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SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HOMÈRE

Les cheveux sont partagés en boucles naturelles : l'une d'elles se relève et laisse le front à découvert. Des rides sillonnent son front et creusent ses joues : elles semblent moins l'effet de la vieillesse que les traces du malheur et des fatigues de la vie.

L'ensemble n'a cependant pas l'expression de la tristesse, mais celle du calme et de la contemplation.

Si cette tète n'est qu'une création de l'art , on doit admirer le ciseau qui sut donner une telle physionomie au poëte divin.

Si ce n'est point le vrai portrait d'Homère, on ne peut nier que le génie de l'artiste ait vraiment créé une tète homérique.

Outre i'ISiade et l'Odyssée, on attribue à Homère trente-trois hymnes , dont on croit que deux seulement lui appartiennent : on peut en trouver les preuves dans la seconde édition de YHymne à Cérès de Riïhnken. Ilgen , Matthias et Hermann ont essayé, dans les éditions qu'ils ont publiées de ces hymnes. de les rendre à leurs divers auteurs. Sur ce point ils ne peuvent s'appuyer que de conjectures trèsvagues et qu'il est permis de ne pas admettre. Nous donnerons la traduction de ces hymnes ainsi que celle de la Bactrachomyomachie , en les laissant à Homère. Quant aux épigrammes et petits poèmes , ils ne portent aucun caractère d'authenticité : les recherches que l'on ferait sur ce point n'amèneraient aucun résultat , et les sujets ne valent pas la peine qu'on s'occupe sérieusement de leur trouver un auteur.

L'histoire des poésies homériques est aussi curieuse et appuyée de témoignages plus certains que l'histoire même d'Homère.

Selon quelques auteurs, Lycurgue aurait le premier réuni les poésies d'Homère1. Ayant voyagé durant plusieurs années dans l'Asie Mineure , berceau des arts et de la poésie grecque , il passa à son retour par Vile de Chio et conversa avec Homère , trente-neuf ans après la création de l'Iliade. Il parvint à retrouver des fragmens épars du poëte, fragmens qu'on ne connaissait alors que sous le nom de Rapt de Briséis , de Valeur de Diomède, de Rançon â Hector, de Jeux sur la tombe de Patrocle. Il copia de sa main toutes ces portions séparées, les joignit habilement ensemble et publia ainsi dans le Péloponèse la première édition du poëte. Trois cents ans plus tard , Pisistrate , tyran d'Athènes, joignant l'intelligence des lettres à l'amour du pouvoir , fonda à Athènes la première bibliothèque publique. Solon, Hipparque et d'autres savans concoururent alors à une nouvelle édition d'Homère qui y prit la première place. De ce jour la gloire du poëte fut proclamée, elle devint nationale2. Ceux qui contestent l'existence d'Homère attribuent à Pisistrate la première édition de cette collection des chants héroï-

Eilian, Hist. Varr. Lib. 7, c. 4.

InogeiK Laerc inSolonc. Plato in Hypp,

ques de la Grèce . et considèrent le règne de Pissrrate comme l'époque à laquelle ils furent réunis manuscrit complet. Son fils Hipparque ord même qu'ils fussent récités tous les ans à la fête des Panathénées, comme capables de ranimer i^s nol les sentimens et les souvenirs héroïques. Ce lâil ; porté dans Y Hipparque, dialogue ittribue a Platon- 0 m l'a confirmé en laissant à Pisistrate, sec< du poëte philosophe Solon. le mérite f f rél I : l'ordre dans les poèmes d'Homère.

Lo: s de . inrendie d'Athènes, pendant l'invasion de Xerxès . l'Iliade el l'Odyssée passèrent en Pe: se et prirent place dans la 1 le de Suze . où la con-

quête d'Alexandre vint les trouve-. L'édition particulière rectifiée par Antaei pi prit tenomd'Aratéenne ïit cire indiquée a cette date. Quoi qu'il en soit, il esf cer lin qu'Alexandre fit beaucoup pour lagloire d'Homère. Il chargea Anaxarqne et Callistène ae réviser les recueils de Lycurgue el de Pisistrate , el son instituteur Aristoie mil la dernière r:.y.i a ce beau travail. Le concours de ces trois hommes justement célèbres donna naissance à ans édition infinimenf précie ;*e Ses oeuvres d'Homère . connue sous le nom d'Édition de la Casseltt ' .

Plus tard, Lénodote d'E; hèse lui chargé rar le premier des Ptoîémées de revoir el de : ber le texte d'Homère. Enfin, la dernière édi:i-:n de cette ba (te mtiquitéest celle que le critique le : lus judicieux de son temps, Arisfaruue . fil paraître sous les auspices de Philométor. Deux mille ans ont passé depuis cette époque, et cependant elle a servi le modèle à toutes les collections des ouvrages d'Homère dans le moyen âge et d^::s les temps modernes.

Puis vint l'école d'Alexandrie qui se dévoua a L'étude et aux commentaires des œuvres d'Homère. Les recherches forent patientes etdicî îspai on culte exagéré devenu du fanatisme. Il ne nous en ssl p i i venu que de faibles lambeaux, dans les ::. : Mis .les Seholiastes et d'Eustathe, ou simplement les tire- ss DUr

vrages que nous ont transmis Athénée . Etienne de Bysanee. Harpocration, Suidas, Ammonins. Seion les savantes observations de Dugas-Monlbel . les travaux faits sur Homère pouvaient se diviser en quatre classes, les Commentaires , les EœpUcai les Dissertations , et enfin les Recherches sur les poésies d'Homère. Quelquefois ces red sai ienl

pour objet des parties purement spéciales. Antisth avait composé divers traités sur : [ues personx iges des deux poèmes, tels que Chalcas , Ulysse , T maque , Hélène , Pénélope , le Cy ' A: -

dore, Apollonius et Ifénogène avaient travaillé sur le catalogue des navires Heracl n l'Egyptien avait fait ; mmentaîre sur le dix-huitième chant de l'Iliade. Nicanor avait traité de la ponctuation ; Phfloxène, des signes critiques ; Ptolomée Pindarion avait écrit soi

: -rch. in Aleiand.

NOTICE

le véritable caractère de la poésie homérique ; Ptolomée Epithétès sur les blessures décrites dans Homère; Erodianus, Ptolémée, AscalonèteetTyrannion, sur la prosodie, c'est-à-dire sur l'accentuation des mots. Enfin, Hermas et Straloclès s'étaient occupés de la tactique de l'auteur de l'Iliade.

Si nous suivons la série des temps et que nous examinions les éditions les plus précieuses qui ont été faites des œuvres d'Homère, nous trouverons que la première édition d'Homère, depuis l'invention de l'imprimerie , édition toute grecque et qui est en même temps une des plus magnifiques et des plus rares , est celle de Démétrius Chalcondyle d'Athènes et de Démétrius de Crète. Elle parut à Florence le 9 décembre 1488 en un volume in-folio. Elle avait été conférée avec le commentaire d'Eustathe ; on y a joint les deux vies d'Homère attribuées à Plutarque et à Hérodote.

Cette rare et précieuse édition fut fidèlement reproduite en 1504 par les presses des Aides à Venise, en deux volumes in 8° ; mais la seconde aldine de 1517 offre dans le texte des différences sensibles que reproduisent les éditions subséquentes jusqu'à celle de 1528 inclusivemennt.

Plus tard, Henri Etienne, à l'aide d'un ancien manuscrit et des commentaires d'Eustathe, recueillit un certain nombre de variantes qu'il jeta en marge ou développa avec ses propres conjectures dans les notes de son bel ouvrage Poetœ grœci principes heroïci carminis, 1566.

Elles avaient été précédées de deux traductions latines de l'Iliade, l'une en vers et l'autre en prose, publiées avant le texte grec lui-même : celle en vers de Nicolas Valle, qui ne comprend que les chants 2,4, 5 , 13, 18, le commencement du 1 9 , les 20 , 22 et 24, parut en 1474; celle de Laurentius Valle, en 1477, .sous le titre suivant :

Homeri poelarum supremi Ilias per Laurentium Vallens in lalinum sermonem traducta féliciter incipit. Brixie VIII kalend. december , MCCCCLXXVII.

En 1530, Jehan Samxon donna la première traduction française de l'Iliade : il l'avait entreprise par Tordre de François Ier; elle parut sous ce titre :

« Iliades de Homère , poète grec et grant historiographe , avecques les prémisses et commencements de Dupont de Coulonne, souverain historiographe , additions et séquences de Darès Phrygius et de Dictys de Crète, translatées en partie de latin en langage vulgaire parMestre Jehan Samxon, licentiéen loys, lieutenant du bailli de Touraine, en son siège de Chalillon sur Indre. Jehan Petit avec privilège. »

Ce ne fut que plus d'un demi-siècle après que parurent en grec les œuvres d'Homère avec les commentaires entiers d'Eustathe, sous ce titre : Homeri Ilias et Odyssea grœce cum commentariis grœcis Ensthalii, archiepiscopi thessaloniensis , Romœ,

apud Bladum et Gonlam , 1542 et Î550, 4 volumes m-folio. Cette édition, la seule complète des commentaires d'Eustathe, a pendant longtemps été considérée comme un chef-d'œuvre de saine critique et de littérature. A l'aide du temps on a découvert de nombreuses fautes dans le texte , une stérile abondance dans le commentaire.

Six ans après cet Homère de Rome, parut à Leyde une édition estimée, à laquelle on joignit une édition latine et les scolies très-concises de Didyme, le tout formant 2 volumes in- 8°.

En 1711 , Josué Barnès reproduisit l'Homère grec et latin de Didyme à Cambridge, avec ses propres commentaires , sous ee titre : Homeri Ilias et Odyssea, grœ-colatina , cum scolis Didymi, necnon notis perpeiuis Josue Barnes, 2 volumes in-4°.

Au milieu du 1 8e siècle, parut l'Homère de Clarke : Homeri Ilias et Odyssea , cum opusculis grœcolatinis ex edilione et cum notis Samuelis Clarke, Londres, 1734, in-4°, 4 petits volumes. Malgré les récriminations de Wolff, qui, dans ses Prolégomènes, a accusé Clarke d'altérations téméraires dans le texte , cet Homère a pris place dans les bibliothèques comme une édition remarquable.

De 1 759 à 1 764 parut à Leipsick, en 5 volumes in-8°, une nouvelle édition d'Homère reeommandable par sa fidélité au texte primitif: elle était d'Ernesli , un des savans les plus illustres de la Saxe.

L'érudition allemande ne se borna pas là. A l'aide des recherches laborieuses , des fragmens compilés de toutes parts , des scolies chargeant le texte , des notes hérissant chaque vers et d'un cortège pompeux de commentaires qui de la science intelligente passe à une sorte de patiente niaiserie , le célèbre Hugue , le doyen de l'université de Gœttingue , publia une nouvelle édition d'Homère en 8 volumes in-8°, égalant en grosseur et en texte 8 volumes in-4°. Ce résultat d'une émulation certainement louable est-il utile à la gloire d'Homère? Nous ne savons ; mais on doit regretter tant de loisir et tant de science prodigués durant des années précieuses sans que le domaine de l'intelligence des hommes ait été augmenté d'une idée.

Nous arrivons à une œuvre complète et qui révéla à l'Europe des richesses qui lui étaient ignorées. Un helléniste célèbre, Villoison, envoyé à Venise pour y rechercher les matériaux de l'ancienne littérature , trouva dans la bibliothèque de Saint-Marc un manuscrit du 10e siècle renfermant une Iliade toute grecque avec les leçons de soixante des plus fameux critiques de l'antiquité, tels qu'Aristarque et Lénoclote. Les variantes des éditions données dans les villes de Chio, de Sinope et d'Argos y avaient été jointes et le rendaient ainsi doublement précieux. Ce manuscrit fut publié et constitua Y Homère Variorum , le plus complet et le plus important , mais non pas encore le plus pur de texte.

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