LES SIGNAUX
Ce que représente notre dessin (page 221), ne saurait étonner ceux de nos lecteurs qui ont visité nos côtes de la Manche ou de l'Océan. Ils ont tous vu fonctionner à Feutrée de ces ports, ou sur un point de la côte bien en vue, cette télégraphie dans laquelle les mots sont remplacés par des pavillons ou des ballons en filets de cordages. Et plus d'un s'est sans doute demandé ce que signifiait ce langage, mystérieux comme presque tout ce qui touche à la marine. Ce qu'il dit est fort simple : il indique, au navire qui vient du large , la quantité exacte d'eau existant dans le chenal du port, aux diverses heures de la. marée. Ainsi un ballon placé à l'intersection du mât et de sa vergue annonce une profondeur de 3 mètres dans toute la longueur du chenal. Chaque ballon placé sur le mât, au-dessous
du premier, ajoute 1 mètre à cette hauteur d'eau ; placé au-dessus, il en ajoute 2. Hisse à l'extrémité de la vergue, un ballon représente O^jSS, s'il est à gauche du mât, et 0'",50, s'il est à droite.
Les pavillons soulignent, pour ainsi dire, ce que disent les ballons. Dès que l'eau atteint 2 mètres dans le chenal, un pavillon blanc avec croix noire et une flamme noire, en forme de guidon, sont hissés. Pendant toute la durée du flot, la flamme est au-dessus du pavillon ; au moment de la pleine mer et pendant la durée de l'étalé, la flamme est amenée ; enfin la flamme reste au-dessous du pavillon pendant le jusant ou reflux , ou , comme disent les marins, le perdant de Teau.
Lorsque Fétat de la mer interdit l'entrée du port, tous ces signaux sont remplacés par un pavillon rouge, également hissé au sommet du mât.
Ces signaux ne sont pas aussi complets dans les petits ports, oii ils ne sont pas nécessaires; mais partout ils ont la même signification. Ajoutons qu'on les fait également la nuit. On substitue alors des fanaux aux ballons.
Tels sont les derniers avertissements qui sont donnés aux navigateurs qui, après avoir franchi les diverses zones éclairées, reconnu le port à son feu, se préparent à faire^ pour y entrer, comme ils disent.
Ajoutons que, dans ces dernières années, le ministre de la marine a imposé à tous les bâtiments de guerre et de commerce, naviguant pendant la nuit, une obligation que les voitures subissent depuis longtemps. Comme le vaisseau d'Agamemnon
Fig. 52. — Signaux de marée.
qui portait, dit Virgile, un fanal qui le distinguait des autres navires de la flotte grecque, tous les navires français sont tenus d'avoir, la nuit, un feu blanc à leur mât de misaine, un feu vert à tribord et un feu rouge à bâbord. Les navires plus petits sont également illuminés, mais avec moins de luxe. Us se servent d'un appareil nommé lambique^ sorte de vase de fer-blanc contenant de la térébenthine, dans laquelle plonge un tampon qui s'allume trèsaisément; cette lumière jelte un vif éclat, surtout lorsqu'elle est mouillée par la pluie. La fréquence des abordages nocturnes et, par suite, les nombreux naufrages qu'ils occasionnaient, ont nécessité celle mesure, — renouvelée des Grecs.