Abotu de R. Xalhcui, ch. iv
décisions semblaient emprunter leur autorité et leur majesté à celles du lieu où elles étaient prises. Son pouvoir représentatif était consacré, pour ainsi dire, par le caractère national qui s'attachait à la maison du Dieu unique. Dès lors, prétendre que cette institution pût survivre à la chute du temple, c'était faire preuve d'une hardiesse extrême.
Le Pharisaisme aurait cependant désavoué toute son histoire et tous ses principes, s'il avait reculé devant un pareil scrupule. On a vu, par les paroles de Yochanan ben Zakkal à ses disciples, que les docteui^ se consolaient assez facilement de la destruction du culte officiel ; . mais le Synhédrin avait toujours été le pivot même de la réforme ;. il importait de le maintenir afin de donner aux communautés dispersées un centre qui fût leur point de ralliement et leur force impulsive.
Naturellement, le Synhédrin de Yabné perdit les attributions politiques qui faisaient de celui de Jérusalem, surtout dans les derniers temps, une véritable convention nationale, étendant son pouvoir souverain sur toutes les affaires intérieures et extérieures. Néanmoins, il devint, par la force même des choses, le tuteur de tous les Juifs répandus dans le monde. Le gouvernement romain le reconnut comme représentant légal des intérêts du Judaïsme ; le président fut investi d'une autorité officielle et reçut le titre de Patriarche, avec l'épithète honorifique de « daris-
simus. » Du reste, rassemblée elle-même modifia alors sa dénomination ainsi que celle du fonctionnaire qui la présidait. Elle s'intitula modestement Bethdm^ (maison de justice), et son président se nomma Rosch'Beih'DiHj (chef de la maison de justice), avec le titre de Rabban (maître général ^)
La constitution du Synhédrin en dehors du temple fut Tapplication caractéristique d'une des grandes maximes que nous avons vu formuler par le Pharisalsme dès sa naissance, au moment même du triomphe des Hasmonéens. On se rappelle ces paroles du second livre des Macchabées : « Le temple n'a pas été élu » par Dieu à cause du lieu consacré ; c'est le lieu qui • a été choisi à cause du peuple *. » Dès que l'occasion se présenta de mettre en pratique ce principe, les Pharisiens n'hésitèrent pas. On peut juger, par là, avec quelle invariable persévérance ils avaient marché vers leur but.
La révolution qui résulta de cette mesure radicale était bien autrement profonde que ne le pensaient peutrétre ses propres auteurs. La capitale nationale de Tancien État juif n'existant plus et se trouvant rem-
i. Cest Boas ce litre que bodI connus, depuis Yochanan bea Zakkal, les présidents du Synhédrin (Aboth, ch. i, in fine et ch. ii, jMsHm.) Les antres docteurs prirent alors le titre de Rab (maître) qui n*ezistaii pas auparavant quoi qu*en dise TÊvangile, {Voir Gbatz L IV, note 9,) et d*où est venu le titre moderne de Rabbin.