‹ Les PharisiensChapitre 58 sur 258 · JusKPiiB, Guerre des Juifs^ liv. II, cb. xxv · texte numérisé non relu

JusKPiiB, Guerre des Juifs^ liv. II, cb. xxv

forces imposantes. Les principaux de la ville, les chefs du sacerdoce et du patriciat intercédèrent auprès de lui pour qu'il ne rendit pas le peuple entier responsable de l'action outrageante de quelques exaltés. Rien n'y fit. Le farouche procurateur, ne pouvant mettre la main sur les auteurs de rofTonse qui lui avait été faite, fit piller par ses soldats le haut marché et passer au fil de l'épée tous ceux qui s'y trouvaient. Trois mille six cent trente personnes furent massacrées, parmi lesquelles une foule de femmes et d'enfants à la mamelle. Plusieurs personnages de condition, honorés du titre de chevalier romain, furent déchirés à coups de fouet et crucifiés ensuite. Ces cruautés ne firent qu'augmenter les désirs de vengeance.

Agrippa se trouvait alors à Alexandrie où il était allé visiter Tibère Alexandre récemment investi par Néron du gouvernement de l'Egypte. Ce fait concourt à prouver que la royauté de Judée n'était plus qu'un vain titre honorifique. Le roi pouvait s'absenter à son gré; ni le peuple ni le procurateur ne s'occupaient guère de sa présence ou de son éloignement.

Néanmoins, dans ces circonstances, Bérénice, sœur d'Agrippa, tenta une démarche personnelle pour adoucir la rigueur de Florus. Les magistrats et les prêtres, en habits de deuil^ vinrent, à leur tour, l'implorer. Tout fut inutile. Le procurateur lai^a pourtant entrevoir qu'il s'apaiserait si les Juifs consentaient à aller rendre solennellement les honneurs à

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deux cohortes qu'il faisait veair de Césarée; mais ce n'était qu'un piège. Quand la foule paisible vint donner aux soldats arrivants le salut de bieaveDue,ceux> ci, obéissant à un mot d'ordre, chargèrent le peuple inoITensif qui se sauva en désordre dans la ville, laissant beaucoup de morts sur le terrain.

La colère alors exaspéra les plus pacillques. Après la première épouvante, la foule fit volte-face contre lus troupes qui la poursuivaient. On se retranclia dans l'enceinte du temple ; on mît, en toute hâte, la forteresse Antouia & l'abri d'un coup de main, tandis que les insurgés, montés sur le toit des maisons, accablaient les Romains à coups de pierres. Les troupes de Florus, au milieu des mes étroites et tortueuses, ne pouvant se défendre, furent forcées de se retirer.

L'émeute prit bientât les proportions d'une insurrection redoutable. Florus Jugea prudent de revenir à Césarée, d'où il informa desévéaementa Cestius, gouverneur de Syrie. Celui-ci eut du moins la sagesse de ne rien précipiter. 11 dépêcha un de ses ofQciers vers Agrippa qui venait de débarquer à Yamnia (Yabné,) au retour de son voyage en Egypte. Le roi juif convainquit aisément l'envoyé romain qu'il fallait recourir aux moyens de conciliation. Tous deux vinrent eiisembli^ ù Jérusalem. Ils y trouvèrent le peuple dans une excilalion inexprimable contre Florus, demandant à grands nris qu'on le délivrât de ce lyrau.

Agiipjia (iiil une asstrmhlée publique pour tâcher

de calmer les esprits. L'importance des paroles que Josèphe met dans sa bouche, atteste la gravité de la situation et l'étendue du mouvement. On y voit clairement qu'à c^té des démagogues et des bandits pour qui le désordre était une occasion propice, toute la jeunesse et beaucoup d'hommes sérieux, amis de la liberté et de l'indépendance nationale, étaient dévoués au parti de l'action. Agrippa, dans son discours, prouva, en termes éloquents, que c'était une folie de vouloir lutter contre les forces colossales de l'Empire. Il crut, un moment, avoir ramené les assistants à des idées plus modérées. Vain espoir! Les exaltés étaient désormais maîtres de l'opinion, et le prestige de la royauté n'avait plus aucune influence. Le sort en était jeté. Rien ne put contenir l'impétuosité dusentitiment public. Agrippa, méprisé, outragé, fut chassé de Jérusalem, et la révolution, livrée à une démocratie furieuse, organisa partout l'insurrection. (Au 66 de TKrc chrétienne. X

Josèphe a accusé les généraux romains d'avoir systématiquement provoqué un soulèvement, afln d'y trouver un prétexte pour étouffer, dans une vaste extermination, l'agitation permanence de la Judée. La conduite de Florus, qui retira les troupes destinées à

maintenir l'ordre, celle de Cestius lui-même qui ne prit aucune mesure pour comprimer le mouvement, la facilité avec laquelle put se développer la révolte, donnent quelque vraisemblance à cette opinion. Il est certain que les troubles incessants de Judée impatientaient et irritaient les Romains *. Ces Juifs, si difficiles à dominer et à gouverner, apparaissaient d'ailleurs, même aux modérés de Rome, comme des gens dangereux qui, de la simple défense étaient arrivés à ToiTensive contre la société tout entière. Les Chrétiens commençaient peu à peu à se distinguer de leurs anciens coreligionnaires. Leurs débats qui, depuis la prédication de Paul à Rome, de plus en plus opposée à la loi juive, avaient pris une certaine vivacité, attestaient qu'un abîme se creusait entre eux ; mais, si leurs doctrines étaient déjà contraires, leur origine était semblable et la haine que l'on portait aux uns rejaillissait inévitablement sur les autres '.

Or, la fureur du peuple romain contre les Chrétiens venait de se manifester de la façon la plus épouvantable.

Cet artiste de cruautés, ce curieux de monstruosités, qui mettait la poésie dans l'horrible et le raffinement dans l'obscène, Néron, après avoir incendié Rome,

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