‹ Les PharisiensChapitre 135 sur 258 · IbifU^ II, b. 13 a. 14. b · texte numérisé non relu

IbifU^ II, b. 13 a. 14. b

vulgaire, TAgadah, appliquée à ces doctrines secrètes, n'avait d'autre signification que l'attrait d'une légende pittoresque ; mais pour les adeptes^ c'était le vêtement symbolique des. plus hautes vérités de la théosophie.

L'Agadah comprenait encore tout ce qui n'entrait pas dans le cadre de l'enseignement de la loi proprement dite, c'est-à-dire les sciences métaphysiques et physiques, la philosophie^ tout entière depuis la théodicée jusqu'à la morale, les mathématiques, la géographie, l'histoire naturelle, la médecine, etc., etc. ; mais son champ le plus vaste embrasse l'histoire légendaire du peuple juif à travers des récits aussi curieux quMntéressants, tous inspirés généralement par quelque haute pensée morale.

L'Agadah était surtout le domaine illimité de la liberté de croire et de parler. Comme ce n'était, à aucun point de vue, la partie légale de la doctrine, comme elle n'avait d'autre but que de formuler des hypothèses philosophiques et de moraliser en amusant, on y laissait à chacun toute l'initiative et toute la responsabilité de ses paroles. Aussi les livres de la tradition ont-ils bien soin de répéter, en toute circonstance, que l'Agadah n'a aucune autorité légale; qu'on ne peut s'appuyer sur ce qu'elle dit ni pour rien permettre ni pour rien défendre ; qu'il est dès lors inutile de la discuter ou de la réfuter, car elle n'exprime jamais que des opinions tout à fait individuelles ^

Mais, précisément parce que, dans le domaine (le l'Agadah, les docteurs se sentaient plus à l'aise et plus indépendants, elle acquiert à nos yeux une importance plus considérable. C'est là, en effet^que le véritable esprit de la réforme juive éclate sans contrainte. Les maîtres pharisiens étaient toujours un peu gênés dans les limites étroites de la Halachah, car le texte biblique et la tradition elle-même les liaient et les arrêtaient souvent. Dans T Agadah, au contraire ^ rien n'enchaînait leur esprit. La parabole y fit passer, au besoin, le principe dogmatique et le symbolisme y

couvrit aisément l'innovation. L'Agadah fut le triomphe du spiritualisme pharisien. Déjà^ au Moyen Age, les grands philosophes du Judaïsme, notamment Maymonides * , en avaient compris la valeur. Les savants de nos jours ont reconnu, à leur tour, quelles richesses inexploitées renfermait le trésor philosophique et poétique des Agadoth traditionnelles *; c'est une mine inépuisable pour l'histoire des idées et des progrès du Judaïsme; elle nous sera bientôt d'un immense secours pour étudier, dans leur ensemble, les doctrines pharisiennes.

Du reste, le Talmud lui-même a signalé l'Agadah h

n\ 4. — Bagguigah, ch. i, 8.) Voir aussi Klkin, la Vérité sur le Talmud, p. 23 et suiv.

1. Mathonidbs, principalement, Préfaces du More Nebouchim, Guide des Égarés et du Commentaire sur la Mischnah,

2. Weill, Le Judaïsme, ses dogmes et sa ?»if9ion. Introduction générale, p. 124.

l'attention des siècles futurs, en appelant la théodicée, qui en est l'objet principal, « une grande chose ^ » tandis qu'il n'appelle la casuistique « (^m! une petite chose *. » Ailleurs, s'il compare la Halachah au pain qui nourrit Thonimè, il assimile IM^a^/âfA à l'eau qui est bien plus nécessaire encore *.

On peut juger, par ce rapide aperçu, combien était gigantesque l'amas de coutumes, de décisions, d'opinions, do récits, de paraboles et de légendes qu'il fallait interroger et mettre en ordre pour réunir tous les éléments de la nouveUe loi et fixer l'ensemble de la doctrine.

On a déjà vu avec quelles difficultés l'Académie de Yabné s'était trouvée aux prises lorsqu'elle entreprit ce travail colossal. Mais Tenquête solennellement ouverte par elle sur les coutumes en vigueur, avait déblayé le terrain et constitué un document décisif pour les rédacteurs définitifs de la loi traditionnelle. Les procès- verbaux des délibérations synhédriales étaient également une source historique du plus haut intérêt. Enfin les notes recueillies par les disciples des plus

i. Talsdd, Sukha, 28.

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