‹ Les PharisiensChapitre 174 sur 258 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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Ce qui caractérise au plus haut degré la doctriao pharisienne en matière de religion, c'est l'absence de dogmatisme. Les chefs de la Réforme avaient proclamé trop explicitement les droits de la raison humaine, pour ne pas s'arrêter avec elle sur la limite qu'elle ne peut franchir sans tomber dans le domaine du mystère. Ils ne méconnaissaient pas, sans doute, la gravité des problèmes qui entourent l'homme et qui sont en lui et hors de lui ; mais, s'il les ont étudiés et ont cherché à les résoudre, ils n'ont jamais songé à imposer leurs opinions comme des vérités infaillibles. Libre à chacun de penser et de croire comme il yeut. Pour eux, ils ont exposé leurs vues et leurs opinions, mais simplement en philosophes qui croient à la justesse de leurs hypothèses et non en messagers de la Divinité qui révèlent aux faibles mortels les étemels mystères.

Cette sage réserve sur les choses qu'on ne* saurait pénétrer, n'était cependant pas une nouveauté dans

LES PHARISIENS. :i9n

rhistoire du Judaïsme. Moïse lui-même en avait donné l'exemple. En dehors de la croyance fondamentale en un Dieu unique, créateur et rémunérateur,

croyance qui est encore plus philosophique que reli-

gieuse, il. n'y a en effet aucun dogme formellement exprimé dans le Pentateuque. — On a même abusé contre le Mosa'isme de ce silence évidemment calculé et systématique, et Ton en a conclu que Moïse ne croyait ni k l'immortalité de l'àme ni aux peines et aux récompenses d'une autre vie. Le contraire res> sort de l'esprit même de la Bible et d'une foule de textes * qui ne s'expliquent que par cette croyance consolante. Mai39 il est évident que Moïse ne voulut pas en faire un dogme» avouant lui-même que Dieu s'est réservé le secret de ces questions obscures, et que, sur la terre, il faut se contenter d'étudier les choses qu'on peut voir '. Quand, sur le Sinaï lui-même, le prophète^ d'après l'Écriture sainte, supplie Dieu de se révéler à lui tout entier et « de lui faire connaître sa gloire » sans réserve, » le créateur des cieux et de la terre lui répond: aNon^tunepeuxmievoir, car aucun homme, » étant vivant, ne peut me voir. Tu ne peux me con- » naître que par mes traces ', c'est-à-dire par mes

1. Voir surtout la discuMion à laquelle s'est livré, à ce sujet, le sarant M. Munk, dans sou beau livre de la Pàlbstike.

2. ûStr TV tj^aaSi vh mS^m la^nS» ^^S nrinoan. « Les mystères sont à Dieu et nous n'avons que les choses visibles, n

CDEUTÉI050VB, nix, 28.) 3. EiODS, xxxii, 20.

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œuvres. » Ënân, dans ce Deutéronome qui est son testament solennel, le législateur hébreu dit encore : • La )> loi que je te prescris, n'est pas surnaturelle. £Ue » n'est pas loin de toi. Elle n'est pas dans les cieux n pour que tu dises : Qui montera aux cieux afin de » l'y chercher et de nous la faire comprendre? — Elle u est tout près de toi, dans ta bouche, dans ton

» cœur *. ))

C'est 4)ar ces sages exhortations que Moïse, confessant humblement qu'il avait été impuissant lui-même à pénétrer l'Éternel et l'Infini, prémunissait le peuple hébreu, ce peuple qui, d'après ses paroles, devait être surtout u grand par l'intelligence * » contre la dangereuse tentation de vouloir sonder l'insondable. Voilà pourquoi on ne trouve dans le Pentateuque au* cune affirmation précise sur la nature de Dieu, sur le principe de la création, sur l'àme et sur sa destinée future ni sur les conditions d'une autre vie. Le li\Te saint a fait de la croyance en un Dieu unique et immatériel la base de la foi hébraïque ; il a dit que cette cause des causes a créé tout ce qui existe ; il a affirmé la responsabilité des individus et des nations devant ce maître de l'univers; mais il n'est pas allé plus loin. Il n'a pas dit ce qu'était la cause première, ce qu'il y avait avant la naissance, ce qu'il y aura après la mort ; il n'a dogmatisé ni sur le Néant, ni sur

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