II Macchabées, cb. v, I
placée par une capitale purement religieuse, toute la partie de la loi mosaïque qui réglait l'organisation politique et sociale, tomba tout d'un coup. De même, tout ce qui se rattachait au service du temple, cessa d'être praticable et fut aboli de fait. On distingua alors avec soin ce qui, dans le Judaïsme, était inhérent à la Terre sainte de ce qui ne Tétait pas. Toutes les dispositons de la loi dont l'exécution était inséparable de l'idée de nationalité, furent considérées comme n'ayant plus de force obligatoire. Or comme le système tout entier du Pentateuque est bien plus social que religieux, bien plus national que dogmatique, même en ce qui regarde le culte, on raya ainsi, d'un trait de plume, la partie la plus considérable du code hébraïque.
Aussi, si l'on recherche ce qui restait encore, à ce moment, du Mosaïsme primitif, on reconnaît que tout avait péri, excepté le principe fondamental de l'unité de Dieu.
L'autel s'était écroulé, entraînant avec lui le Sacerdoce et tous les privilèges de la race d'Aaron. Le temple était détruit, entraînant avec lui tout l'ancien culte, pèlerinages, offrandes, victimes, prêtres et lévites. L'Ëtat était tombé, entraînant avec lui la royauté et l'aristocratie avec tout l'ensemble des lois civiles et politiques. Des trois couronnes d'Israël, il n'y a plus alors que celle de la science sacrée, et celle-là n'appartient exclusivement ni à un chef suprême, ni à une
caste spéciale ; elle appartient à tous ; elle est le patrimoine commun de la maison d'Israël tout entière.
Ce qui subsiste seul sur ces ruines, c'est le Monothéisme comme foi religieuse : c'est le Pharisalsme, comme doctrine supérieure ; c'est le Messianisme, comme espérance indélébile.
Jamais transformation ne fut plus radicale ni plus complète. Le même résultat que le Christianisme, sous l'impulsion énergique de saint Paul, poursuivait au sein du monde païen, le Pharisaîsme le réalisa, en même temps, au sein du monde juif. L'un et l'autre abolirent de fait l'ancienne loi en dégageant le spiritualisme sublime des livres saints de son enveloppe matérielle. Et ce n'est pas un desphénomènes les moins saisissants de cette époque remarquable que de voir les deux champions de l'idée messianique prendre, chacun sous la forme qui lui est propre, des moyens identiques pour accomplir leurs vastes desseins.
De même qu'à l'heure où nous sommes arrivés, les Pères de l'Église naissante^ désormais pénétrés des doctrines de l'apôtre des Gentils, s'occupaient à fixer le nouvel enseignement chrétien, de même les Pères de la Synagogue comprirent que l'heure était venue de fixer l'enseignement pharisien.
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Eq coQséqoeDce, après avoir constitué, par la création de rAcadémie de Yabné ot par la réorganisation du Synbédrin, le nouveau centre du Judaïsme, ïochanan ben Zakkal résolut de réunir toutes les décisions, toutes les opinions, toutes les traditions par lesquelles s'était affirmée et développée la doctrine depuis les hommes du Grand Synode, afin de léguer à la postérité un recueil qui fût le code de la loi nouvelle et le guide des communautés juives dispersées dans le monde.
L'entreprise était colossale; elle devait absorber les travaux de plnsienrs générations.
En effet, après tant de lottes séculaires, de quoi se compostut exactement cette loi orale qu'il s'agissait de déQnirîQueUes étaient les solutions acquises parmi cette fonle de décisions conruses qui avaient marqué la période militante où les partis contraires, tour à tour au pouvoir, avaient entraîné dans les sens les plus opposés la majorité du Synbédrin? Qnelle doctrine déflnitive devait-on adopter dans les opinions contradictoires des grands docteurs qui avaient successivement enseigné? Que restait-il d'ailleurs de leur enseignement, sinon des notes sommaires recueillies par leurs disciples, de vagues souvenirs dans la mémoire des contemporains, à qui leurs maîtres avaient transmis, avec plus ou moins de Qdétîté, ce qu'ils avaient appris eux-mêmes de leurs prédécesseurs ? Où trouver, au soin de ce chaos, la vraie lumière et la
vraie tradition ? Dans les dernières années mêmes, les interminables disputes des disciples d'Hillel et de Schammal avaient tellement divisé les esprits et embrouillé les questions, que, suivant le mot du Talmud : « la loi elle-même semblait être double * . » Sur tous les points imaginables, le pour et le contre pouvaient être soutenus avec une égale autorité.
Il était plus que temps de mettre de Tordre dans cette confusion et de la clarté dans ces ténèbres. L'émigration juive prenait, de toute part, un développement immense. Si le Pharisalsme eût négligé plus longtemps de donner aux Juifs dispersés un corps de doctrines qui pût leur servir de viatique et de flambeau sur la route amère de l'exil, ils risquaient de s'égarer au basard. Faute de croyances positives, ils risquaient même de se laisser absorber par les nations païennes au milieu desquelles ils allaient vivre,
L'Acfidémie de Yabné, pour conjurer ce double péril, travailla à constituer le code de la nouvelle loi qui devait remplacer^ pour la dispersion universelle, la loi nationale désormais inapplicable. On ne se fit alors aucune illusion sur l'étendue et la durée d'une pareille œuvre, car il ne s'agissait de rien moins que de classer et dé résumer le travail de cinq siècles ; mais tous les docteurs de ce temps se consacrèrent à
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l'édification patiente de ce monument de la science juive, d'abord sous la direction de Yochanan, ensuite sous les patriarches qui lui succédèrent C'est même peut-être aux difficultés de cette entreprise gigantesque que songeait un des docteurs remarquables de Yabné, R. Tarphon, lorsqu'il disait cette belle parole qui, en tout cas, est un grand principe de morale sociale : « Il n'est pas en ton pouvoir d'achever » l'œuvre, mais il ne t'est pas permis d'y refuser ton » concours ^ t
Pour juger à quel point ce travail de classification et de codification dut être laborieux, il suffit de dire que la Mischnahy qui est le corpus juris de la loi orale, ne fut définitivement rédigée que plus d'un siècle après, et que le Talmudy qui en est le développement et le commentaire, exigea, en outre, près de trois siècles d'études et de discussions avant d'être achevé.
Le nom sous lequel les docteurs de cette époque sont connus dans Thistoire, caractérise, avec préci* sion, le but qu'ils assignèrent à leurs travaux. On les appelle les Tanaites {Tanaîm) ', c'est-à-dire les hommes de la seconde loi. — Ce nom lui-même est le résumé de leur œuvre réformatrice. Ce sont eux qui furent les