‹ Les PharisiensChapitre 46 sur 258 · JosÉPHE, AtUiq.f Uv. XIX, ch. vu · texte numérisé non relu

JosÉPHE, AtUiq.f Uv. XIX, ch. vu

:i. L'organisation de TÉlat juif est alorâ assez confuse. Jo^èphp, après aToir mentionné le rétablissement du régime aristocratique fouf. l'autorité sonveraine des grands prêtres, ne dit plus si ce pouvoir leur fat retiré. D'autre part, sous les derniers Hérodiens, on les voit exercer une action offlcielle très-^raiidc, â eu juger par les rm il> f\(ifi Actes des Apôtres.

parti des docteurs, en restituant au Synhédrin son

ancienne autorité pour le règlement des afTaires intérieures.

Cette assemblée acquit d'ailleurs sous son règne un prestige particulier du nom et du caractère de celui qui la présida. C'était ce célèbre Gamaliel qui se montra si conciliant et si modéré dans le procès intenté par les chefs du Sacerdoce et les Sadducéens contre les disciples de Jésus, après la mort de leur maître. Il était petit-fils d'Hillel et avait succédé à Simon I*^ dont le passage à la tète du Synhédrin n'a laissé aucun souvenir important. On le connaît dans l'histoire sous le nom de Gamaliel I*^ ou Gamaliel l'Ancien, {Ha-Zaketi.)

Les mesures qui marquèrent sa présidence sont conçues dans l'esprit pacifique et tolérant de l'école d'Hillel. On a surtout conservé de lui tout un ensemble de décisions qui concernent les rapports avec les païens et qui sont inspirées par un grand esprit de bienveillance et de charité. Elles prescrivent de traiter leurs pauvres à l'égal des pauvres juifs et de leur adresser le salut de paix (Schalom) quand on les rencontre, même s'ils sont alors en chemin pour aller adorer leurs idoles ' .

I. TAr.Min, Guittin, 59, b. f.\ Jf rusai, m^me traité, ^^h. v.

La considération dont jouissait Gamaliel, l'influence qu'il avait auprès de ses collègues et parmi le peuple, lui permirent ainsi de faire prévaloir dans le Synhédrin les doctrines d'Hillel trop souvent combattues par les exagérations et les violences des Schammaistcs. 11 parait, du reste, qu'avec le rétablissement de la royauté, le Synbédrin prit, lui-même, une forme plus monarchique. Le pouvoir personnel du président se trouva, notamment, agrandi. Soit qu'il agit comme puissance executive, soit qu'il procédât en vertu de son droit propre, il est certain qu'il donnait à toutes les communautés juives de l'intérieur et de l'extérieur des ordres qui avaient force exécutoire. Nous connaissons la formule de certaines circulaires de Gamaliel, écrites par son secrétaire Yochanan ben Nasuf. C'est un chef qui parle avec droit d'être obéi :

« Salut à uos frères de la haute et basse Galilée I Nous vous faisons •• savoir que l'heure est venue de payer les dîmes de vos revenus. »

<« Saint à DOS frères émigrés en Babylonie, en Médie, en Grèce, et

• À tous les autres émigrés dlsraél ! Nous vous faisons savoir que '• les agneaux de cette année étant encore trop jeunes, les pigeons » ne pouvant pas voler et le printemps étant généralement en retard, M il m*a plu à moi ainsi qu*à mes collègues de prolonger Tannée

• courante de trente jours ^ »

Ces décrets donnent une idée de ce qu'était alors le

I. Tauivi), St/nhédrin, 13, b. — Jérusalem, ibid. u 1, 18, d. — Mis- (.H54B, Edouioth,\uif § 7. ~ Ce dernier décret confirme ce que nous svAUft dit plus haut. La prérogative, autrefois essentiellement sacerdotale, de fixer annuellement le Calendrier, était attribuée désormais 4Q Synhédnn et spécialement au président de rnspembléo. 'fbid.

pouvoir du Syuhédrin et de son chef. Il formait évidemment, comme autrefois, le pivot de la puissance publique. Néanmoins on ne voit pas clairement comment cette autorité se combinait avec celle du monarque et celle du grand prêtre. L'exécutif semble s'y confondre avec le législatif. On peut cependant penser que le Synbédrin conserva plus particulièrement le caractère d'une assemblée représentative à qui appartenaient non-seulement le vote des impôts et des lois en général mais encore leur interprétation et leur application juridique. Le présiilent était, probablement, chargé de promulguer et de publier les décisions prises. Quoi qu'il en soit, on nje peut méconnaître qu'à cette époque les rapports des pouvoirs publics sont confus et difflciles à préciser.

11 est resté aussi du temps de Gamaliel diverses prescriptions légales d'une certaine importance. Elles sont surtout relatives aux divorces, à la position etaux droits des veuves, ainsi qu'à des questions de droit pénal '. Comme elles sont étrangères à l'objet de cette étude, il est inutile d'y insister.

1. Parmi ces dernie» pointa, il en est nu qui répond bien à Vesprit du Pharisalsme en matière pénale. LfOrsque des matériaux volés avaient servi à la construction d*une maison, la loi, qui obligeait à les rendre, allait jusqu*à imposer au besoin la destruction de Tédilice. Gamaliel fit décider qu'une simple indemnité devait sufOre. (Talxi d, GuUtm 32. a. ;

L'attitude de Gamaliel vis-à-vis des païens u'était pas sans mérite à l'époque où nous sommés arrivés, il fallait un certain courage pour conseiller et imposer la modération et la bienveillance envers tous les idolâtres, lorsque ceux-ci, au contraire, montraient vis-à-vis des Juifs un esprit de haine qui devait bientôt se manifester par tant de persécutions et de massacres.

Déjà Tibère avait fait sentir aux populations juives de Rome combien, malgré la tolérance dont elles étaient l'objet, leur situation était précaire dans la capitale de l'empire. Voici à quelle occasion. Un filou juif, faisant profession apparente de docteur delà loi, abusa de la confiance d'une personne de condition nommée Fulvie qui avait embrassé le Judaïsme ^ Lui ayant persuadé d'envoyer à Jérusalem de l'or et de la pourpre, il se fit remettre la somme et la garda impudemment. Le mari de Fulvie, Saturninus, qui était fort bien en cour, s'en plaignit à Tibère. Celui-ci,sans autre procès, fit chasser tous les Juifs de Home, ou plutôt les fit enrôler dans les légions et les envoya

1. Ce fait est un oouveaii témoignage du proftélyli?iue des à\x\h à Rome et du progrès qu'il faisait parmi les femmes romaines der hautes «Masses.

dans rile de Sardaigne '. Cet acte arbitraire qui punissait tant d'innocents pour un coupable, eut probablement une autre raison. L'ardeur de propagande des Juifs, démontrée une fois de plus par la conversion de Fulvie, commençait à préoccuper à la fois l'opinion et les pouvoirs publics. D'autre part, leur prétention de se soustraire, à cause de leurs pratiques religieuses, an service militaire auquel tous les sujets de l'Empire rtaient soumis, indisposait contre eux l'armée. Tibère profita sans doute d'un incident insignifiant en luimême^ pour donner uiiu double satisfaction aux réclamations du peuple et des soldats.

Mais un fait plus grave, arrivé, sous le règne de Caligula, à Alexandrie, donna une vive impulsion aux passions religieuses qui s'éveillaient de toutes parts contre le Judaïsme.

Des rixes violentes éclatèrent entre les Juifs et les Grecs de cette ville que gouvernait alors Tibère Alexandre, frère de Philon, malheureusement transfuge de la foi paternelle. Les uns et les autres résolurent de porter le débat devant l'Empereur et envoyèrent des députés à Ca!us. Philon était le chef de l'ambassade juive ; Appion fut celui de l'ambassade grecque. — Nous connaissons, par le récit que Philon a écrit de sou voyage * el par la vigoureuse réponse

1. Voir le récit de cet iiicileiit «pinl Josephc, Ànhi{ , li\. XVlîI, rh. V.

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