PAR J. M. LIMES
CHANT PREMIER
Arbitre suprême de la terre, Antonin, fils illustre de Sévère et de Damna , etc. Le grec dit seulement Antonin. J'ajoute « fils illustre de Sévère et de Domna » pour indiquer que le poêle parle de l'empereur Marc-Aurèle Caraoalla, surnommé Antonin par Sévère. Cest la désignation qu'Oppicn lui a donnée au commencement des Cynégétiques.
On sait que l'empereur Seplime Sévère eut pour seconde épouse Julia Domna, fille de Bassianus, prêtre d'Apollon; que deux enfans provinrent de cet hymen, Bassianus et Gela. Dans la suite, lorsque Sévère, parvenu à l'empire, voulut s'adjoindre ses fils, il fit quitter à l'alné le nom peu noble de Bassianus et lui donna celui de Marc-Aurèle Antonin: le surnom de Caraoalla lui vint d'un habillement barbare, nommé caracalle, qu'il prit lors de son expédition contre les Parthes.
Tout ce qui vit dans l'abîme, dans le sein des flots orageux, etc. Lippius a très-bien exprimé dans les vers qui suivent le sujet de chacun des chants d'Oppien.
Primua habet coilai, proies et paacua ponti. Oslendit fraudei, ecdes el bella aecundus. Tertius in pttcea hamos et relia jacUt. Ducit atnor quarto captos in fata naunlea. In quinlo Delphinus amat, celeqoe necantur.
Celle d'un empereur. Le grée dit : - Basiléios agri. (Une pèche impériale). »
Le phyeis, que les pécheurs nomment aussi l'inhabile, etc. Rondelet croit que le phyeis est une espèce de tanche. Il veut encore que l'épilbète d'inhabile, mise dans le texte à la place d'eunuque, ne regarde pas le phyeis, mais qu'elle s'applique au gade merlan, et que le pronom grec de la fin du vers 126, as th'alines, ne se rapporte point à phukides.
Le trigle aux couleurs rouges. En latin mullus.« E perche letrigiieson di colorrosato, Yeneziani chiamano mule, le pianellc de loro senatori. I Talini,
mullei, calcei palriciorum. (Note de Salvani.) Les trigles sont de couleur tirant sur le rouge. On les nomme mulli en latin : de là est venu le nom de mules que les Vénitiens ont donné aux pantoufles également rouges de leurs sénateurs. Les Romains donnaient le nom de mullei aux chaussures des patriciens. »
Qui pareil aux animaux ruminons. « Ce poisson, dit M. le comte de Lacépède, non-seulement habite dans la Méditerranée, mais encore vit dans les eaux qui baignent la Sicile et la Grèce et les lies répandues auprès des rivages fortunés de celte Grèce si fameuse. Il n'est donc pas surprenant que les premiers naturalistes grecs aient pu observer cet osseux avec faeililé. Le cheiline est d'une couleur blanchâtre ou livide mêlée de rouge ; il ne parvient guère qu'à la longueur de trois décimètres : les écailles qui le recouvrent sont grandes et très-transparentes ; il montre sur les cotés de sa queue des appendices transversales dont la forme et la position ont frappé les observateurs. La conformation de ses dents n'a pas moins été remarquée : elles sont émoussées au lieu d'être pointues et par conséquent très-propres à couper ou arracher les algues et les autres plantes marines que le scare trouve sur les rochers qu'il fréquente. Les végétaux marins paraissent être l'aliment préféré par ce cheiline, et cette singularité n'a pas échappé aux naturalistes d'Europe les plus anciens ; mais ils ne se sont pas contentés de rechercher les rapports que présente le scare , outre la forme de ses dents, les dimensions de son canal intestinal, la quantité de ses sucs digestifs et la nature de sa nourriture, très-différente de celle qui convient au plus grand nombre de poissons, ils ont considéré le scare comme occupant, parmi ces poissons carnassiers, la même place que les animaux ruminans qui ne vivent que de plantes, parmi les mammifères qui ne se nourrissent que de proie, et exagérant ce parallèle, étendant les ressemblances et tombant dans une erreur qu'il eût été cependant facile d'éviter, ils sont allés jusqu'à dire que le scare ruminait ; et voilà pourquoi, suivant Arislolc, les Grecs l'ont appelé mêrukan. » (Histoire naturelle des poissons, t. 6, p. 277, in-12.)
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Et ceux des poisson*, etc. Le grec dit « êde prepontes, » que Lippius traduit par décentes; d'autres, du nombre des(|iiels est Salvini, en font un nom particulier de poisson. Je ne crois pas devoir suivre son exemple : j'aime mieux croire, comme Lippius, que prepontes exprime seulement la beauté des formes de ceux des habitans des mers dont il est question ♦l'une manière générale.
Est arrêté tout à coup par la bouche d'un poisson d'une taille médiocre1, etc. On ne lira pas sans intérêt ce que M. de Lacépède dit au sujet de ce poisson , dont tout le merveilleux tient à une plaque de diverses lames qui ont la forme de celle espèce d'abat-jour qu'on nomme persienne, laquelle est adhérente au-dessous de sa gorge, et qu'il présente aux corps auxquels il s'accroche dans un sens opposé à celui de la fermeture de ces lames , ce qui produit une résistance d'une certaine énergie, mais très-peu capable d'arrêter la marche d'uu bâtiment :
« Depuis le tempsd'Aris(ote,dit l'iclyologiste français, jusqu'à nos jours, cet animal a été l'objet d'une attention constante; on l'a examiné dans ses formes, observé dans ses habitudes , considéré dans ses efforts. On ne s'est pas contenté de lui attribuer des propriétés merveilleuses, des facultés absurdes , des forces ridicules ; on l'a regardé comme un exemple frappant des qualités occultes départies par la nature à ses diverses productions. lia paru une preuve convaincante de ces qualités secrètes dans leur origine et inconnues dans leur essence ; il a Gguré avec honneur dans le tableau des poètes, dans les comparaisons des orateurs, dans les récits des voyageurs, dans les descriptions des naturalistes ; et cependant à peine, dans le moment où nous écrivons, l'image de ses traits, de ses moeurs, de ses effets, a-l-elle été tracée avec fidélité. Écoutons par exemple, au sujet de ce rémora , l'un des plus beaux géuies de l'antiquité :
« L'cchéneis, dit Pline, est un petit poisson accoutumé à vivre au mdieu des rochers. On croit que lorsqu'il s'attache à la carène des vaisseaux, il en retarde la marche, et de là vient le nom qu'il porte et qui est formé de deux mots grecs, je retiens, et l'autre navire. Il sert à composer des poisons capables d'amortir et d'éteindre les feux de l'amour. Doué d'une puissance bien plus étonnante, agissant par une faculté morale, il arrête l'action de la justice et la marche des tribunaux; compensant cependant les qualités funestes par des propriétés utiles, il délivre les femmes enceintes des accidens qui pourraient trop hâter la naissance de leurs enfans ; lorsqu'on le conserve dans du sel, son approche seule suffit pour retirer du fond des puits les plus profonds l'or qui peut y être tombé. «
' ItoiHlelet croit que l'cchéneis d'Oppicn est la lamproie et non l'cchciicis rémora. Le» raisons qu'il va donne ne me paraissent pas décisive».
Mais le naturaliste romain ajoute avant la fin de la célèbre histoire qu'il a écrite une peinture bien plus étonnante du rémora, et voyons comment il s'explique au commencement de son 32e livre:
« Nous voici parvenus au plus haut des forces de la nature , au sommet de tous les exemples de son pouvoir. Une immense manifestation de sa puissance occulte se présente d'elle-même ; ne cherchons rien au delà, n'en espérons pas d'égale ni de semblable. Ici la nature se surmonte elle-même et le déclare par des effets nombreux. Qu'y a-t-il de plus violent que les mers, les vents, les tourbillons et les tempêtes ? Quels plus grands auxiliaires le génie de l'homme s' est-il donnés que les voiles et les rames ? Ajoutez à cela la force inexprimable des flux alternatifs qui font un fleuve de tout l'Océan : toutes ces puissances et toutes celles qui pourraient se réunir à leurs efforts sont enchaînées par un seul et très-petit poisson qu'on nomme echéneis. Que les vents se précipitent , que les tempêtes bouleversent les flots, il commande à leurs fureurs, il brise leurs efforts, il contraint de rester immobiles des vaisseaux que n'aurait pu retenir aucune chaîne , aucune ancre précipitée dans la mer et assez pesante pour ne pouvoir en être retirée. Il donne ainsi un frein à la violence, il dompte la rage des élémens, sans travail, sans peine, sans chercher à retenir et seulement en adhérant. Il lui suffit pour surmonter tant d'impétuosité de défendre aux navires d'avancer. Cependant les flottes armées pour la guerre se chargent de tours et de remparts pour que l'on combatte au milieu des mers comme au haut des tours. O vanité humaine ! un poisson très-petit contient leurs éperons armés de fer et de bronze et les lient enchaînés ! On rapporte que lors de la bataille d'Actium, ce fut un echéneis qui , arrêtant le navire d'Antoine au moment où il allait parcourir les rangs des vaisseaux et exhorter les siens, donna à la flotte de César la stqiériorilé de la vitesse et l'avantage d'une altaque impétueuse. Plus récemment , le bâtiment monté par Caïus, lors de son retour d'Andara à Antium, s'arrêta sous l'effort d'un echéneis : alors le rémora fut un augure , car à peine cet empereur fut-il rentré à Rome qu'il périt sous les traits de ses propres soldats. Au reste son élonnement ne fut pas long lorsqu'il vil que de toute sa flotte, sonquinquerème seul n'avançait pas. Ceux qui s'élancèrent du vaisseau pour en rechercher la cause trouvèrent l'echéneis adhérent au gouvernail et le montrèrent au prince, indigné qu'uu tel animal put l'emporter sur quatre cents rameurs et très-surpris que ce poisson, qui dans la mer avait pu retenir son navire, n'eût plus de puissance jelé dans le vaisseau. Nous avons déjà rapporlé plusieurs opinions, continue Pline, au sujet du pouvoir de cet echéneis , que quelques Latins ont nommé rémora . Quant à nous, nous ne doutons pas que tous les genres des habilaus de la mer n'aient tinc faculté semblable. L'exemple célèbre et
SUR LA PÊCHE ITOPPIEN
consacré dans le temple de Gnide ne permet pas de refuser la même puissance à des conques marines. De quelque manière que ces effets aient lieu, ajoute plus las l'éloquent naturaliste que nous cilons, quel est celui qui , après cet exemple de la faculté de retenir des navires , pourra douter du pouvoir qu'exerce la nature par tant d'effets spontanés et de phénomènes extraordinaires? »
« Combien de fables et d'erreurs accumulées dans ces passages, qui d'ailleurs sont des chefs-d'œuvre de style! Accréditées par un des Romains dont ou a le plus admiré la supériorité de l'esprit , la variété des connaissances et la beauté du talent , elles ont été presque universellement accueillies pendant un grand nombre de siècles ; mais on n'attend pas de nous une mythologie, etc. » (Histoire naturelle des poissons, tome 5, pages 192 et suivantes.)
Aon, il n'est pas de douleur plus cruelle , etc. On ne sait ce qu'on doit admirer ici le plus ou du sentiment dont l'auteur est animé ou de l'adresse qu'il emploie dans le choix des idées qui en sont l'expression. Qu'il est beau de voir ce jeune et sensible poète cherchant, comme sans dessein, à ramener l'atleotion de l'empereur vers un père condamné à l'exil ! Avec quelle tinessc il termine le tableau qu'il n'avait commencé que dans cet objet ! Quelle délicatesse de motif et de sentiment !
John Jones, ou plutôt Diaper, son co-traducleur, a paraphrasé ainsi ce passage :
The Iotc of coanlry's nol (o man conflned
The samc propensions sway the brûlai roi ml.
Fisbcs their native caves vitli transport view,
The v have Ibeir counlries, and their fonda ess loo.
Ko nation may with that blest clime compare.
Thaï grave us flrsl acquaintance of our cyea.
Ilow rich the soil : how beauliful the slryes !
The name of couolry Qlls the gratcful mind
Yiïlh ail thaï s tender, genernus and kiod.
Ah .' wretched thosc wbo fbrc'd from whal tbey love
Kccessilous in vagraut exil rove,
SUII rcstlcss must the kitling grief renew,
l>espis d by ail, or pily'd but fcw. ( Ch.
Oppien, dans ses Cynégitiques, avait saisi une circonstance du même genre pour exprimer , quoique d'une manière plus éloignée , son désir d'obtenir le rappel de son père ; on y lit , en parlant de la vache marine : « Celte espèce chérit singulièrement les lieux qui l'ont rue naître, les forêts où elle fait son séjour et sa retraite accoutumée. Si les chasseurs, après l'avoir enchaiuéc dans leurs filets, transportent cet animal dans une autre contrée et le laissent courir en liberté dans les vallées , il reviendra bientôt dans les lieux chéris qu'il habitait : il ne peut se résoudre à errer dans un pays où il est étranger. Ce n'est donc point aux seuls mortels que la patrie est chère : cet amour est également gravé par la nature dansleccrur des animaux sauvages. » ( Traduction de lielin de Ballu, chant I", page 43.)
Ils promènent quelques grains de sable dans leur bouche, etc . Le grec dit « Apo psammatoio pasanto. (Ils se nourrissent de sable). » J'ai cru devoir adoucir un peu cette idée, qui ne me parait pas vraie prise dans un sens absolu ; on est moins éloigné de croire qu'ils promènent quelques grains de sable dans leur bouche pour en extraire l'humidité qu'il recèle et qui, dans l'affaiblissement où ils se trouvent, peut suffire à leur nourriture.
L'impétueux physsale, etc. « Ce cétaré n'est pas étranger à la Méditerranée, lis anciens n'en ont pas eu cependant une idée bien nette ; il parait même que, sans excepter Pline ni Aristole, ils n'ont pas bien distingué les formes ni les habitudes de ces grands cétacés. Malgré la présence de plusieurs de ces animaux dans la Méditerranée et malgré les renseignemens que leurs relations commerciales avec les Indes pouvaient leur procurer sur plusieurs autres, nonseulement ils ont appliqué à leur mysticetus des organes, des qualités, des gestes du rorqual aussi bien que de la baleine franche , mais encore ils ont attribué à leurs baleines des formes ou des propriétés du gibbar, du rorqual et du cachalot macrocéphale mêle avec ceux du gibbar. » (Lacép., Histoire naturelle des cétacés.)
De ce nombre sont encore les béliers cruels, etc. « Il y a, dit Rondelet, plusieurs autres bêtes marines à nous inconnues, hormis que de nom, comme béliers, élépbans, panthères, mélantbyes, hyènes, roues, dromons et autres infinies. Oppien, au i" livre, met les béliers entre les cruels et ceux des hautes mers; au 5«, entre les cétacés. Pline écrit que du temps de l'empereur Tibère, la mer océanc, se retirant sur la grève, laissa plus de trois cents bêtes marines de merveilleuse variété et grandeur , guère moins en la côte de Saintonge : entre les autres, des élépbans, des béliers et plusieurs néréides. iElien et Oppien ont fait mention de la panthère, des mélantbyes, de l'hyène. » (Liv. 16, ch. 19, I" partie. )
On dit que cette espèce d'hymen les féconde, etc. On ne croit plus aujourd'hui à ce mode de fécondation. Voici comment s'exprime à ce sujet M. de Lacépède dans son discours sur l'histoire naturelle des poissons.
« A peine les femelles sont-elles débarrassées du poids qui les tourmente que quelques-unes dévorent une partie des œufs qu'elles viennent de pondre , et c'est ce qui a donné lieu à l'opinion de ceux qui ont cru que certaines femelles de poissons avaient un assez grand soin de leurs œufs pour les couver dans leurs gueules. D'autres avalent aussi avec avidité la liqueur laiteuse des mâles à mesure qu'elle est répandue sur des œufs déjà déposés , et voilà l'origine du soupçon erroné auquel n'ont pu se soustraire des
modernes et de très-grands naturalistes qui ont cru que les poissons femelles pourraient bien être fécondées par la bouche. *> (Histoire naturelle des poissons, t. i, p. 136.)
REMARQUES
Par là devenu fécond, les anguilles y naissent en foule , etc. On est mieux fixé maintenant sur la manière dont se propagent les anguilles ; longtemps, jusqu'à nos jours même, on a été dans l'erreur à cet égard. Notre ictyologisle français va nous fournir encore des instructions précieuses :
« Comme ut se perpétue, dit cet illustre naturaliste, cette espèce utile et curieuse? L'anguille vient d'un véritable oeuf, comme tous les poissons. L'œuf éclôt le plus souvent dans le ventre de la mère, comme ceux des raies, des squales , de plusieurs blennics, de plusieurs silures. La pression sur la partie inférieure du corps de la mère facilite la sortie des petits déjà éclos. Ces faits, bien vus, bien constatés par les naturalistes récens, sont simples et conformes aux vérités physiologiques les mieux prouvées, aux résultats les plus sûrs des recherches anatomiques sur les poissons et particulièrement sur l'anguille. El cependant combien depuis deux mille ans ils ont été dénaturés et altérés par une trop grande confiance dans les observations précipitées et mal faites qui ont séduit les plus beaux génies, parmi lesquels nous comptons non-seulement Pline, mais même Aristote. Lorsque les anguilles mettent bas leurs petits, communément elles reposent sur la vase du fond des eaux ; c'est au milieu de celle terre et de ce sable humectés qu'on voit frétiller les murènes qui viennent de paraître à la lumière. Aristote a pensé que cette génération était due à celle fange. Les mères vont quelquefois frotter leurs ventres contre des rochers ou d'autres corps durs pour se débarrasser plus facilement des petits déjà éclos dans leur intérieur. Pline a écrit que par ce frottement elles faisaient jaillir des fragmens de leur corps qui s'animaient, et que telle était la seule origine des jeunes murènes dont nous exposons la véritable manière de naître. D'autres anciens auteurs ont placé cette même origine dans les chairs corrompues des cadavres des chevaux ou d'autres animaux jetés dans l'eau, cadavres autour desquels doivent souvent fourmiller déjeunes anguilles forcées de s'en nourrir par le défaut de tout autre aliment placé à leur portée. A des époques bien plus rapprochées de nous , Hclmont a eru que les anguilles venaient de la rosée du mois de mai, et Leuwenhoek a pris la peine de montrer la cause de celte erreur en faisant voir qw dans celte belle partie du printemps, lorsque l'atmosphère est tranquille et que le calme règne sur l'eau, la portion de ce fluide la plus chaude est la plus voisine de sa surface, et que c'est cette couche plus échauffée, plus vivifiante et plus analogue à leur état de faiblesse que les jeunes anguilles peuvent alors préférer. Srhwenckfcld de Brcslaw, en Silésic, a fait
naître des murènes anguilles des branchies du cyprin bordelière. Shoneveld de Kiel , dans le Holstcin, a voulu qu'elles vinssent à la lumière sur la peau des gades morues ou des salmones éperlans. Ils ont pris l'un et l'autre pour de très-petites murènes anguilles des gordins, des sangsues ou d'autres vers qui s'a Hachent à la peau ou aux branchies de plusieurs potssons. Eiler, Charlelon,Faklcberg,Gesner, Rirchkoltz ont connu au contraire la véritable manière dont se reproduit l'espèce que nous décrivons. Plusieurs observateurs des temps rérens sont tombés à la vérité dans une erreur combattue même par Aristote en prenant les vers qu'il voyaient dans les intestins des anguilles qu'ils disséquaient pour des fœtus de ces animaux. Lcuwcnhoeck a eu tort de chercher les œufs de ces poissons dans leur vessie urinaire, et Vallisniéri dans leur vessie natatoire; mais Muller et peut-être Mondini ont vu les ovaires ainsi que les œufs de la femelle , et la laite du maie a été également reconnue.
» D'après toutes ces considérations, on doit éprouver un assez grand étonnement et ce vif intérêt qu'inspirent les doutes et les recherches d'un des plus habiles et des plus célèbres physiciens lorsqu'on lit dans le Pavage de Spallanzani que des millions d'anguilles ont été péchées dans les marais, les lacs et les fleuves d'Italie et de la Sicile sans qu'on eût vu dans leur intérieur ni œuf ni fœtus. Ce savant observateur explique ce phénomène en disant que les anguilles ne multiplient que dans la mer, et qu'on n'en trouve pas, eonlinue-t-il, suivant Scnnebier, dans le lac de Genève , jusque auquel la chute du Rhône ne leur permet pas de remonter, tandis qu'on les pèche dans le lac de Neufchàtel , qui communique avec la mer par le Rhin et le lac Brcnna. Il invite en conséquence les naturalistes à faire de nouvelles recherches sur les anguilles qu'ils rencontreront au milieu des eaux salées et de la mer proprement dite dans le temps du frai de ces animaux , c'est-à-dire vers le milieu de l'automne ou au commencement de l'hiver.
» Les œufs de l'anguille, éclosant presque toujours dans le ventre de la mère, y doivent être fécondés; il est donc nécessaire qu'il y ait dans cette espèce un véritable accouplement du mâle avec la femelle, comme dans celle des raies, des squales, des syngnathes, des blcnnies et des silures , ce qui confirme ce que nous avons déjà dit de ses affections. Et comme la conformation de la murène est semblable en beaucoup de points à celle des serpens, l'accouplement des serpens et de la murène doit avoir lieu à peu près de la même manière. Rondelet a vu en effet le mâle et la femelle entrelacés dans le moment de leur réunion la plus intime comme deux couleuvres le sont dans les circonstances analogues, et ce fait a été observé depuis par plusieurs naturalistes. » {Histoire naturelle des poissons, tome 3, p. 329 et suiv.)
SLR LA PÊCHE D'OPPIEN
C'est une chose assez reconnue que le serpent s'accouple avec la murène. Celle jolie mais ridicule fable de l'accouplement de la vipère avec la murène ne trouve plus aujourd'hui personne qui daigne y ajouter foi. Les circonstances qui l'accompagnent dans le tableau que nous offre Oppien la rendent encore plus digne d'être reléguée parmi les erreurs populaires : « Murœna, dit Pline, quoeumque tempore parit cum cœteri pisces stato pariant ; ova ejus citissime crescunt , in sicco litlore lapsas vulgus coitu serpentium impleri putat. » (Liv. 9, cb. 23.)
Le chien vorace , l'aigle dé mer et tous ceux qu'on désigne sous le nom de cartilagineux, les dauphins mêmes, ces rois des poissons, et les phoques aux gros yeux font des petits titans qui, au sortir du sein de leurs mères, ont les mêmes formes qu'elles. Les dauphins , les phoques, qui font partie des mammifères , sont les seuls réellement vivipares. Quant aux poissons cartilagineux , ils sont tous ovipares , en ce sens que leurs petits viennent tous d'un œuf ; mais il en est quelques-uns dans ce nombre dont les œufs éclosenl dans le ventre de leur mère ; ce sont ceux de ce genre dont Oppien a raison de dire qu'ils sont en naissant semblables à leur mère : tels sont les raies, les squales, les aodons, la chimère (dans le mile de laquelle on a remarqué un double instrument de fécondation), la syngnalhc, encore ces derniers présentent-ils une particularité remarquable : leurs œufs sortent par une déchirure qui se fait audessous de leur ventre et se disposent dans une espèce de canal sur des rangs plus ou moins nombreux, ^ c'est là qu'ils sont fécondés à travers la peau trèsmince de ce canal , que les petits rompent lorsqu'ils eYlosenl.
Les phoques ont aussi grand soin de leurs petits, etc. BufTon, qui faisait un cas particulier d'Oppien non-seulement comme poète, mais encore comme naturaliste, puisqu'il dit de lui (tome 6 de ['Histoire des quadrupèdes) qu'une probabilité devient une certitude par le témoignage d'Oppien , s'explique ainsi sur ces animaux dans son Histoire nat. (t. 27, p. 162, édit. in-12) : « Les phoques fermais mettent bas en hiver ; elles font leurs petits à terre , sur un l»nc de sable , sur un roeber, sur une petite Ile et à quelque dislance du continent ; elles se tiennent assises pour les allaiter1 et les nourrissent ainsi pendant douze à quinze jours dans l'endroit où ils sont nés, après quoi la mère amène ses petits avec elle à la mer où elle leur apprend à nager et a chercher à vivre ; elle les prend sur son dos lorsqu'ils sont fatigués.
' Quand les veaux marins sont on mer , leurs pieds de derrière leur fervent de queue pour nager, c» a terre de siège quand il» donnent i tclcr a leurs petits. ( Voyage de Damplcrre, l. i, p. 117.)
{ld. p. U9.)
Comme chaque portée n'est que de deux ou trots, ses soins ne sont pas fort partages et leur éducation est bientôt achevée; d'ailleurs ces animaux ont naturellement assez d'intelligence et beaucoup de sentiment : ils s'entendent , ils s'entr'aident et se secourent mutuellement; les petits reconnaissent leur mère au milieu d'une troupe nombreuse, ils entendent sa voix, et dès qu'elle les appelle ils arrivent à elle sans se tromper. Nous ignorons combien de temps dure la gestation ; mais à en juger par celui de l'accroissement, par la durée de la vie et aussi par la grandeur de l'animal, il parait que ce temps doit être de plusieurs mois , et l'accroissement étant de quelques années, la durée de la vie doit être assez longue. Je suis même très-porté à croire que ces animaux vivent beaucoup plus de temps qu'on n'a pu l'observer, peut-être cent ans et davantage , car on sait que les cétacés en général vivent bien plus longtemps que les animaux quadrupèdes : comme le phoque fait une nuance enlre les uns et les autres , il doit participer de la nature des premiers et par conséquent vivre plus que les derniers. »
Elle leur donne asile dans tes flancs,etc. Je n'ai pas liesoin d'avertir que ce que dit Oppien es! une erreur ou tout au moins une méprise qui provient de ce que ces cartilagineux ont des plis à leur peau de dessous le ventre , à l'abri de laquelle leurs petits se réfugient dans le moment du danger, d'où ils sortent ensuite lorsqu'il a cessé. Cependant Rondelet dit la même chose de la torpille : « Elle engendre environ vers l'automne, selon Aristole, non pas des œufs, mais des pelils vifs qu'elle édôl au dedans , lesquels quand ils ont peur les reçoit dans soi, puis les met dehors. » (Partie première , liv. 12, ch. 18.)
C'est ainsi que la race misérable de la faible aphye nail sans avoir été engendrée. On lit dans la lielle histoire générale et particulière des poissons de Blocb : « Ce nom d'aphye , qui signifie sans mère , vient sûrement d'aphya , que les anciens donnaient à un petit poisson qu'ils Taisaient nailre de l'écume do la mer, sans le secours de la génération. » (Trot" sième partie, p. 122.) On ne croit plus aujourd'hui a la production spontanée de ces animaux. Celle erreur assez singulière s'est pourtant accréditée jusque parmi nous , puisque Rondelet , qui a consigné dans son 7e livre (ch. 1") l'opinion des anciens à cet égard , ne fait aucune réflexion qui décèle le moindre doute. Il est cependant certain que ces osseux viennent comme tous les autres d'un œuf et que, se tenant dans le limon des mers , ils se montrent et paraissent nailre lorsque les eaux ébranlées par la tempête jusqu'en leurs fondemens en entraînent la vase et ces poissons qui y vivaient. II en est de même des huîtres : bien loin qu'on ne distingue dans ces mollusques aucun sexe , comme le dit Oppien , on recon-
REMARQUES
naît au contraire les deux sexes dans le même individu ; en sorte que ces animaux sont hermaphrodites. Leurs oeufs, ainsi que nous l'apprend le savant auteur de YAnatomie comparée, M. Cuvier,sont situés derrière le foie ; ils sont quelquefois abreuvés par une humeur qui parait de la semence , laquelle est sécrétée dans un certain temps : celte disposition est nécessaire puisque l'buttre ne peut se remuer et par conséquent ne peut aller chercher un autre individu pour s'accoupler. Ce savant a vu dans les moules, et il pense que ce doit être la même chose dans les huitres, que lorsque les œufs ont été fécondés ils descendent et se placent entre les deux lames qui forment chaque branchie. Il les a vus plusieurs fois, en examinant les moules au microscope , dans celte même place. Il a distingué dans chaque œuf un petit moule vivant et remuant déjà ses valves, ce qui prouve évidemment que ces animaux sont ovovipares '.
CHANT SECOND
Ou mieux encore de Phorcus, etc. IMiorcus, fils de Neplune et de la nymphe Thoosa, père de Méduse, régna en Sardaignc et en Corse. Allas le vainquit el le détrôna ; il devint dieu marin cl fut révéré comme le premier des Tritons cl des autres divinités de la mer : c'est ce que les poètes nommaient le chœur de Phorcus.
De quelle puissance propre el inhérente à sa substance n'est pas douée la molle torpille , etc. Rien n'est plus curieux, n'est plus extraordinaire que de retrouver dans les poissons, particulièrement dans la torpille, cette propriété électrique , cet instrument vivant propre à lancer la foudre. Le lecteur pour qui ce fait et sa cause seraient nouveaux me saura peutêtre gré de le mettre au courant de ce que la physique nous en a appris ; il sera ainsi dispensé de chercher ailleurs des notions sur ce sujet. Nous les trouvons dans l'article de ce cartilagineux de M. de Lacépède. On verra «pie les idées d'Oppicn sur l'organe électrique de ce poisson étaient assez justes. Gmime il est bien reconnu aujourd'hui que le fluide électrique est l'agent du phénomène que nous ofTre la torpille , je joindrai a la citation qu'on va lire un extrait tic ce que j'ai écrit en 1 808 sur la nature de l'agent électrique et sur ta manière d'agir pour produire les effets de l'électricité. Cet abrégé de la théorie que j'ai publiée ne sera pas indifférent à ceux qui aiment à remonter au véritable principe des choses.
« Ija torpille , dit M. de Lacépède, a reçu de la nature une faculté particulière bien supérieure à la force des dents, des dards el des autres armes dool clic au-
' Voycr sur ce» animaux l<> supcrl>o ouvrage île RrgrnTu*, cl cihi» <!<• Knorr, notamment relui qui a pour titre les Délices des ijenx et de l'e*i>rii.
rait été pourvue : elle possède ta puissance redoutable et remarquable de lancer pour ainsi dire la foudre ; elle accumule dans sou corps et fait jaillir le fluide électrique avec la rapidité de l'éclair ; elle imprime une commotion soudaine et paralysante au bras le plus robuste qui s'avance pour la saisir , à l'animal le plus terrible qui veut la dévorer ; elle engourdit pour des instans assez longs les poissons les plus agiles dont elle cherche à se nourrir ; elle frappe quelquefois ses quups invisibles à une distance assez grande , et par celte action prompte et qu'elle peut renouveler , annulant les mouvemens de ceux qui l'attaquent el de ceux qui se défendent contre ses étions, on croil la voir réaliser au fond des eaux une partie de ces prodiges que la poésie et la fable ont attribués aux fameuses enchanteresses dont elles avaient placé l'empire au milieu des (lots ou près des rivages.
» Mais quel est donc dans la torpille l'organe dans lequel réside cette électricité particulière? et comment s'exerce ce pouvoir que nous n'avons vu encore départi à aucun des animaux que l'on trouve sur l'échelle des êtres lorsqu'on descend depuis l'homme jusqu'au genre des raies ?
« De chaque coté du crâne et des branchies est un organe particulier qui s'étend communément depuis le bout du museau jusqu'au cartilage demi-circulaire qui fait partie du diaphragme et qui sépare la cavité de la poitrine de celle de l'abdomen. Cet organe aboutit d'ailleurs par sou coté extérieur presqu'à l'origine de la nageoire pectorale ; il occupe donc un espace d'autant plus grand, relativement au volume de l'animal , qu'il remplit tout l'intérieur compris entre la peau de la partie supérieure de la torpille et celle de la partie inférieure. On doit voir aisément que la plus grande épaisseur de chacun des deux organes est dans le bord , qui est tourné vers le centre et vers la ligne dorsale du poisson el qui suit dans son contour toutes les sinuosités de la tête el des branchies, contre lesquelles il s'applique. Chaque organe est attache aux parties qui l'environnent par une membrane cellulaire dont le tissu est serré el par des fibres tendineuses , courtes, fortes el droites, qui vont depuis le lwrd extérieur jusqu'au cartilage demi-circulaire du diaphragme.
» Sous la peau qui revêt la partie supérieure de chaque organe électrique on v oit une espèce de bande, étendue sur toul l'organe , composée de fibres prolongées dans le sens de la longueur du corps el qui , excepté ses liords, se confond dans presque loute sa surface supérieure avec le (issu cellulaire de la peau. Immédiatement au-dessous de celle bande on en découvre une seconde de même nature que la première et donl le bord intérieur se mêle avec celui de la bande supérieure, mais dont les fibres sont situées dans le sens de la largeur de la torpille.
» Celle bande inférieure se continue dans l'organe I proprement dit par un très-grand nombre de prolon-
SUR LA PÊCHE DOPPJEN
gcmcnl memlirancux qui y formenl des prismes verticaux à plusieurs pans , ou pour mieux dire des tubes creux perpendiculaires à la surface du poisson el dont la hauteur varie et diminue à mesure qu'ils s'éloignent du centre de l'animal et de la ligne dorsale. Ordinairement la hauteur des plus longs tuyaux égale six vingtièmes de la longueur totale de l'organe ; celle des plus petits en égale un vingtième, et leur diamètre, presque le même dans tous , est aussi d'un vingtième ou à peu près.
» Les formes des différons tuyaux ne sont pas toutes semblables : les uns sont hexagones, d'autres pentagones , d'autres carrés ; quelques-uns sont réguliers , mais le plus grand nombre est d'une figure irrégulière. Les prolongations membraneuses qui composent les pans de ces prismes sont très-déliées , assez transparentes, étroitement unies l'une à l'autre par un réseau lâche de fibres tendineuses qui passent obliquement et transversalement entre ces tuyaux , et ces tubes sont d'ailleurs attachés ensemble par des fibres fortes et non élastiques qui vont directement d'un prisme a l'autre. On a compté dans chacun des deux organes d'une grande torpille jusqu'à près de douze cents de ces prismes. Au reste, entre la partie inférieure de l'organe et la peau que revêt le corps du poisson, on trouve deux bandes entièrement sembla- Mcs à celles qui recouvrent les extrémités supérieures de ces tubes.
» Non-seulement la grandeur de ces tuyaux augmente avec l'âge de la torpille, mais encore leur nombre s'accroît à mesure que l'animal se développe; chacun de ces prismes creux est d'ailleurs divisé dans son intérieur en plusieurs intervalles par des espèces de cloisons horizontales, composées d'une n>embrane déliée et très-transparente , paraissant se réunir par leurs bords , attachées dans l'intérieur des tubes par une membrane cellulaire très-fine, communiquant ensemble par de petits tuyaux sanguins, placées l'une au-dessous de l'autre a de très-petites distances et formant un grand nombre de petits interstices qui semblent contenir un fluide.
» De plus , chaque organe est traversé par des artères , des veines cl un grand nombre de nerfs qui se divisent dans toutes sortes de directions entre les tubes el étendent de petites ramilîcations sur chaque cloison où ils disparaissent. Tel est le double instrument que la nature a accordé à la torpille -, tel est le double siège de la puissance électrique. Nous venons de voir que lorsque celle raie est parvenue à un certain développement , les deux organes réunis renferment près de deux mille quatre cents tubes .- ce grand assemblage de tuyaux représente les batterie» électriques si bien connues des physiciens modernes et que composent des bouteilles fulminantes appelées bouteilles de Leyde disposées dans ses batteries de la même manière que les tubes des organes de la torpille, beaucoup plus grandes à la vérité, mais aussi
bien moins nombreuses. » (Hist. nat. des poissons, t. i,p. 117, édil. in-iî.)
La torpille n'est pas le seul poisson qui jouisse de cette faculté foudroyante el électrique ; il en est même qui en sont doués dans un degré plus éminent : tel est le gymnote électrique , plus particulièrement connu sous le nom d'anguille de Surinam. Cette plus grande intensité électrique se manifeste par des étincelles qui supposent une plus grande accumulation ou condensation du fluide électrique'. On connaît aujourd'hui plusieurs autres poissons électriques , le tetrodon, le trichiure, le malaptérure, etc. Il esl à présumer qu'on découvrira par la suite celte propriété avec plus ou moins d'énergie dans beaucoup d'autres animaux.
C'est ainsi que parmi les hommes on remarque de la sagacité dans les uns et de l'inaptitude dans les autres. C'est une chose digne de l'attention d'un philosophe et d'un ami de la nature que celte différence dans les facultés des hommes. Ceux mêmes qui paraîtraient devoir le plus se rapprocher à cet égard, les membres d'une même famille, ceux qui tiennent le jour des mêmes individus, offrent nonseulement des différences, mais encore des disproportions, pour ne pas dire des disparates, qui sont pour le moraliste des prohlèmcs assez difficiles à résoudre. Des êtres placés dans les mêmes circonstances, nés des mêmes pareus, qui ont reçu la même éducation, présentent cependant des résultais opposés. Trop souvent un homme d'un esprit supérieur a un fils ou un frère imbécile , d'un esprit faux ou borné, quoique celui-ci ait reçu le même enseignement , ait eu les mêmes maîtres. Les exemples , si on voulait les rapporter ici , n'en seraient que trop nombreux ; on n'aurait pas besoin de les aller chercher dans l'antiquité, quoiqu'elle nous en fournisse plusieurs trèsfrappans el Irop connus. N'est-ce pas à la physiologie plutôt qu'à la morale à nous donner quelques lumières à cet égard ? Ne trouverons-nous pas le principe de cette inégalité dans cette différence physique qui établit des modifications, des nuances d'impression et de sensibilité, d'où résulte ou l'homme de génie ou l'homme obius, dans un assemblage d'organes discordans, hors de la proportion et de l'harmonie nécessaires pour constituer ce que le vulgaire appelle un homme heureusement organisé , d'où provicut un imbécile ou un fou ? Tels ces inslrumens dont les cordes mal d'accord ne présentent à nos oreilles blessées que des tons aigres et faux, qu'une musique détestable. Le docteur Gall, ce savant cranologistc , ne désavouera pas sûrement cette explication. Sa longue
1 Cependant Galvani cal parvenu à apercevoir dans l'obscurilc quelque* étincelles que donnait le fluide émane de la torpille au moyen de deux lames de métal isolées cl placée» à une petite dislanee, de manière que ce fluide qui y pancnaîl par l'intermède d'une lame pûl passer do luuc à l'autre.
REMARQUES
élude de l'organe cérébral, les nombreuses expériences qu'il a élé dans le cas de faire pour appuyer son système, lui ont fourni des preuves multipliées de ce que j'avance. Les anciens avaient fait des observations du même genre : Homère décrit la forme aiguë de la tète chauve de Tbersitc et parait attribuer à celte forme particulière et bizarre te caractère de ce guerrier.
Autar uperthe Pltoxot eén kephakn, pscdné tfepenémthe lacJme,
{Ullade, chant i", ver» at9.)
apprenez par cet exemple, 6 mortels ! quelle est la triste fin de cette passion insensée pour la table, etc. Il parait que l'auteur fait allusion à ces repas des Romains si célèbres par leur luxe monstrueux. En écrivain discret et qui ne veut offenser personne, il se retranche dans les généralités ; il profite de l'occasion de donner une leçon utile ; il le fait toutefois sans humeur comme sans pédanterie , avec cette noblesse d'expression, de sentiment qui constitue l'homme franc et poli tout ensemble. Il est impossible de ne pas s'apercevoir, par la diction pure et distinguée d'Oppien, que son éducation avait été digne de sa naissance.
//* lestent alors leur dos d'une pierre, etc. Virgile, dans son 4« livre des Géurgiques, donne aux abeilles le même genre d'industrie ; elles luttent ainsi avec avantage contre la force des vents :
Kec Tcro a slabulls pluvia impendenle recedunt Longiu», atu credunt coHo advenlanlibus Ruria. Sod circum lulœ aub mawibus urbia aquaotur , Excursua brèves tentant ; cl «arpe lapitlot Ut cymbte Habile* fluet u JacioNle suburram Tollunt ; bis sese per inania oublia librani.
l/air est-il orageux cl le vent iuccrttin,
Il ne hasarde point de voyage lointain :
A l'abri des remparts do sa cité tranquille ,
Il va puiser une onde a ses travaux utile ;
Et souvent dans son vol, tel qu'un nocher prudent ,
Lesté d'un grain de sable, U affronte le venl.
(Trad. deDcMc.)
Grégoire Rersmann a rendu la même idée dans les vers suivans :
Advenus aufem se notos per nubila J.ibrat, lapilluin austinens rite pedibus , Quo flaluum contra rucnles impclus Se firmai ipsa grava la pondère.
Dans les forêts, un cerf au bois fourchu qui parcourt les lieux fréquentés des serpens, etc. Oppien, daus ses Cynégétiques, décrit cette espèce de guerre des cerfs contre les serpens.
De l'extrémité de la queue de la trygone sort un horrible aiguillon tout à la fois redoutable par sa force et dangereux par son venin, etc. C'est
une erreur qui s'est longtemps perpétuée que celle de ce prétendu venin dont on gratifiait les poiutes osseuses des poissons. On sait aujourd'hui que l'effet fâcheux qu'ils produisent n'est dû à aucune espèce de venin. Une anatomie bien faite de ces animaux nous a fait connaître qu'il n'existe chez eux aucune glande qui en soit le réservoir. On trouvera dans le discours sur \' Histoire naturelle des poissons de M. de Lacépède un assez long passage sur ce sujet. Je me contenterai de rapporter ce qu'il dit à cet égard à l'article de la raie aigle :
« Lorsque celte arme particulière est introduite très-avant dans la main , dans le bras ou dans quelque endroit du corps de ceux qui cherchent à saisir b raie aigle, lorsque surtout elle y est agitée en différens sens et qu'elle en est violemment retirée par des efforts multipliés de l'animal , elle peut blesser le périoste , les tendons ou d'autres parties plus ou moins délicates de manière à produire des inflammations , des convulsions et d'autres symptômes alarmans. Ces terribles effets ont bientôt élé regardés comme les signes de la présence d'un venin des plus actifs , et comme si ce n'était pas assez d'attribuer à ce dangereux aiguillon dont la queue de la raie aigle est armée les qualités redoutables mais réelles des poisons, on a bientôt adopté sur sa puissance délétère les faits les plus merveilleux , les contes les plus absurdes. On peut voir ce qu'ont écrit sur ce venin mortel Oppien, JSIien, Pline, relativement aux effets funestes que nous indiquons. Ces trois auteurs ont entendu par leur pastenague ou leur raie trygone non-seulement la pastenague proprement dite , mais la raie aigle, qui a les plus grands rapports de conformation avec celte dernière. Non-seulement ce dard dentelé a paru aux anciens plus propre a donner la mort que les flèches empoisonnées des peuples à demi sauvages, non-seulement ils ont cru qu'il conservait sa vertu malfaisante longtemps après avoir été détaché du corps de la raie, mais son simple contact tuait l'animal le plus vigoureux, desséchait la planle la plus vivace , faisait périr le gros arbre dont il allaquait la racine : c'était l'arme terrible que la fameuse Grcé remettait à ceux qu'elle voulait rendre supérieurs à tous leurs ennemis. Et quels effets plus redoutables , selon Pline, que ceux que produit cet aiguillon , qui pénètre dans lous les corps avec la force du fer et l'activité d'un poison funeste ?
» Cependant ce dard , devenu l'objet d'une si grande crainte , n'agit que mécaniquement sur l'homme ou sur les animaux qu'il blesse; et sans répéter ce que nous avons dit des prétendues qualités venimeuses des poissons, l'on peut assurer que l'on ne trouve auprès de la racine de ce grand aiguillon aucune glande destinée à filtrer une liqueur empoisonnée ; on ne voit aucun vaisseau qui puisse conduira un venin plus ou moins puissant jusqu'à ce piquant dentelé ; le dard ne renferme aucune cavité propre à
SLR LA PÊCHE DOPPIEN.
transmettre ce poison jusque dans la blessure, et aucune humeur particulière n'imprègne ni n'humecte cette arme , dont toute la puissance provient de sa grandeur , de sa durée , de ses dentelures et de la force avec laquelle l'animal s'en sert pour frapper. » {Histoire naturelle des poissons, t. 1er, page H , édit. in-13.)
Le thon et le xiphias portent toujours avec eux un fléau qui les vexe et les déchire sans cesse, etc. Rondelet, dans son S™* livre des Poissons, r« partie, a tracé, sur la figure qui représente le thon, l'insecte, Ymtre dont parle Oppien ; il dit dans son article du xiphias : « Ce poisson est aussi fort tourmenté d'un ver nommé œstrus ou agi lus, comme le thon ; il en saute & terre et dans les navires. Ce ver est pourtrait au pour trait du grand thon ; il se fiche sous l'aile à cause que sa chair y est plus molle et plus tendre ; il en peut sucer le sang et y tient si fort qu'il n'en peut tomber, quelque mouvement du corps qu'il fasse. »
Bloch n'a pas manqué , à l'exemple de tous les ictyologistes , de parler de ce petit animal , si terrible pour le thon et le xiphias :
« Selon Aristote et Pline , dit-il , le thon , dans la canicule, est tourmenté par un insecte qui a la grosseur d'une araignée et la forme d'un scorpion, et qui se met sous les nageoires de la poitrine. Le (bon , piqué par cet animal, devient furieux au point que, selon Oppien , il saute dans les vaisseaux et sur le rivage. La raison pour laquelle cet insecte s'attache plus particulièrement au thon qu'aux autres poissons est que la peau du thon est très-molle sous les nageoires de la poitrine. » {Ictyologie ou Histoire générale et particulière des poissons, 2-« partie, p. 89.)
Il manquerait quelque chose à cet article si nous ne rapportions ce qu'en a écrit M. de Lacépède, dont le style, dans ce passage comme dans tant d'autres , est si vif et si animé, pour ne pas dire même poétique :
« D'autres fois, et dans certains temps de l'année , des insectes aquatiques s'attachent à sa peau et audessous de ses nageoires pectorales et dans d'autres endroits d'où il ne peut les faire tomber malgré tous ses efforts ; et quoiqu'il se frotte contre les algues , les sables ou les rochers, ils se cramponnent avec obstination et le font souffrir si vivement qu'agité , furieux, en délire comme le lion et les autres grands animaux terrestres sur lesquels se précipite la mouche du désert, il va au-devant des plus grands dangers , se jelte au milieu des filets, s'élance sur le rivage ou s'élève au-dessus de la surface de l'eau et retombe jusque dans les barques des pécheurs. » {Histoire naturelle des poissons, t.4, p. 25.)
» Des animaux marins très-grands et Irès-puissans , tels que les squales, les xiphias, sont pour les
thons des poissons dangereux contre les armes desquels leur nombre ou leur réunion ne peuvent pas toujours les défendre.
» Mais indépendamment de ces adversaires remarquables par leur force ou par leur dimension , le thon expire quelquefois victime d'un èlre bien petit et bien faible en apparence , mais qui, par les piqûres qu'il lui fait et les tournions qu'il lui cause, l'agite, l'irrite, le rend furieux , à peu près de la même manière que le terrible insecte ailé qui règne dans les déserts brûlans de l'Afrique est le fléau le plus funeste des panthères, des tigres et des lions. Pline savait qu'un animal dont on compare le volume à celui d'une araignée et la figure à celle d'un scorpion s'attachait au thon , se plaçait auprès et au-dessous de ses nageoires pectorales, s'y cramponnait avec force, le piquait de ses aiguillons et lui causait une douleur si vive, que ce scombre, livré à une sorte de délire et ne pouvant, malgré tous ses efforts , ni immoler, ni fuir son ennemi, ni apaiser sa souffrance cruelle, bondissant avec violence au-dessus de ta surface des eaux, la parcourait avec rapidité, s'agitait en tous sens et, ne résistant plus à son état affreux, ne connaissait plus d'autre danger que la durée de son angoisse : excédé , égaré , transporté dans une sorte de rage, il s'élançait sur le rivage et sur le pont des vaisseaux, et bientôt il trouvait dans la mort la fin de son tourment. » {Même volume, p. 459.)
Ils se tourmentent en courses rapides sur les (lots. Le grec dit : « Allote d'allé kuma kathippeuousin; mot à mot : « Ils enjambent, ils enfourchent les fluts avec la rapidité d'un coursier, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.» Cette expression, outre qu'elle paraîtrait tiicn hasardée en français, n'est pas assez noble pour pouvoir entrer dans le texte ; mais je la rapporte ici , en y joignant la phrase grecque , afin que cette image ne soit pas perdue pour le lecteur. Euripide avait dit de même dans les Phéniciennes : «Zephurou pnoiais ippeuanthos en ouranô (montant à cheval vers les cieux sur le souffle léger des zépbirs) ; » nous dirions , dans le génie de notre langue : « S'élançant vers les cieux sur l'aile des zépbirs. » On lit dans Horace (ode 4, liv. 4) : « Ceu flamma pertœdas vel Eurus per siculàs equitavit undas. • Il parait que plusieurs auteurs, soit ceux qu'on vient de citer, soit plusieurs autres, se sont emparés de la même expression, qui leur a paru tout à la fois vive et hardie.
L'attaquent à la fois de toute la violence de leurs dents sans jamais lâcher prise. Les uns lisent atromoi et les autres atropoi. Les commentateurs préfèrent celte dernière version : c'est aussi celle que j'ai suivie.
Les chasseurs racontent que dans les bois , les thos féroces , etc. Oppien parle des tbos dans
REMARQUES
le 3mr livre des Cynégétiques : « Souvent , dit -il , l'hymen rapproche les loups et les cruelles panthères , cl de leur union naît une race vigoureuse , celle des thos, sur qui brillent réunies les couleurs de ceux dont ils tiennent le jour : ils ressemblent à leur mère par les nuances de leur peau , et par la face à leur père. » [Traduction de Belin de ballu, p. 76.) Celui-ci croit pouvoir avancer que ce quadrupède n'est pas notre chacal, comme l'avait pensé Uuffbn ; mais il avoue en même temps qu'il ne sait h quel animal connu le rapporter :
« M. de Bu flou , dit-il dans ses notes, p. 192, a pensé que le thos était le même animal que le chacal {Hisl. de» quadrupèdes, t. 6, p. 188). Nous devons sans doute beaucoup déférer aux opinions de ce graud homme, mais il semble que ce sculimeol, qu'il a puisé dans l'ouvrage de Gesner sur les quadrupèdes et dans Bocbarl (Hierozoicon, t. i", p. 87), n'est pas absolument exact. Il est constant, d'après ce passage d'Oppico, que le loup doré et le thos sont deux animaux fort dilTérens. Le premier ressemble entièrement à un loup ; il n'a de particulier que le poil doré : le thos au contraire n'a rien du loup que la forme de la tète ; du reste il en diffère essentiellement par la couleur de sa robe et par les taches dont elle est semée : ces taches, semblables à celles que porte la panthère , ont fait croire aux anciens que les thos étaient le produit de l'accouplement du loup et de la panthère; il résulte de là que les chacals, manquant absolument de ces taches et n'ayant qu'un poil doré cl de couleur uniforme, ne peuvent être les mêmes que les thos et que ces taches forment un cararclère particulier. Oppieu n'est pas le seul auteur qui nous apprenne que les thos ont la robe semée de taches. Arricn, dans son Histoire de l'Inde , p. 329, dislingue une espèce de tbos dont la robe est semée de nuances différentes. Pline reconnaissait aussi celle espèce de loups tachetés et les peint en ces mots (liv. 8, ch. 9) : « Pompei magni jtrimum ludi ostendere thoem1 quem Galli rufium vocabanl effigie lupi, pardorum maculis.» Ainsi, selon ce naturaliste, le thos a le port du loup cl les lâches de la panthère. Ce qu'Aristote dit du thos est trop abrégé pour qu'on puisse en tirer un caractère propre à fixer sa ressemblance avec quelqu'un des animaux que nous connaissons. Quel est parmi ces animaux celui qui représente le thos d'Oppien cl de Pline? je l'ignore ; mais je crois pouvoir assurer que les natu- j ralistes qui pensent que le thos des anciens est le chacal des Perses se trompent ou du moins n'ont point encore prouvé cette identité , contre laquelle l'autorité des anciens s'élève fortement. »
On lit dans Pline (liv. 2, chap. 34) : « Thoes (lu-
' Je trouve dans le texte de Pline que cite Belin une petite «linVrence ; on j lit : « Pompei magni primum ludi oxttnderunt chaum ifiirm Galli rapliium vocatxuit, efjujie lupi, pardorum maculu. ..
porum id genus est procerius longitudine, brevitate crurvm dissimile , velox saltu,venalu vivent , innocuum homini) habitum non colorem mutant per hyemes hirtis mlate nudi. » Celle description conviendrait assez au chacal.
C'est l'opinion de M. Larcher, qu'il exprime ainsi dans ses notes (t. 3 de sa traduction d'Hérodote , p. S8i) : « Cet animal paraît être le chacal que les Anglais écrivent jack-all. Il y en avait un à la Tour de Londres tandis que j'étais en Angleterre, en 1752. Il est d'une couleur plus obscure que le renard et à peu près de la même grandeur ; il glapit aussi do même que cet animal. Les Arabes l'appellent deeb ou chat hall. Le nom anglais jack-all vient sans doute de ce dernier nom et non pas parce que c'esl le pourvoyeur du lion, comme on le croit communément en Angleterre. Quand je parle d'une opinion communément reçue, j'en excepte toujours les savans, qui font le plus petit nombre. Il est si peu son pourvoyeur que si le lion survient lorsqu'il dévore sa proie, il s'enfuit aussitôt : « On voit souvent lo jack-all ' ronger les carcasses dont le lion a mangé partie pendant la nuit. Celte circonstance et le bruit que le jack-all fait en quelque manière de concert avec le lion et que j'ai souvent entendu moi-même est tout ce qui peut favoriser cette opinion. »
Camus trouve des probabilités pour l'identité du chacal avec le thos ; cependant il hésite à se ranger du coté de ceux qui l'adoptent. On peut voir ses motifs à l'article thos dans sa traduction de X Histoire des animaux d'Arislole, p. 80S.
Ainsi la vertu obtient partout la récompense qui lui est due! Le grec dit dikés aidoié*. Je traduis ces mots par celui de vertu, d'abord parce que celui de justice ne convient point à la circonstance dont il est ici question , en second lieu parce que cette version ne s'accorderait point avec ce que l'auteur dit plus bas : « Doit-on être si étonné que la justice habile loin des mers? »
En fans d'Énée, il vous fit aborder sur cette terre et vous en remit l'empire, etc. Oppien termine ce second chant par un éloge des Romains aussi adroit que flatteur ; il retrace rapidement el comme en masse tous leurs exploits guerriers contre les divers peuples successivement soumis à leur puissance : « Mais pourquoi, dit-il, rappeler ces prodiges de vos armes? » Il quille ces souvenirs de leurs conquêtes pour se livrer au sentiment qui semble le presser de rendre hommage à l'empereur et à son fils. Quelle vivacité, quelle abondance d'expressions et d'idées ! Quel mouvement , quel élan de l'imagination el du cœur dans les vœux qu'il forme pour leur conserva-
• Voyages de Shaw cm Barbarie el au Laa>u,l. l«,p.3ïi.