Malachie, ch. m, 13 et suiv
Qu'est-ce que cette vie? disent-ils. Une minute dans le temps ; un atome dans l'espace ! Que parle-t-on de félicité ou de souffrance terrestres? Les jours de rhomme, ses joies et ses douleurs, s'évanouissent en un clin d'œil^ comme une ombre fugitive, comme un songe qui se dissipe au réveil. Qu'importe pour le juste un instant de souffrance, en regard de la béatitude dont il jouira dans l'éternité? Quest-ce que le bonheur du méchant, en regard des tourments auxquels il sera voué dans l'autre vie *? '
Quant au poème de Job, son dernier mot c'est que Dieu seul s'est réservé le secret de la création et des causes qui agissent sur la destinée de l'homme vivant. L'esprit humain doit s'incliner humblement devant cet inconnu qu'il ne saurait ni pénétrer ni définir.
NatureUement l'école pharisienne a abordé cette formidable question. Les opinions les plus diverses s'y sont également produites. Bornons-nous à signaler les solutions les plus originales et les plus caractéristiques.
La doctrine traditionnelle se rapproche en général de celle des prophètes. Elle admet volontiers que les courtes heures passées en ce monde n'étant rien, si
1. « L'insensé ne comprend pas que les méchante qui croisseni » comme Therbe, que les auteurs du mal qui fleurissent, croissent et 9 fleurissent pour être un jour anéantis à jamais. » (Psaume xcu. — Voir ÉccLisusTE, pa$8im^ ch. iv, vu, viii.)
on les compare à Téternité gui nous attend, les biens et les maux de la terre n'ont aucune importance sensible, en vue de la vie immortelle qui est la vie véritable de rhomme <. Ce monde n'est que le vestibule, le champ du labeur et de l'épreuve ; l'autre est le palais superbe, la région du salaire et de la félicite '. Dès lors, pourquoi s'étonner? pourquoi se plaindre? Le moment viendra bientôt où le juste, grandi par l'épreuve, connaîtra le bonheur éternel qui est sa seule ambition, tandis que le méchant^ dépouillé à jamais de ces biens terrestres où il avait attaché toute son ame, recevra le châtiment de ses méfaits.
Néanmoins, en partageant les idées des prophètes sur les compensations que la vie céleste réserve aux apparentes injustices de la vie terrestre, le Pharisaisme répugne à admettre que, même pendant cette minute presque insaisissable que l'homme passe sur cotte terre, la justice divine puisse frapper sans raison les gens vertueux ni accorder aux méchants un bonheur immérité ; mais ce n'est pas alors contre Dieu qu'il proteste, à l'exemple de Jérémio et d'Uabacuc; c'est contre l'homme lui-même.
Que peut-on savoir en effet? On accuse la Providence; mais a-t-on sondé le cœur humain pour juger sûrement des mérites ou des fautes des individus? Ccr lui que l'on dit et que l'on croit juste, l'est-il réelle-