‹ Les petits poèmes grecsChapitre 250 sur 358 · L'AMANT · texte numérisé non relu

L'AMANT

plaintes d'un ami sur l'inconstance de son ami.

Cher enfant, la vérité, dit-on, est dans le vin : nous avons bu , soyons donc vrais.

Je vais te découvrir les plus secrets sentimens de mon cœur. Tu ne m'aimes pas , je ne le vois que trop, de toute la force de ton ame. Une moitié de moi - même vit de ta beauté , l'autre n:est déjà plus.

Quand tu veux, mon bonheur égale celui des immortels ; mais quand tu refuses , je suis plongé dans l'empire des ténèbres. Quoi de

THEOCRITE.

plus opposé aux lois de la nature, que d'affliger son ami le plus tendre ?

. Mais si ta jeunesse veut se confier à mon expérience , un jour viendra où tu t'applaudiras d'avoir suivi mes conseils. Ne fais qu'un seul nid et place-le sur un seul arbre dont n'approche aucun reptile venimeux.

Pourquoi voltiger aujourd'hui sur une branbre , demain sur une autre , et chercher sans cesse un nouvel asile ?

Un inconnu te voit pour la première fois, il loue ta beauté ; soudain tu le préfères à un ami de trois ans 5 tu rejettes à la troisième place celui qui t'aima le premier. Ton cœur n'écoute que l'orgueil.

Veux - tu vivre heureux ? N'aime que ton égal. Si lu le fais ainsi , tu auras l'estime de tes concitoyens , et l'Amour te sera propice , l'Amour, qui dompte si aisément les cœurs rebelles , et qui a su amollir la dureté du mien.

Laisse -moi cueillir un doux baiser sur tes lèvres vermeilles.

1 Songe que l'année dernière tu étais plus jeune, et que la vieillesse précède les infirmités.

Rien ne peut rappeler la jeunesse -, elle a des ailes , et nos pas sont trop tardifs pour l'atteindre dans son vol.

viendras un joyeux convive , et tu paieras du plus tendre retour celui qui t'aime de toute son âme. Ainsi à l'époque des beaux jours de ta vie, nous retracerons l'amitié d'Achille et ae -Fauouie.

Mais si les vents emportent mes discours , si tu dis dans ton cœur : « Importun , laissemoi ; » eh bien ! je te répondrai : « Aujourd'hui j'irais encore pour toi, oui, j'irais enlever les pommes d'or que garde un monstre furieux dans le jardin des Hespérides 5 j'irais affronter Cerbère, cet impitoyable gardien des ombres. Mais si tu laisses se refroider mon amour, demain je n'irais pas, malgré tes instantes prières, non, je n'irais pas même jusqu'à ta porte. »

* Nous ajoutons ici le fragment conservé par Casaubon parce que nous le croyons la suite de cette pièce.

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