ET DES APOTRES
S'il ne s'était agi que du messianisme, dégagé de la question délicate de divinité, il est probable que la prétention do Jésus au titre de messie aurait soulevé beaucoup moins d'opposition. L'Évangile, en tout ce qui concerne le libérateur attendu depuis tant de siècles, accepte, en eiTet, et cherche à confirmer, au profit de Jésus, toutes les croyances traditionnelles du Pharisaïsme; de sorte que^ sur ce point considérable, il n'existait pas non plus d'antagonisme de principes. Cet élément spécial des rapports entre le Christianisme et les Pharisiens est assez intéressant pour que nous nous y arrêtions en faisant connaître les idées de l'école pharisienne sur l'époque messianique.
L'idée messianique, qui date, d'après la Bible^ du temps même des patriarches, avait subi plus d'une transformation à travers les événements et les doc-
trines. Lors de la vocation d'Abraham, elle apparaît comme devant réaliser, un jour, la réunion pacifique des races humaines, toutes bénies d'avance en la personne du père des Hébreux ^ Dans le système, plus national qu'humanitaire, de Moïse, elle prend des proportions bien moins vastes. Ce n'est plus que le retour définitif d'Israël dans la terre sainte. Dispersé par le monde à cause de ses péchés, il reviendra au pays de ses ancêtres, « où il sera plus puissant, plus heureux » que par le passé et où Dieu circoncira son cœur et le » cœur de ses descendants, de façon qu'ils l'aiment n de toute leur âme et jouissent d'une vie nouvelle *. » Pour les prophètes, l'espérance de la restauration d'Israël se lie à la régénération de l'humanité tout entière. Le messianisme ne sera plus seulement le rétablissement du peuple do Dieu dans son antique patrie, mais encore, pour tous les hommes, une rénovation sociale et morale. Un cœur de chair remplacera leur cœur de pierre et, tous, animés d'un esprit nouveau, connaîtront l'ÉJernel comme par intuition, l'adoreront unanimement et se soumettront à sa loi. Ce sera le triomphe universel de la vérité sur l'erreur, de la paix sur la guerre, de l'amour sur la haine, du monothéisme sur l'idolâtrie '. Israël,
1. a Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » (Genèse, ch. XII, 3.)