CHAPITRE DEUXIÈME
R. YÉHOUDAH LE SAINT. RÉDACTEUR DE LA MISCHIfAU
Nous avons dit que R. Yéhoudah était fils du patriarche Simon III, lequel avait succédé à son père Gamaliel II, quelque temps avant la révolte de Bar- Kochebah ^ S'il faut en croire la légende, la brillante carrière de celui qui devait être le rédacteur de la Mischnah, faillit être brisée dès sa naissance . Malgré les décrets sévères d'Adrien, il avait été circoncis suivant la loi mosaïque. Le fait, rapporté aux autorités romaines, motiva des poursuites contre Simon qui, mandé devant le gouverneur, déclara qu'il plaçait les commandements divins au-dessus de toute loi humaine. Toutefois, à cause de la position élevée du patriarche, le gouverneur n'osa prendre sur lui d'appliquer la peine grave prononcée contre une telle infraction. Il en référa à l'empereur devant qui la mère et le nou-
1 . On le fait Dattre géDéralement à Tibériade, mais d'autres chroniques disent à Séphoris. (BAsivAGEf Histoire des Juifs, Ut. III, cb.
veau-né furent envoyés. En arrivant à Rome, la«mère de Yéhoudah eut une inspiration heureuse. Elle s'adressa à rimpératrice, certaine de trouver appui et protection en parlant au cœur d'une mère. Son espoir ne fut pas déçu. L'impératrice elle-même venait d'avoir un fils. Non-seulement elle s'intéressa à Yéhoudah, mais, usant d'un bienveillant stratagème, lorsqu'on dut examiner le Qls de Simon pour constater le délit, elle substitua son propre enfant au petit juif, et, trompant ainsi les experts, elle arracha son protégé an péril qu'il pouvait courir. On ajoute qu'après ce signalé service, elle aurait dit à la mère de Yéhoudah : a Je souhaite que ces deux enfants, ainsi rapprochés » par un enchaînement bizarre de circonstances, res- » tent amis et saident l'un l'autre lorsqu'ils seront » devenus grands. » Ce vœu se serait en effet réalisé, et le jeune Yéhoudah aurait conservé les rapports les plus sympathiques avec le prince qui devait monter sur le trône sous le nom d'Antonin le Pieux ^
Quel que soit le fondement de cette légende, il est certain que, durant toute sa vie, Yéhoudah entretint avec l'empereur Antonin des relations pleines de bienveillance réciproque, qui eurent les plus favorables conséquences pour le sort de tous les Juifs de l'empire. On prétend même que l'empereur consultait souvent le
1. Par une coïncidence assez singulière, les Romains devaient ainsi donnera Tami impérial de Yéhoudah, le même surnom «Pliu, » Saint, dont la vénération des Juifs devait honorer ce dernier.
fils de Simon sur des questions difficiles et professait une grande estime pour son caractère et pour ses opinions.
Les premières années de sa carrière ne présentèreut probablement pas de faits saillants dignes d'être rapportés, car elles sont restées assez obscures. Il fut, du reste, promu fort jeune encore au patriarcat. Il n'avait guère que vingt ans quand son père Simon mourut et quand il hérita de sa dignité, (an 170.)
L'influence qu'il conquit bientôt dans cette haute situation, fut certainement très-considérable; nous le voyons, peu de temps après, investi d'une sorte de dictature personnelle à peu près illimitée, qui fut acceptée par tout le monde sans aucune opposition ^
Dès ce moment, le Synhédrin, qui n'apparait plus avec des pouvoirs bien définis, semble avoir abdiqué toutes ses attributions entre les mains du patriarche. Par suite, celui-ci put, désormais, agir, administrer et décider toutes choses de sa pleine autorité. L'ancienne fonction de vice-président {Ab-beth-din) que Yéhoschoua avait encore occupée pendant la jeunesse de Simon III, fut supprimée. Le patriarche nomma seul à tous les emplois, exerça une surveillance générale sur les diverses communautés, et put trancher même les questions religieuses qui étaient jadis de la compétence générale du Synhédrin.
Comment ce pouvoir absolu fut-il conféré au pa*