‹ Les petits poèmes grecsChapitre 347 sur 358 · PAR M. B.... DE L · texte numérisé non relu

PAR M. B.... DE L

IDYLLLE Pe.

Pour bien entendre cette idylle , il est nécessaire d'être instruit de l'histoire de Daphnis.

Suivant la plupart des traditions , Daphnis eut pour père Mercure ; suivant quelques autres , il ne fut que son favori, et Théocrite lui-même paraît avoir été de ce sentiment. La mère de Daphnis , selon l'opinion commune , était une nymphe fille de roi, qui , trop sensible au mérite d'un amant d'un rang très-inférieur au sien et dont on ignore le nom , fut contrainte , pour sauver son honneur, d'exposer le fruit de ses amours. Elle l'enferma dans un petit coffre et le mit dans un bocage planté de lauriers, ce qui lui fit donner le nom de Daphnis , du mot grec daphnê, qui signifie laurier. Des bergers trouvèrent le coffre où il était enfermé plein de rayons de miel que des abeilles y avaient déposé et dont elles avaient nourri le jeune Daphnis. Le bocage où il fut exposé était situé dans un vallon délicieux, entre les monts Hérœens , derrière une petite ville du territoire de Syracuse appelée Hybla et surnommée Héra ou Hérœa ; c'était le plus beau canton de la Sicile , au rapport de Diodore :

« Les monts Hérœens, dit cet historien, par leur situation singulière , par les qualités admirables de leur sol et par toutes les autres beautés que la nature y a rassemblées , forment la plus délicieuse retraite que l'on puisse choisir contre les ardeurs de l'été. Une infinité de sources , qui surpassent par la bonté et la douceur de leurs eaux tout ce qu'il y a de fontaines au monde, y entretiennent sans cesse une agréable fraîcheur. Les chênes qui couvrent les sommets de ces montagnes sont fort hauts et fort épais et portent du gland plus gros de moitié que le gland ordinaire. La terre y produit sans le secours de l'art des arbres fruitiers de toute espèce, beaucoup de vignes et surtout une quantité prodigieuse de pommiers. Cette contrée était si riche et si fertile qu'une armée entière de Carthaginois, dans une extrême disette de vivres, y avait trouvé de quoi se nourrir abondamment sans l'épuiser. »

Les nymphes prirent soin d'élever le jeuneDaphnis; Pan lui apprit à chanter et à jouer de la flûte ; les Muses lui inspirèrent le goût de la poésie. Pour cultiver ces arts avec plus de loisir, il embrassa la vie pastorale , et c'est en gardant ses troupeaux au milieu des

champs et des prairies qu'il inventa , dit Diodore, par l'effet d'un génie extraordinaire le poème et le chant bucolique dans la forme où il s'est maintenu constamment jusqu'à ce temps-ci dans la Sicile. 11 épousa fort jeune une nymphe qui , craignant son inconstance, le lia par des sermens et lui déclara que s'il les violait, il en serait puni par la perle de la vue. Daphnis resta quelque temps fidèle ; il résista même aux vives instances d'une princesse, dont la dernière ressource fut de l'enivrer et de lui faire perdre, avec l'usage de la raison, le souvenir de ses sermens : cette faute involontaire attira cependant sur Daphnis la punition à laquelle il s'était soumis. Quelques traditions, il est vrai, disent que cette aventure de Daphnis fut suivie de plusieurs autres infidélités volontaires qui irritèrent à un tel point la jalousie de son épouse qu'elle se jeta sur lui et lui arracha les yeux.

Il y a une autre tradition sur les amours de Daphnis qu'il est plus important de connaitre, parce qu'elle donne l'intelligence de plusieurs endroits obscurs qu'on trouve dans cette première idylle. Théocrite, qui a suivi cette tradition, suppose que Daphnis, après avoir été longtemps insensible, après avoir bravé hautement le pouvoir de Vénus, éprouva enfin la vengeance de cette déesse, qui le fit passer dans un moment de la plus sévère modestie aux plus vifs emportemens de l'amour. Entraîné par une force supérieure, il se livra avec fureur à tous les objets qui $e présentèrent à ses yeux et ne put se fixer à aucun : la beauté d'une nymphe dont il était aimé ne put modérer ses transports ni rappeler sa raison égarée. Enfin, consumé par le désordre et l'agitation de ses sens, il tomba dans une langueur qui termina ses jours à la fleur de son âge dans les solitudes du mont Etna, sur les bords de l'Acis, lieux où il avait passé la plus grande partie de sa vie.

Les diverses aventures de Daphnis devinrent, le sujet le plus ordinaire des chansons des bergers et des poètes bucoliques. Si l'on en croit Elien , Stésicore fut le premier qui chanta les malheurs de Daphnis. Théocrite, à son exemple, a pris pour sujet de sa première idylle la mort funeste de cet illustre berger • c'est une des plus belles pièces de notre auteur ; elle est pleine de sentiment et de cette simplicité louchante qui est le principal caractère de Théocrite. Virgile l'a imitée et presque copiée en plusieurs endroits dans sa 10e églogue intitulée Gallus. 11 y a plus dfe

NOTES

fchaleur , plus d'éloquence et de pathétique dans le poëte latin ; mais on trouve dans Théocrite une teinte de mélancolie, un charme et une douceur qui paraissent convenir davantage à la nature de l'idylle.

La première idylle, tout à fait pastorale et fort touchante, annonçait le grand talent de Théocrite. Virgile en a imité plusieurs traits, dont nous citerons plus bas les principaux, que nous emprunterons à la traduction en vers français de M. le chevalier deLangeac. Les chiffres indiqueront le texte même de Virgile pour ceux de nos lecteurs qui voudraient le consulter.

« Je voudrais bien savoir, dit Fontenelle, pourquoi Daphnis en mourant dit adieu aux ours et aux loupscerviers aussi tendrement qu'à la belle fontaine d'Aréthuse et aux fleuves de Sicile ; il me semble qu'on n'a guère coutume de regretter une pareille compagnie. »

Pour répondre à cette objection du plus acharné détracteur des anciens, il faut se rappeler que souvent le poëte Daphnis avait charmé les hôtes des forêts par la douceur de ses chants : « N'est-il pas naturel, dit M. Gail, que le berger regrette des animaux qui ont en sa faveur oublié leur férocité? »

Hélicryse. Pline appelle cette plante héliocryse ; «Sa fleur a la couleur de l'or,; sa feuille est mince, ainsi que sa tige, qui cependant est dure. Les mages se servaient de cette plante pour faire des couronnes, et l'on croyait qu'elles avaient la vertu de rendre heureux ceux qui les portaient si on avait la précaution de les arroser de parfums pris dans un vase d'or qui n'eût point éprouvé le feu.» Ce récit de Pline est copié mot à mot de Théophraste.

« Des critiques ont blâmé dans Théocrite la description de cette coupe comme trop longue ; mais elle est si belle et si riche de poésie qu'on serait bien fâché de ne pas l'y trouver : les bergers ont tant de loisirs qu'ils peuvent s'égayer dans leurs descriptions. Fontenelle s'étonne qu'un si grand nombre d'objets puissent être représentés sur une coupe : il n'en eût pas été surpris s'il eût su que ces sortes de vases dont se servaient les bergers de Sicile étaient fort grands et ressemblaient plutôt à des urnes qu'à des coupes. Il compare malignement la coupe de Théocrite au bouclier d'Hercule; mais en dépit vde ses plaisanteries, il y a plus de véritable poésie dans la description de celte coupe que dans toutes ses ég!ogues. » (Geoffroy.)

Aréthuse. Il y eut plusieurs fontaines de ce nom, mais la plus célèbre était celle de Sicile dont parle le berger Thyrsis. Le mot Aréthuse avait passé en proverbe pour désigner une belle fontaine.

Thymbris, fleuve de Sicile. Quelques commentateurs prétendent que ce mot signifie la mer.

Le Menai e et le Lycée, montagnes d'Arcadie. La première tirait son nom de Ménale fils de Lycaon.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Non, le flot qui de loin vient mourir sur la plage ,

Le ruisseau qui la nuit roule en paix sur les fleurs,

A la mélancolie offrent moins de douceurs. (Eglo. 5, 83.)

Commence : Palémon gardera tes brebis. (5, 12.)

Elle est belle et féconde ; et par elle nourris, Deux jeunes veaux encore en augmentent le prix.

Une vigne où le lierre avec art s'entrelace,

Se dessine à l'entour, serpente et les embrasse. (3, 38.)

L'anse de chaque vase offre à l'œil enchanté

De la plus souple acanthe un feuillage imité (3, 45.)

Mes lèvres ni le lemps ne les ont point flétris. (3, 47.)

Que mes derniers accens soient dignes du Ménale.

Quel antre ténébreux, quelle forêt secrète, Jeunes vierges des eaux, vous servit de retraite Quand, d'un aveugle amour indignement charmé, Gallus de ses lourmens périssait consumé? Non, non, d'Aganippé la source enchanteresse, Les torrens d'Hippocrène ou les flots duPermesse, Les vallons d'Aonie et ses monts radieux N'arrêtaient point vos pas, n'attiraient point vos yeux.

Oui, des lions d'Afrique, et les monts et les bois Prolongeaient en soupirs la formidable voix. 5, 27.)

Déjà de toute part la foule t'environne, Chacun sur tes amours s'interroge et s'étonne; Les plus jeunes pasteurs s'approchent les premiers; Près d'eux, à pas tardifs, viennent les lourds bouviers, Et le vieux Palémon, sur sa tête blanchie, Rapportant pour l'hiver des glands ehargés de pluie. La foule avec respect s'ouvre pour Apollon; 11 répétait : « Gallus, où donc est ta raison ? » Celle qui t'est si chère. . . un autre l'a séduite, » Et dans l'horreur des camps la traîne à sa suite! »

C'est moi qui fus Daphnis

De ces bois jusqu'aux cieux ma gloire doit s'étendre, Berger d'un beau troupeau moins beau que son berger,

Que l'agneau maintenant des loups soit la terreur,

Qu'ici de l'oranger le chêne offre la fleur;

Que sur l'aune mouvant brille aux yeux le narcisse,

Que l'ambre, en perles d'or, sur nos buissons jaunisse

Et que Tityre enfin soit, par des sons nouveaux,

Orphée au fond des bois, Arion sur les eaux.

C'en est fait, je descends à la rive infernale. (8, 52.)

IDYLLE II

Voici ce que dit Longepierre de ce po'éme : « Cette idylle est à mon gré la plus belle de Théocrite, et peutêtre nous reste-t-il peu de morceaux de l'antiquité aussi parfaits. Il règne d'un bout à l'autre un génie, une vivacité , une force d'expression et surtout un pathétique qui touche et qui attache : aussi ai-je ouï dire à M. Racine, si bon juge et si grand maître en

SUR LES IDYLLES DE THEOCRITE

cette matière, qu'il n'a rien vu déplus vif ni de plus beau dans toute l'antiquité. »

Voltaire nous a donné une imitation de cette pièce, où la passion la plus naïve s'exprime avec toute l'élégance et la molle douceur convenables au sujet :

Reine des nuits, dis quel fut mon amour, Comme en mon sein les frissons et la flamme Se succédaient, me perdaient tour à tour ; Quels doux transports égarèrent mon âme; Comment mes yeux cherchaient en vain le jour. Comme j'aimais, et sans songer à plaire, Je ne pouvais ni parler ni me taire.

Reine des nuits, dis quel fut mon amour. Mon amant vint, ô momens délectables .' Il prit mes mains, tu le sais, tu le vis, Tu fus témoin de ses sermens coupables, De ses baisers, de ceux que je rendis ; Des voluptés dont je fus enivrée.

Momens charmans, passez-vous sans retour? Daphnis trahit l'amour qu'il m'a jurée!

Reine des nuits, dis quel fut mon amour.

Cette pièce s'éloigne tout à fait du genre pastoral. Virgile a voulu s'en rapprocher; mais il nous semble que le récit d'une opération magique n'est guère convenable dans la bouche d'un berger : les chansons bucoliques doivent respirer la joie et l'innocence ; aussi Théocrite ne fait-il point parler une bergère , mais une courtisane à qui il donne le nom de cette fameuse Simèthe de M égare, dont l'enlèvement causa une guerre très-vive entre les Mégariens et les Athéniens.

Oiseau sacré. Le texte dit lunx, petit oiseau dont on se servait dans les enchantemens ; on croit que c'est le hochequeue ou bergeronnette. Selon Callimaque, lunx était fille d'Echo. Jupiter en étant devenu amoureux eut recours aux enchantemens pour s'en faire aimer. Suivant d'autres, Junon métamorphosa lunx en oiseau , en punition des charmes qu'elle avait employés pour rendre Jupiter amoureux d'Io.

Les jeunes filles grecques, lorsqu'elles étaient sur le point, de se marier, portaient les corbeilles sacrées au temple de Diane pour se rendre propice cette déesse et la prier de leur pardonner la perte de leur virginité. Les filles des familles riches s'y rendaient en pompe , entourées de véritables tigresses et de lionnes apprivoisées , comme pour implorer la clémence de la sœur d'Apollon en lui rappelant que les animaux les plus sauvages avaient eux-mêmes cédé à l'amour ; celles qui ne pouvaient faire tant de dépense portaient seulement l'effigie de ces animaux.

Le globe d'airain. C'était une espèce de toupie ou sabot d'airain qu'on faisait tourner dans les cérémonies magiques, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, pour exciter des passions contraires. Quelques sa vans prétendent qu'on se servait, d'un rouet et non d'une toupie.

L'hippomane. Plante dont le fruit, selon Cratéros, est de la grosseur de celui du figuier sauvage; sa feuille , hérissée d'épines , tire sur le noir comme celle du pavot. Théophraste prend l'hippomane pour une composition que l'on faisait avec du tithymale. Chez les anciens,l'hippomane signifiait encore une certaine liqueur qui coule des parties naturelles d'une jument en chaleur et une excroissance de chair que le poulain nouveau -né porte quelquefois sur le front et que la cavale mange aussitôt qu'elle a mis bas, sinon elle ne pourrait le nourrir. Ces deux sortes d'hippomane avaient, dit-on, une vertu singulière dans les philtres.

« Les pommes , dit Athénée, n'étaient pas moins consacrées à Bacchus que les raisins ; elles étaient d'un grand usage dans la galanterie.» Dans Théocrite et dans Virgile, une bergère jette des pommes à son berger pour l'agacer.

C'était un usage d'orner de guirlandes de fleurs la porte de sa maîtresse. Voici ce que dit encore à ce sujet Athénée : « Les amans parent de guirlandes et de festons les portes de leurs maîtresses comme ils orneraient la porte d'un temple, ou pour les honorer davantage, ou parce qu'ils croient consacrer ces couronnes à l'Amour même plutôt qu'à l'objet de leur tendresse. La personne que l'on aime est la plus parfaite image de l'Amour, et sa maison devient pour un amant le temple de ce dieu : voilà pourquoi ils en ornent la porte et quelquefois même y font des sacrifices. »

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Essayons de magiques accens ;

Peut-être ils toucheront l'ingrat qui me délaisse : Cest aux enchantemens qu'a recours ma tristesse

(Eglo. 8, 66.)

Charmes de mes accens, guidez vers moi Daphnis.

Sous le vent des soufflets le même feu docile Fait bouillonner la cire et fait durcir l'argile : Ainsi, grâce à l'Amour, que ton cœur sous ma loi, Pour tout autre endurci, s'attendrisse pour moi! Mais couvrons ces lauriers de flamme et de bitume , Oui, tels que ces lauriers, que son cœur se consume Et qu'il sente une fois les feux dont je péris! (8,80.)

Regarde .- ce beau fleuve et les vents sont paisibles! Tout se tait. (9, 57.)

Racine a dit dans son Iphigénie .

Mais tout dort, et les vents et l'armée, et Neptune.

Je la vis, je brûlai. . .dans mes yeux, dans mon cœur, Je sentis cet instant décida mon erreur. (8, 41.)

Racine a ainsi imité ce vers dans Phèdre .- Je le vis, je frémis, je pâlis à sa vue.

Quoi ! Je vous garde encor, dépouilles d'un perfide! 0 terre ! dans ton sein que ce gage réside ; C'est par lui qu'à mon cœur son retour est promis! Charmes de mes accens, guidez vers moi Daphnis.

NOTES

IDYLLE III

Je vais conter mes peines, etc. Le grec kômasdô exprime particulièrement ces visites tumultueuses que les jeunes gens rendaient la nuit à leurs maîtresses au sortir d'une débauche de table et généralement tout acte de galanterie. Cette pièce, quoique dans le genre bucolique, a beaucoup de rapport à cette espèce d'élégie appelée par les anciens paraklausithumon, c'est-à-dire plaintes à la porte. Lorsque l'amant qui se rendait à la porte de sa maîtresse pour la cérémonie de la couronue dont nous avons parlé dans l'idylle précédente n'était point admis, alors, ou bien il employait la force ouverte, ou il se contentait d'exhaler sa douleur dans des plaintes amères : il apostrophait la porte , le portier et les chargeait d'imprécations pathétiques; il mettait tout en usage pour attendrir sa nymphe, qui souvent riait de ses plaintes avec son rival

Exclusus fore cum longarenus foret intus.

Ovide et Properce nous fournissent des exemples de cette espèce d'élégie. Il y avait donc deux parties principales dans le kômos : l'hommage de la couronne (anadêsis) dont nous avons parlé dans l'idylle deuxième, et les plaintes (paraklausitumos) -, il s'en faut donc bien que le sens du mot kômos soit restreint à la seule signification de réjouissance , festin, danses lascives, comme se l'est imaginé Longepierre.

Pour connaître si l'on était aimé, on prenait une feuille de pavot ou de rose que l'on plaçait sous le coude , sur la main ou sur l'épaule ; on la pressait ensuite, et si elle rendait un son , c'était un augure favorable.

Le tressaillement de l'œil ainsi que le vol des oiseaux, les éclats du tonnerre , l'éternument , etc., étaient mis au nombre des augures, mais il fallait qu'ils arrivassent du côté droit.

Hippomène. Atalante, fille de Schénée , roi de de l'île de Scyros, était très-légère à la course. Pour se défaire de ses amans, elle déclara qu'elle ne se donnerait qu'à celui qui la vaincrait à la course, mais que la mort serait la peine du vaincu. Hippomène, peu effrayé du malheureux succès de ses rivaux, osa entrer en lice muni de trois pommes d'or, cueillies au jardin des Hespérides, dont Vénus lui avait fait présent : il les jetait l'une après l'autre et le plus loin qu'il pouvait. Atalante s'étant retournée pour les ramasser fut vaincue.

Mélampe était frère de Bias, qui devint éperdument amoureux de la belle Péro. Celle-ci ne devait être l'épouse que de celui qui amènerait à Nélée , son père, les génisses d'Iphiclus. Mélampe les lui amena et obtint Péro pour Bias. Le nom de Mélampe nous rappelle une circonstance peu connue. Rhodope sa

mère l'avait exposé après lui avoir soigneusement couvert tout le corps, à l'exception des pieds , et le soleil les lui brûla.

Othrys, montagne de Thessalie.

Pylos. Il y avait trois villes de ce nom dans le Péloponèse ; celle dont parle Théocrite était située dans un canton de l'Elide , qui anciennement s'appelait Triphylie.

Fndymion, petit-fils de Jupiter , passait souvent les nuits sur le mont Latmos à observer les astres, il obtint du maître des cieux la faculté de dormir toujours pour être exempt de la vieillesse et de la mort. C'est pendant ce sommeil que Diane, déjà éprise de sa beauté, allait toutes les nuits sur le mont Latmos lui prodiguer ses embrassemens.

Jasion, fils de Minos et de la nymphe Phronie, était roi de Crète : ce prince s'étant endormi dans une prairie . Cérès profita de son sommeil et eut de lui Plutus.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Je pars , mais je reviens. Prends soin de mes troupeaux, Tityre .' conduis-les de nos prés aux ruisseaux ; Mais de ce bouc hardi n'approche pas sans crainte, 11 frappe de la corne.- évite son atteinte. (Eglog. 9,23.)

Moi, pour l'aimable enfant, loin de servir mon zèle, Les bois ne m'ont offert que douze pommes d'or; Mais demain, Amyntas en aura douze encor. (3, 70.)

Ah ! je connais l'Amour ! Le Rhodope en courroux, L'Ismare et ses rochers l'ont vomi parmi nous l

Du sommet des rochers qui dominent ces ondes, Oui, je veux m'élancer dans les vagues profondes, Et sûr que tes regrets ne me survivront pas, Comme un dernier hommage accepte mon trépas.

J'ai deux chevreuils encor, tous deux sont mouchetés ; Chez moi sous deux brebis ils croissent al/aités. Je les garde pour vous : Thestylis les souhaite ; Aura-t-elle un présent que votre cœur rejette ? (2 4o<)

IDYLLE IV

La scène de cette idylle n'est point en Sicile, mais dans cette partie de l'Italie connue autrefois sous le nom de Grande-Grèce, aux environs de Crotone , ville célèbre et patrie du fameux athlète Milon : « J'ai remarqué, dit M. Firmin Didot, que notre poêle, lorsqu'il place la scène de ses bergers en Italie, affecte de donner un ton souvent rustique à ses interlocuteurs et les fait ainsi contraster avec les bergers de Sicile , qui joignent à la douceur et à la politesse de leurs mœurs beaucoup de grâce et d'élégance dans leurs chansons ainsi que dans leur langage. »

Avant d'entrer en lice, les athlètes étaient soumis

SUR LES IDYLLES DE THEOCRITE

par les gymnasiarques ou présidens des jeux à des épreuves de trente jours. Pendant ce temps-là il fallait vivre et sacrifier sur les six autels consacrés aux douze dieux protecteurs des jeux olympiques : voilà pourquoi Egon avait emmené vingt brebis. Quant au noyau, les athlètes s'en servaient pendant ce temps d'épreuves pour fouiller l'arène et la préparer. Cet instrument, aussi bien que le râteau, était l'attribut que les peintres et les sculpteurs donnaient aux athlètes.

Milon persuaderait aux loups, etc., pour dire : Milon pourrait l'impossible. Ce proverbe est fondé sur ce que les loups supportant longtemps la soif, les anciens ne les croyaient pas susceptibles d'hydrophobie.

OEsare, fleuve qui passait à Crotone.

Latymne, montagne voisine de Crotone

Lampriades, peuplade qui habitait près du lac Lucinien, où était un temple dédié à Junon.

Le Néèthe, fleuve qui passe à deux lieues de Crotone.

Le cap Lucinien est appelé voisin de l'aurore parce qu'il faisait une des pointes du golfe de Tarente et était à l'orient de Crotone.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE. MÉNALQUE

Dis-moi, de ce troupeau quel est le possesseur, Damète?

DAMÈTE.

C'est Égon, et j'en suis le pasteur.

HÉNAEQUE.

Malheureuses brebis ! loin d'elle quand leur maître Obsède ma Phyllis et croit lui plaire , un traître Ici, deux fois par heure épuisant le troupeau, De son lait nourricier Drive le faible agneau.

rÉglo. 3, 34.)

Une marâtre avide et mon père à son tour Viennent jusqu'à deux fois le compter en un jour.

IDYLLE V

A propos de pomme, dont il est encore question dans cette idylle , nous ajouterons à ce que nous avons dit dans les notes de la seconde l'autorité de Lucien. Cet auteur observe qu'on employait surtout ce fruit et les couronnes pour persuader de son amour et pour se faire aimer : « Charidée , dit-il , voulant faire connaître à Dinéas qu'elle était amoureuse de lui, lui envoyait des couronnes à demi fanées et des pommes où ses dents étaient imprimées. »

Elevez déjeunes chiens. Ce proverbe doit probablement son origine à la fable d' A.ctéon, qui fut dévoré par les chiens mêmes que sa main avait nourris.

C'était l'usage d'embrasser les personnes qu'on aimait beaucoup en les prenant par l'oreille.

Crathis, fleuve voisin de Sybaris.

La cydamine, berbe dont la feuille ressemble à celle du lierre et dont les fleurs soiat de couleur pourprée.

Égile, sorte d'arbrisseau.

Fêtes carnéennes. Fêtes d'Apollon établies parle berger Carnus , que ce dieu aimait : elles duraient neuf jours.

Mélanthe, berger très -méchant qui gardait les chèvres d'Ulysse et favorisait les profusions des amans de Pénélope. Le roi d'Ithaque le fit suspendre par une chaîne de fer au haut d'une colonne.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Mais ne t'ai-je pas vu, fourbe insigne, en secret, Dérober à Damon sa chèvre la plus belle ? (Eglo. 3, 17.)

Mais un jour dans ta vie,

As-tu de notre flûte essayé l'harmonie ?

Toi qui, d'un fifre aigu fatigant les passan

Perdais sur les chemins tes fredons glapissans? (3, 25.)

Ces présens le charmaient ; tu pâlissais d'envie, Et ne pas l'affliger t'aurait coûté la vie. (3, 13.)

Et moi, c'est Apollon qui règle mes accens ;

II m'aime, et chaque jour il aura mes présens. (3, 62.)

Souvent ma Galatée, une pomme à la main, Me poursuit, me la jette, et me fuyant soudain, Sous des saules épais se dérobe à ma vue; Mais avant, la folâtre a soin d'être aperçue. (3, 64.>

Je garde à mes amours un don qu'elle chérit : Sur un arbre élevé deux ramiers ont leur nid ; Je les ai remarqués, je les aurai pour elle. (3, 68.)

Que Phyllis est aimable! A mon départ, Phyllis Longtemps versa des pleurs qui la rendaient plus belle . «Adieu, Ménalque; adieu, beau Ménalque, dit-elle.» (3,78.)

IDYLLE VI

Nous croyons devoir donner ici l'origine de la fable des amours de Polyphème, Ce cyclope, voyant que ses troupeaux lui fournissaient une prodigieuse quantité de lait, éleva par reconnaissance un temple avec cette inscription : « Galathéias, » du grec gala qui signifie lait. Dans la suite , Philoxène de Cythère, ayant fait un voyage en Sicile, vit ce temple et son inscription, et n'en comprenant point la cause, il s'imagina que Galatée était une nymphe dont Polyphème était amoureux et en l'honneur de laquelle il avait élevé ce monument. Cette fable devint très-

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célèbre dans la Sicile et fit le sujet le plus ordinaire

des chansons des bergers. Ce même Philoxène composa un drame allégorique sur les prétendus amours de Galatée et du cyclope.

Pour détourner l'effet de l'envie, quand on se louait, on crachait dans son sein. Lucien, dans son Dialogue des vœux : « Quoi ! tu te glorifies de la sorte, mon cher Adimante, et tu ne craches pas dans ton sein ! » On croyait à ce charme une vertu admirable contre les enchantemens et les influences malignes des yeux.

Télème, devin qui , dans le 9e chant de Y Odyssée, prédit au cyclope qu'on lui crèverait l'œil. Ovide, dans ses Métamorphoses, parle aussi de cette prédiction de Télème.

Cotyttaris, suivant Heinsius, signifie une magicienne. Cottis, parmi les Corinthiens, signifiait tête, et de ce mot on avait fait Cotys ou Colytto, divinité infâme. A ces fêtes, que l'on célébrait la nuit et dans le plus grand secret, on employait des enchaotemens : de là est venu l'usage de nommer une magicienne Cotyttaris.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Corydon et Thyrsis observaient dans la plaine Sur un même gazon leurs troupeaux confondus ; Tous deux étaient ensemble à chanter assidus, Jeunes, brillans de grâce et rivaux d'harmonie, Et tous les deux enfans de l'heureuse Arcadie.

(Eglo. 7, 2.)

De mille agneaux pourtant une troupe docile S'égare dans mes prés sur les monts de Sicile ; Riche en toute saison, un laitage argenté Ruisselle entre mes doigts et l'hiver et l'été. (2, 21.)

Mes traits n'ont rien d'affreux : penché sur le rivage, Dans les tranquilles flots j'ai suivi mon image. (2, 25.)

IDYLLE VII

Les Thalysiennes se célébraient en l'honneur de Cérès ; mais Ménandre le rhéteur assure qu'elles avaient également pour objet de remercier le dieu des vendanges. On place généralement dans l'île de Cos la scène de cette idylle : en effet Clytias et Chalcon, dont parie Théocrite , régnèrent autrefois à Cos. M. Firmin Didot au contraire la place dans la Grande-Grèce.

En Arcadie, les enfans fustigeaient le dieu Pan à coups de roseaux quand leur chasse avait été malheureuse, parce que, le regardant comme le dieu de la chasse , ils attribuaient leur peu de succès à sa mauvaise volonté.

Halente, selon le scholiaste, est un bourg de l'île de Cos ; suivant Heinsius , c'est un fleuve de Sicile qui se trouve sur la route de Syracuse à l'île de Cos.

Philétas, poëte de l'île de Cos ; selon d'autres, de l'île de Rhodes.

On sait que le chantre de Chio est Homère. Chio est une des sept villes qui se disputaient l'honneur d'avoir donné naissance à ce grand poëte.

Un chevrier nommé Comdtas, qui faisait paître ses troupeaux sur la montagne de Thurium en Sicile, sacrifiait souvent aux Muses. Sa piété irrita son maître, qui le fit enfermer dans un coffre pour voir si les Muses lui donneraient du secours dans celte occasion. Deux mois après, il fit ouvrir la prison du chevrier, qu'il trouva pleine de rayons de miel.

Les Blémyens, peuple barbare de la Lybie ; ainsi nommés de Blémys, un de leurs rois. Des auteurs, amis du merveilleux sans doute, ont prétendu que les Blémyens n'avaient point de tète et avaient la bouche et les yeux à la poitrine.

Métis etBibîis, fontaines sur le territoire deMilet.

Erix, montagne de Sicile.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR V.lRGILE.

C'est ici la moitié du chemin :

Déjà vers le penchant de ce coteau lointain Paraît de Bianor l'antique sépulture. (Eglo. 9., 59.)

Sous les buissons épais, regardez, voici l'heure, L'heure où le vert lézard glisse vers sa demeure. (2, 9.)

Les Muses dès longtemps m'ont aussi fait poëte ,

Et même nos pasteurs me disent inspiré.

Je ne m'abuse point .- tous mes vers, à mon gré,

De Cinna, de Varus n'atteindront point la gloire ,

Et je ressemblerais, si je pouvais le croire,

A l'oiseau des marais qu'on entend sur leur bord

Mêler au chant du cygne un cri rauque et discord.

(9, 32.) Je t'offrirai des vers mieux inspirés peut-être : On les retrouvera sur l'écorce d'un hêtre; Je les chantais, Ménalque, et traçais tour à tour. Entre Amyntas et moi prononce dans ce jour. (5, 13.';

L'été sous un berceau, l'hiver près d'un foyer,

L'ivresse des festins viendra se déployer.

Là d'un vin précieux coulera l'ambroisie. (5, 71.)

Zéphyrs, pour consacrer ces mots délicieux, Portez-en quelque chose à l'oreille des dieux ! (3, 75.)

IDYLLE VIII

Il y a dans les chansons que contient cette idylle une douceur, une mollesse, une grâce que l'on sent mieux qu'on ne peut l'exprimer. Théocrite les a mises en vers élégiaques pour leur donner un plus grand air de négligence.

Devancer les vents à la course. Chez les anciens, après la royauté et les richesses , les biens les plus précieux étaient les qualités du corps : de là les honneurs excessifs rendus aux vainqueurs dans les jeux publics.

SUR LES IDYLLES DE THÉOCRITE

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Daphnis vint par hasard s'asseoir sous un vieux chêne. Corydion et Thyrsis observaient dans la plaine Sur un même gazon leurs troupeaux confondus; Tous deux étaient ensemble à chanter assidus, Jeunes, brillans de grâce et rivaux d'harmonie, Et tous les deux enfans de l'heureuse Arcadie.

(Eglo. 7, U) Damète a su lui-même unir à mes pipeaux, Pour sept tons différens, sept tubes inégaux. (2, 36.)

Tout périt dans ces lieux de l'air qu'on y respire : Les pampres sont flétris, l'herbe altérée expire .' Mais que Phyllis paraisse et tout va refleurir, Et des cieux plus féconds les sources vont s'ouvrir.

De fleurs, à son aspect, la terre se couronne ; Chaque arbre sème au loin les trésors de Pomone. Mais on verrait bientôt , si l'on perd Alexis , Les champs décolorés et les fleuves taris. (7, 5.)

L'aspect d'un loup cruel est funeste au troupeau, L'orage à nos moissons, les vents à l'arbrisseau , A nous, Amaryllis, ton injuste colère. (3, 80.)

Ainsi que des moissons la soigneuse culture Du champ qu'elle enrichit fait encore la parure ; Ainsi que dans nos prés un superbe taureau Est à la fois la force et l'orgueil du troupeau, Que l'ormeau s'embellit de sa vigne Adèle, Que de raisins chargés une vigne est plus belle : Ainsi de tous les siens Daphnis, heureux pasteur, Est lui seul et l'amour et l'éternel honneur. (5, 32.)

Oh ! de nos cœurs émus comme ta voix dispose ! Moins doux est le sommeil aux membres qu'il repose, Et pour la soif ardente une eau vive en été.

IDYLLE IX

Les anciens croyaient que les pustules à la langue et sur le nez étaient le signe d'un mensonge ou de quelque fraude.

Circé, c'est-à-dire la volupté. Il n'y a point de préservatif plus sûr contre les grossiers plaisirs des sens que le goût des plaisirs purs de l'esprit.

PRINCIPAUX TRAWS IMITES .PAR VIRGILE

Près de l'âtre enfumé qui m'échauffe et m'éclaire, Ici des vents glacés nous bravons la colère, Comme un loup dévorant de nombreuses brebis, Ou les torrens fougueux les bords qu'ils ont franchis.

(Eglo. 7, 49.)

IDYLLE X

C'était la coutume chez les anciens de consacrer à quelque dieu les statues qu'ils élevaient à des hommes sans doute pour imprimer par là plus de vénération pour ces statues. C'est ainsi que Mithridate consacra aux Muses la statue qu'il fît dresser à Platon ; c'est ainsi que celle d'Epicharme fut consacrée à Baechus. {Voyez la 12e Inscription.)

« Chez les Grecs, dit Cicéron dans son discours con-

tre Verres, l'honneur qu'on rendait aux hommes célèbres en leur érigeant des statues tenait en quelque sorte à la religion et au culte des immortels. On respectait jusqu'aux statues des ennemis : témoins les Rhodiens, qui, ennemis jurés de Mithridate, poursuivis par ce prince sur leurs côtes et dans leurs murs, ne touchèrent pas même à sa statue placée dans l'endroit le plus fréquenté de leur ville. »

Les chiens ne doivent pas goûter de la viande parce qu'ils en deviennent plus friands. Lucien, dans son Traité contre un ignorant , fait allusion à ce proverbe : « Le chien qui ronge une peau sanglante ne la quitte pas volontiers. » C'est un proverbe grec dont le sens est qu'il faut éviter les plaisirs dont notre état ne nous permet point la jouissance habituelle de peur d'y prendre trop de goût et de n'en pouvoir ensuite supporter la privation.

Lytierse, roi de Phrygie, forçait ses hôtes à moissonner avec lui, le soir leur coupait la tète et enveloppait le tronc dans une gerbe. Son nom avait conservé une certaine célébrité parmi les moissonneurs de Phrygie, qui appelèrent leurs chansons des lytierses.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

Plus que le blanc tilleul on recherche l'ébène.

(Eglo. 2, 18.) Mais le sombre hyacinthe orne encore le printemps,

La lionne en fureur du loup cherche la trace ,

Le loup cherche l'agneau, l'agneau des prés fleuris;

Chaque être a son penchant, le mien c'est Lycoris. (2, 63.)

Si toujours dans les bois j'ai des succès nouveaux, J'élève ton image en marbre de Paros. (7, 31.)

IDYLLLE XL

. L'idylle du Cyclope tient un des premiers rangs parmi celles de Théocrite ; elle est vantée par M. de Chateaubriand dans son Génie du Christianisme, et Fonlenelle lui-même, ce détracteur des anciens, la trouve belle. On voit par les imitations de Virgile l'estime qu'en faisait ce grand poëte. Ovide l'a imitée bien plus encore ; mais la passion respire dans Po lyphème de Théocrite : celui d'Ovide n'a qu'un esprit redondant et fastidieux. Nous allons citer la traduction de ce passage d'Ovide par de Saint-Ange :

Comment ne pas l'aimer, Galatée est si belle! La feuille du troène a moins de blancheur qu'elle. Quel éclat sur son teint ! Les prés n'ont pas sa fleur, Le cristal son brillant, la pomme sa couleur ; Ses doigts ont le poli de la plus dure écaille ; L'aune est moins élancé, moins souple que sa taille; Une chèvre est moins vive; et l'ombre dans l'été, Le soleil dans l'hiver plait moins que sa beauté. Moins doux est au loucher le plumage du cygne,

NOTES

Moins doux est à cueillir le fruit mûr de la vigne ;

Plus riante cent fois dans ses rians dédains

Que les trésors fleuris des plus rians jardins.

Mais trop ingrate, hélas ! l'aimable Galatée

A d'un taureau fougueux la rudesse indomptée ; [peurs;

Un vieux chêne est moins dur, les flots sont moins trom-

Plus qu'un roc immobile elle est sourde à mes pleurs;

Plus qu'un paon dédaigneux d'un vain orgueil remplie,

Plus souple que l'osier qui plie et se replie,

Elle insulte, elle échappe à nos soins superflus.

Les chardons sont piquans, elle blesse encore plus.

Dans son antre aux chasseurs l'ours est moins redoutable ;

Un serpent que l'on foule est moins impitoyable ;

Et ce qui me désole et me nuit plus encor,

Plus légère qu'un cerf effrayé par le cor,

Plus prompte que l'oiseau je la vois disparaître.

Nicias, célèbre médecin de Milet, ami de Théocrite.

PRINCIPAUX TRAITS IMITES PAR VIRGILE

"De mille agneaux pourtant une troupe docile S'égare dans mes prés sur les monts de Sicile; Riche en toute saison, un laitage argenté Ruisselle entre mes doigts et l'hiver et l'été. Ces chants que l'Aracynthe à jamais te rappelle, Quand le triste Amphyon de sa lyre immortelle Rappelait ses troupeaux ravis de l'écouter; Oui, ces divins accords, je puis les répéter. Mes traits n'ont rien d'affreux: penché sur le rivage, Daus les tranquilles flots j'ai suivi mon image; Et je vous prends pour juge entre Daphnis et moi Si l'onde offre une image assez digne de foi. Oh ! seulement un jour, que mon humble retraite, Le spectacle des champs, la chasse vous arrête .' Régnez sur mes chevreaux, ce jeune peuple est doux, Venez d'un bois léger les chasser devant vous. (Eglo.2. n.)

Accours, viens Galatée à la voix qui t'appelle ! Quel charme a donc pour toi l'onde qui te recèle ? Ici, pourt'arrêter, si tu chéris les eaux, Les fleurs couronneront nos limpides ruisseaux. Regarde ce palmier, vois la vigne sauvage, Autour de cette grotte abaisser leur feuillage ; Viens trouver près de nous le calme et la fraîcheur, Et laisse entre eux les flots s'agiter en fureur. (9, 39.)

Approchez, belle enfant, voyez combien de lis, En corbeille, en faisceau, les nymphes ont cueillis! La brillante Naïs pour vous unit en gerbes La douce violette et les pavots superbes , L'hyacinthe au narcisse ; et le feu du souci Près du vaciat en deuil brille plus adouci. (2, 45.)

IDYLLE XII

Amycléens, habitans d'une ville de Laconie.

Diodes, banni d'Athènes, se réfugia chez les Mégariens et s'y distingua par son attachement pour les jeunes garçons. Il fut tué dans une bataille en combattant près de son ami et en s'effbrçant de parer tes coups qu'on lui portait. La fête que le peuple de Mégare établit en son honneur a échauffé l'imagination du Guarini et lui a fourni une scène charmante au second acte du Pastor fido.

IDYLLE XIIÏ.

Les (les Cyanées étaient deux rochers situés à l'entrée du Pont-Euxin, l'un du côté de l'Asie, l'autre du côté de l'Europe, à environ une demi-lieue de distance l'un de l'autre. Il était écrit au livre dés destins qu'ils se réuniraient au premier vaisseau qui échapperait à leur fureur et seraient désormais immobiles. Le navire Argo eut ce bonheur, grâce à la protection de Minerve, et depuis ce moment ces rochers cessèrent d'errer sur les mers.

Butome, sorte d'herbe de marais dont la feuille est tranchante.

Cypère, sorte de jonc anguleux.

Les Scythes excellaient tellement à tirer de l'arc qu'on donnait souvent l'épithète de scythe à l'arc ou au carquois.

Théocrite donne au Phase , fleuve célèbre de la Colchide, l'épithète $ inhospitalier, sans doute à cause des féroces habitans du Caucase, les Allanes, que nous appelons Alains.

IDYLLE XIV

Malheureux Mégarien. Allusion à un oracle de Delphes qui, après avoir classé les villes de la Grèce selon l'ordre de prééminence qui semblait leur appartenir, réduisait les Mégariens à n'être pas même comptés après les autres.

Le rat a goûté de la poix. Ancien adage grec pour désigner la situation de ceux qui sont empêtrés dans une mauvaise affaire dont ils ne peuvent se débarrasser.

Théocrite joue sur le nom de Lycos, qui en grec veut dire loup et qui est en même temps le nom de l'amant de Cynisca. Lorsqu'une personne avait perdu la voix ou était enrhumée, on disait qu'elle avait vu le loup, ou, chez les Romains, qu'elle avait été vue par le loup. Cette expression proverbiale est encore usitée dans la Provence.

IDYLLE XV

« Cette idylle, dit Geoffroi , est tout à la fois une1 satire des femmes de Syracuse, un éloge magnifique de Ptolémée Philadelphe et d'Àrsinoé, sa femme et sa sœur, et une description poétique de la fête d'Adonis telle qu'on la célébrait à Alexandrie , au palais de Ptolémée. Le poëte suppose que des femmes de Syracuse ont fait exprès le voyage d'Alexandrie pour jouir du spectacle d'une si belle fête ; il a peint au

SUR LES IDYLLES DE THEOCRITE

naturel leur humeur hautaine et impérieuse, leur mépris pour leur mari, leur curiosité, leur pétulance, l'excessive volubilité de leur babil et ce mélange singulier de hardiesse et de timidité qu'on remarque dans les femmes : c'est une véritable scène comique où il y a beaucoup de mouvement et de variété , un dialogue extrêmement vif et naturel ; l'auteur n'y a pas ménagé les proverbes. Les savans pensent que c'est une imitation de quelque mime de Saphron. C'est de toutes les pièces de Théocrite celle où il a mis le plus de locutions familières, de ces petits agrémens de la conversation, de ces finesses du langage qui préparent des tortures aux traducteurs et qu'il faut rendre par des équivalens. »

Les fêtes d'Adonis étaient les fêtes du soleil au renouvellement de l'année.

Il paraît que Praxinoé avait été volée en arrivant à Alexandrie antérieurement à l'époque où Ptolémée avait placé Lagus , son père , au rang des dieux ; peut-être encore avait-elle été trompée sur quelques achats aux approches des fêtes d'Adonis, qui attiraient un grand concours d'étrangers à Alexandrie, ce qui lui donnait de l'humeur. On entrevoit aussi dans ses invectives le mépris que les Grecs avaient en général pour les autres nations, quoiqu'ils dussent eux-mêmes primitivement leur instruction aux Egyptiens. (F. D.)

Sperchis, nom d'un poète, ou, suivant d'autres, d'un Lacédémonien qui s'était livré à Xerxès pour le salut de sa patrie.

Goîgos, ville de Cypre , ainsi appelée de Golgus, fils de Vénus et d'Adonis.

Théocrite dit les vingt fils d'Hécube ; Homère ne lui en donne que dix-neuf .

IDYLLE XVI

Eumée , appelé dans le grec gardien de pourceaux , était premier conseiller et premier ministre d'Ulysse

Éphyre, ancien nom de Corinthe, dont une colonie fonda Syracuse.

Lysimèle, marais ou lac voisin de Syracuse.

Étéocle, fils de l'inceste d'OEdipe et de Jocaste et roi de Thèbes , fut, dit la fable , le premier qui sacrifia aux Grâces, à Orchomène, ville de Béotie, où on leur avait élevé un temple magnifique.

Orgilus, roid'Orchomène, ruina la ville de Thèbes et rendit ses habitans tributaires pour venger la mort de son père Clymène, tué par les Thébains : de

là cette haine que ces derniers portaient à la ville d'Orchomène.

IDYLLE XVII

« Théocrite, dit M. Firmin Didot, dans cette idylle ou plutôt dans cet hymne en l'honneur de Ptolémée Philadelphie, s'élève au style le plus noble : c'est un grand poëte qui loue un grand roi. Si Ptolémée Philadelphie fut illustre dans la paix et dans la guerre ; si ce prince, honorant les dieux et les auteurs de ses jours, bâtit des temples magnifiques ornés de leurs statues d'or et d'ivoire ; s'il accueillit à sa cour des poètes et des artistes , s'il leur donna des récompenses , s'il fonda richement la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, s'il fit enfin d'Alexandrie même la capitale du monde savant, Théocrite à son tour par cet hymne sut payer les faveurs de Ptolémée. »

Le nom des villes soumises à Ptolémée n'est pas une chimère poétique ; on peut en lire la preuve dans le discours de M. Ameilhon sur le commerce et la navigation des aneiens.

IDYLLE XIX

« Ce petit madrigal , dit Geoffroi , quoique attribué par tous les savans à Théocrite et inséré dans toutes les éditions de ses ouvrages, paraît tenir beaucoup plus de la manière de Bion ou de son disciple Moschus : quel qu'en soit l'auteur, l'idée en est infiniment agréable et ingénieuse. » De quelque poids que soit pour nous l'opinion de Geoffroi, nous ne la partageons pas ; nous croyons au contraire que ce petit poëme est bien de notre poëte, œuvre de sa jeunesse , alors qu'il préludait à la Magicienne , à YÉpithalame d'Hélène , aux Gémeaux , etc. : « Théocrite, ajoute Mme Dacier, si riche de son propre fonds , n'a pas dédaigné d'imiter l'ode d'Anacréon, que les anciens trouvaient fort belle. » Et cette pièce est si peu importante par sa longueur que le poëte de Syracuse a pu fort bien dire (Inscription 15) que jamais il ne s'était paré des dépouilles d'autrui.

Nos lecteurs nous sauront gré sans doute de leur donner ici l'ode d'Anacréon traduite en vers français :

l'amour piqué par une abeille.

Dans une rose une abeille dormait j

Dans le rosier, l'Amour qui butinait

Ne la voit point, par malheur la réveille,

Et tout à coup est piqué par l'abeille.

Il fait un cri, tord sa petite main,

Frappe du pied, puis d'une aile légère

Vers Cylhérée il s'envole soudain :

« Je suis perdu, c'est fait de moi, je meurs !.

» Vois d'un serpent les atteintes mortelles :

» Il est petit, au dos il a des ailes ;

» C'est une abeille, au dire des pasteurs. »

Vénus répond : « Si la faible piqûre

NOTES SUR LES IDYLLES DE THEOCRITE

» Que fait l'abeille est un si grand malheur, » Juge, mon fils, des supplices qu'endure » L'infortuné que ton trait frappe au cœur. »

IDYLLE XXL

« Théocrite a fait une idylle de deux pêcheurs , dit Foutenelle dont nous avons déjà parlé et du reste poète très-médiocre, mais elle ne me paraît pas d'une beauté qui ait dû tenter personne d'en faire de cette espèce. Deux pêcheurs qui ont mal soupe sont couchés dans une méchante petite chaumière qui est au bord de la mer : l'un réveille l'autre pour lui dire qu'il venait de rêver qu'il prenait un poisson d'or, et son compagnon lui répond qu'il ne laisserait pas que de mourir de faim avec une si belle pèche. Etait-ce la peine de faire une idylle ? »

La peinture naïve de la douce pauvreté de ces pêcheurs est faite pour plaire à toutes les âmes sensibles. Le songe d'Asphalion est plein de naturel, de vérité et très-riche de poésie : Fontenelle seul était homme à ne pas comprendre l'instruction intéressante qui en résulte. Elle apprend à la classe la plus précieuse, mais non la plus heureuse de la société, à ne point se bercer de vaines illusions qui nourrissent l'oisiveté, mais à se livrer à l'industrie et au travail, véritables sources des richesses

IDYLLE XXII

Dans cette idylle, Théocrite s'élève à la plus haute poésie héroïque. Le combat de Pollux et d'Amycus est peint avec tant de vigueur et de vérité que nous ne savons si , dans la peinture du combat de Dorés et d'Entelle, Virgile est l'égal de Théocrite. Le discours de Lyncée réunit à la force des raisons le charme d'une douce sensibilité. En le lisant , on aime le héros qui le prononce; dans le combat, on s'intéresse à lui, on tremble quand on le voit dans le péril, on s'indigne enfin de voir succomber le plus généreux et le plus sage.

Les côtes où régna Sisyphe. Les côtes de la Céphalonie et d'Ithaque.

Suivant la tradition commune , c'est Lyncée qui tua Castor, et Pollux vengea la mort de son frère.

IDYLLE XXIV

On sait que Junon avait retardé la naissance d'Hercule afin qu'Euristhée vînt au monde avant lui.

Trachinie, petite contrée de la Phthiotide enThessalie, où était la ville de Thracys fondée par Hercule.

Aspalathe, sorte de bois qui approche de l'aloès et qu'on emploie dans les parfums.

Poliure, arbuste épineux qui croît en Afrique.

Achardus, plante sèche, hérissée d'épines et dont la tige faible plie au gré des vents.

IDYLLE XXV

En plusieurs endroits de cette idylle , Théocrite semble avoir pris le ton et le style de Y Odyssée d'Homère ; il a surtout imité la scène d'Ulysse déguisé avec son ministre Eumée.

Les athlètes, au moment du combat, roulaient autour de leur bras gauche pour mieux parer les coups une espèce depallium (manteau).

IDYLLE XXVI

« Théocrite, dit M. Firmin Didot, avait probablement offensé par quelque raillerie des acteurs ou des actrices d'une orgie licencieuse faite sous le prétexte d'honorer Bacchus, et redoutant la vengeance de quelques prêtres du dieu ou de quelques prêtresses qui auraient bien pu imiter l'exemple de celles dont la fureur mit en pièces Orphée, il crut devoir chanter la palinodie. Peut-être est-ce un des morceaux qu'il avait composés en Egypte pour les combats sacrés où les poètes chantaient Bacchus et dont il est question dans l'idyllle 17. »

Quoi qu'il en soit , nous n'approuvons pas l'abominable superstition du poëte, qui ne rougit pas de nous présenter le plus odieux de tous les crimes, une mère égorgeant son enfant , comme l'ouvrage des dieux.

Lentisque, arbre résineux q'ou découle le mastic, IDYLLE XXX.

Nous dirons avec MM. Firmin Didot et Geoffroi qu'il est impossible que l'aimable berger de Syracuse soit l'auteur d'une pièce où la fausse galanterie est portée à l'excès et dont l'invention est aussi fade et aussi peu naturelle. -

Adonis. Adon, mot phénicien, signifie maître, seigneur. Ici ce mot désigne l'âme de la nature , le soleil; Mars ou le sanglier représente ici l'hiver: ainsi Adonis tué par Mars, c'est le soleil tué par l'hiver.

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