‹ Les petits poèmes grecsChapitre 263 sur 358 · CHANT FUNEBRE SUR ADONIS · texte numérisé non relu

CHANT FUNEBRE SUR ADONIS

(1) Je pleure Adonis. « Le bel Adonis n'est plus ! il n'est plus le bel Adonis ! » s'écrient les Amours éplorés. Ne repose plus, ô Cyprisî sur une couche de pampre ; lève-toi , déesse infortunée! revêts des habits de deuil, frappe ton sein et dis à toute la nature : « Il n'est plus le bel Adonis ! »

Je pleure Adonis; les Amours répondent à mes pleurs. Il est gisant sur ces montagnes le bel Adonis : une dent cruelle a blessé sa cuisse d'albâtre , il ne lui reste plus qu'un léger souffle de vie , et Cypris en est désolée 5 un sang noir coule sur la peau d'Adonis , blanche comme la neige, ses yeux s'éteignent sous ses paupières et les roses de ses lèvres s'effacent et avec elles meurt un baiser que Vénus s'efforce de recueillir. Cypris trouve encore de La douceur dans les embrassemens d'un époux qui n'est plus-, mais Adonis expirant ne sait pas qu'elle le couvre de baisers.

(2) Je pleure Adonis-, les Amours répondent âmes pleurs. Une blessure, une cruelle blessure a déchiré la cuisse d'Adonis- mais Cythérée en porte une bien plus profonde en dedans de son cœur. Autourdece jeunechasseur, seschiens fidèles ont poussé des hurlemens -, les Nymphes des montagnes sont épîorées. Vénus en désordre erre dans les forêts , triste , échevelée , les pieds nus; les ronces la blessent en sa marche et se teignent d'un sang divin : elle éclate en plaintes lamentables, s'élance à travers les longues vallées , redemande à grands cris son aimable Assyrien et appelle son jeune époux. Cependant un sang noirâtre jaillit de la blessure d'Adonis et rougit sa poitrine d'ivoire , et. la neige de son sein se colore de pourpre.

(3) « Hélas! malheureuse Cythérée, » s'écrient les Amours en pleurs. Elle a perdu son bel époux et avec lui ses charmes divins. Elle était belle , Vénus, lorsque vivait Adonis : avec Adonis ont disparu les attraits de la déesse, v Hélas ! hélas ! » Toutes les montagnes el les

forêts redisent : « Hélas! Adonis. » Les fleuves sont sensibles aux douleurs de Vénus -, les sources, sur les montagnes, pleurent Adonis, et les fleuves, dans leur tristesse, se colorent de sang (4). Cythérée fait retentir de sa douleur les monts et les vallées : « Hélas! hélas! Cythérée , il n'est plus le bel Adonis ! » L'écho a répondu : « Il n'est plus le bel Adonis ! » Qui refuserait des larmes au malheureux amour de Cypris? Hélas! hélas!

Dès qu'elle vit, qu'elle aperçut l'affreuse blessure d'Adonis-, dès qu'elle vit le sang épanché sur sa cuisse flétrie, elle étendit les bras en disant d'une voix plaintive : « Arrête, Adonis ! arrête , malheureux Adonis ! que je te voie pour la dernière fois, que je t'embrasse encore, que je colle mes lèvres sur tes lèvres! Réveilletoi un moment, cher Adonis; embrasse-moi pour la dernière fois; embrasse-moi tant que ton baiser vit encore plein de flamme (5) : que ton dernier soupir passe au fond de mon cœur et pénètre dans mon âme ; que je savoure ce doux philtre (6) , que je m'enivre d'amour. Je conserverai ce baiser comme toi-même , puisque tu me fuis, infortuné! Tu fuis loin de moi , cher Adonis-, tu vas aux bords de l'Achéron, vers le roi sombre et farouche. Et moi , malheureuse, je vis, je suis déesse, et je ne puis t'accompagner. Proserpine , reçois mon époux; tu l'emporte'de beaucoup sur moi (7) : tout ce qu'il y a de beau descend vers toi. Je suis au comble de l'infortune, ma douleur est inconsolable : je pleure Adonis , qui est perdu pour moi, et je te crains, déesse. Tu meurs, aimable Adonis ; mon bonheur s'est envolé comme un songe ; Cythérée est veuve ; les Amours errent inutiles dans mon palais ; ma ceinture a péri avec toi. Et pourquoi donc , téméraire, allaistu chasser? Avec tant de beauté, quelle fureur d'attaquer les bêtes féroces? »

Ainsi gémissait Vénus. Les Amours disaient ensemble: « Hélas! hélas! Cythérée, il n'est plus le bel Adonis ! » Vénus répand autant de larmes qu'Adonis perd de sang. Ces pleurs et ce sang, en touchant la terre, deviennent des

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