LES PRATIQUES DU CULTE
Avec une doctrine aussi hautement spiritualiste, on conçoit aisément quelle idée les Pharisiens devaient se faire du culte qu'il faut rendre à Dieu. Toute leur histoire nous a dit au prix de quelles luttes ils sont parvenus à sub^ituer, dans les mœurs d'abord, ensuite dans les institutions, le culte synagogal réduit à la prière et à l'adoration, au culte officiel entouré de son appareil de pompeuses solennités et ensan* glanté par son abattoir de victimes. Quand l'autel eut péri, dans les ruines de Jérusalem, ils n'eurent garde de le relever ailleurs, comme l'exemple du temple de Léontopolîs en Egypte aurait pu les y encourager. Encore moins songèrent-ils à rétablir, dans le Judaïsme de la dispersion, les droits et les privilèges du Sacerdoce, si heureusement anéantis par la catastrophe nationale de la Judée. On se rappelle en quels termes résignés mais significatifs, Yochanan ben Zakkal, le chef respecté de l'Académie de Yabné, accueillit la
nouvelle de la destruction du sanctuaire par les soldats de Titus, a L*autel n*est plus, dit-il à ses disci- » pies désolés, mais la charité équivaut aux sacriflces, » car il est dit : « Je prends plaisir aux bonnes actions » et non aux holocaustes. » Ces mots furent le programme de la nouvelle société religieuse dont le Pharisaîsme prenait seul désormais la direction.
Du reste, à ce moment, il n*avait rien à innover. Il lui suffisait de consolider et de régulariser les résultats acquis. L'organisation du nouveau culte s'était faite à côté du culte sacerdotal, avec une puissance qui défiait tous les événements. Le sanctuaire de pierres pouvait disparaître; le sanctuaire spirituel était depuis longtemps créé et celui-là n'était pas exposé, comme le premier, aux périls d'une invasion étrangère. Aussi, quand le temple tomba, la Synagogue resta debout, foyer impérissable du Judaïsme universel.
Nous avons fait connaître l'organisation originale et puissante qui eut pour principe fondamental l'autonomie de la commune religieuse ; pour conséquence logique, TaboUtion du pontificat ; pour garantie, l'élection des ministres du culte et pour sanction, l'indépendance hiérarchique des chefs religieux. Il serait superflu d'entrer ici dans de plus amples développements.
Rappelons sommairement, que, toutes les Kéhilas, (communautés juives) jouissant d'une liberté absolue,
nommant et révoquant leurs fonctionnaires de tout ordre, suivant sans contrôle leurs usages locaux, indépendantes de toute autorité ecclésiastique supérieure, sont les fractions d'une immense patrie spirituelle qui se nomme le Monothéisme. — Leur drapeau, c'est le nom du Dieu unique; leur devise, c'est la grande parole biblique : o Écoute Israël, l'Éternel » notre Dieu, l'Éternel est un! » l'essence de leur culte, c'est l'interdiction radicale de se représenter le Dieu pur esprit sous une forme quelconque ou de se prosterner devant des images. Mais, en dehors de ces vérités qu'on ne pourrait méconnaître sans cesser par cela même d'être Juif, les communautés du monde entier .ont toute latitude en matière liturgique et rituélique. L'usage local est la loi suprême.
Toutefois, en proclamant ainsi sans réserve le selfgovemment religieux, le Pharisalsme a tracé quelques règles essentielles destinées à servir de guide aux chefs d'Israël dispersé et à maintenir intacts, à travers les siècles, les principes essentiels de la réforme. Ce sont ces doctrines supérieures que nous voulons seulement mettre en relief.
Pendant toute la durée du second temple, les docteurs, dignes émules des prophètes, n'avaient cessé
de protester contre les sacrifices sanglants et d'affirmer la supériorité du culte intérieur sur les pratiques extérieures, a Dieu, disaient-ils à l'exemple de David » et d'Isaïe, n'a besoin ni d'un autel ni de victimes. » Le ciel est mon trône, a dit l'Éternel, et la terre est » mon marchepied. Si j'avais faim, je n'aurais pas » besoin de le dire. Le monde, avec tout ce qu'il » contient, n'est-il pas à moi? Est-ce que je mange )) la chair des taureaux? Est-ce que je bois le sang » des boucs? — Non, si vous sacrifiez sur mon autel, u ce n'est point par ma volonté ; c'est pour satisfaire » vos propres désirs ! ^ »
Pourquoi donc, cependant, la loi sacrée a-t-elle autorisé les sacrifices? L'Agadah répond par cette parabole '.
a Le fils d'un roi, au lieu de dîner à la table pa- » ternelle, se vautrait, chaque jour, avec des compa- )) gnotis de débauche dans d'infâmes orgies et y » prenait les habitudes et les mœurs les plus abjectes. » — Le roi dit alors : « Ces repas que mon fils va » chercher en de mauvais lieux, qu'il les prenne » plutôt à ma table ; il y contractera du moins des » usages décents et des mœurs plus honnêtes. Tel n Israël, entraîné par l'exemple des peuplades ido- » làtres, offrait des victimes et des holocaustes aux » faux dieux et aux puissances malfaisantes, appor-
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