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LES TOURS A FEU DE LA MÉDITERRANÉE

Les phares, si secourables à la marine moderne, n'ont point complètement manqué à la marine ancienne. Malheureusement, en s'écroulant du même coup que l'empire romain, les phares de Tantiquilé n'ont pas laissé autant de ruines ; leurs contemporains ne nous ont légué sur ces édifices que de nom* breuses dissertations ; trop de livres et pas assez de pierres. Quelques débris auraient suffi peut-être pour vérifier Pexactilude de ce que nous disent les auteurs, et Ton n'en serait pas réduit, comme nous le sommes, au doute et à l'incertitude en raison de ^abondance même des renseignements écrits.

Les Grecs attribuent les premiers phares à Hercule. Les plus anciens que Ton connaisse sont les tours bâties par les Libyens et par les CulhiteSj qui habitaient les provinces de la Basse^Égypte. Elles

servaient de point d'observation pendant le jour et de phares pendant la nuit. C'étaient aussi des temples, qui recevaient le nom d'une divinité. Les marins les avaient en grande vénération ; ils les enrichissaient de leurs ex-voto. On suppose qu'elles renfermaient des cartes de la côte et de la navigation du Nil. D'abord dessinées sur les murs, ces cartes le furent ensuite sur le papyrus. Les prêtres de ces temples -collèges y enseignaient le pilotage, ^hydrographie et l'art de diriger la marche d'un navire d'après les constellations. Prêtée d'Egypte que Ton dit avoir été visité par Ménélas à son retour de la iguerre de Troie, ne^ serait qu'un de ces collèges religieux et nautiques. A son sommet brûlait un feu continuellement entretenu. La méthode qui présidait à l'éclairage était naturellement trèsgrossière. Les Libyens plaçaient leurs feux dans une machine en fer ou en bronze, composée de trois ou quatre branches représentant chacune un dauphin ou quelque autre animal marin, et reliées par des feuillages. Dans Tespèce de corbeille que formait cet enchevêtrement on disposait le combustible. Cet instrumentétait fixé à l'extrémité d'une forte perche, dirigée vers la mer*.

Les Libyens, dit le baron de Zach,danssa Correspondance astronomique^ appellaient ces tours tar ou

* Comme de nos jours, les nayires portaient de semblables fanaux, soit pour éviter les abordages nocturnes, soit pour se distinguer desautres bâtiments de la flotte à laquelle ils appartenaient. C'est ainsi que, parlant du vaisseau d'Âgamemnony Virgile dit : Flammas cum regia puppis extuleratt etc., pour marquer le Tanal qui distinguait la poupe du vaisseau du roi des rois .

tor, qui signifie hauteur et aussi tour. Is veut dire feu, -de là on a composé Tor-ls^ tour de feu. Les Grecs en ont fait TÙf^tç, les Latins, turris. Les constructions de ce genre qu'on élevait dans les villes, occupaient toujours Tendroit le plus proéminent, et se nommaient Bosrah, nom sous lequel on désigna plus tard la citadelle de Carthage.

Lorsque ces fanaux étaient situés hors des villes, sur des éminences et de forme ronde, on les appelait Tith. Tilhon si célèbre par sa longévité, paraît n'avoir été qu'un de ces édifices dédiés au Soleil, et Thétis, cette ancienne déesse de la mer, qu'une tour à feu près de l'Océan, appelée Thit-Is (feu sur l'éminence). Le massacre des Cyclopes, tués à coups de flèches par Apollon, se rapporterait encore assez bien à la manière dont les fanaux des tours cyclopéennes, placées sur les côtes orientales de Sicile, étaient éteints par les rayons du soleil levant.

Le premier phare fonctionnant d'une façon régulière parait être celui que Leschès, auteur de la Petite Iliade, qui vivait dans la neuvième olympiade, plaçait au promontoire de Sygée, près duquel il y avait une rade. La Table Iliaque représente cette tour. .

Quoique figurant en tête de la liste, ce phare n'a pas eu la gloire de laisser son nom aux monuments dont il a été le prédécesseur, pas plus que Colomb n'a eu celle de laisser le sien à TAmérique. Cet honneur était réservé à la tour élevée sur l'île de Pharos, à Alei^andrie. Ce dernier a également servi de modèle aux plus célèbres tours à feu élevées depuis. Sué-

ione le dit expressément de celui d'Ostie bâti par Claude, et qui paraît avoir été le plus remarquable de ceux qui ont éclairé les côtes latines. L'Italie en eut pourtant de forts beaux, tels que ceux de Ravenne et de Pouzzole, dont parle Pline, et celui de Messine, qui a donné son nom au détroit qui sépare la Sicile de l'Italie, et où se rencontrent les rochers fameux de Charybde el de Scylla ; le phare de Tîle de Caprée, enfin, qu'un tremblement de terre fit tomber peu de jours avant la mort de Tibère.

Denis de Byzance parle à son tour d^un phare célèbre situé à l'embouchure du fleuve Chrysorrhoas qui se jetait dans le Bosphore de Thrace. « Au sommet delà colline, dit-il, au bas de laquelle coule le Chrysorrhoas, on voit la tour Timée, d'une hauteur extraordinaire, d'où l'on découvre une grande plage de mer, et que l'on a bâtie pour la sûreté de ceux qui naviguaient, en allumant des feux à son sommet pour lès guider ; ce qui était d'autant plus nécessaire que l'un et l'autre bord de cette mer est sans porls, et que les ancres ne sauraient prendre son fond. Mais les Barbares de la côte allumaient d'autres feux aux endroits les plus élevés des bords de la mer, pour tromper les mariniers et profiter de leur naufrage. A présent, ajoute cet auteur, la tour est à demi-ruinée, et l'on n'y met plus de fanal. »

Quelle était la forme des phares latins? On ne peut émettre que des doutes à ce sujet, bien qu'Hérodien dise que les catafalques des empereurs étaient semblables aux phares. Il faut remarquer que ces catafalques étaient carrés, et que les tours à feu ne

Tétaient pas toujours. Un médaillon tiré du cabinet du maréchal d'Estrées, et reproduit par Montfaucon, nous représente un port romain avec un phare à

Fig. 1. — Phare latin, d'après l'un des méûaiiions du maréchal d'Estrées.

quatre étages qui est rond. Une autre médaille, trouvée en Bithynie, à Apamée S et dont Baudelot de Dairval était possesseur à l'époque où Montfaucon écrivait, donne également une forme ronde au

* Voici la traduction de la légende que je trouve sur cette médaille : Colonia Augusta Apamea, Colonia Julia Concordia décréta decuriarùm.

phare qu'elle représente. Le phare de Boulogne, enfin, était octogonal, ainsi qu'on le verra dans notre chapitre sur ce monumenl, Tun des plus célèbres de l'antiquité.

Kig. 2. — Phare latin, d'après une médaille d'Apamée.

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