JosÉPHE, Guerre des Juifs y liv. II, eh. xx.xiu
Jérasalem un champ de carnage. Leurs bandes criminelles se répandirent dans les campagnes où elles brûlaient et pillaient les palais et les propriétés des riches, tuant et ravageant sur leur passage. La Judée entière était consternée. Par malheur, comme il arrive toujours dans les soulèvements populaires, ceux, plus honorables, qui ne poursuivaient que le triomphe de la révolution, n'étaient pas, au fond, trop sévères pour ces actes de vandalisme qui les débarrassaient de leurs ennemis politiques et mettaient peu à peu le pouvoir en leurs mains.
A ces maux, se joignit l'invasion d'une quantité de prétendus prophètes, de magiciens, de pseudo-messies qui exploitaient les malheurs du temps, exaltant la superstition et abusant de la crédulité publique. 11 en surgissait de tous côtés qui s'annonçaient comme les messagers de Dieu et entraînaient sur leurs pas des foules avides de liberté. Ces apôtres menteurs, prédicateurs d'apocalypses bizarres, prodigues de promesses splendides, passionnaient les esprits jusqu'au fanatisme. Des masses de croyants les suivaient au tiésert où ils s'engageaient à faire apparaître le signe éclatant de leur mission. Les Romains, effrayés des forces que l'exaltation religieuse donnait à l'esprit de révolte, poursuivaient ces malheureux comme des bêtes fauves et tuaient impitoyablement les soi-disant prophètes et leurs sectaires.
Un de ces charlatans venus d'Egypte, parvint à réunir autour de lui près de trente mille hommes qu'il mena sur la montagne des Oliviers et à la tète desquels il eut laudace de marcher sur Jérusalem pour en chasser les Romains. Sa troupe fut taillée en pièces. Mais cet exemple désastreux n'arrêta pas le mouvement. Partout apparaissaient de menaçants symptômes. La Judée était pleine d'agitation et de trouble.
Comme si la décomposition et la corruption au sommet de la .société devaient aider aux passions démagogiques qui bouillonnaient en bas, c'est principalement à cette époque qu'on voit éclater avec le plus de violence, la lutte entre les fonctionnaires supérieurs et les prêtres inférieurs du Sacerdoce juif. Les uns et les autres s'insultaient et se battaient dans les rues, ajoutant le scandale de ces rixes ignobles à celui des honteuses compétitions^ des abus d'autorité et des vices du pontificat.
La misère était générale. Les travaux du temple, dont on avait reconstruit certaines parties importantes, avaient attiré à Jérusalem une foule de gens pauvres des campagnes et des villes voisines, qui venaient y chercher un modique salaire. Quand les travaux furent achevés, plus de dix-huit mille de ces ouvriers se trouvèrent sans occupation et sans pain. On chercha à leur donner de l'ouvrage. On les employa notamment à paver la ville en pierres blanches ; mais ce fut un travail bientôt achevé, peu lucratif d'ailleurs, une sorte
d*atelier national plus dangereux qu'utile. Cette foule oisive était une proie facile pour tous les agitateurs.
Au milieu de ces événements tumultueux, le Pharisalsme ne pouvait avoir qu'un rôle effacé. La révolution n'était plus dans les théories ; eUe avait passé violemment dans les faits et imposé silence aux discussions de doctrine pour ne laisser parler que la voix orageuse des passions populaires. C'est à peine si l'on aperçoit quelque trace fugitive de l'action pharisienne dans le dernier acte de ce drame émouvant, fille n^pparaitra plus dans toute sa puissance que le jour, où sortant pour jamais de la ville sainte vouée à la mort, le Pharisaïsme emportera avec lui dans l'exH la patrie spirituelle du Judaïsme.
Dans cet intervalle, Festus avait succédé à Félix comme gouverneur de la Judée, et Agrippa II, devenu majeur, était retourné à Jérusalem pour y prendre possession de son trône ; mais le jeune roi ne devait plus exercer qu'un pouvoir purement nominal entre les Romains, seuls vrais maîtres des pays, et le peuple soulevé.
Festus lui-même ne fit que passer en Judée. II
s'efforça d'y maintenir l'ordre intérieur, laissant à li. 7
ï)S LES PHARISI^:^S.
Agrippa le soin de choisir el de révoquer les grands prêtres et de réconcilier, s'il le [»ouvait, la royauté amoindrie avec la république grandissante. Peu de temps après AJbinue lui succéda.
Les actes du nouveau procurateur donuèreot une impulsion décisive aux idées de révolte. 11 faut lire dans Josèphe le tableau de l'adminislratioa romaine en Judée, pour comprendre l'iadignation générale qui poussa tout le peuple à l'instirrection. a Aibinus, dit- » il, ne se contentait pas de se lusser corrompre par n des présents dans les affaires civiles, de prendre le n bien de tout le monde et d'accabler le pays de nou- » veauxtributs; il mettait en liberté, pour de l'argent, » ceux que les magistrats de la ville avaient fait arrè- 1) ter et ne réputait comme coupables que ceux qui D n'avaient pas le moyen de lui rien donner. Il recevait » des riches des dons corrupteurs, et ceux du bas » peuple qui ne désiraient que le trouble, trouvaient » en lui un appui assuré. Les plus signalés malfai- » teurs, environnés de gens semblables à eux, étaient n les auxiliaires du gouverneur que l'on pouvait ap- » peler lui-même « le principal chef des voleurs. » 11 H les faisait soutenir par ses gardes, pour prendre le 0 bien des faibles qui ne pouvaient résister à ces vio- » lences. Ceux que l'on pillait de la sorte, n'osaient » <%(> pluiiulri), et les plus riches, de peur d'être traités n de mOmc, étaient contraints de faire la cour à des n geus dignes du supplice. Il n'y avait personne qui
» ne tremblât sous la domination de tant de tyrans.
n Gessius Florus/qui succéda à Albinus, fit passer, 9 par comparaison, ce dernier pour un homme de bien . n 11 semblait qu'au lieu d'être venu pour gouverner n une province, il était envoyé, comme un bourreau, n pour exécuter des criminels. Ses rapines n'avaient n pas de bornes, non plus que ses autres violences... » C'était peu, pour lui, de s'enrichir aux dépens des I» particuliers; il pillait des villes entières; il ruinait n toute la Judée et peu s'en fallut qu'il ne fit publier à » son de trompe qu'il permettait à chacun de voler 0 pourvu qu'il eût une part du butin '. »
Ce cri d'indignation que le souvenir d'une oppression intolérable arrache, malgré lui, à Josèphe^ rend h l'insurrection juive son véritable caractère. Il est impossible de ne voir que des mécréants et des bandit s dans ces opprimés, las de la servitude, qui se levaient pour reconquérir leur indépendance, dans ces patriotes qui^ au prix de leur vie, demandaientà la guerre sainte de briser le joug de fer des Romains, comme elle avait brisé, à l'époque glorieuse des Macchabées, le joug de la Grèce et de la Syrie.
11 suffisait désormais d'une étincelle pour que l'incendie s'embrasât. Un incident, qui arriva alors à Césarée, mit le feu aux poudres. Quelques Grecs, par
(. JosÉPBK, Guerre des Juifs, Mr. Il, cli. xxiv. — Le consulter d'ailleurs sur touR les faits qui précèdent.
mépris pour les cérémonies juives, vinrent immoler des oiseaux en sacrifice sur la porte même de la synagogue, pendant le service sabbatique. Malgré les conseils de prudence des Anciens, les jeunes gens exaspérés en vinrent aux mains avec les contempteurs du Judaïsme. Le combat fut sanglant. Jucundus, qui tenait garnison à Césarée, envoya de la cavalerie pour rétablir l'ordre. Elle ne put contenir les Grecs qui voulaient tout massacrer. Les Juifs effrayés s'enfuirent à Narbata^ petite ville éloignée de soixante stades, en emportant les livres de la loi. Florus reçut à Sébaste, où il se trouvait, une députation envoyée par eux pour demander justice; mais, animé d'une inexplicable partialité, le procurateur ne voulut pas même écouter les réclamants et les fit jeter en prison.
Cette décision excita une grande émotion à Jérusalem. L'irritation s'accrut, lorsque, à la suite, Florus envoya prendre d'autorité dix-sept talents dans le trésor du temple. Par un sentiment d'ironie injurieuse, quelques zélateurs parcouraient les rues, tenant une sébille à la main, et demandaient l'aumône pour le gouvernement romain et le procurateur , donnant ainsi à entendre que ces derniers étaient tellement pauvres qu'il leur fallait se procurer de l'argent par tous les moyens possibles '. Cette insulte était accompagnée d'imprécations contre Florus et d'appels violents à la révolte.
Florus marcha aussitôt sur Jérusalem avec des