GR.CTZ, t. IV, p. 141 et auiv. et note
2. Moed KaUuif 27, a. TofsUa Schabhaih, ch. 8. — Il est probable
n-l LES PHARISIENS.
nommé Simon, beaucoup trop jeune pour être promu au patriarchat. Ce dernier reçut cependant le titre officiel, mais Yéhoschoua fut investi de la vice-i»ésidence comme l'ancien Àb-beth-din du Synhédrin, et c'est en cette qualité qu'il put intervenir dans tous les événements de ces temps troublés.
On était probablement alors vers l'année 130 *. La guerre de Quiétus était finie depuis quelque temps déjà. L'Académie des Tanaltes s'était établie à Uscba d'où la tradition date un certain nombre de décisions qui ne sont pas sans importance '. Le peuple s'était calmé attendant, non sans une certaine impatience, l'accomplissement des promesses de l'empereur Adrien.
Celui-ci traînait les choses en longueur et ne paraissait pas pressé de dégager sa parole impériale en donnant satisfaction aux vœux de la population juive. — L'opinion publique commençait à s'irriter de ces temporisations, et Yéhoschoua avait beaucoup de peine à contenir l'agitation populaire. Il le faisait cependant avec son esprit habituel. Un jour notanunent, il apaisa les esprits excités, par cette fable que notre Lafon-
que Gamaliel, depuis la révolution qui Tavait déposé, avait été rétabli dans ses fonctions de patriarche. Mais tous les faits de cette période sont très-confoB.
1. Cette date est un peu hasardée; mais la même conftision qui règne dans les faits de ce temps, règne dans la chronologie.
2. Ces décisions sont connues sous le nom de Tékanath Uickv :Talmud, KHouboih, 49-50. — Jénual. même traité, IV,2, 8, b.^
taine devait imiter à quinze siècles de distance, a Un i> lion, dit-il, ayant mangé gloutonnement, un os s'ar- » réta à son gosier. Très-souffrant, il promit une n grosse récompense à celui qui le lui âterait. L'opé- » ration fut tentée et menée à bien par une grue au n long cou, laquelle demanda ensuite son salaire. '> Mais le lion lui répondit ironiquement : Eh quoi I '> n'es-tu donc pas satisfaite d'avoir pu retirer ta tète ') saine et sauve d'entre les dents d'un lion? — £h o bien! concluait Yéhoschoua, contentez-vous donc «> d'être sortis des mains des Romains et sachez at- » tendre, avec plus de patience, l'exécution de leurs » promesses \ »
Ce sage conseil aurait sans doute été suivi si Adrien se fût montré enfin sincèrement disposé à faire ce qull avait promis; mais,en faisant luire aux yeux des Juifs l'espoir de voir Jérasalem renaître de ses ruines, Tempereur y avait joint une restriction mentale assez conforme d'ailleurs aux vieilles traditions de la diplomatie romaine . On apprit, un beau jour, qu'il avait bien en effet l'intention de rebâtir Jérusalem et d'y construire un nouveau temple, mais la ville sainte devait, dans ses plans, devenir une ville païenne, et le nouveau sanctuaire, au lieu d'être l'autel de Jéhovah, devait être consacré à Jupiter.
Quand cette résolution fut connue, un cri d'indignation et de désespoir retentit partout en Judée. Yéhos-
t. Bereschith Rabba^ li.
choua en fut tellement affligé, qu'il ne put survivre à sa déception et à sa douleur. Ce fut une grande perte pour le Judaïsme, et la chronique n'exagère pas lorsqu'elle dit qu'avec lui n le bon sens et l'esprit de eon- » ciliation avaient péri en Israël ' . »
Après sa mort le sentiment public &t explosion avec une force irrésistible. Il est vrai qu'on revenait aux plus tristes époques de l'ancienne oppression. Ce n'était pas assez d'avoir détruit le sanctuaire de Vfiternel ; les maîtres de la Judée voulaient encore lo profaner par le culte des idoles. L'étincelle électrique du soulèvement hasmonéen mit de nouveau le feu aux esprits. De toute part on se leva pour la guerre de la foi et de l'indépendance. Ce devait être la dernière .*.
L'insurrection fut formidable. Le courage des révolutionnaires de l'an 70 s'était réveillé plus audacieux, plus implacable que jamais et le fanatisme religieux y donna une impulsion bien autrement puissante encore qu'à l'époque de Néron et de Yespasien. Le chef du mouvement ne se contenta pas, en effet, du pouvoir de dictateur ; il se présenta hardiment comme le Messie
i, Sotâ.in /ine.
2. C'est ainsi en effet que les chroniques désignent cette suprême convulsion de la nationalité juive,^*)irN D1dS*!S, PoUmat A'hanm'^
si longtemps attendu, comme le libérateur providentiel annoncé par les prophètes.
Il se nommait Bar Koziba, probablement du nom de sa ville natale, Koziba ouKezib, mais il prit le nom emphatique de Bar Kochebah^ le fils de l'Étoile, s'appliquant la prédiction de Balaam : « Une étoile sortira » de Jacob ^ »
On ne sait rien de bien précis sur sa naissance ni sur sa jeunesse; mais, personne, dans les jours de révolution,ne s'enquiert des origines de ceux qui entrai, nent la foule. Il suf&t qu'ils soient intrépides et répondent au sentiment général. Bar Koziba était certainement un de ces énergiques aventuriers qui surgissent tout à coup dans les heures troublées et se mettent résolument à la tète des masses soulevées. Le peuple, qui a toujours besoin de chefs, se groupe autour d'eux et leur obéit aveuglément, parce qu'ils sont l'incarnation de sa propre pensée. La soudaine et étrange puissance que prit Bar Koziba sur l'opinion ne s'explique que de cette manière. Il arriva au moment où la passion de la guerre sainte fanatisait tous les cœurs. Il fut l'homme de la situation. En peu de jours, la Judée fut en armes. Les fils des anciens zélateurs, les vétérans de la grande lutte nationale, tous les hommes de guerre que comptait encore le Judaïsme, accoururent sous les drapeaux. Les Samaritains eux-mêmes se joignirent, cette fois, aux insurgés et un grand
\, XOVBIIBS, XIIV, 17.
nombre d'étrangers ennemis des Romains, vinrent, à leur topr, grossir leurs rangs.
C'est pour exercer plus de prestige sur ses partisans que Bar Koziba s'attribua ou se laissa donner le titre ambitieux de Messie. Les chroniques juives ne rapportent aucun fait merveilleux sur lequel il ait tenté d'appuyer sa prétendue mission. Les récits chrétiens, au contraire, disent qu'il apparaissait quelquefois, au moyen de certains arti&ces, comme un être surnaturel * . Ce qui est certain^ c'est qu'il était d'une force colossale, une de ces qualités viriles qui imposent toujours à la foule '.
L'attente d'une délivrance miraculeuse était si vive et si générale à cette époque, que le messianisme de Bar Koziba fut accepté par le peuple avec une foi enthousiaste. On salua en lui le Roi-Messie, comme s'il était le fils de David et l'héritier de la promesse divine.
Il prit du reste ce rôle au sérieux et posa, sans scrupule, la couronne sur son front. Les courtes années de son règne sont appelées « la royauté de Bar Koziba. {H'WD ia niDSo.) Il s'arrogea hardiment tous les droits régaliens et fit battre monnaie comme un souverain
1. On rapporte notamment que,poQTant tenir de Tètoupe embrasée dans sa bouche» il semblait parfois vomir des flammes. (HmoNTifus, Apologia 11^ adversus Rufinum,)
2. On dit, par exemple, qu'il portait sans peine à une grande distance une de ces énormes pierres balistiques que les Romains employaient dans les siégea. (Midrascb, J?cAa, 2-2.)
LES PHARISn^NS. 2:i7
légitime '. Son armée fut fortement organisée. Les troupes étaient commandées par des généraux expérimentés venus de Galilée et de Samarie. Le fait seul qu'elles purent, pendant près de trois ans et demi, (de 132 à 135), tenir en échec les forces romaines, prouve assez qu'elles unissaient une discipline éprouvée à rélan du patriotisme.
Mais le prétendu Messie comprit que son entreprise manquerait toujours de son élément le plus essentiel si elle ne s'appuyait pas sur les sympathies des docteurs pharisiens. Il mit tout en œuvre pour conquérir cette précieuse adhésion. La chose était difficile. Le Pharisaïsme, on le sait, avait depuis longtemps franchement renoncé à toute idée de restauration politique. Pour lui,la mission d'Israël se réduisait désormais à un but purement religieux ; moins que jamais, il voulait exposer aux hasards de nouvelles luttes la cause sa. crée dont il se sentait responsable devant l'avenir. Tout lui démontrait que c'était une folie, héroïque peut-être mais désastreuse à coup sûr, que de tenter de reconstituer l'État juif par la force. Il n'attendait rien que de la miséricorde divine, faisant sa devise de cette belle parole de Zacharie : « Ce n'est ni parles armes, ni par » la force ; c'est par l'esprit de Dieu qu'il faut agir *. »
1. Les monnaies frappées alors portent le nom de Maôlh Kozbiothy (monnaies de Koziba) ou Malbétth-Schel-Marad, (monnaies de la Ré- ▼olation). — De Saulcy, Numismatique juive. —Voir aussi Talmvo, Baba Kamay 97, b. et JerusaL Maasser SchèrU, i.