MiscHifAH, Edouyolhj I
LES PHARISIEiNS. 279
pliquéSydonnaient naissance à tout un ensemble d'idées et de doctrines nouvelles qui, ayant Tair de s'appuyer sur l'Écriture sainte, y trouvaient une base et une consécration indiscutables. LeMidraschéiaLiile domaine des prédicateurs juifs lorsqu'ils parlaient, le jour du sabbath, dans les synagogues sur un passage de l'Ëcriture qu'ils commentaient devant leur auditoire ; c'était aussi le vaste champ de ce symbolisme, aimé des docteurs d'Israël, qui permettait d'idéaliser et de spiritualiser à un si haut degré les faits, les personnages et les prescriptions des livres sacrés.
Le Talmudy suivant le sens mémo du mot, formait l'Enseignement dans son acception la plus large. C'est là que les commentateurs exerçaient leur droit d'examen, dans toute sa liberté, aussi bien sur la loi écrite que sur la loi orale, fouillant les origines des coutumes et des législations, suivant la tradition dans ses développements et dans ses transformations successives, demandant à toute chose la raison de son existence, en déterminant les applications et en déduisant les conséquences, fixant et résolvant les questions que soulevait la pratique d'une loi ou d'un usage^ et posant hardiment les questions nouvelles que les besoins des temps faisaient naitre. C'était, tout à la fois, l'étude du passé, la critique du présent et la préparation de l'avenir. Les écoles étaient le théâtre où les maîtres talmudistes se donnaient libre carrière. Là, devant leurs disciples
Î8H LES PBARISIENS.
'titeutifs, ils abordaient, avec une grande hardiesse, tous les problèmes de l'ordre légal, dîscntaieat sans D'serve les opinions précédemment émises, combatlaient sans scrupule soit les décisions synhédriales, suit les autorités doctrinales dont ils ne partageaient [ms l'avis, battaient en brèche, avec une entière indépendance, les lois et les coutumes en vigueur, et ex- |i{isaient les réformes quo réclamaient les cîrconskinces. Il est aisé de comprendre l'influence que de- \ aient avoir sur l'opinion pubUque, sur les savants l'outemporains et sur les pouvoirs officiels, les idées formulées par les maîtres illustres qtii groujjaient autour d'eux une jeunesse nombreuse cl i^nUiousiaste, et qui, d'ailleurs, faisuent toujours jiartie des grandes assemblées délibérantes. C'est ainsi que l'enseignement des écoles, le Talmud, est devenu, avec la Mischnah, œuvre législative, et le Midrasch, œuvre interprétative de l'ancienne lui, un des éléments organiques de la Uaiachah.
La Agadah était la partie philosophique et morale, littéraire, allégorique et poétique de la doctrine.
Il s'était formé en Judée, autour des principes de la loi, r^mme autour des événements et des personnages liistoriques, une atmosphère de légendes, de paraboles
et d'apologues d'une variété et d'une richesse extraordinaires. Les professeurs, dans leurs leçons, les docteurs, dans leurs prédications, y puisaient à pleines mains pour donner au précepte la forme attrayante d'une fable ingénieuse et fixer, par des images saisissantes, la pensée fondamentale dans l'esprit de leurs auditeurs. Comme toutes les races sémitiques, les Juifs étaient avides de ces récits légendaires où le merveilleux jouait toujours un grand rôle. Les maîtres connus pour employer ce moyen oratoire d'un effet toujours sûr, étaient les favoris de la
foule.
Deux docteurs, dit la chronique, arrivèrent simultanément dans une ville et prêchèrent chacun de son côté. L'un, R. Hiya, parlait sur la Halachah; l'autre, R. Abahou, sur YAgadah. Le public se portait en masse aux sermons de celui-ci, tandis que le premier était délaissé, ce dont il ressentit un chagrin profond. Son collègue chercha à le consoler par la parabole suivante : « Il y avait une fois deux marchands qui ar- » rivèrent ensemble dans un certain endroit et ou- » vrirent boutique le même jour. Le premier vendait » des perles et des pierres précieuses ; le second, de I» la modeste quincaillerie. Chez qui affluaient les )i acheteurs ? Chez le marchand quincaillier dont les » articles étaient à la portée des plus petites bourses. » Voilà pourquoi on vient chez moi dont les leçons » sont accessibles aux plus humbles intelligences.
» plutôt que chez toi dont l'enseignement ne convient » qu'aux esprits d'élite ^ . »>
A côté de cette Agadah traditionnelle qui servait aux orateurs religieux à semer des fleurs de la fantaisie le sol aride de la doctrine, il s'en était formé une autre à laquelle les malheurs nationaux et les passions politiques avaient donné naissance. N'osant pas attaquer ouvertement les tyrans et les ennemis de la Judée, on entretenait contre eux les haines populaires par une guerre d'allusions qui, intelligibles seulement pour les auditeurs, les passionnaient contre les oppresseurs de leur pays. C'est ainsi que^ du temps des Zélateurs, Édom et Ésaù, types de tyrannie et d'athéisme, devinrent la personnification de la domination romaine. On inventa et on mit en circulation, sur ces deux adversaires d'Israël, une foule de récits légendaires applicables aux événements contemporains, qui se sont conservés, bien que leur signification obscure se soit perdue dans la suite des temps. On prêchait ainsi la guerre sainte à mots couverts et cette forme de la polémique, aussi ardente qu'une lutte déclarée, enflammait l'enthousiasme populaire.
Les docteurs qui s'occupaient de sciences ésotériques, et nous avons déjà dit qu'ils étaient nombreux
1. Cette parabole amicale ne parait pas avoir calmé R. Hiya. Toute sa vie il garda rancune à TAgadab qui lui avait enlevé.ses auditeuri^. Il disait de ceux qui rédigeaient des recueils d'Agadoth '• qu'oa devrait leur couper la main.» (Jérusal. Schabbafh cb. xvi, i. —TAUiri» Sofa 40.)
à celte époque ', voilaient également sous TallégorismederAgadahles connaissances mystérieuses qu'ils ne voulaient révéler qu'à quelques esprits d'élite. Les problèmes de la nature divine, de la création^ de Tordre universel^ de la vie et de la mort^ de l'éternité et do TinQni, les rapports de l'âme et du corps, du ciel et de la terre, du monde visible et du monde invisible, de la destinée de l'homme ici-bas et ailleurs, étaient
«Hudiés dans l'Agadah '. Mais, ce n'était qu'avec une respectueuse émotion que \ les savants eux-mêmes abordaient ces questions redoutables qu'ils appelaient « les avenues du Paradis. ^» Ils ne se communiquaient leurs hypothèses qu'avec la plus grande réserve et ils ne les communiquaient à leurs disciples eux-mêmes que dans un langage parabolique dont les initiés pouvaient seuls pénétrer le sens profond . Pour être admis à l'étude de ces mystères, il fallait réunir des conditions exceptionnelles de science, de piété et d'intelligence, car tous les esprits n'étaient pas capables de résister aux périls d'une excursion hardie dans les vastes plaines de l'inconnu ^. Pour le
1. La chronique cite surtoat Yochaaan beo Zakkal, Éléazar ben Harach, Ysmaêl, Akiba, Necbunia bea Hakaoab, etc. (Talmud, Hagffuigah 13. a. Sukka 28. a.) Il est remarquable que le Zochar^ le livre élémentaire de la kabbale, emprunte au cercle des docteurs tanaltes presque tous les interlocuteurs qu^il met en scène.
2. Voir sur retendue et les conditions de TAffadah, Klein, la Vénlé sur le Talmudy p. 29.