Zvr.iURiF., vAi. IV, G
Les sages docteurs qui s'étaient montrés, au péril de leur vie, si fidèles à la doctrine pacifique d'Hillel, lors du soulèvement des Zélateurs, ne pouvaient y donner un éclatant démenti quand les chances de succès étaient manifestement bien moindres qu'à cette époque.
En ce qui concernait le messianisme de Bar Koziba» ils le tenaient en médiocre estime. Il avait beau transformer son nom et se révéler comme « l'Étoile » rayonnante que Balaam avait vu sortir de Jacob ; les Tanaïtes affichaient fort peu de respect pour cette prétention singulière ; ils la tournaient même en ridicule par ce jeu de mots qui peint à la fois leur esprit et leur bon sens. « Bar Kocheba, Bar Koziba! Fils de » rÉtoile?Non. Fils du mensonge \ »
Âkiba n'eut pas la même sagesse. Lui qui, sur les ruines mêmes du sanctuaire, s'était montré si calme et si résigné, il se laissa, à son tour^ passionner par le mouvement insurrectionnel et embrassa la cause du faux Messie avec cette ardeur qu'il apportait en toutes choses *. Pendant tout le temps que dura la guerre, on le vit déployer une activité infatigable malgré son âge déjà avancé. Il parcourut la Cilicie, la Cappadoce, la Galatie; il alla à Nahardée et à Ganzak pour y prêcher partout la guerre sainte. Vainement
i. Pour comprendre ce Jeu de mots il faot saroir que KoUba en chaldéen signifie wenionge. (Midbascr, Ecka, ii, 2.) 2. Taanitk, ch. m, 68, H.
H6S collègues cherchèrent à Téclairer sur les dangers et rinanité de cette téméraire entreprise. Le vieux Tochanan ben Torta lui disait : « Tu verras phitôt » croître de l'herbe à ton menton qu'arriver mainte- » nant le Messie ^ » Il ne tint aucun compte de ces conseils de prudence et même il parvint à convaincre et à entraîner quelques autres docteurs qui partagèrent ses illusions d'abord et plus tard sa lamentable destinée. Mais la majorité, voyant bien qu'il n'avait pas le sentiment exact de la situation, a qu'il n'était, sui- » vaut le mot talmudique, ni un bon juge ni un bon » guide ^, » se séparèrent nettement de lui et se tinrent à l'écart des événements, déplorant une révolte qui ne pouvait produire que de nouveaux malheurs.
Il parait que Bar Koziba eut aussi la pensée de rallier à lui les Chrétiens de Judée, qui, victimes également de la persécution romaine, pouvaient vouloir secouer le joug de fer qui pesait sur eux. Mais le Christianisme, comme le Pharisaïsme, savait bien que sa force n'était pas dans les champs de bataille. Lui aussi avait renoncé à l'espoir de reconstruire matériellement Jérusalem. Il bâtissait dans l'ombre une cité spirituelle dont les ouvriers travaillaient obscurément à miner l'empire des Césars et à déterminer sa cbute par des moyens bien plus efficaces qu'une lutte armée.
i. MiDMAscH, Beha et Tcanéth^ ibid,