id., ch. V
révolutionnaire dirigé contre les familles tsadokites, montre à quel point le Pharisaïsme, dès le début, eut la conscience de la véritable portée des événements et du but auquel il devait tendre.
La race pontificale, par l'indignité de tant de ses membres, n'avait que trop justifié, les sentiments de mépris et l'impopularité dont elle était l'objet. Les Pharisiens n'avaient garde d'excuser ni d'atténuer les torts des ministres de l'autel. Ils comprenaient trop bien l'immense parti qu'ils en pouvaient tirer pour le succès de la jéforme religieuse que le grand Synode leur avait légué le soin de développer.
A côté du Temple où l'on immolait les victimes, la Synagogue était née où l'on épanchait simplement son âme dans la prière et dans la M et où retentissait, en éloquentes prédications, la voix des docteurs sympathiques à la foule. Un autel nouveau s'était ainsi dressé dans l'ombre, en face de l'autel ancien ; il était déjà visible que, tôt ou tard, il supplanterait celui-ci.
Le culte spiritualiste de ces maisons de prières devait nécessairement l'emporter sur le culte înatérialiste de la maison des holocaustes. Il n'y avait là ni dîmes onéreuses, ni prêtres investis de privilèges héréditaires, vivant de la chair des sacrifices, des offrandes des fidèles et des contributions publiques. Ceux qui y priaient au nom de tous, ceux qui instruisaient l'assistance recueillie, c'étaient des hommes pieux et savants, que leur mérite et leur moralité fai-
saient les vrais et légitimes pasteurs des troupeaux d'Israël ^ Cette différçnce de situation entre les docteurs simples et modestes et les chefs fastueux du sacerdoce, suffisait déjà, par son coiitraste, pour affaiblir devant l'opinion l'autorité morale des pontifes.
Néanmoins, avec. ceux-ci, la lutte était beaucoup plus difficile et beaucoup plus délicate qu'avec les Sadducéens. Renverser révolutionnairement le pouvoir sacerdotal eût été une chose grave. L'institution émanait de Moïse lui-même ; elle avait été consacrée, d'après le récit biblique, par une élection divine. Les prérogatives de la famille d'Aaron remontaient à près de quinze siècles. Vouloir y porter directement atteinte^ c'eût été provoquer un schisme aussi redoutable que l'avaient été, ensens inverse, les schismes destinés à établir l'idolâtrie. Le Pharisaïsme ne s'épuisa pas à cette œuvre impossil^le : mais, ne pouvant supprimer tout d'un coup le pontificat, il le mina en détail par tous les moyens d'action qu'il put employer.
De ces moyens les uns étaient très-sérieux et trèspuissants ; c'étaient les synagogues particulières où le peuple s'habituait de plus en plus au nouveau culte et se déshabituait chaque jour des pratiques surannées du temple officiel ; c'étaient les écoles où les
- 1. Les ministres du culte synagogal étaient des membres de l'assemblée, élus par les suffrages ou par l'acclamation de la communauté. On les nommait An&ché-Malamad. (Talmud, Méguillah, 2, a. )
docteurs initiaient leurs nombreux disciples aux remarquables principes de cetteloi orale que les grands prêtres condamnaient et repoussaient à l'exemple des Sadducéens.
Les autres procédés de^ polémique, plus bizarres en la forme, n'étaient pas moins efficaces au fond. Les Pharisiens, avec une habileté perfide, appliquaient tous les arguments dç la casuistique à l'examen critique de tout ce qui concernait l'exercice et les devoir s journaliers du ministère pontifical. Dans le but de démontrer que le sacerdoce était loin de faire, pour le service du culte, ce que la loi écrite elle-même lui prescrivait, ils professaient ou affectaient de professer, sur un grand nombre de points rituéliques, des opinions tout à fait opposées à celles du haut clergé
juif.
Les renseignements qui subsistent à cet égard sont peu nombreux et les divergences qu'ils nous font connaître semblent, au premier abord, porter sur des questions d'une insignifiance et même d'une puérilité étrange; mais ils permettent de préciser la nature du conflit et prennent un caractère particulier de gravité si on les considère comme autant de symptômes du travail intérieur et souterrain au queL se livrait le Pharisaïsme pour ébranler et faire tomber, un jour, en ruines l'édifice sacerdotal.
Ainsi les Pharisiens, observant que le sanctuaire avait été profané autant par l'impureté des prêtres et
des lévites que par l'invasion des Gentils, bien (aises d'ailleurs de laisser croire que les membres du saicerdoce négligeaient un des principaux devoirs de leur charge, la propreté immaculée dé l'autel et des vases consacrés au service divin^ se montraient, à cet égard, d'une exigence excessive, contrôlant d'un œil sévère les travaux de purification et n'en paraissant jamais satisfaits S Au fond, cette rigidité excessive voilait à peine le désir de convaincre les masses que le temple et ses ministres avaient perdu la pureté lévitique si impérieusement prescrite par Moïse. Les Sadducéens, gens d'un naturel railleur , voyant en cela plutôt l'étrangeté de la forme que l'hostilité du fond, disaient plaisamment que « les Pharisiens finiraient par vouloir » soumettre au nettoyage le globe du soleil lui- )) même ^. »
Les Pharisiens prétendaient aussi que les rouleaux de la loi, dont se servaient les prêtres pour lire le Pentateuque devant le peuple, étaient formés d'une matière impure, le parchemin dont ils se composaient n'étant que la dépouille d'un animal mort dont le contact était interdit aux serviteurs de l'autel, sous peine de devenir impurs à leur tour. De là une vive discussion casuistique ^ pour savoir si la peau de l'animal participe ou non à l'impureté que la loi atta-
i. TKLavD, Hagguigah, in une.