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Guerre des Juifs, Hv. lll, cli. viii

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Ce qui se passait dans la ville sainte dépasse tout ce que rimagi nation peut concevoir. L'anarchie était arrivée à son comble. C'était comme une maison de fous furieux ou comme une cago de btHes féroces se déchirant et se dévorant entre elles. Les chefs de la populace, ambitieux de bas étage voulant se débarrasser de leurs rivaux et rester seuls maîtres de la dictature, en étaient venus à une lutte ouverte. Jean de Gischala et Simon fils de Gioras, l'un avec les Zélateurs, l'autre avec les Iduméens et les Sicaires, formaient deux partis qui se battaient et s'assassinaient l'un l'autre. Une troisième faction, dirigée par Ëléazar, fils de Simon, surgit alors, cherchant, s'il était possible, à surpasser les deux autres en violence.

Gomme dans toutes les révolutions démagogiques, la populace, après avoir massacré les classes supérieures, enivrée en quelque sorte par le sang versé, massacrait au hasard dans les bas-fonds. Fanatisée par Simon ben Gioras, elle se souleva contre Jean de Gischala et le contraignit à se réfugier avec les Zélateurs dans le temple, tandis que Ben Gioras occupait le reste de la ville. Les rues étaient inondées de sang. Les vivres et les provisions étaient mis au pillage. Plus de loi! plus d'autorité! plus de frein! Le peuple ren

semblait à une troupe d'enragés menés par des chefs impitoyables qui, peutrêtre, aveuglés par ces mirages étranges qu'un faux patriotisme fait apparaître dans l'atmosphère troublée des insurrections, croyaient eux-mêmes au succès et à la justice de leur dictature de sang. Ces maladies de l'esprit humain, ces phénomènes mystérieux de l'exaltation populaire, ces épidémies de massacres sont, hélas ! de toutes les époques, et qui peut dire si ce ne sont pas des manifestations providentielles où Dieu envoie par le monde les bouchers révolutionnaires pour donner le coup suprême aux choses qui doivent périr?

Enfin, la dynastie des Flavius étant reconnue, Titus reprit les opérations stratégiques, voulant inaugurer le nouveau règne par une victoire éclatante. 11 réunit des forces considérables et, dès le mois d'avril 70, il campa à Gabbaath Saûl, à une lieue et demie de Jérusalem.

Chose inouïe ! ni les dangers de la guerre, ni les horreurs de l'anarchie n'avaient pu diminuer l'amour et le respect des Juifs pour la cité sainte. C'était l'époque de la fête de Pâques. Comme d'habitude, les pèlerins étaient accourus de toute part pour cette solennité. Jamais l'affluence n'avait été plus grande. Plusieurs centaines de mille Juifs étaient venus du dehors pour s'approcher du sanctuaire. Était-ce un pressentiment qu'ils le verraient pour la dernière fois?

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Quelque attraction irrésistible les poussait-elle vers le lieu où la nationalité d'Israël allait disparaître dans une immense extermination? Qui peut dire à quel but inconnu concourent, sans le savoir, les hommes et les choses ?

Nous ne suivrons pas, jour par jour, les incidents du drame sanglant qui se déroula alors sous les murs et dans les murs de Jénisalem. L'attaque était dirigée avec cette habileté inimitable et ces puissants moyens d'action que la tactique romaine employait pour réduire les villes assiégées. Les travaux de balistique atteignirent surtout une précision scientifique et une puissance qu'on ne connaissait pas auparavant. La défense, de son côté, fut héroïque. Si l'histoire proteste contre les actes de la démagogie efiTrénae qui dominait dans la capitale de la Judée, on ne peut contester à ceux qui en furent les chefs et les soldats un courage surhumain. Rien ne put les abattre, rien ne put les dompter. Ils combattirent jusque sur les derniers débris de la ville et du temple. Ils résistèrent en héros ; ils succombèrent en martyrs, et la gloire de leur mort efface, peut-être, les atrocités de leur vie.

D'ailleurs que sait-on ? Ces fureurs révolutionnaires qui exaltent les peuples jusqu'aux plus abominables excès, sont, peut-être, les crises nerveuses et les affections mentales des nations. Il n'est pas sûr que ceux qui sont mêlés à ces mouvements désordonnés, posât'dent toute leur raison et gardent intacte la con- II. 10

science dubienet du mal. Le moraliste, le philosophe, rhomme politique s'arrêtent avec effroi, mais aussi avec une curiosité émue, devant ces saturnales de la liberté où tant de dévouements sublimes éclatent an milieu des plus monstrueuses passions, ils se disent tristement que les grandes phases du genre humain ne s'accomplissent qu'à travers le sang et la tempêta. La guerre et la révolution semblent deux semeurs terribles qui ne fécondent le champ de l'avenir qu'à la condition de le bouleverser !

Le 10 avril 70,1e blocus de Jérusalem fut complet. Titus posa son camp à l'angle de la tour Pséphioa. Les travaux d'approche furent conduits rapidement . A la fin du mois la première enceinte du nord était franchie. Les légions occupèrent toute la partie septentrionale de la ville. Il ne fallut que cinq jours pour forcer la citadelle de l'Âkra et s'établir dans la cité de David. La tour Antonia fut alors attaquée. Mais les Juifs qui accompagnaient Titus, Bérénice surtout que le jeune général aimait tendrement, supplièrent le chef de l'armée romaine de faire un dernier essai de conciliation. Josèphe fut chargé d'adresser aux assiégés des paroles de paix et d'amnistie. Il leur parla chaleureusement du haut d'un monticule d'où il pou-

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vait être entendu du peuple réuni sur les remparts. Ils ne répondirent que par des railleries et des injures. Du reste, ils faisaient des sorties furieuses. Plus d'une fois, ils parvinrent à détruire les ouvrages des Romains et même à mettre en péril Tannée assiégeante. Les légions, tout en admirant rhéroïsme de ceux qu'elles combattaient, étaient exaspérées de cette résistance et leur impatience donna alors à la guerre un caractère de barbarie sans exemple. Tous les jours, pour terrifier les assiégés, Titus faisait crucifier cinq cents prisonniers sous les murs de la ville. Ces horreurs n'eurent d'autre effet que de surexciter les passions populaires. 11 n'était plus permis, dans Jérusalem, de dire un mot à tendance pacifique. Quiconque parlait de capituler était mis à mort.

Pour comble de maux, la famine et la peste vinrent ajouter deux fléaux sinistres à cette terrible situation. On n'avait plus rien à manger. Dans l'anarchie de la guerre civile, les factions ennemies avaient pillé et brûlé des approvisionnements de blé qui eussent pu servir longtemps aux besoins du siège. On voyait errer par les rues des cadavres vivants, cherchant dans les égouts quelques débris pour apaiser ou plutôt pour tromper leur faim. Des mèpes, folles de douleur, dévorèrent leurs propres enfants. Mais tons étaient résolus à la mort et nul ne voulait se rendre. Le siège continua implacable.

On était alors au mois de Tamouz, (juin). Le 17 de ce mois néfaste, le sacrifice perpétuel, qui jusqu'alors n'avait pas été interrompu, cessa faute de victimes ^ La tour Antonia, sapée jusque dans ses fondements, ne pouvait plus abriter ses défenseurs. Jean et Simon se retranchèrent dans le temple dont il fallut encore faire le siège pas à pas. Les assiégés faisaient des prodiges de valeur. Ils tentèrent encore plusieurs sorties, cette fois sans succès. Le cercle de fer se resserrait de plus en plus autour d'eux. Dès les premiers jours du mois d'Ab, (août), les fortes machines romaines battirent les murs du temple et y firent brèche. Le 7, le feu fut mis aux portiques. Les défenseurs de Jérusalem luttaient, en quelque sorte^ de rage avec les assaillants. Chaque fois qu'ils se retiraient, ils incendiaient les édifices et les maisons abandonnées, ne laissant presque rien à faire aux vainqueurs en fait de dévastation. Le 9 ouïe 10 du mois d'Ab % les Zélateurs firent une dernière sortie, désespérée mais impuissante. Un combat titanique s'engagea aux abords du temple. Refoulés et massacrés, les Juifs, en fuyant, furent poursuivis parles Romains jusque dans l'enceinte du monument sacré. Un légionnaire lança sur la toiture un tison enflammé qui y mit le feu.

!. MiscHîîAii, Taanith iv, 6.

2. La date précise est douteuse. Les Juifs célèbrent rauaiversaire de la destruction du second temple le 9 du mois d'Ab. Josèphe en fixe poàitivement la 4l.ite au iO de r<! inoiè.{(i uerte desJaifs^ livre XXVI, chap, I.)

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Josèpbe et les historiens de Home assurent que Titas voulait sauver la maison de Dieu et que l'incendie ne fut qu'un malheureux accident. Hasard ou calcul, la prophétie de Yochanan ben Zakkaî s'accomplit. En un instant le temple fut la proie des flammes. On fit de vains efforts pour les éteindre. D'ailleurs, on avait autre chose à faire. La lutte était toujours acharnée. On combattait dans le sang, dans le feu, dans les décombres. Des milliers de Juifs furent égorgés. La plupart s'entretuèrent. Pendant ce carnage, l'œuvre destructive des éléments se joignait à l'œuvre sanguinaire des hommes. Quand le glaive s'arrêta faute de victimes à frapper, le sanctuaire de Jehovah n'était plus qu'un monceau de ruines fumantes où se dressait, à peine, ce pan dé murailles solitaire que, depuis dix-huit siècles, les pèlerins juifs de toutes les parties du monde viennent encore arroser de leurs larmes.

Rome était victorieuse. Il fallut cependant livrer un dernier combat pour s'emparer de la ville haute où les restes des troupes de Jean de Gischala et de Simon ben Gioras s'étaient réfugiés. Le 6 septembre, tout fut fini. Les Romains, ivres de sang et de fureur, firent un horrible carnage. Jérusalem tout entière fut incendiée.

Par une coïncidence inouïe, le second temple fut détruit le même jour que le premier ' , et les Juifs qui

1. Il y a la même incertitude d'un jour sur la date de la destruction

ont fait de cet événement un anniversaire de deuil perpétuel, purent ainsi réunir, dans un même sentiment de regret et de douleur, ces deux dates funèbres. 11 y avait six cent trente-neuf ans et quarante-cinq jours que l'édifice sacré avait été rebâti par Zorobabel et par Ezra * .

La Judée vaincue, Judœa viciai fut le don de joyeux avènement que la dynastie des Flaviens apporta à la cité reine en prenant possession de l'empire. Titus fut proclamé imperator par l'armée sur le lieu même de sa victoire, tandis que son père Yespasien partait d'Alexandrie pour aller occuper le trône impérial. Le triomphe de Titus à Rome fut splendide. Toutes les dépouilles du temple y défilèrent devant la foule enthousiaste, dans un cortège où figuraient comme captifs les représentants des plus grandes familles juives. Après eux venait Simon ben Gioras, qui fut ensuite battu de verges et crucifié dans le grand marché, aux applaudissements du peuple.

Jérusalem n'était plus qu'une ruine. Tous ceux que l'on prit, à l'exception de sept cents jeunes gens réservés au triomphe, furent envoyés en Egypte, les fers aux pieds et destinés aux jeu:i du cirque. Pendant longtemps, en effet, on amusa la populace de leurs tortures, en les livrant aux bêtes ou en les accouplant

du premier temple. R. Yochauan (Talmud, TaanUh, 29, a,) affirme qne « c'est le 10 da mois d'Ab qae fut consommé le malheur. » 1. JosEPHK, Guerre des Juifs, liv. VI, ch. xxvii.

poar des combats de gladiateurs * . Ceux de moins de dix*sept ans furent vendus comme esclaves. Le nombre de ceux qui périrent pendant le siège est évalué à onze cent mille par Josèphe et à six cent mille par Tacite. Rome éleva un arc-de4riomphe qui subsiste encore et frappa des médailles pour consacrer la défaite du peuple juif.

C'était bien, en efiet, la fin de cette formidable insurrection dont les chefs, en s'appuyant sur rOrieni, avaient un moment conçu l'espoir de renverser l'empire romain, projet colossal qui se serait peut-être accompli en partie, si la dynastie des Flaviens n'avait rallié, pour un temps, tous les citoyens dévoués et mis un terme à l'anarchie des prétoriens. Rome, débarrassée de ce souci, délivrée de ses embarras intérieurs, put se reposer dons son triomphe, convaincue qu'elle avait, pour jamais, scellé la pierre du tombeau sur le cadavre de la Judée! FINIS iUDJEAL !

Était-ce pourtant la un? Non, ce n'était que la mort apparente et la résurrection était proche.

1. Notamment à Bérite et à Césarée où Titus donna des fêtes eu rhonneur du jour de naissance de son père et de son frère Domitien. Plusieurs milliers de Juifs y périrent, les uns brûlés vifs, les autres dans les eombath du cirque (Josèphe. Guerre des Juifs^ liv. VU, ch. vfii).

Néron a cru exterminer les Chrétiens dans les massacres de l'an 64. Titus a cru exterminer les Juifs dans la victoire de Tan 70. Ces abus de la force ne sont, au contraire, que les derniers efforts d'une civilisation aux abois. Rome n'a conquis qu'un lambeau de terre et n'a égorgé que quelques martyrs ; mais le principe juif et chrétien échappe à ces violences matérielles. La Bible et l'Évangile, portés par des croyants inflexibles et d'intrépides apôtres, vont poursuivre, dans l'ombre, une œuvre souterraine et profonde qui minera peu à peu le sol païen. Dans l'abîme creusé en silence, le vieux monde tout entier ne tardera pas à s'engloutir.

Pour cette divine entreprise, ce qui s'est accompli était nécessaire. Les passions effroyables qui se sont alors déchaînées ne se doutaient certainement pas qu'elles étaient les agents des desseins providentiels. Mais, que le Christianisme ne déplore pas plus que la pitié ne le commande, les persécutions qu'il souffrit sous Néron. Que le Judaïsme ne se lamente pas plus qu'un juste sentiment de patriotisme ne l'exige, sur la victoire sanglante de Titus. Pour le premier, c'est le prélude de son triomphe; pour le second, c'est It^. début de sa véritable mission. Tous deux y ont puisé la force qui renverse les obstacles et la foi qui transporte les montagnes.

Oui ! la raison ne permet pas de ne voir que le côté lugubre de cette terrible tragédie. La destruction de

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Jérusalem fut un désastre national sans doute, mais ce fut une victoire religieuse. Si la cité sainte avait vécu^ ni le Christianisme n'aurait pu se développer, ni le Judaïsme n'aurait pu se transformer, et l'idée messianique, dont l'un et l'autre sont les missionnaires et les gardiens, aurait été, peut-être, étouffée en son germe.

La communauté ébiouite de Jérusalem n'avait rien compris aux larges conceptions de l'Apôtre des Gentils. ÏTandis que Paul, pour attirer les païens, brisait hardiment avec l'ancienne loi, les Judaeo-chrétiens, disciples plus fidèles du maître, ne voulaient pas^ suivant sa parole, « qu'un seul iota fût enlevé des com- )) mandements divins. » On sait à quel point fut ardente la lutte entre les deux apostolats. L'Apocalypse, le manifeste religieux de Tan 69, écrit, après la mort de Paul, par Jean le disciple bien-aimé de Jésus, prodigue les plus violentes injures à l'œuvre révolutionnaire de l'ancien disciple de Gamaliel \ Or, Paul n'était plus là, pour soutenir de son esprit et de ses conseilsles Églises juda^o-païennes. Le système étroit desChrétiensdeJérusalemaurait infailliblement prévalu Les païens, obligés de se soumettre aux pratiques restrictives du Judaïsme, se seraient découragés ; le mouvement e&t été arrêté dès son origine et le prosé-

1. ArocALYPSE, ch. 11 et m, passim. — Voir Reîiax, Anieehmi ef Saint Paie/, pa89im.

lytisme n'eût jamais pris les vastes proportions que l'impulsion de Paul lui avait si rapidement données. Quant à l'Ébionisme, confiné dans sa petite synagogue de Jérusalem, contemplatif plutôt qu'actif, attendant patiemment et passivement le second avènement de Jésus^ concentrant toutes ses espérances vers Tappa* rition miraculeuse du Messie mis en croix, il eût végété dans ce petit coin de la Judée, impuissant, ignoré, observateur zélé de la foi antique, assidu aux cérémonies du temple, absorbé dans un mysticisme rêveur. Puis, lassé d'une longue et vaine attente, désespérant de voir éclater les signes promis par le Christ^ il se serait éteint silencieusement, sans laisser plus de traces que TEssénisme, avec lequel il avait tant d'analogie.

Il eu eût été peut-être de même du Judaïsme. Tant que le temple subsistait, la grande réforme pharisienne trouvait devant elle une barrière insurmontable; c'était le culte officiel. Le Pharisalsme,parréta* blissement de la synagogue, sanctuaire de la prière, à côté du temple, sanctuaire des sacrifices sanglants, avait fait tout ce qui était possible pour modiGer l'ancienne organisation religieuse. A moins de provoquer un schisme radical en Israël, il ne pouvait aller plus loin sans abolir ouvertement la loi du Sinaï. Au fond, comme Paul, un de ses disciples, il annulait cette loi par l'interprétation fallacieuse

qu'il y donnait et par les innovations qu'il y introduisait sournoisement. La fameuse « haie » qu'il avait établie autour du code révélé, sous prétexte de le protéger, était devenue si touffue et si épaisse que la règle légale ne se laissait plus apercevoir, ensevelie en quelque sorte sous les coutumes traditionnelles, dont on en avait hérissé la pratique ; mais cette méthode avait été poussée jusqu'à l'extrême; on était anivé à une limite infranchissable. Ainsi, malgré l'incontestable triomphe de ses idées dans la société juive, le Pharisaîsme était invinciblement arrêté. Il avait amoindri, discrédité, ruiné en détail l'institution sacerdotale; il n'avait pu parvenir à la supprimer. Le sanctuaire, aussi longtemps qu'il fût resté debout, aurait conservé son autorité légale. La piété et la superstition y eussent toujours amené des victimes. Jamais le Judaïsme n'aurait pu s'élever à ce spiritualisme épuré^ à ce culte d'amour , à cette grandeur morale qui étaient le but essentiel de l'école pharisienne. Et probablement aussi, menacé, attaqué, persécuté par tous ses en* nemis, affaibU par les défaillances, la corruption et la défection de ses propres sectateurs, il aurait péri étouffé par le paganisme triomphant.

Jérusalem détruite, la question fut également tranchée pour le Christianisme et pour le Pharisaisme.

Le premier fut éclairé par ce désastre sur la voie qu'il devait suivre. Il comprit qu'il n'y avait plus de

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place pour lui en Judée et que Paul avait eu raison contre tous les apôtres. Aussi, adoptant les idées du convertisseur des Gentils, il se lança dans le monde pour le conquérir à la foi de Jésus-Christ, déclaré désormais fils de Dieu^ Dieu lui-même. Il faut, en effet, que ce changement de vues ait été bien subit, sous la pression des événements, car on voit l'auteur luimême de l'Apocalypse, le sévère censeur de Paul, se ranger à l'opinion de ce dernier et écrire, au bout de dix ans à peine S le quatrième Évangile où le système définitif de Paul est accepté sans réserve, complété par les doctrines mystiques de Philon et des Alexandrins.

Le Pharisaîsme, à son tour, s'il répandit des laimes sur les ruines de la cité sainte , ne fut du moins plus gêné dans ses plans de réforme par le respect dû à l'autel et à ses ministres. Il eut d'ailleurs l'intuition fort claire de l'importance que la (Imte même de Jérusalem avait pour les destinées (lu Judaïsme, et ce n'est pas la chose la moins culieuse de son histoire que le calme philosophique avec lequel il se résigna à cette catastrophe nationale. « Si Israël, dit le livre de la doctrine *, eût été con- )» centré sur un seul point et sous un seul gouverne- » ment, il y a longtemps quil aurait été anéanti.

1. Ilesthieu démontré aujourd'hui que, de même qucTApocalypiic • ÎHte de lëU 69, rÉvangilc de Jc.ui a ôlô ôcril >er6 l'an 80.

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