‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 7 sur 395 · L'ARGON · texte numérisé non relu

L'ARGON

cl lui donna les grâces de la forme et les forces de la taille. Quand , s'étanl approches , ils jetèrent par un mouvement naturel les yeux les uns sur les autres , Myniens et Ééles furent également étonnés. Devant eux Ééte sur son char , comme le soleil, dardait de tous cotés des rayons d'or par la splendeur de ses vétemens. Sa tête était environnée d'une couronne qui jetait des éclairs de magnificence : il tenait dans les mains un sceptre brillant comme le» rayons des étoiles. De chaque côté étaient ses filles , au milieu desquelles il était orgueilleusement tratné pauses coursiers. 11 s'approcha du navire en jetant autour de lui des regards furieux , et, arrachant de sa poitrine sa voix frémissante, il prononça d'horribles menaces et hurla ces paroles terribles :

« Dites , qui étes-vous ? Qui vous a amenés ici? Comment êtes- vous parvenus en ces lieux? Comment n'avez-vous pas frémi de terreur en méprisant ainsi mon pouvoir, en méprisant le peuple soumis & mon sceptre, les Colchycns, guerriers redoutables a la lance et que Mars luimôme ne saurait surpasser -, peuple illustre qui combat vaillamment ses ennemis. »

Il dit, et les nôtres se sentirent glacés de frayeur. Mais Junon , la vénérable déesse , inspira du courage à Jason et il répondit avec uno colère non moins grande :

« Nous ne venons pas ici comme des voleurs, jamais nous n'avons envahi une terre en vagabonds. Forcés par une injure fatale , nous avons entrepris une conquête que plusieurs désirent. C'est à cause de toi que nous entreprenons celle pénible expédition. Pélias, fils de Neptune , m'a imposé cette conquête. Il m'a ordonné de ne pas rentrer dans la belle ville de Yolchos sans rapporter celte belle toison , objet de mes désirs. Mes compagnons bien-aimés ne sont pas des hommes à mépriser : les uns sont nés du sang des Dieux , les autres du sang des héros , et certes aucun d'eux n'est inhabile aux guerres terribles et aux chances hasardeuses des combats. Mais nous préférerions être reçus par toi comme des hôtes bienveillans. »

Il dit ; l'àme d'i^éle fut émue comme par une tempête : il nous jeta un regard terrible, et dèslors il médita dans son cœur une vengeance effroyable contre les héros : cependant il leur répondit par ces paroles insidieuses :

« Si vous avez l'intention de déclarer la guerre aux Cholques et de les attaquer, soyez persuadés

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que vos guerriers useront inutilement leurs forces : mais maintenant même je vous permets d'enlever celle toison et de retourner dans voire patrie : si vous étiez battus par nos phalanges , votre navire serait détruit } si au contraire vous vous rendez à mes avis , ce qui vous sera bien plus utile, vous choisirez le meilleur d'entre vous ou celui qui est le plus noble, afin qu'abandonnant les autres il s'expose seul aux travaux que je lui proposerai pour enlever la loison d'or : alors elle deviendra votre bien î »

Ayant ainsi parlé, il poussa les chevaux qui l'entraînèrent rapidement loin de nous, l^e cœur des Myniens était en proie à la douleur ; ils regrettèrent alors profondément Hercule; car ils ne pensaient pas qu'ils pourraient lutter sans lui contre la nation impétueuse et invincible des Cholques.

Maintenant, ô Musée, je le raconterai brièvement tout ce qu'ont souffert les Myniens et les grandes choses qu'ils ont accomplies ; comment d'une course rapide le belliqueux Argos, fils de Phrixus, se rendit du palais d'Ééle vers le» Myniens. Il avait été enfanté parChalciope qui fut forcée, par les menaces de son père, à s'unir d'amour avec Phrixus quand il vint à Colchcs sur le dos du bélier. Il raconta aux Myniens loul ce que l'impie Ééte avait l'intention de faire contre eux. Je te dirai, ô Musée , comment l'infortunée Médée,par la volonté de Junon, s'ebandonna aux tendres séductions de Jason : Cylhérée , qui nourrit les amours , excita en elle d'ardens désirs , el l'atroce Erinnys lança une flèche dans son sein : comment Jason parvint à courber sous le joug les taureaux dont les naseaux vomissaient la flamme et laboura quatre arpens qu'il ensemença de la semence apportée par Phrixus quand il vint dans la maison d'Ééle, et comment des dents du dragon il recueillit une moisson de guerriers ; comment d'une main funeste il tua celte génération ennemie et se couvrit ainsi d'une gloire éclatante -, comment Médée, la vierge malheureuse, protégée parles brouillards de la nuit el couverte d'un simple voile , se glissa en secret loin du palais d'Ééle : la Destinée respectable et les Amours qui la subjuguaient la conduisaient au navire Argo, sans qu'elle craignît la colère de son père. Je le dirai encore comment s'étant jetée au cou de Jason elle l'embrassa el déposa d'ardens baisers sur son sein cl sur sa figure charmante : ses joues étaient mouillées de larmes, el son dé-

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sir de s'unir au héros n'était pas combattu par la pudeur. Tourmentée d'amour , elle livra sa virginité, elle abandonna son esprit a toutes les joies de la couche nuptiale. Plus tard , tu apprendras encore bien d'autres faits.

Quand Médée eut ainsi abandonné en secret la maison d'Eéle, el (ut venue à notre navire, nous délibérâmes ensemble pour savoir comment nous parviendrions à arracher la toison d'or du hêtre sacré. Nous apprîmes d'elle comment tout cela pouvait élre fait d'une manière bien facile , et aucun de nous ne désespéra de terminer heureusement cette entreprise. Plus tard , les héros rencontrèrent de grandes difficultés, et le gouffre des maux s'ouvrit pour eux; car devant la maison d'Ééle et devant le fleuve qui était forliflé s'élevait un grand enclos, environné de tours redoutables et de sept murailles. De triples portes immenses el plus loin encore un mur élevé les protégeaient. Sur le seuil de la porte était placée la statue d'une reine qui distribue tous les rayons du feu. Les Colchcs l'adorent sous le nom de Diane la janilrice (la portière), déesse redoutable par sa présence et par les accens de sa voix pour tous les hommes qui s'approcheraient de ses demeures sacrées sans avoir fait des expiations. La malheureuse Médée , seule dépositaire de ces mystérieuses cérémonies , les avait toujours accomplies en secret , comme prêtresse de celle divinité. Ni liabitant ni étranger n'avaient jamais passé le seuil et pénétré dans cette enceinte. La déesse qui habite en ces lieux en éloigne tous les mortels en les faisant garder par des chiens enragés. Dans les portions les plus reculées de celte enceinte se trouve un bois épais composé d'arbres verdoyans , de lauriers, de cornouilliers cl de hauts platanes. Des herbes moindres croissent à l'ombre des arbres : l'asphodèle , le capillaire el le beau chèvrefeuille , les primevères , les violet tes, le velar, Ton ale el le divin cyclamen, l'hysopc el le dictame subtil, l'aconit et plusieurs plantes dangereuses poussent aussi dans celte terre. Au centre du bois s'élève un vaste tronc d'or dominant tous les arbres à l'cnlour et projetant des rameaux de hêtre. La une toison d'or pend de chaque côlé, suspendue à une longue branche. Elle est gardée par un serpent horrible , merveille redoutable pour les mortels. Il est cuirassé d'écaillcsd'or,el son corps se déroule en des contours qui forment d'immenses spirales. Tel est ce monstre infer-

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