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TosiPTA, HuUn, ch. m, et Talmud, Syrihédrin, itid

Plus heureux que ses devanciers, R. Yéhoudafa devait venir à bout de cette tâche immense. Il y apporta d'ailleurs une méthode remarquable à la to'm théorique et pratique. Elle consistait dans une in* telligente classification des matières et dans une forte organisation du travail.

D'abord, il restreignit rigoureusement cette grande entreprise à la fixation delà Mischnah^ c'est-à-dire des règles précises et fondamentales de la loi orale, écartant de ses recherches la foule confuse d'opinions, de récits, de commentaires et de légendes qui composaient le Midrasch^ le Talmud et VAgadah. Puis, il rangea , par avance, les lois et les doctrines qui devaient rentrer dans le cadre dé la Mischnah,sous six grandes catégories, comprenant dans leur ensemble tous les intérêts civils et religieux. De cette façon on put cens* truire l'édifice d'après un plan systématique qui, sous la direction ferme de l'architecte, devait être la règle des ouvriers et empêcher tout écart, tout caprice et tout désordre dans l'exécution. Enfin il soumit les travaux de ses collaborateurs à une discipline réglementaire de nature à leur imprimer une vive impulsion tout en les maintenant rigoureusement dans la voie tracée.

Chaque jour, dans ce but, il les réunissait dans la demeure princière qu'il habitait et dont les vastes salles s'ouvraient, en même temps, pour un public nombreux, avide d'assister aux délibérations des doc-

tenrs. Les discassions avaient ainsi lieu, suivant le vieil usage pharisien, sous les yeux de la foule. Aussi, comme dans l'ancien Synhédrin, il n'était pas rare de voir les membres de l'auditoire intervenir dans le débat, y soulever des objections et y fournir des renseignements dont profitaient les membres de l'assemblée.

Dans cette réunion, chacun apportait jouiiiellement son contingent doidocuments, de souvenirs et d'études sur les questions à l'ordre du jour. R. Yéhoudah présidait et ne laissait pas la discussion s'égarer en d'inutiles digressions ni sortir des limites déterminées à l'avance. — On faisait un examen scrupuleux de cette masse de matériaux entassés d'abord confusément, on en éliminait tout ce qui ne pouvait justifier sa légitimité ni devant la critique de l'histoire, ni devant celle de la raison, et l'on mettait en réserve, pour une étude ultérieure, ce qui paraissait le plus sérieux. Les avis contraires sur chaque point étaient soigneusement recueillis et discutés, sauf à décider entre eux lors de la rédaction définitive.

C'est de cette patiente investigation qu'est sortie la Mischnah telle qu'elle existe encore. — Bien que le nom de Yéhoudah le saint y soit intimement lié, il n'est pas exact de dire qu'il en ait été l'auteur. On pourrait avec plus de vérité l'en appeler le rédacteur en chef. Quant à Tœuvre elle-même, elle émane de tous les Tanaltes de cette époque, et même du peuple

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entier gui participait, chaque jour, plus ou moins directement, à leurs travaux. Mais, ce qui appartient sans conteste à l'illustre Nassi, c'est l'ordonnance générale de l'ouvrage, c'est la forme vraiment scien^ tiflque et la précision législative du texte. U est également certain que le recensement final et la mise en ordre de cette immense compilation furent faits par le patriarche lui-même. — Il y a dans la Mischnah un souffle d'unité qui révèle l'inspiration d'une personnalité exclusive. Probablement, Yéhoudah, usant, en cette occasion, de sa dictature, se réserva en général la décision suprême.

Deux grands principes paraissent l'avoir invariablement guidé : respect des traditions consacrées ; respect de la majorité constatée. Ce qu'une coutume invétérée a établi, ce qu'une jurisprudence constante a proclamé, doit être admis comme une loi incontestable. — Quant aux opinions doctrinales, c'était autre chose. Ici, en effet, les interprétations variaient et se combattaient. La liberté d'examen, à force de creuser les questions, les avait peut-être bien plus compliquées encore qu'elle ne les avait éclairées et résolues. Trancher le débat entre les diverses écoles, entre les docteurs célèbres, était chose difficile et même dangereuse, car c'était susciter d'avance la protestation des partisans de ceux dont on condamnerait les doctrines. Yéhoudah jugea plus utile et plus loyal à la

fois de l'exposer impartialement, de façon à indiquer à la postérité les arguments adverses, en laissant aux sages futurs le soin de se prononcer un jour en pleine connaissance de cause. — Il recueillit donc scrupuleusement les opinions émises par les principaux docteurs, surtout les nombreuses divergences qui séparaient récole de Schammaî de celle d'Hillel ; ce ne fui qu'exceptionnellement qu'il se hasarda à signaler lequel des sentiments opposés lui semblait préférable. Par ce prudent système, il rendait d'ailleurs un solennel hommage au droit de libre discussion qui était rame même du Pharisalsme.

Ce travail gigantesque absorba presque toute la durée du patriarcat de R. Yéhoudah, c'est-à-dire une période de quarante années (de 170 à 210), mais le saint Nassi put en poser la dernière pierre avant sa mort et se dire, comme le poète de Rome : Exegi monumentum xre perennius.

Dans sa forme définitive, la Mischnah se compose de six pai*ties. Chacune renferme un certain nombre de traités spéciaux, subdivisés, à leur tour, en chapitres. Les sujets traités sous ces classifications générales, sont rédigés en articles qui portent eux-mêmes le nom de Mischnah. Le style en est essentiellement juridique, dair, concis, allantxdii'ectement à la question et

mt LES PHARISIENS.

la résolvant dans ce langage sobre et net qui coavient à une disposition législative. L'exposé des opinions contradictoires ou des doctrines individuelles alamême précision. « Un tel a dit telle chose... Un tel autre a dit, etc. u C'est absolument la même formule qui se retrouve dans la Digeste pour les Sentences des jurisconsultes : ([ Papiniamis ait; Tribonianus ail. ■ K. Yéhoudab a créé, en Judée, la langue sévère du droit. La Miscbnah est, en effet, un rode complet de droit public, de droit civil, de droit pénal, de droit commercial, de procédure et surtout de droit canonique, en même temps qu'un recueil encyclopédique de la jurisprudence des tribunaux et de renseignementjiiridique (les docteurs célèbres.

Les six grandes divisions de l'ouvrage embrassent:

1' La liturgie, prières, bénédictions, rituel, etc., puis les lois qui concernent l'agriculture, etc.

2* Les cérémonies religieuses, sohabbatb, fêtes solennelles, jours fériés, anniversaires officiels, etc.

3* Les mariages, alliances prohibées, état des femmes mariées, veuves ou divorcées, devoirs de la famille, etc.

V La législation et la jurisprudence en matière de dommages, d'invention, de commerce, de prêt, de propriété et de possession, de succession, de délit et lie crime, de compétence et d'organisation judiciaire.

"" Les lois et coutumes relatives au service de

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Tautel, aux sacrifices, aux offrandes et aux prohibitions alimentaires.

6^ Les règles consacrées pour la purification des personnes et des choses impures, et les rites usités en ce cas.

Les auteurs de la Mischnah, ainsi qu'il ressort de cette rapide analyse, s'étaient essentiellement proposé de constituer un corps de droit positif et pratique, aussi bien en matière civile qu'en matière religieuse . — Ils n'eurent pas l'intention d'en faire une œuvre de théologie abstraite et dogmatique, encore moins un traité de philosophie ou de morale. Il ne faudrait pas plus demandera la Mischnah qu'au Digeste de déserter le terrain des applications légales, pour se lancer dans les sphères de l'idéal. Néanmoins les longs combats du Pharisaisme avaient trop obstinément poursuivi le triomphe des principes spiritualistes, pour que la Mischnah ne portât pas l'empreinte et ne conservât pas le souvenir de cette lutte mémorable. Un traité particulier, que nous avons eu bien souvent déjà l'occasion de citer^ parce que c'est le document le plus complet et le plus authentique de l'histoire du mouvement pharisien, a les Sentences des Pères » Pirké Aboth^ contient, en efi^et^ avec le nom et la généalogie des grands docteurs du second Temple, les belles maximes morales par lesquelles leur enseignement s'est distingué depuis Ezra et les hommes du Grand

Synode. — H y a, en outre, disséminés dans toutes les parties do ce vaste recueil, une foule de pensées et de principes d'ordre moral, théologique et philosophique, qui se rattachent plus ou moins au sujet traité et sont autant de témoignages expressifs où éclate l'esprit de la doctrine pharisienne.

Enfin, et malgré la rigidité delà classification adoptée, les compilateurs ont été invinciblement conduits à faire entrer dans leur cadre un grand nombre de faits, de documents et d'observations ayant rapport avec les questions principales. Les souvenirs historiques, encore si vivaces, ne pouvaient guère se séparer des principes qui étaient sortis de tant d'événements et de tant d'efforts successifs. Il était difficile que les rédacteurs de la Mischnah, en fouillant dans le passé, pussent résister au désir de mettre en lumière et de conserver à la mémoire des siècles à venir l'état de la société juive avant la destruction de la nationalité. A ce point de vue, les traités de la Mischnah sont pleins de notions et de détails d'un intérêt capital pour l'histoire du Judaïsme. — On y voit vivre Israël sur le sol de la Palestine tel qu'il était il y a deux mille ans. Tout nous y révèle les mœurs, les coutumes, les connaissances, la vie domestique et publique des Hébreux de ce temps. Le traité de TAgriculture fournit les plus curieuses observations sur les procédés agricoles et l'état de la production. Le traité de VEroub, dont nous avons eu occasion de

parler en caractérisant le singulier système relatif aux Agapes sabbatiques^ a de nombreux passages qui précisent quelle était alors l'étendue des connaissances géométriques. Dans le traité de Kélim^ où il ne s*agit au fond que de la purification des vases, on trouve une multitude de renseignements sur tous les objets qui servaient à Tameublement, à Tornementation et à l'alimentation d'une maison juive. Le traité Schékalim est tout un manuel de règles financières appliquées à la comptabilité du Temple. L'ancienne organisation politique et judiciaire, les droits de la royauté, les prérogatives de l'assemblée synhédriale, le système des tribunaux civils et criminels, sont lumineusement décrits dans le traité de Synhédrin. Le tableau de l'ancien culte et du service journalier du Temple, avec ses émouvantes cérémonies, est peint surnature dans le traité de Tamid. Ceux qui voudront connaître, mieux que par les indications de Josèphe ', l'édiûce sacré que les soldats de Titus vouèrent aux flammes, pourront consulter, avec fruit, le traité de Midoth. Les traités de Taanith, de Méguillah et de Sotâ sont une mine où gisent d'immenses richesses historiques et biographiques.

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