JosiPHB, Guerre des Juifs^ liv. VI, ch. xxxi
redoutables que ne pouvaient l'être les Romains. Mais si le désir de l'émigration était général, les moyens de le réaliser n'étaient pas faciles. Les terroristes faisaient bonne garde aux portes de la ville^ empêchant qui que ce fût d'en sortir. Les riches, qui avaient survécu aux massacres de janvier, étaient considérés par eux comme de précieux otages ; ils n'entendaient pas s'en dessaisir.
Yochanau ben Zakkaî parvint cependant, malgré ces difficultés, à accomplir son projet de départ. Grâce à la complicité d'un chef zélateur, nommé Ben fiatiach, qui était un de ses proches, on le fit passer pour mort. Il fut mis dans un cercueil et, sous prétexte d'aller l'enterrer, deux de ses disciples^ Éliézer et Yéhoschoua, lui firent franchir, en le portant sur leurs épaules, les portes de la ville, accompagnés de plusieurs autres disciples qui suivaient pieusement le funèbre convoi * . Le subterfuge réussit complètement. Avec Yocbanan ben Zakkaî, le Pharisalsme sortit de Jérusalem pour n'y plus rentrer.
Le vénérable docteur se rendit aussitôt au camp de Yespasien qui, connaissant depuis longtemps par des espions ses sentiments pacifiques, l'accueillit avec la considération et la faveur qu'il méritait et lui permit, à sa demande, de transporter à Yabné (Yamnia), le centre de l'enseignement religieux ^.
1. ÀBOTii de R. I9athanf cfa. iv. — Gb.iîtz, Geschichte der Juden, t. IV, p. 12.
i. Ibid.
A. cette même époque, la communauté judaeo-chrétienne de Jérusalem et la famille de Jésus paraissent avoir aussi émigré, non sans courir de grands périls * Tontes ces calamités étaient . pour les disciples du Christ Taccomplissement des temps prédits et le présage du second avènement que leur maître leur avait annoncé comme devant avoir lieu pendant leur génération '. Une espérance générale faisait tressaillir toutes les Églises. On se disait tout bas avec une impatience fiévreuse : a Maran athal Maran atha! » « Notre Seigneur va arriver ^ ! » Les épouvantables choses dont on était témoin, semblaient à tous « le » commencement des grandes douleurs messiaui- 0 ques iniiia dolonim » V mais ce n'est pas dans Jérusalem condamnée à la destruction, qu'on pouvait attendre l'heure prédestinée. Les Ëbionim, étant parvenus à tromper la vigilance des Zélateurs ou, peut-être, regardés comme gens de trop peu d'importance pour qu'on voulût les retenir, s'enfuirent à Pella, ville de la Décapole, admirablement située sur la rive gauche du Jourdain, où ils trouvèrent un asile sûr à l'abri des tourmentes de la politique ^.
Avec les Pharisiens et les Chrétiens, l'idée reli-
i. Rriav, XAntevhrisi, p. 294.