‹ Les petits poèmes grecsChapitre 224 sur 358 · LE CHEVRIER, OU AMARYLLIS · texte numérisé non relu

LE CHEVRIER, OU AMARYLLIS

Plaintes amoureuses d'un chevrier.

Je vais chanter devant la grotte d'Amaryllis, pendant que sur la montagne Tityre a soin de mes chèvres. Mon bon ami Tityre, veille sur mon troupeau ; tu l'abreuveras ensuite ; mais prends garde , ce bouc de Lybie est fort et vigoureux , il pourrait te frapper de sa corne.

THÉOCRITE

Adorable Amaryllis , pourquoi ne pas rasseoir à l'entrée de ta grotte ? pourquoi ne pas appeler à tes côtés celui que tes charmes enivrent d'amour? Dis-moi , nymphe si jolie î me trouverais-tu le nez trop court et le menton trop allongé? Ah ! tu veux donc que je meure !

Voilà dix pommes: je les ai cueillies sur l'arbre que tu m'as toi-même désigné. Demain je t'en apporterai dix autres 5 mais prends pitié, je t'en conjure , prends pitié de ma douleur.

Que ne suis-je légère abeille î je pénétrerais dans ta grotte , je me glisserais dans le lierre et la fougère qui servent de couche à tes membres délicats.

Je connais l'amour maintenant : dieu impitoyable, il a sucé le lait d'une lionne, et sa mère l'a nourri dans les forêts 5 il embrase mon sang, il consume mes os.

Jeune fille au regard si doux et au cœur d'airain, nymphe aux noirs sourcils, serre-moi dans tes bras , accorde-moi un baiser : un simple baiser a tant de charmes!

Amaryllis que j'adore, tu me forceras à briser cette couronne de lierre et de persil odorant que j'ai tressée pour toi!

Hélas ! que faire ? que devenir ? Tu es sourde à ma voix ! Je vais me dépouiller de mes habits et me précipiter dans les ondes du haut de cette roche d'où le pêcheur Olpis amorce le thon yorace. Si j'échappe au trépas , du moins mon désespoir réjouira ton cœur barbare.

J'ai appris naguère combien tu me haïssais. Curieux de savoir si tu avais de l'amour pour moi, j'interrogeai la feuille du pavot : en vain je la pressai sur ma main-, elle s'y flétrit sans rendre aucun son.

Elle m'a dit aussi la vérité, la vieille Agréa que le crible instruit de l'avenir. Elle glanait aux champs , et sur ma demande que j'eus soin d'accompagner d'une récompense, elle me répondit : « Chevrier, tu brûles pour une inhumaine. »

Cependant je garde pour toi une chèvre blanche comme le lis et mère de deux petits. La brune Érithacis , fille de Mermnon, me la demande ^ eh bien ! je la lui donnerai , puisque tu (e ris de mon amour.

Dieux ! un tressaillement à l'œil droit ! . . . Doisje la voir?... Je vais m'asseoir sous ce pin, et commencer une chanson ; peut-être me regardera -i-elle : la belle Amaryllis n'a pas un cœur d'airain .

(Il chante).

« Amoureux d'une jeune princesse , Hippomène, les mains pleines de pommes, s'élance dans la carrière, et le premier touche au but. A la vue de ces fruits dorés , Atalante s'emflamme: elle brûle d'amour pour son vainqueur.

)> Le devin Mélampe conduit à Pylos les troupeaux qui paissaient sur l'Othrys, et la mère de la sage Alphésibée devient l'heureuse épouse deBias.

» Et Adonis, lorsqu'il gardait ses troupeaux sur les hautes montagnes, n'inspira-t-il pas à la belle Vénus un amour violent? ne vit-on pas cette immortelle presser sur son sein l'amant que la mort venait de lui ravir ?

» Qu'il est digne d'envie, ô Endymion, ce sommeil éternel qui ferme tes paupières ! Heureux , femme adorée , heureux Jasion ! Il a obtenu ce que vous ne connaîtrez jamais , profanes mortels ! »

Ma tête souffre, mais tu n'y songes guère. Je ne chanterai plus. Je vais me coucher ici ; les loups me dévoreront, et ma mort te sera plus douce que le miel.

IVe IDYLLE.

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