CONSACRE CECI
On remarque que les fondations de la colonne ont été faites de la manière la plus grossière; des blocs de pierre de toute espèce et de toute dimension y sont placés en désordre. Il faut dire qu'à diverses époques, on a tenté des fouilles pour chercher dans ces fondations les trésors qu'on supposait y être enfouis ; c'est à ces travaux qu'il faut attribuer aussi l'inclinaison de la colonne ; elle penche à l'ouest d'environ 7 pouces. D'autres dégradations ont été constatées ailleurs. Il y a une quarantaine d'années, quelques touristes anglais ont inscrit leurs
noms ignorés avec du goudron et en lettres de 10 pieds de hauteur, vers le haut du fût de la colonne.
« Écrivez, dit à ce propos et très-justement, le Magasin pittoresque^ écrivez, s'il vous plaît, votre nom sur le rocher dans l'espoir que quelque jour un ami viendra, s'arrêtera surpris et ému, et donnera des rêveries, des regrets, des larmes à votre mémoire; mais ne portez votre main qu'avec plus de choix et plus de discrétion sur les œuvres qui consacrent de grands noms ou de grands souvenirs ; n*en troublez pas la majesté, n'en brisez par l'unité d'impression, ne cherchez pas à y consacrer de force votre individualité inconnue ; respectez ceux qui viendront après vous au même lieu élever leur âme ; humiliez votre égoïsme devant les monuments du génie, comme vous vous taisez dans le silence du temple sous la pensée de Dieu! »
A mesure que l'humanité devint prévoyante, elle multiplia ces marques précieuses qui pendant le jour remplissent un rôle analogue à celui des phares pendant la nuit. Si nous en croyons Coulier, ce serait aux Étrusques que reviendrait l'invention des amers, négligés après eux, mais réédifiés de notre temps avec grand soin, et d'après un système .rationnel. A défaut de marques naturelles, on élève aujourd'hui sur les côtes de petits monuments en maçonnerie ou en charpente, suivant le lieu, et que l'on peint en brun lorsqu'il se détache sur le ciel, et d'une couleur claire s'il se ' projette sur les terres. Veut-on signaler un écueil sous-marin
sur lequel les navires dépourvus d'un bon pilote courraient risque de se jeter, on y place une bàlisej sorte de pieu en bois ou en fer qui dépasse plus ou moins le niveau de la mer. Les unes sont surmontées de ballons, de tonnes, etc. D'autres sont formées par plusieurs branches de fer réunies à leur partie supérieure par des planches ou des lames de tôle, posées à claire-voie et terminées par un voyant.
Dans ces dernières années, on a construit sur un grand nombre d'écueils de notre littoral des balises d'une forme nouvelle. Ce sont de petites tourelles en maçonnerie qui s'élèvent d'environ 3 mètres audessus de Teau. La plupart portent des poignées ainsi qu'une échelle de sauvetage, et sont entourées à leur partie supérieure ^par une balustrade en même matière. Quelques-unes offrent à leur sommet un petit réduit voûté.
Ces objets rendent de grands services lorsque le temps est clair. Ils deviennent malheureusement inutiles quand le brouillard embrume les côtes et même les abords du navire. Pour obvier à leur insuffisance on a imaginé des flotteurs arrtiés de cloches qui sont mises en mouvement par les oscillations incessantes de la mer.
Ces instruments nous conduisent à parler des amarques, comme on disait autrefpis, ou des bouées^ comme on dit aujourd'hui. Ce sont des corps flottants attachés au fond de l'eau, et que tous ceux de nos lecteurs' qui ont séjourné au bord de la mer ont pu voir, muettes sentinelles, dans les passes
des chenaux, ou près de cerlains bancs ou rochers. Quelques-unes sont pourvues de cloches. Et c'est une chose qui émeut profondément, que leur sonnerie par une nuit de tempêle. « Éloignez- vous» éloignez-vous I » semblent-elles vous crier. Hélas! il est souvent trop tard lorsqu'on les entend, et le navire emporté par les mauvais génies de l'ouragan va se briser parfois sur la bouée même qui lui signalait le danger !
En France, tous ceux de ces ouvrages que les navigateurs doivent laisser à tribord (droite) en venant du large, sont peints en rouge avec une couronne blanche à leur sommet : ceux qu'ils doivent laisser à bâbord (gauche), sont peints en noir. On peint en bandes horizontales, rouges et noires, ou en losanges, en damiers, etc., ceux qui peuvent être laissés indifféremment de Tun et de l'autre côté. Quelques-unes possèdent des miroirs qui ont pour objet de renvoyer par réflexion les rayons émanés du soleil ou des phares voisins.
Ajoutons que par les temps de brume, les entrées de port sont signalées par des cloches qu'on sonne à la volée en observant de cerlains intervalles. Quelques phares possèdent aussi de ces appareils. Aux États-Unis, où les brouillards sont fréquents et très-épais, on n'a pas reculé devant les dépenses qu'exigeait la portée des sons, et l'on a installé sur plusieurs points des cloches pesant jusqu'à 500 kilogrammes et plus, et sur d'autres de puissants sifflets alimentés avec de l'air comprinié.
D'après Coulier, oe serait encore aux Étrusques
que les modernes devraient ce genre de signaux. « Avant leur invention des trompettes marines dont ils se servaient pour avertir les navigateurs, dit-il, les gardiens des phares étaient dans F habitude de sonner de la conque marine, qu'on trouvait sur toutes les plages. »