables chèvres que I on conduisait dans les gras pâturages arrosés par la mer. » (Jd., t. ", p. 21.)

Lorsque tout retentit des bélemens de joie de ces tendres chevreaux , l'aimable sourire anime la figure des bergers. Quelle idée riante! Qu'elle aimable peinture ! Le grec dit seulement : « L'esprit des bergers sourit. » Lippius traduit :

Omnia euro cirrum rebouU loca rocibua iUia , Pastoral dulces fundunl de pectore ri»ua.

Salvini traduit plus brièvement :«£ ne ride lamente de pastori. » Image charmante qui est suivie d'une autre qui ne l'est guère moins : « Lorsqu'un assez long séjour dans les eaux a salifail leurs désirs et leurs

• oppien ne parle pas de celle propriété ridicule dea dcou du spare ou sargue.

SUR LA PECHE HOPPIEN

besoins, elles (les chèvres) retournent vers U bergerie. Us sargues affligés les suivent alors tous en masse et de prèsjusqu'à la dernière ride des ondes qui touche à la terre. » Expression heureuse pour rendre une idée tout à fait agréable :

Entan iïcinaliàn nun aden Ichôti loetràn Ai de patin tleickôtin et aulia, dé toie taryoi Achaumenol, mala pontes aolleet c g chut eponiai Kianalot akralaloio gelât olhi cher ton amclbei.

Lippius n'a pas traduit ces vers, qui méritaient cependant de ne pas èlre oubliés. Salvinj a été plus exact. Voici sa traduction :

Quando appunlo De* marini U ta cri a loflfteieoa Abbiaim, ed aile Italie elle ne riedano ; Allora, sarghi addolorali in folla segueno presto dcl eatremo Oullo, Ovc il rlto del mare el lerren varca.

Ces comparaisons ne seront pas jugées inutiles : elles font connaître tout à la fois les divers génies des langues et des traducteurs. Rien ne forme plus le goùl que ces rapprochemens.

Dans les anses paisibles des mers, unjeune pêcheur fait, en jouant ,la pèche des anguille*. Cette manière de pécher ces animaux est curieuse et même nouvelle pour nous : elle n'est pas mentionnée dans nos divers ouvrages sur la pèche. L'Encyclopédie méthodique, outre celle à la nasse, ï la ligne dormante , à la main, celle à la faveur d'une préparation empoisonnée , fait mention de deux autres assez intéressantes. La première est nomméeprcAe des anguilles à lafouane: « La fouaoe, y lit-on, est un instrument particulier à cette pèche. On le promène le long de la rivière et on fiche l'instrument au fond de l'eau, en remuant de côté et d'autre, comme pour faire sortir le poisson. Si la fouane est maDiée par une main industrieuse et qu'il y ait des anguilles aux lieux où on la fait agir , elles se prennent entre les branches, et on en lire quelquefois deux ou trois d'un seul coup. On doit celte méthode au selitairc inventif.

» Le secret suivant n'est sans doute qu'une imitalion de la pèche à la fouane On prend du sarment dont on fait une javelle que l'on noue par les deux bouts ; on la jette ensuite au fond de l'eau avec une grosse pierre ou un pieu auquel on l'attache, et on ne la retire que la nuit suivante. On y trouve souvent des anguilles entrelacées. Ce poisson se trouve pris par les tien (s qu'il n'a pu retirer du sarment après l'avoir

mordu. » ( Eneyclop. méthod., Dictionn.de toutes les pèches).

Il est un poisson malheureux et dénué de force, l'espèce misérable de la faible aphie, à laquelle on donne le nom d'engraule, etc. Nous avons déjà parlé d'une autre aphie bien différente de celle-ci et que nous avons dit être le cyprin aphie. Les engrautes sont de l'espèce appartenant au genre dupée , que

nous nommons Y anchois : « Cet osseux , dit Willugby, est beaucoup plus connu par l'usage qu'on en fait pour l'assaisonnement que par sa forme, qu'on est rarement à portée d'observer, parce qu'elle se trouve dénaturée par les préparations que l'on fait subir à ce poisson avant de nous l'envoyer. Sa longueur ordinaire est d'un doigt el s'étend quelquefois jusqu'à une palme et au delà ; sa grosseur est égale à celle du pouce de la main ; il a le corps plus épais que le hareng, dépourvu d'écaillés et remarquable par une transparence qui n'est interrompue qu'à l'endroit de l'épine ; le dos est d'une couleur brune ou cendrée avec un mélange de vert , celle du ventre est argentée ; les mâchoires sont luisantes et ont une teinte rouge ; le museau est terminé en pointe ; la mâchoire supérieure dépasse de beaucoup l'inférieure, ce que Linnxus et Artedus donnent pour le principal caractère spécifique de \' anchois , l'ouverture de la gueule est d'une grandeur démesurée par proportion au volume de ce poisson : il en faut dire autant des ouvertures des ouïes; les yeux , qui ont pareillement un diamètre considérable à raison des autres dimensions de l'anchois , sont recouverts par une peau lâche : leurs iris sont argentés.

» La nageoire du dos est garnie de quinze rayons ; les nageoires pectorales en ont chacune quatorze; les ventrales, situées au delà des précédentes , en allant vers la queue, n'ont chacune que sept rayons : on en compte dix-sept à la nageoire anale. La queue est évidée en forme de fourche.

» L'anchois est commun dans les parties de la Méditerranée qui baignent tes côtes de Venise, de Gènes et de Rome. On sale ce poisson et on l'envoie dans de petits barils ; mais avant de l'apprêter, on a soin d'ôter la tète, que l'on dit être d'un goût très-amer, ce qui a fait donner à ce poisson , par les anciens , le nom d'encrasicholus, c'est-à-dire qui a du fiel à la tête.

>• Comme les anchois se dissolvent aisément dans presque toutes les liqueurs que l'on expose sur le feu, on fait avec ce poisson une saumure propre à relever la saveur des mets qu'elle accompagne. » Note extraite du volume de V Eneyclop. méthod. sur les poissons, article anchois.

De même le front du rivage, etc. Le grec dit : « Ophrus agchialou leukainetai aigialoio. » Lippius n'a pas rendu l'image agréable que présente le mot ophrus (le sourcil, la oordure ) :

Piicibui Innnmeris eanenl tic Huora ponli.

Salvini l'a conservée.

Dalt'apue innurocrabili il ciglione

L'Euxin est la patrie des pèlamys ; les thunnis farouches leur donnent l'être. 11 parait que le

728 REMARQUES

mâle de ces poissons portait le nom de thunnot et la

femelle celui de thunnis ; que les petits en changeaient en passant par différens dges, comme nous l'apprend Rondelet :

« Touchant ce poisson , dit-il, aucuns sans raison reprennent Âristote , disant que les pelamydcs se changent en thons , car ils prennent notre thon vulgaire pour le thon d'Aristole. Aussi n'a-t-il jamais entendu les pelamydes se changer en thons ; mais voulant désigner que ce poisson a divers noms, pour les divers âges, il dit les petits thons s'appeler cordylas ; quand ils sont un peu plus grands , s'appeler pelamydes ; quand encore sont plus grands , s'appeler thons. Mais je pe le croirai pas volontiers quand il dit que les thons ne vivent que deux ans. Mais je pense qu'il le dit plutôt par l'opinion des pécheurs que par la sienne , ce que montrent assez ces paroles. Aristote aussi écrit les pelamydcs et thons ne faire leurs petits ailleurs qu'au Ponte , et après lui Pline. Il est hien vrai que le Ponte leur est bien plus commode pour ce, et plus abondant pour leur nourriture à cause de l'abondance des eaux douces qui y tombent, lesquelles les thons aiment fort et s'engraissent, encore que de leur nature ils vivent de la chair des autres. Nous voyons par expérience les poissons être plus gras et plus gros quand il pleut fort , au contraire maigres et petits quand l'année est sèche et sans pluie. En outre au Ponte il n'y a guère de grandes bêles marines qui tourmentent fort les autres poissons. Mais, si pour cette raison on conclut qu'ils ne font leurs petits qu'au Ponte , qu'on n'en voit point ailleurs, il me semble que la conclusion n'est pas nécessaire, car je crois qu'on n'en trouve point guère de petits, ni au Ponte ni ailleurs, vu que tout poisson croisse bientôt au Ponte , comme écrit Pline après Aristote, par quoi ils sont cachés au profond des eaux où ils s'engraissent fort. Mais chacun pensera de cette affaire ce que bon lui semblera. Aucune fois les thons entrent aux rivières ; on en a vu en Agde monter jusqu'au pont. » ( Première partie, liv. 8, chap. 10, pag. toc.)

C'est ainsi que dans les forêts , sur les montagnes, les chasseurs prennent par un heureux artifice les cerfs timides en suspendant aux arbres extérieurs des cordons , etc. Oppien dit à peu près la même chose dans ses Cynégétiques, au sujet de l'ours. Il ajoute seulement qu'on suspendait aussi à des cordes des rubans de toutes couleurs : « L'usage de cette corde, chargée de bandelettes de pourpre et de plumes de différentes couleurs, élait d'effrayer les animaux qui auraient voulu sortir par le cùlé du demicercle que traçaient les fllcls et les toiles : on l'appelait en latin formido , comme les Grecs l'appelaient deima, qui a la même signification. Celle corde élait soutenue dans sa longueur sur de petites fourches que les Latins appelaient a ne o ne s , valli , veri ,

cervi. » (Note du chant quatrième de Bclin de

Ballu.)

Ou s'enfuit sous les herbes marines, sous les humides fucus. En français tarée-, c'est une plante cryptogame de la famille des algues. R est des rivages de la mer où on l'accumule en si grande abondance qu'on s'en sert cl qu'on le brûle pour fumer les terres. C'est un excellent engrais.

Ainsi que l'oiseau-géant de la Libye. On voit assez qu'il est question de l'autruche. Oppien, dans ses Cynégétiques , décrit cet animal le premier pour la grandeur de tous ceux qui composent la grande tribu des oiseaux.

L'un d'eux prend alors de l'argile onctueuse et quelques racines de la plante connue des enfans d'Esculape sous le nom de cyclamen. Vulgairement pain de pourceau. La racine assez grosse de cette plante est acre , caustique el un violent eniménagogue ; elle provoque des vomissemens el des superpurgations funestes. Sans doute qu'elle communique son dangereux effet à l'eau qui est en contact avec les roches ou les fonds sur la surface desquels elle est froltée.

CHANT CINQUIÈME

Soit que leur coeur porte la trempe de l'empreinte de l'essence divine. Le grec dit: «Kradién de theôn echrisen aloiphê. »Mol h mot: « et quePromélhéc ail oint leur cœur de l'essence divine ; » ce que Lippius traduit par ces mots: et corda perunxit plasma te divino ; »et Salvini par ceux-ci : « e ilcuorunse coll' unto deglidei. » Ce dernier ajoute : « Cuorc e principal parte dell' uomo, e da quel sanguigno punlo , clic si vede nel toilo d'ell' uovo, chiamato punto saltante e originato il moto, lo spirlo e la vila de»' animale, e cosi nclla sua fabrica vien consideralo singularmcnle. Orazio :

El fcrtur iiwaoi toooU Vint ftomacho apposuuic noilro

queslo disse credendolo rcsidenza dell' anima, met-: tendoei l'unzione divina, cioe lo spirto, l'aura vitale. »

Enchaîné par l'homme, le noir quadrupède de l'Inde, etc. On comprend assez qu'il est question de l'éléphant.

Ils se dévorent entre eux et se servent les uns aux autres de nourriture, etc. Voici ce qu'on lit à cet égard dans le volume de V Encyclopédie où ltooaterre traite des cétacés :

« En recueillant les observations des pêcheurs et des naturalistes, il parait que dans les cétacés chaque espèce a ses alimens particuliers : en effet s'ils

SUR LA PECHE D OPPIEN

prenaient tous la même nourriture, la mer, quelles que soient sa population et son étendue, ne pourrait déjà plus suffire à la subsistance d'une famille si nombreuse.

» Suivant Otbo Fabricius , la baleine franche vit principalement de cancers et de planorbes : on est étonné qu'une bète aussi énorme que la baleine se nourrisse de si petits animaux et qu'elle engraisse au point de donner plus de cent vingt milliers de lard; cependant celte assertion paraîtra plus probable si l'on (ait attention que ces vers et ces insectes sont en si grand nombre dans les mers du Nord qu'en ouvrant simplement la gueule, la baleine en engloutit plusieurs mille à la fois. Linné et plusieurs autres naturalistes disent qu'elle se nourrit de méduses, mais cette opinion ne parait pas,vraisemblable. M. Otbo Fabricius n'en a pas entendu parler en Groenland , et d'ailleurs ces vers n'offrent qu'une espèce de substance gélatineuse qui semble peu propre à produire une grande quantité de graisse : « Certaines gens prélendeut encore, ajoute M. le chevalier Pagès, que la baleine avale des polypes de la grosseur d'une fève ; l'on m'assura qu'elle se nourrissait d'une petite carnosité qu'on m'apporta : elle était de la grosseur d'un œuf, a peu près de la forme d'un melon,'el des fibres qui en resserraient la surface lui donnaient la forme des côtes de ce fruit ; certaines fibres rouges répandues dans la carnosité lui donnaient une couleur rougeâtre; le reste ne me parut être qu'une matière visqueuse. Je doutai fort qu'une baleine pût s'en nourrir, car l'ayant mise à sécher, il ne resta presque rien de solide , et l'aliment de la baleine a certainement un peu de solidité , puisque ses excrémens, couleur de safran, en ont assez; je crus plutôt qu'elle se nourrissait de chevrettes .- un loup marin que l'on prit dans la suite, qui en avait l'estomac plein, m'indiqua qu'elles abondaient au fond de la mer; les fanons de la baleine seraient très-propres à les amasser et assez forts pour les écraser. »

» Le nord-ca perse nourrit de maquereaux, de thons, de morues et de harengs. M. de Bréville, capitaine des vaisseaux de la compagnie des Indes, a observé que quand une baleine de cette espèce rencontre un banc de harengs , elle frappe Peau avec sa queue et la fait bouillonner de manière à étourdir ces poissons , cl qu'alors elle en fait sa proie. Willugby a trouvé vingt ou trente morues dans un individu de celte espèce , et Harrebows raconte que les Islandais trouvèrent six cents morues vivantes et, outre cela, une grande quantité de sardines et quelques oiseaux aquatiques dans l'estomac d'un nord-caper qui en poursuivant des poissons s'était jeté sur le rivage. Toutes les autres espèces de ce genre se nourrissent de harengs, de salmones arctiques et d'appâts de vase.

» Le narwhal choisit de préférence les cynoglosses et les actinies : à la vérité il n'a point de dénis pour saisir sa proie, mais des auteurs dignes de foi assu-

rent qu'il enfile ces poissons avec la dent qui sort de sa mâchoire supérieure, et qu'après les avoir ainsi ramenés jusque sur le bord des lèvres, il les suce et les détruit en y passant continuellement la langue.

» Les cachalots donnent la cluse aux phoques , aux dauphins, aux cycloplères et aux baleines à bec. Le grand cachalot poursuit avec acharnement le requin, dont il fait sa nourriture ordinaire, et cet animal, d'ailleurs si formidable, est saisi d'une telle frayeur à la vue de cet ennemi terrible qu'il va se cacher dans la terre ou sous le sable pour se soustraire à sa dent meurtrière; quelquefois, se voyant assailli de toutes parts, il se précipite à travers les rochers et se frappe avec tant de violence qu'il se donne lui-même la mort , tant est grande la terreur dont il est pénétré! « Cet effroi va même si loin, ajoute M. Otho Fabricius, que ce chien de mer, qui recherche avec tant d'avidité le cadavre des autres cétacés , n'ose pas même s'approcher de celui du grand cachalot. »

» Le cachalot microps n'attaque guère que les phoques , qui prennent la fuite aussitôt qu'ils l'ont aperçu : les uns gagnent précipitamment le rivage , les autres grimpeut sur les glaçons ; alors si le cachalot est seul, il se cache sous les glaces et attrape les phoques à mesure qu'ils redescendent dans l'eau , et lorsqu'il y a plusieurs cachalots réunis, ce qui arrive communément, ils entourent le glaçon , le renversent et se saisissent de leur proie.

a Les dauphins vivent de morues, d'aiglefins, de persèques, de pleuronectes el de beaucoup d'autres poissons d'une grandeur médiocre. L'épaulard est , dit-on, le plus hardi, le plus vorace el le plus fort de cette famille ; presque tous les naturalistes s'accordent à dire qu'il attaque même les grosses baleines, qu'il les met en fuite el qu'il est cause qu'elles viennent souvent échouer sur nos côtes. » {Introduction, p. 18.)

De là le nom de conducteur qu'on lui a donné, etc. Ce poisson est celui que nous nommons le centrenote pilote. Voici ce qu'en dit M. de Lacépède : « Le cenlronole dont nous traitons dans cet article parvient très-rarement à la longueur de deux décimètres ; malgré les dents dont quelques parties de son corps sont hérissées , il ne pourrait donc se défendre avec succès que contre des ennemis peu redoutables ni attaquer avec avantage qu'une proie presque invisible ; son espèce n'existerait dune plus depuis longtemps s'il n'avait reçu l'agilité en partage. Il se soustrait par des mouvemens rapides au danger qui peut le menacer ; d'ailleurs sa petitesse fait sa sûreté et compense sa faiblesse. Il n'est recherché ni par les pêcheurs ni par les grands habitans des mers : l'exiguïté de ses membres le dérobe souvent à leur vue ; le peu de nourriture qu'il peut fournir empêche qu'il ne soit l'objet des désirs des marins ou des appétits

REM A Ri

des squales. Il en résulte pour celle espèce celle sorte de sécurité qui dédommage le faible de tant de privations : pressée par la faim, ne trouvant pas facilement à certaines distances des rivages les œufs, les vers, les insectes, les mollusques qu'elle pourrait saisir, elle ne fuit ni le voisinage des vaisseaux ni même la présence des squales ou des autres tyrans des mers ; elle s'en approche sans défiance et sans crainte, elle joue au-devant des bàlimens ou au milieu des terribles poissons qui la dédaignent ; elle trouve dans les alimens corrompus que l'on rejette des navires ou dans les restes des victimes immolées par le féroce requin des fragmens appropriés par leur ténuité a la petitesse de ses organes. Elle précède ou suit avec constance la proue qui fend les ondes on des troupes carnassières de grands squales, et frappant vivement l'imagination par la tranquillité avec laquelle elle habile son singulier asile, elle a été bientôt douée par les amis du merveilleux d'une intelligence particulière : on lui a attribué un instinct éclairé, une prévoyance remarquable, un attachement courageux ; on l'a revêtue de fonctions très-extraordinaires et on ne s'est arrêté qu'après avoir voulu qu'elle partageât avec l'ecbénéis le titre de conducteur du requin, de pilote des vaisseaux. Nous a vonsété bien aise de rappeler cette opinion bizarre par le nom spécifique que nous avons conservé à ce centronoleavec le plus grand nombre des auteurs modernes. Celui qui écrit l'histoire de la nature doit marquer les écueils de la raison, comme l'hydrographe trace sur ses caries ceux où onl péri les navigateurs. (Histoire naturelle des poissons, t. 5, p. 403 et suivantes, édil. in-12.)

Ainsi qu'un jeune homme que son pieux amour fait rendre à son vieux pire, etc. Celte comparaison est si touchante, si belle que je crois devoir mettre sous les yeux du lecteur la traduction latine de Lipphis, celle italienne de Salvini et celle anglaise de John Jones, aGn qu'il puisse les comparer à l'original et à la version française. Voici celle de Lippius :.

Ac vcluli natus confecto »lale parcnli Dcbllor offlcll jam pramU juata répondit, DebQibus mi-mbrii, caligantemque aenectam Lumimlmi servant, ilcuram p retend iteunti. Fa movel a caoo cuncia impedimenta parente Sic nova longsvl sunt palrii robora naU.

Voici celle de Salvini :

Quai fanciullo carexaa il vecehio padre , Co'peoaier governanll la viecchiena, Del nodrire pagando le mercedi, t. quelle inflebolito detle membra, K degli oechi, ton aludio maneggiando, l.'abbracia, è per le vie la mano porgo g in Uillc ropre aiu ; é ai padre i OgU Inveccbuto, valor i

The graluful joulh, in lifc'a declining stage llis aire depreat with jojiu-enfecbling âge Supports, wben dim difTuaion veila hiaejca Slicka to hia aide, nor ail the daj dcoies nia guiding ans ; aloog the daog'rouï atreel Tbe giad okl m an with unaupplanted fect SUlka on secure ; in tom of duteoua mind

(Can. S.)

Ils lui envoient de grandes outres remplies d'air, etc. Le grec dit pnoiés andromeés (du souffle des hommes) , c'est-à-dire de l'air qui sert ou qui a servi à la respiration des hommes. Il n'était pas possible de conserver cette expression dans la traduction française : « Les Groenlandais, dit M. de Lacépède, par un usage semblable à celui qu'Oppien attribue à ceux qui péchaient de son temps dans la mer Atlantique, attachent aux harpons, qu'ils lancent avec autant d'adresse que d'intrépidité coulre la baleine, des espèces d'outrés faites avec la peau de phoques et pleines d'air atmosphérique ; ces outres , très-légères , non-seulement font que les harpons qui se détachent flottent et ne sont pas perdus , mais encore empêchent le cétacé blessé de plonger dans la mer et de disparaître aux yeux des pécheurs : elles augmentent assez la légèreté spécifique de l'animal dans un moment où l'affaiblissement de ses force» ne permet à ses nageoires et à sa queue de lutter contre cette légèreté qu'avec beaucoup de désavantage pour que la petite différence qui existe ordinairement entre cette légèreté et celle de l'eau salée s'évanouisse et que la baleine ne puisse pas s'enfoncer. » (Histoire naturelle des cétacés, U i«% p. 134, édit.in-l J.)

Les pécheurs entonnent alors le grand pœan de la victoire, etc. Le pœan était un hymne qui se chantait lorsque quelque grand et heureux avantage avait élé remporté; cet usage lirait son origine du chant de joie que les babitans de Delphes chantèrent en l'honneur d'Apollon après qu'il eut mis a mort à coups de flèches le serpent Pylhon, ce qui

Suit la traduction anglaise de John Jones

AS

// la retourne et l'asseoit sur sa carapace. On |>èche les tortues de diverses manières que M. de Lacépède rapporte dans son histoire naturelle des quadrupèdes ovipares.

« Malgré les ténèbres, dit-il, dont les tortues franches cherchent pour ainsi dire à s'envelopper lorsquelles vont déposer leurs œufs, elle ne peuvent se dérober à la poursuite de leurs ennemis. A l'entrée de la nuit, surtout lorsqu'il tait clair de lune, les pêcheurs se tenant en silence sur la rive, attendent le moment où les tortues sortent de l'eau ou reviennent à la mer après avoir pondu ; ils les assomment à coups de massue et ils les retournent rapidement sans leur donner le temps de se défendre et de les aveugler par le sable qu'elles font quelquefois rejaillir avec leurs

SUR LA PÈCHE D'OPPIEN

nageoires. Lorsqu'elles sont très-grandes , il but que plusieurs hommes se réunissent et quelquefois s'arment de pieux , comme d'autant de leviers , pour les renverser sur le dos. La tortue franche a la carapace trop plaie pour pouvoir se remettre sur ses paltes lorsqu'elle est ainsi chavirée ; et on a dit que lorsqu'elles étaient retournées hors d'état de se défendre et qu'elles ne pouvaient plus s'épuiser qu'en vains efforts, elles jetaient des cris plaintifs et versaient un torrent de larmes. Plusieurs tortues, tant marines que terrestres, (ont entendre souvent un sifflement moins fort et même un gémissement très-distinct lorsqu'elles éprouvent avec vivacité ou l'amour ou la crainte : il peut donc se faire que la tortue franche jette des crU lorsqu'elle s'efforce en vain de reprendre sa position naturelle et que la frayeur a commencé à la saisir; mais on a exagéré sans doute les signes de sa douleur. Pour peu que les matelots soient en nombre , ils peuvent dans moins de trois heures retourner quarante ou cinquante tortues qui renferment une grande quantité d'oeufs. Ils passent le jour à mettre en pièces celles qu'ils ont prises la nuit ; ils en salent la chair et même les œufs et les intestins ; Us retirent quelquefois de la graisse des grandes tortues jusqu'à trente-trois pintes d'une huile jaune ou verdaire qui sert à brûler, que l'on emploie même dans les alimens lorsqu'elle est fraîche et dont tous les os de ces animaux sont pénétrés , ainsi que ceux des cétacés , ou bien ils les traînent renversées sur leur carapace jusque dans les parcs où ils veulent les conserver. Qn peut aussi prendre les tortues franches au milieu des eaux: on se sert d'une varre ou d'une sorte de harpon pour celte pèche ainsi que pour celle de ia baleine. On choisit une nuit calme où la lune éclaire une mer tranquille ; deux pécheurs montent sur un petit canot que l'un d'eux conduit. Ils reconnaissent qu'ils sont près d'une grande tortue à l'écume qu'elle produit lorsqu'elle monte vers la surface de l'eau ; ils s'en approchent avec assez de vitesse pour que la tortue n'ait pas le temps de s'échapper. Un des pêcheurs lui lance aussitôt son harpon avec tant de force qu'il perce la couverture supérieure et pénètre jusqu'à la chair ; la tortue blessée se précipite au fond de l'eau, mais on lui lâche une corde à laquelle tient le harpon, et lorsqu'elle a perdu beaucoup de sang, il est assez aisé de la tirer dans le bateau ou sur le rivage.

» On a employé dans la mer du Sud une autre manière de pêcher les tortues. Un plongeur hardi se jette dans la mer à quelque distance de l'endroit où , pendant la grande chaleur du jour, il voit les tortues endormies nager à la surface de l'eau ; il se relève trèsprès de la tortue et saisit sa carapace vers la queue. En enfonçant ainsi le derrière de l'animal, il le réveille, l'oblige à se débattre , et ce mouvement suffit pour soutenir sur l'eau la tortue et le plongeur qui l'empêche de s'éloigner jusqu'à ce qu'on vienne les \vècber.

» Sur les cotes delà Guyane , on prend les tortues avec une sorte de Glet nommé la foie. Il est large de quinze à vingt pieds, sur quarante à cinquante de long ; les mailles ont un pied d'ouverture en carré, et le fil a une ligne et demie de grosseur. On attache de deux en deux mailles deux flot» d'un pied et demi de longueur faits d'une tige épineuse que les Indiens appellent moucou-moveou et qui lient heu de liège ; on attache aussi au bas du filet quatre à cinq grosses pierres du poids de quarante à cinquante livres pour le teuir bien tendu. Aux deux bouts qui sont à fleur d'eau , on met des boules , e'esl-à-dire de gros morceaux de moucou-moucou qui servent à marquer l'endroit où est le filet ; on place ordinairement les foie* fort près des Ilots , parce que les tortues vont brouter les espèces de fucus qui croissent sur les rochers dont ces petites Iles sont bordées.

» Les pêcheurs visitent de temps en temps les filets ; lorsque la foie commence à caler, suivant leur Langage, c'est-à-dire lorsqu'elle s'enfonce d'un côlé plus que de l'autre , on se hâte de la retirer. Les tortues ne peuvent se dégager aisément de ces sortes de rets, parce que les lames d'eau, qui sont assez fortes près des Ilots, donnent aux deux bouts du filet uu mouvement continuel qui les étourdit ou les embarrasse. Si l'on diffère de visiter les filels , on trouve quelquefois les tortues noyées. Lorsque les requins, ou les espadons, rencontrent des tortues hors d'état de fuir et de se défendre , Us les dévorent et brisent le filet Le temps de foler la tortue franche est depuis janvier jusqu'en mai.

» L'on se contente quelquefois d'approcher doucement dans un esquif des tortues franches qui donnent et flottent à la surface de la mer. On les retourne, on les saisit avant qu'elles n'aient eu le temps de se réveiller et de s'enfuir; on les pousse ensuite devant soi jusqu'à la rive, et c'est de celle manière que les anciens les péchaient dans les mers de l'Inde. Pline a écrit qu'on les entend ronfler d'assez loin lorsqu'elles, dorment en flottant à la surface de l'eau. Le ronflement que ce naturaliste leur attribue pourrait venir du peu d'ouverture de leur glotte, qui est étroite, ainsi que celle des tortues de terre , ce qui doit ajouter à la facilite qu'ont ces animaux de ne point avaler l'eau dans laquelle ils sont plongés.

» Si les tortues demeurent quelque temps sur l'eau* exposées pendant le jour à toute l'ardeur des contrées équatoriales, lorsque la mer est presque calme et que les petits flots, ne pouvant point atteindre jusqu'en dessus de leur carapace, cessent de la baigner* le soleil dessèche celle couverture, la rend plus le\ gère et empêche les tortues de plonger aisément, tant leur légèreté spécifique est voisine de colle de l'eau cl tant elles ont de peine à augmenter leur poids , clc. » (T. i", p. 02 el suivantes, édit. in-12.)

Qui n a connaissance de cette antique histoire*

du chanteur de Lesbos, etc. Ces» l'histoire connue d'Arion. « On a répété , dit éloquctnment M. de Lacépède, l'histoire de Phallante sauvé par un dauphin après avoir fait naufrage près des côtes d'Italie. On a honoré le dauphin comme un bienfaiteur de l'homme ; on a conservé comme une allégorie touchante , comme un souvenir consolateur pour le génie malheureux l'aventure d'Arion , qui , menacé de la mort par les féroces matelots du navire sur lequel il était monté , se précipita dans la mer, fut accueilli par un dauphin, que le doux son de sa lyre avait attiré, et fut porté jusqu'au port voisin par cet animal sensible et reconnaissant.

» On a nommé barbares et cruels les Th races et les autres peuples qui donnaient la mort aux dauphins. » {Histoire naturelle de* cétacés, t. 2. p.

Peut-être aussi a-t-on présente à la mémoire cette affection si justement célèbre d'un dauphin pour ce jeune berger de la Libye. Les dauphins ont toujours passé pour avoir une affection particulière pour les jeunes individus de l'espèce humaine. Pline (liv. 9, ch. s) raconte plusieurs traits de ces poissons qui en offrent des preuves multipliées. M. de Lacépède n'a pas manqué d'en rapporter quelques-uns.

« Les animaux de leur espèce , dit-il , ne sont pas les seuls pour lesquels ils paraissent concevoir de faffeclion ; ils se familiarisent du moins avec l'homme. Pline a écrit qu'en Barbarie , auprès de la ville d'Ilippodiarrhite , un dauphin s'avançait sans crainte vers le rivage , venait recevoir sa nourriture de la main de celui qui voulait la lui donner, s'approchait de ceux qui se baignaient , se livrait autour d eux aux mouvemens d'une galté très-vive, souffrait qu'ils montassent sur son dos , et obéissait avec autant de docilité que de précision. » (Histoire naturelle des cétacés, t. 2, p. 109.)

« Les anciens ont prétendu que la familiarité des cétacés était plus grande avec les enfans qu'avec les hommes avancés en âge. Mécénas-Fabius et Flavius- Alfius ont écrit dans leurs chroniques, suivant Pline, qu'un dauphin qui avait pénétré dans le lac Lucrin recevait tous les jours du pain que lui donnait un jeune enfant, qu'il accourait à sa voix, qu'il le portail sur son dos , et que Tenant ayant péri , le dauphin , qui ne revit plus son jeune ami , mourut bientôt de chagrin. Le naturaliste romain ajoute des faits semblables arrivés sous Alexandre de Macédoine ou racontés par Égésidème cl par Théophrastc. Les anciens enfin n'ont pas balancé à supposer dans les dauphins, pour les jeunes gens avec lesquels ils pouvaient jouer plus facilement qu'avec les hommes faits , une sensibilité, une affection et une constance presque semblables à celles dont le chien uous donne des exemple s si louchans. » {/d., p. 202).

L'entière Molide conservera toujours le souve-

REMARQIES

nir de cette tendre amitié qu'un dauphin, etc. Le tableau que nous présente ici Oppien est si touchant, ces exemples de l'amour des dauphins pour les jeunes gens ont un si v if intérêt que nous croyons faire plaisir à nos lecteurs de mettre sous leurs yeux la trenlctroisième épltre de Pline le jeune, qui nous rapporte un fait du même genre dans un style qui en rend le récit plus piquant :

A Cavinius.

« J'ai découvert un sujet de poëme. Cest une histoire qui a tout l'air d'une fable. Il mérite d'être traité par un homme comme vous, qui ait l'esprit agréable, élevé, poétique. J'en ai fait la découverte à table, où chacun comptait à l'envi son prodige. L'auteur passe pour très-fidèle , quoiqu'à vrai dire qu'importe la fidélité à un poète ? Cependant c'est un auteur tel que vous ne refuseriez pas de lui ajouter foi si vous écriviez l'histoire. Près de la colonie d'Hippone, qui est en Afrique, sur le bord de la mer, on voit un étang navigable d'où sort un canal qui, comme un fleuve, entre dans la mer, ou retourne à l'étang même , selon que le flux l'entraîne ou que le reflux le repousse. La pêche, la navigation, le bain y sont des plaisirs de tous les âges , surtout des enfans que leur inclination porte au divertissement et à l'oisiveté. Entre eux ils mettent l'honneur et le mérite à quitter de plus loin le rivage, et celui qui s'en éloigne le plus et qui devance les autres est le vainqueur dans celle sorte de combat. Un enfant , plus hardi que ses compagnons, s'étant fort avancé , un dauphin se présente et tantôt le précède , tantôt le fuit , tantôt tourne autour de lui, enfin charge l'enfant sur son dos, puis le remet h l'eau ; une autre fois le reprend, et l'emporte, tout tremblant d'abord, en pleine mer ; mais peu après il revicut à terre et le rend au rivage et à ses compagnons. Le bruit s'en répand dans la colonie, chacun y court, chacun regarde cet enfant comme une merveille ; on ne peut se lasser de l'interroger, de l'entendre , de raconter ce qui s'est passé. Le lendemain toul le peuple court au rivage ; ils ont tous les yeux sur la mer ou sur ce qu'ils prennent pour elle; les enfans se mettent a la nage, et parmi eux celui dont je vous parle, mais avec plus de retenue. Le dauphin revient à la même heure, il s'adresse au même enfant ; celui-ci prend la fuite avec les autres. Le dauphin, comme s'il voulait le rappeler et l'inviter, saule, plonge et fait cent tours différens. Le jour suivant , celui d'après et plusieurs aulres de suite, même chose arrive, jusqu'à ce que ces jeunes gens, nourris sur la mer, se font une honle de leur crainte: ils approchent le dauphin, ils rappellent, ils jouent avec lui ; ils le touchent , il se laisse manier. Celle épreuve les encourage , surtout l'enfant qui le premier en avait couru le risque; il nage auprès du dauphin cl saule sur son dos : il est porlé et apporté ; il se croil reconnu et aimé , il aime aussi. Ni l'un ni l'autre n'a de peur, ni n'en donne ; la confiance do

SUR LA PÈCHE D'OPPIEN

celui-là augmente , et en même temps la docilité de celui-ci ; les autres enfans même l'accompagnent en nageant et l'animent par leurs cris et par leurs discours. Avec ce dauphin en était un autre (ceci n'est pas moins merveilleux) qui ne servait que de compagnon et de spectateur: il ne faisait, il ne souffrait rien de semblable, mais il racnaitet ramenait l'autre, comme les enfans menaient et ramenaient leur camarade. Il est incroyable , mais pourtant il n'est pas moins vrai que tout ce qui vient d'être dit , que ce dauphin qui jouait avec cet enfant et qui le portait avait coutume de venir à terre , et qu'après s'être sécbé sur le sable, lorsqu'il venait à sentir la chaleur, il se rejetait à la mer. Il est certain qu'Octavius Avitus, lieutenant du proconsul, emporté par une vaine superstition, prit le temps que le dauphin était sur le rivage pour faire répandre sur lui des parfums , et que Ut nouveauté de celte odeur le mil en fuite et le Gt sauver dans la mer. Plusieurs jours s'écoulèrent depuis sans qu'il parût ; enfin il revint d'abord languissant et triste ; et peu après ayant repris ses premières forces , il recommença ses jeux et ses tours ordinaires. Tous les magistrats des lieux circonvoisins s'empressaient d'accourir à ce spectacle : leur arrivée et leur séjour engageaient cette ville, qui n'est pas déjà trop riche, à de nouvelles dépenses et achevaient de l'épuiser. Le concours du monde y troublait d'abord et y dérangeait tout. Ou prit donc le parti de tuer secrètement le dauphin qu'on venait voir! Avec quels sentimens ne pleurerez- vous pas son sort! avec quelles expressions , avec quelles figures ne relevercz-vous point cette histoire , quoiqu'il ne soit pas besoin de votre art pour l'augmenter ou l'embellir et qu'il suffise de ne rien ôter à la vérité ! Adieu. » (Trad. de M. de Sacy.)

On a de petites nasses tissues de Jones très-serrés, dont la forme est celle des paniers connus sous le nom de talares, etc. Les talares étaient des paniers oblongs où les personnes du sexe mettaient leur laine et qui servaient aussi à d'autres usages.

Ils s'en servent ensuite pour faire passer sur de

riches étoffes leur belle, leur surperbe teinte pourpre, etc. L'espèce de pourpre qui fournissait aux anciens celte belle couleur du nom de ce mollusque est , à ce qu'on croit, celle qui dans la nomenclature de ces animaux porte le nom de purpura patula. Il en existe une autre espèce nommée purpura capillus dont on se sert maintenant dans le Nord pour colorer en rouge.

Je ne crois pas qu'il y ait de pêche qui présente de plus rudes combats , de plus déplorables travaux d ceux qui s'y livrent que celle des éponges, etc. » Les éponges, dit M. de Lamarck, sont des polypiers polymorphes constituant une masse flexible et poreuse, ayant une croûte, substance gélatineuse, irritable dans l'état frais et se desséchant à la sortie de la mer, ayant le plus grand rapport avec les alcyons et s'en distinguant en ce que dans l'état sec, ils sont plus mous, moins encroûtés, qu'ils offrent dans l'état frais une matière gélatineuse qu'on ne voit point dans les alcyons.

Princes chéris de Jupiter, 6 mes souverains ! telles sont les diverses merveilles , les scènes variées, ouvrages de la nature et de l'art, que nous offrent les mers et dont j'ai recueilli la connaissance. Le grec dit seulement : « Toss' edain, skepiouche diotrephes, erga thalessés. «Mot à mol : «Prince chéri de Jupiter, tel est le grand nombre des travaux des mers que j'ai connus.»— Tot,princeps generose, maris notimus artes, traduit Lippius. J'ai cru devoir donner plus de développement au mot erga, le vers où il se trouve étant la péroraison de ce poème, dont il exprime l'objet et le contenu. J'aurais pu me contenter de mettre : « Tel est le grand nombre des merveilles des mers venues à ma connaissance. Ce que j'ai ajouté me paraît terminer beaucoup mieux l'ouvrage dans lequel il est réellement question de tout ce que la nature et l'art présentent de curieux et d'utile concernant les animaux des mers. Je craindrais sans cela que celte péroraison ne parût trop concise et irop brusque.

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